‹ Le Salavès: Étude monographique du canton de SauveChapitre 22 sur 78 · IMMIGRATION - EMIGRATION · texte numérisé non relu

IMMIGRATION - EMIGRATION

Cette étude se présente sous un jour difficile car nous nous trouvons dans une zone de transit. S'étalant en bordure des Cévennes, la plaine va constituer uñhe première étape pour les montagnards des Causses gardois et de la Lozère méridionale qui abandonnent leurs villages. Au bout de quelques années, souvent même au bout de quelques mois, ils quittent le canton où ils n’ont pas trouvé les conditions de vie dont ils avaient rêvé en s’expatriant. Ils vont alors se fixer à NIMES ou à MARSEILLE, attirés par la vie citadine.

De ce fait, il devient presque impossible de chiffrer en valeur absolue les mouvements de la population. Arrivées et départs se succèdent sans cesse et il est difficile de déceler si c’est l’émigration ou l'immigration qui l'emporte à un moment donné. Vues de Sirius, à une cadence accélérée, certaines communes donneraient l’impression d'une fourmilière où les insectes vont et viennent dans tous les sens, s'arrêtent un instant, repartent, se mettent à nouveau en marche sans qu'on puisse trouver des lois à ces perpétuels déplacements.

Le cas est particulièrement typique dans les communes à habitat dispersé ; un sondage que nous avons fait pour la période 1901-1906 nous donne des résultats surprenants. À St-NAZAIRE-des-GARDIES, en cinq ans, il y a plus de soixante habitants qui sont partis et ont été remplacés par de nouveaux arrivants, au total 55 % de la population ont été complètement renouvelés entre les deux recensements quinquennaux. Sur les 90 habitants de plus de 15 ans, il y en a seulement 9 qui soient nés dans la commune. A PUECHREDON 50 % de la population s’est renouvelé et sur 47 habitants de plus de 5 ans, il y en a 7 nés dans la commune, dont 2 hommes seulement. On retrouve la même proportion d'habitants nouveaux dans les mas de la commune de CANAULES où sur 50 habitants de pins de quinze ans il yen

5 nés dans la commune.

Dans les villages, si la proportion n’est pas aussi importante, elle n’en est pas moins intéressante. Entre 1901 et 1905 à CANAULES, le renouvellement s'élève à 17 % du total de la population agglomérée. Partout ce sont des familles qui s’en vont et sont aussitôt remplacées. Pour peu que des familles nombreuses quittent le pays et que des ménages sans enfant leur succèdent, ou inversement, le nombre d'habitants variera d’un recensement à l’autre et il serait hasardeux d’en déduire un surplus d’immigrants ou d’'émigrants. Dans ces

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conditions, l'étude des mouvements de population s'avère très délicate, il faudra nous en tenir à des variations d’une assez grande amplitude vérifiées dans toutes les communes d'un même type pour donner un sens aux divers déplacements.

Pour évaluer la part respective de la différence immigrationémigration et de la différence naissance-décès, nous ne pouvons que recourir à la méthode imparfaite qui consiste à rapprocher les chiffres des recensements successifs et ceux des excédents de naissance. On en déduit le sens et l'importance des mouvements migratoires, mais on ne peut en faire une évaluation exacte, car ce calcul néglige l'erreur imputable au fait que nous possédons les chiffres des naissances et des décès pour les décades commençant le premier janvier des années dont le millésime se termine par trois et que les recensements utilisés sont effectués au cours des années dont le millésime se termine par un.

Nous pouvons donc dresser un tableau qui nous renseignera « grosso modo » sur l'incidence de l'excédent naissances-décès et de l'excédent immigration-émigration sur la courbe de la population. Nous supposerons que l'excédent naissance-décès entre les deux recensements est égal à l'excédent naissances-décès pour les décades commençant au premier janvier de l’année terminée par le chiffre 3.

de Excédent Excédent Variation globale naiss.-décès immigrant - émigrant AU ROME d'a E n F posit. négat. posit. négat.

Périodes

1871-1881 86 1891-1901 73 1901-1911 188 1911-1921 — 500 1921-1931 — 188 1931-1946 (quinze ans) (— 536 )

Sur les 1917 habitants que le canton a perdus entre 1851 et 1931 884 ont disparu par suite de l'excédent des décès sur les naissances et 1024 manquent à l’appel du fait du surplus de l’'émigration. Celleci a donc joué un rôle majeur dans le dépeuplement de la région. Le tableau ci-dessus nous montre que depuis 1821, l'émigration l’a toujours emporté sur l'immigration sauf en 1821-1831 et 1881-1891. L'hémorragie est d'ailleurs assez régulière, variant autour de 150 habitants par décade depuis 1831 ; elle ne s'amplifie qu’à une seule période de 1851 à 1861, où l'excédent des départs sur les arrivées est de 417 habitants.

Nous étudierons d'abord l'immigration en nous arrétant aux périodes où elle est particulièrement importante et nous essaierons de définir les caractères et les origines des arrivants suivant les époques.

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