‹ Le Salavès: Étude monographique du canton de SauveChapitre 21 sur 78 · DECES POUR 10.000 HABITANTS PERIODES · texte numérisé non relu

DECES POUR 10.000 HABITANTS PERIODES

Jusqu'en 1890 environ le taux de mortalité du canton est sensiblement supérieur à celui du Gard et surtout à celui de la France. A partir de cette date, la mortalité diminue considérablement et devient à peu de chose près égale à celle de la France. Le calcul du taux corrigé nous donnerait même un chiffre légèrement inférieur car nous verrons plus loin que le canton de SAUVE est un canton d’émigration. e

Seule une comparaison de la mortalité suivant les diverses communes nous permettra de dégager les facteurs essentiels qui agissent sur la courbe des décès. Pour cette étude nous avons établi les divers taux pour les trois derniers demi-siècles.

0/00 DE DECES 1800-1850 1850-1900 1900-1950

CANAULES 18,9 DÜRFORT 28,2 FRESSAC 23:2 LOGRIAN 23,2 PUECHREDON 21,1

St-NAZAIRE-des-GARDIES 11,8 St-JEAN-de-CRIEULON 26,6 SAUVE 219 SAVIGNARGUES 25,4

Ce tableau nous permet de classer les communes en trois catégories. É

1.) Les villages à habitat dispersé : FRESSAC, PUECHREDON, St-NAZAIRE-DES-G. La mortalité y est bien au-dessous de la moyenne. Nous avons fait la même remarque pour la natalité : la structure de la population permet là encore d'expliquer le taux anormalement bas de la mortalité. Les domestiques qui représentent le quart des habitants sont en grande majorité des jeunes gens qui quittent Îles

mas à l’occasion de leur service militaire ou de leur mariage. Les païres doivent abandonner leur travail à l'époque de la vieillesse et s'en aller mourir ailleurs. On comprend que le chiffre des décès soit particulièrement faible.

2.) Les villages agglomérés : CANAULES, LOGRIAN, St-JEAN de C., SAVIGNARGUES. La mortalité varie autour de la moyenne, avec une tendance très nette à décroître au 20° siècle. C’est le village de CANAULES qui présente le taux le plus faible à chaque période. L'aisance dans laquelle vit la commune entraîne de meilleures conditions d'hygiène ; l'écartement des maisons et la disposition du village en une rue qui s’allonge sur plus d'un kilomètre évitent les risques de propagation des épidémies. (En 1884, certaines riches familles de SAUVE vinrent s'y réfugier pendant le choléra !)

Un fait curieux est le taux supérieur de la période 1850-1900 par rapport à la période 1800-1850 dans les deux villages voisins de CA- NAULES et de LOGRIAN. On peut expliquer cet accroissement des décès soit par le vieillissement de la population, soit par les progrès de l’alcoolisme liés à l'essor de la vigne et des bouilleurs de cru.

3.) Les bourgs pré-cévenols : DURFORT, SAUVE. La mortalité est toujours au-dessus de la moyenne. Il nous faut remarquer tout d'abord que ces deux petites villes ont été les deux grands centres d'émigration du canton et qu'en conséquence le vieillissement de la population entraine un relèvement du pourcentage des décès. Mais il n'en subsiste pas moins que la mortalité y est bien plus élevée que dans les autres communes du canton. Les taux de 1800-1850, époque où les départs de population n'étaient pas encore amorcés, en sont le témoignage. Il n'y a qu’à se promener par une chaude journée d'été à travers les vieilles ruelles de DURFORT ou de SAUVE pour se rendre compte que les conditions d'hygiène sont particulièrement déplorables et que les risques d'épidémie y sont réels. Il est aisé d'imaginer ce que devaient être ces quartiers au début du 19° siècle. C'est ainsi que le choléra de 1835 devait faire de nombreuses victimes dans ces deux localités.

Le choléra qui était apparu en France en 1832 et qui avait fait de gros ravages, notamment à PARIS, prit une grande extension dans le Gard pendant l'été 1835 qui fut particulièrement chaud et sec. NI- MES et ALES furent touchés, mais les chiffres records de décès par rapport au nombre d'habitants furent atteints par SAUVE et par DUR- FORT, parmi toutes les communes du département. L'épidémie s’y propagea avec.une rare violence ; le baëille ne se développe, en effet, que dans des conditions spéciales telles que le bas niveau de vie, l’alcoolisme et l’aide d’autres microbes associés. Toutes ces conditions se trouvaient réunies à SAUVE et à DURFORT en 1835. SAUVE est bâtie sur un véritable lac souterrain où se déversent tous les égoûts particuliers, cette nappe d’eau où les analyses des Services d'Hygiène décèlent encore de nos jours, une proportion dangereuse de colibacilles, se trouva être un véhicule idéal pour le bacille cholérique.

