‹ Le Salavès: Étude monographique du canton de SauveChapitre 29 sur 78 · LE REGNE DE LA VIQNE · texte numérisé non relu

LE REGNE DE LA VIQNE

Assez tôt, les agriculteurs de la plaine de Bay entreprirent de replanter quelques vignes. A l'origine, ils avaient seulement pour but de s'assurer une petite récolte pour leur consommation personnelle. Après le phylloxéra, le vin était devenu une denrée très rare et très chère que l’on ne voyait plus sur la table des vignerons qu'en certaines occasions exceptionnelles, comme le 14 juillet ou la fête . locale.

Les Canaulois nés aux environs de 1875, racontent que lorsqu'ils voulaient manger des raisins au cours de leur prime jeunesse ils étaient obligés de monter aux arbres. Cette boutade s'explique par le fait que les treilles que l’on avait coûtume de faire grimper sur des poiriers sauvages avaient été épargnés par le phylloxéra.

Le désir de retrouver dans son verre sa boisson traditionnelle poussa le cultivateur, dès 1880, à planter quelques arpents de jacquez. Ce plan direct qui donnait un vin fort grossier, fut vite délaissé devant le succès des nouvelles méthodes de greffage des anciens cépages français sur les porte-greffes américains mieux résistants au phylloxéra. A partir de 1886, les gros exploitants des mas de St- NAZAIRE-DES-GARDIES et les propriétaires de CANAULES, plus fortunés que ceux des autres villages du canton, commencèrent à investir dans de nouvelles plantations les bénéfices que leur procuraient les hauts rendements des céréales.

Le cours élevé des vins, le souvenir encore récent de la prospérité des années qui avaient précédé le phylloxéra, les encouragements du législateur, qui exonéra d'impôt foncier pendant quatre ans les terres reconverties en vigne (1) incitèrent les cultivateurs de ces deux communes à replanter une partie de leurs plus riches parcelles, à l'image des cultivateurs du bas-Gard et de la Vaunage. La mise en service, depuis 1884, de la voie ferrée de Quissac à Mas des Gardies, avec une gare au centre de la plaine de Bay, laissait entrevoir de grandes possibilités d'évacuation de la récolte. En 1890, le Conseil Municipal de St-NAZAIRE réclama avec véhémence l'adjonction d’une gare de marchandises à la gare de voyageurs :

« Attendu que les produits agricoles sont dans un état prospère et qu'ils tendent même à augmenter.

(1) Loi du ler Décembre 1887 et décret du 21 Juin 1892,

Attendu que les engrais tant chimiques que naturels pourront être livrés en gare.

Attendu que les produits de la viticulture sont d'année en année plus encourageants à cause du nombre croissant d'hectares plantés en vigne et déjà en plein rapport, ce qui va obliger les propriétaires à chercher de nouveaux débouchés. » (2)

Le riparia « Gloire » s'était révélé comme un porte-greffe excellent, très bien adapté aux marnes néocomiennes de la plaine de Bay. Les hauts rendements obtenus par les cépages français, parmi lesquels dominait largement l’aramon, provoquèrent un afflux d'argent frais qui fut immédiatement réinvesti dans de nouvelles plantations. Le vignoble se multiplia sur les meilleures terres de St-NAZAIRE et de CANAULES où il devint rapidement plus étendu qu'avant le phylloxéra, comme nous le montre le tableau des surfaces plantées en vigne en 1872, 1900 et 1913.

Hectares 1900 (4)

Hectares | | Hectares

1874 (3) | Produe- | Vignes 1913 (5)

tifs jeunes

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