‹ Le Salavès: Étude monographique du canton de SauveChapitre 9 sur 78 · LA REPARTITION DE LA POPULATION · texte numérisé non relu

LA REPARTITION DE LA POPULATION

À première vue, la densité de population du canton de Sauve semble très faible puisqu'en 1931, elle s'élève à 33,4 habitants au km£ et en 1946, à 28,1 tandis que celle de la France varie autour de 76, Pourtant, replacée dans son cadre géographique, la densité du canton n'a rien de remarquablement faible. Elle est même légèrement supérieure à celle de l’arrondissement du Vigan, comme nous le prouvent les chiffres calculés en 1931 par M. CHABALIER (1).

Densité du Gard : 69 habitants au km2

Densité du Canton de Sauve : 33,4 au km2

Densité de l’arrondissement du Vigan : 29,17 au km2. Densité du Canton de Quissac : 31 au km2.

Comparé au chiffre de l'arrondissement et à celui du canton limitrophe de Quissac, le chiffre de 1931 n'est pas exceptionnellement bas. Surtout si l'on considère que la surface utile ne dépasse guère le tiers de la superficie totale, tout le restant consistant en bois taillis, garrigues, « brusssières » et « harmas » inutilisables même pour le pacage.

Une première remarque qui nous vient à l'esprit est la parfaite similitude du chiffre actuel et de celui que nous donne Monsieur Louis THOMAS (2) pour l’année 1293. En s'appuyant sur les documents relatifs à l'échange de la baronnie de Sauve et de Montpellier entre Philippe le Bel et l’évêque de Maguelonne, l’éminent professeur a fait des recherches très poussées sur la population du Salavès. Cette étude repose sur la précision et la vraisemblance des données et M. THOMAS l'a effectuée en vue de donner une idée du peuplement du Langudoc à la fin du XIII”*° siècle.

En effet, les causes d'erreur, récélées par les dénombrements fiscaux des feux, n'existent pas dans les documents relatifs aux enquêtes et aux procédures d'estimation faites à propos de l'assise ou assignation, sur des terres ou sur des vassaux du roi, de rentes cédées par le souverain. Pour l'échange de 1293, les commissaires du roi parcoururent la baillivie de Sauve, interrogeant des prud'hommes sur le prix des choses, le produit du cens, la valeur de la juridiction. Or, cette dernière était comptée à tant de sous par feu et par - an. ce qui entrainait l'obligation de fixer contradictoirement pour

(1) Claude CHABALIER : La population du Gard B.S.L.G. 1934 (P. 160). (2) Louis THOMAS. Article cité.

chaque communauté, le nombre de feux et conséquemment le nombre de justiciables, c'est-à-dire le nombre d'habitants.

Tous les procès verbaux d'enquête donnent pour chaque communauté décrite le nombre de feux ; à partir de ce chiffre on obtient une évaluation d'une précision suffisante en fixant à 5 le nombre moyen d'habitants par feu. Pour toute l'étendue de la baillivie royale Louis THOMAS recense 2.107 feux, soit 10.135 habitants ; il évalue la superficie de celle-ci à 417 km2, ce qui nous donne une densité de 26,3 au km2.

Bien que les limites de l’antique baillivie ne coïncident pas avec celles du canton, il est tout au moins curieux de voir des chiffres de densité aussi semblables à quelques six siècles d'intervalle. Tient-on là, un niveau d'équilibre entre le nombre des habitants et les ressources de la contrée, en un mot un optimum de population? Gardonsnous de tirer trop vite des conclusions de ce qui n’est peut-être que pure coïncidence. Tout ce que nous savons, c’est qu’au cours du 19% siècle, la densité est parvenue à un chiffre deux fois supérieur; mais la chute accélérée qui a suivi n'est-elle pas l'indice d’un trop grand écart au niveau d'équilibre ?

Répartition de la population à l’intérieur du canton en 1851

La densité totale est de 52 habitants au km2 ; ce chiffre est assez élevé pour un canton qui possède de maigres ressources ; c'est d'ailleurs la région Est, au sol le plus riche, qui est la moins peuplée: 1.236 habitants pour 4.517 hectares, soit 27,3 au km2 ; la région Ouest qui bénéficie de l’appoint du bourg de Sauve, possède 3.967 habitants pour 5.427 ha, soit une densité record de 73 habitants au km2. Ce chiffre est particulièrement élevé comparé à la densité générale de beaucoup de régions gardoises à la même époque ; Sauve et Durfort constituent une zone de haute pression démographique qui va s'écouler vers les pôles attractifs de Nimes et Alès dès que les voies de communication et la ligne de chemin de fer Nimes-Le Vigan auront facilité cet exode. 4

Densité comparée des communes

A l'Ouest, les communes de Sauve et de Durfort (à laquelle n’a pas’ été adjointe encore la petite commune de Saint-Martin-de- Saussenac), ont la même densité 87,3 et 88 au km2. Toutes les deux ! possèdent une industrie textile très active ; d'autre part, les cultures arbustives à Sauve et l'élevage du ver à soie à Durfort nécessitent une abondante main-d'œuvre. Ces deux bourgs constituent l'élément prépondérant de la population du canton. Les deux petites communes de Fressac et de Saint-Martin, à cheval sur les premiers contreforts des Cévennes et dont la population est dispersée dans de petits hameaux et des mas isolés, comptent 20 habitants au km2.