Le prolétariat de journaliers entassés avec leur famille (2) dans les sordides masurés des vieux quartiers de SAUVE et de DURFORT constitua une proie facile pour la maladie.

La statistique du Gard, de Rivière, nous donne 123 cas dont 71 mortels à DURFORT, c'est-à-dire un décès sur 13 habitants. C'est là la plus forte proportion dans le Gard. Avec 105 cas dont 75 mortels et un décès sur 40 habitants, SAUVE occupe le troisième rang sur cette liste tragique. Le deuxième rang est tenu par le vieux village de St-JEAN-DE-S$SERRES, situé à 2 kilomètres à l'Est de CANAULES ; la proportion des décès y fut de un mort sur 35 habitants. Ce village a d’ailleurs été par la suite, ravagé par de PARLE épidémies de typhoïde.

Ces chiffres sont dix fois supérieurs à ceux de NIMES (207 décès i. e. ; un pour 194 habitants) et à ceux d'ALES (37 décès, un pour 326 habitants). Il est curieux de constater qu'aucun cas de choléra n’est signalé en un autre point du canton de SAUVE bien que tous les villages soient situés entre les trois grands foyers d'infection. La comune de St-MARTIN-DE-SAUSSENAC à proximité de DURFORT (elle y a été réunie administrativement depuis lors) fut épargnée par le fléau car la dispersion des habitants dans les mas empêcha l'épidémie de s’y propager.

Le mal avait fait son apparition à SAUVE les premiers jours d'Août en même temps que dans la ville voisine de St-HIPPOLYTE. Mais alors que dans cette dernière agglomération le choléra fut facilement enrayé et que l’on eut seulement à déplorer cinq cas mortels, l'épidémie prit rapidement de graves proportions dans notre cheflieu de canton. De là, elle se propagea à DURFORT où la premièr: victime décéda le 26 Août ; les délibérations municipales de cette commune rapportent que la maladie s’abattit sur une population sous-alimentée dont la condition misérable venait d’être aggravée en Juin et Juillet par de violents orages de grêle qui avaient anéanti une grande partie des récoltes. Ce fut un mois durant une véritable hécatombe de nouveaux-nés et de vieillards, puis un beau jour, l'épidémie cessa brusquement sans que l’on sût exactement pourquoi, probablement avec la fin de la sécheresse (3).

Le choléra de 1835 en s'abattant sur les deux localités les plus peuplées du canton entraina des conséquences démographiques très importantes. Il explique le premier maximum atteint en 1831 par la courbe de population et l'arrêt momentané, de l’accroissement régulier qui se poursuivait depuis le début du 19° siècle. A SAUVE méme le maximum de 1831 ne fut plus jamais dépassé et l'épidémie de 1835 marque le point de départ de la décadence démographique.

(2) On aura une idée de cet entassement lorsqu'on saura que les caves des maisons du vieux Sauve étaient utilisées comme logement ; on peut voir encore les cheminées aménagées par les anciens occupants.

(3) À propos de l'épidémie de choléra dans le Midi de la France, on lira avec intérêt la description saisissante qu’en a faite Jean GIONO dans son roman « Le hussard sur le toit » dont elle constitue le thème central (GALLI- MARD :- Paris 1951).

Sauve ne fut pas plus épargné dans la deuxième moitié du 19" siècle. En Avril 1870, la petite vérole se déclara au camp des terrassiers qui travaillaient à la voie ferrée en construction et se propagea rapidement dans la ville. De Mai à Septembre plus de quarante nourrissons furent emportés par la variole. L’épidémie qui fit également des victimes parmi la population adulte, ne fut définitivement conjurée que dans le courant de 1871 (4).

En 1884 on eut à déplorer une autre offensive du choléra sans que la présence de cette maladie ait été signalée en un autre point de la région. Le fléau se manifesta brusquement le Dimanche 7 Septembre par le décès d'une femme de 43 ans qui avait passé la soirée du samedi au champ de foire de LA VABRE où la fête de la SAINT GIL- LES battait son plein.

L'épidémie fit des progrès foudroyants car elle se développa dans un milieu favorable. Une semaine de festivités avait amené un changement du genre de vie et des habitudes d'une population qui s'était livrée à des excès de toute nature comme il est coutume dans la région en de pareilles circonstances.

L'Etat-Civil enregistra 31 décès dont 21 personnes bien portantes atteintes par le choléra, 7 de malades emportés par des accidents cholériformes et 3 de nouveaux-nés victimes de la toxicose dans la seule période du 8 au 28 septembre. Après cette date on ne relève plus que des décès de vieillards et de femmes qui souffraient déjà d'affections chroniques et qui n’offrirent qu'une faible résistance au bacille.

Le docteur DEMORCY-DELETTRE qui étudia sur place le développement de l'épidémie conclut à une manifestation aigüe d'un mal existant à SAUVE à l’état endémique (5). Il rapporte qu'il avait fréquemment observé des diarrhées ou des cholérines plus ou moins accentuées et que ces accidents peuvent avoir pris une forme évolutive caractérisée sous l'influence de facteurs qu'il'examine en détail :

« Il faut placer en première ligne l’état de saleté de la ville. Après cela, l'altération des eaux de la source qui sert à tous les besoins du bourg. Cette fontaine, très basse depuis fort longtemps, à la suite d'une sécheresse datant de plusieurs années, a donné une eau très trouble après une violente pluie d'orage, le 3 septembre... Cet orage fut suivi de variations brusques de la température qui ont eu d'autant plus d'effet sur la population qu’à ce moment-là toute la ville était en fête et que presque tout le monde passait la soirée à se promener, danser et boire dans une promenade basse située juste audessus du Vidourle ».

Toutes ces épidémies aggravèrent surtout le taux de mortalité infantile qui se trouvait déjà relativement élevé dans les deux com-

(4) La vaccination antivariolique n’a été rendue obligatoire qu'en 1902.

(5) DEMORCY-DELETTRE. Notice sur l'épidémie de choléra observée à SAU- VE en 1884 - NIMES 1886 in 8°

munes de SAUVE et de DURFORT. Un sondage effectué dans les registres de l'Etat-Civil de DURFORT pour la décade 1883-1892 nous donne des résultats convaincants. Nous avons pris à dessein une période exempte de maladies contagieuses pour que les chiffres relevés ne soient pas faussés à la base. Pour 173 naissances enregistrées au cours des dix années prises comme référence, on constate 49 décès de nourrissons de moins d’un an, soit un taux de mortalité infantile de 283 pour 1.000 alors que la moyenne de la France entière s'établissait autour de 176 pour 1.000. Bien plus, si l’on considère le nombre de garçonnets et de fillettes morts avant d'avoir atteint cinq ans, le taux de mortalité par rapport aux naissances dépasse 50 % ce qui signifie que sur deux enfants qui naissaient, un seul avait des chances de parvenir à l’âge scolaire.

Ces exemples illustrent bien l’insalubrité des vieux quartiers de SAUVE et de DURFORT et expliquent aisément le taux comparativement élevé de la mortalité dans ces deux agglomérations. Actuellement, le taux de mortalité infantile s’est nettement amélioré, un son- dage effectué à DURFORT pour la décade 1923-1932 nous révèle qu’il est maintenant identique à celui de la France entière (69 pour mille). Cependant, la mortalité générale reste alarmante car les méfaits de l’alcoolisme sont venus s'ajouter aux risques traditionnels. Depuis la fin du siècle dernier, les délibérations du Conseil municipal de DURFORT renferment fréquemment des demandes d'assistance pour des administrés internés dans des asiles d’aliénés. Cette recrudescence des maladies mentales et des névroses héréditaires doit être attribuée à l'accroissement de la consommation en vins et eaux de vie qui est également responsable d’une plus grande dissolution des mœurs et même d’une plus grande criminalité.

Le problème de l'habitat demeure d’une actualité brûlante. Une partie de la population de SAUVE et de DURFORT s’est établie dans des demeures confortables qu'elle a fait construire hors de la vieille enceinte, en général le long de la Route Nationale, mais il ne s’agit que de commerçants ou de propriétaires aisés. La classe pauvre est restée confinée dans la vieille ville où elle vit dans des conditions d'hygiène qui se sont très peu améliorées depuis les siècles derniers.

L'EXCEDENT NAISSANCE-DECES :

Nous en ferons une étude sommaire car nous nous réservons d'en examiner l'incidence sur les variations de la population au chapitre suivant.

Jusqu'en 1852, les naissances sont largement excédentaires avec toutefois une exception pour la décade 1833-1842 marquée, nous l'avons vu, par les ravages du choléra. Au cours de la décade 1853- 1862, naissances et décès s’équilibrent à peu de chose près et à partir de 1862, les décès l’emportent, avec plus ou moins de marge. Cependant au cours de la décade 1893-1902, ce sont les naissances qui dominent, mais ce phénomène est dû simplement à une baisse brusque de la mortalité.

Population moy. : 5 Excédents du Canton

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Si nous considérons un tableau des excédents naissance-décès dressé pour la France entière, nous voyons que les naissances y sont excédentaires jusqu'en 1932 (exception faite de la décade comprenant 1914-18). La situation démographique du canton de SAUVE est donc nettement défavorable. L'apparition d'un déficit de naissances coïncide avec le début de la baisse de la population. Mais ce déficit suffit-il à expliquer la disparition de près de la moitié des habitants en un siècle ? L'étude des déplacements de population va nous donner une réponse.

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