A l'Est, il est plus difficile de donner une idée générale de la répartition de la population . le découpage des communes étant assez arbitraire, leur superficie variable du simple au quadruple (277 ha pour Savignargues, 1124 pour $St-Nazaire-des-Gardies) nous obtenons de fortes variations de densité sans grande signification. Tout ce que l’on peut constater, c'est que les communes à habitat aggloméré sont bien plus peuplées que les communes à habitat dispersé.

Les villages de Savignargues, Logrian, Canaules et St-Jean-de-Crieulon ont des densités respectives de 47,3, 42, 40 et 31,4 au km2. tandis que les densités des communes de St-Nazaire et de Puechredon, dont les habitants sont dispersés dans des mas, atteignent seulement 10,7 et 6,8 au km2.

Cette forte variation s'explique pour diverses raisons. La première parait être la différence dans la structure de la propriété et du mode d'exploitation. Tandis que dans les villages se groupent de petits propriétaires vivant avec leur famille et exploitant de petites parcelles dispersées dans tous les quartiers de la commune. les mas se trouvent au centre de propriétés importantes d’un seul tenant généralement exploitées par un fermier qui les cultive avec l’aide de jeunes domestiques célibataires qui vivent sous son toit. Alors que la densité de population active varie fort peu, la densité réelle est très différente, car chaque petit propriétaire villageois est compté au dénombrement avec toute la famille qui vit avec lui, l’ouvrier agricole des mas ne comptant que pour une seule personne.

D'autre part, ces communes rassemblent uniquement des individus qui se consacrent au travail de la terre ; il n'y a ni artisans, ni commerçants. Enfin, la faible densité de Puechredon s’explique par la nature particulièrement pauvre du sol et la présence de l’éperon rocheux de Roucaute. Mais ceci nous conduit à faire une étude de la densité par rapport à la superficie cultivée.

Densité de population pour 100 hectares de terre cultivée :

Pour ces calculs nous laisserons de côté les communes de Sauve et Durfort dont une partie de la population se consacre à des activités industrielles ; les chiffres obtenus n'auraient pas une bien grande signification si on les comparaît avec ceux des communes agricoles.

Pour calculer la surface cultivée nous utiliserons les données de J.P. RIVIERE dans la Statistique du Gard (1842) en comprenant parmi les terres exploitées les terres labourables, les terres à mûriers, les vignes et les prairies et en laissant de côté bois et pâturages. Nous aurons le tableau suivant :

Commune Population Surface cultivée Densité par

rapport à la surface cultivée

* FRESSAC (3) 120 hts 130 hect. 92,3 * St-MARTIN TO DE A 42,2 St-JEAN-de-CRIEULON 179 — 1802 100 LOGRIAN 352 — POUR 435,4 * St-NAZAIRE 149 — SU 32,1 * PUECHREDON DH VOGRE— 3271 CANAULES ; 400 -— 600 — 66,6 SAVIGNARGUES OA SD 70,8 Total 1.456 ‘2.130 hectares 688,3

(3) Dans tous nos tableaux statistiques, les communes à habitat dispersé sont précédées d’une astérisque.

Nous remarquons tout de suite la différente sensible de densité entre les communes à population agglomérée (St-JEAN, LOGRIAN, CANAULES et SAVIGNARGUES), et les communes à population éparse (St-MARTIN, St-NAZAIRE et PUECHREDON).

Seule la commune de Fressac constituée par des hämeaux et des mas dispersés possède une forte densité par rapport à la surface cultivée (92,3 au km2 exploité). Cette commune appartient au type cévenol ; c’est la petite propriété à exploitation familiale qui prédomine Contrairement à ce qui se passe dans les autres communes à habitat disséminé. En outre, cinquante hectares de châtaigniers consti- tuent une ressource d'appoint.

Une autre remarque qui s'impose est la densité particulièrement élevée des communes de LOGRIAN (135,4) et de St-JEAN-de-CRIEU- LON (100). Pour LOGRIAN, la surface cultivée par les habitants est supérieure à celle utilisée dans nos calculs, car ceux-ci afferment une partie des plus riches terres labourables de St-NAZAIRE, ce qui a pour résultat de gonfler le chiffre de densité. Mais inversément, les villageois de LOGRIAN ne possèdent que très peu de terrains de culture dans l’ancien territoire de la commune de COMIAC qui est partagé entre deux propriétaires possédant à eux deux près de 100 hectares cultivables. Le chiffre de 135,4 au km2 exploité est donc vraisemblable ; les terres en culture étant de même nature que celles des villages voisins, LOGRIAN nous paraît surpeuplé par rapport à ceux-ci ; un hectare cultivé doit faire vivre le double de population qu'à CANAULES ou SAVIGNARGUES, dont les densités au km2 exploité sont respectivement égales à 66,6 et 70,8. Ces deux communes font figure de communes riches par rapport à LOGRIAN. À une échelle moindre, St-JEAN-DE-CRIEULON (densité : 100 au km2 exploité) présente lui aussi des signes de surpeuplement. Avec LO- GRIAN ces deux communes constituent un trop plein démographique qui va se vider dès qu'il aura été mis en Communication avec les appels extérieurs. L'étude des densités actuelles va nous le confirmer.

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