CONCENTRATION INDUSTRIELLE ET COOPERATION AGRICOLE
Aussi bien dans le domaine de l’agriculture que dans celui des incustries sauvaines, les dernières décades nous font assister à un regroupement des unités d'exploitation. Ce phénomène se traduit d'une façon différente pour chacune des deux activités considérées, mais son origine est partout liée à l’évolution générale de l’'économie moderne. La nature spéculative des principales cultures soumet maintenant les paysans aux mêmes obligations de rationalisation que les manufacturiers de SAUVE. C’est pourquoi nous voyons au moment présent les vignerons de la plaine de Bay se réunir dans de multiples coopératives, tandis que les dernières formes d'industrie artisanale et familiale disparaissent, une à une, au profit de trois ou quatre grosses entreprises de bonneterie ou de boissellerie.
Par un curieux paradoxe, le mouvement coopératif actuel, a pris naissance dans la plaine viticole de l'Est du canton, alors que les cultivateurs sauvains, qui se sont montrés des précurseurs sur ce chapitre, ne sont jamais allés au-delà de l'association des producteurs de fourches. La violente rivalité qui opposait les deux factions religieuses a toujours fait obstacle à des tentatives de groupement autres que le syndicat ancestral. Il y a quelques années en-. core, catholiques et protestants possédaient chacun leurs boulangeries et leurs boucheries attitrées, leurs cafés particuliers et même leur propre société de musique.
Les industriels ont bénéficié, d’ailleurs, de cet antagonisme spirituel qui a détourné les ouvriers du fondement de la lutte des classes: l’histoire sociale de la bonneterie sauvaine n’a jamais été marquée par des grèves ou des conflits aigus.
Une structure religieuse identique à empêché, également, les petits cultivateurs de DURFORT de se réunir dans des associations et accentue ainsi le décalage économique de leur système d’exploitation.
Dans l'Est du canton, l'essor relativement tardif de la coopération agricole est dû à l'existence de courants politiques opposés. Pour expliquer ceux-ci, il faut remonter jusqu'à la deuxième moitié du dix-neuvième siècle où l’on assiste dans la plaine de Bay, surtout à CANAULES, à la naissance d'un noyau de francs-maçons au sein de la communauté protestante qui englobe alors la quasi-totalité des habitants. S'il est difficile de saisir exactement le rôle exact joué par ce courant maçonnique affilié au rite Ecossais dans la vie publique des villages, on doit lui attribuer d'importantes répercus-
sions taut sur le plan économique que sur le plan spirituel. Au point de vue économique, en favorisant {a diffasion du St-Simonisme, il a
chassé tout esprit de routine de la classe paysanne et a préparé le ter-
rain pour la série d'expériences entreprises avec succès par les cultivateurs de CANAULES et des communes voisines. Cette foi dans le progrès ne s'est jamais démentie, même après la disparition de la loge, aux environs de 1900, et elle est à la base de l'avance prise par les exploitants de la plaine de Bay, en matière de modernisation.
Au point de vue spirituel, la franc-maçonnerie est à l’origine de la forte proportion de libres-penseurs dans l'Est du canton. Elle a préparé le milieu d’où sont écloses, à la fin du dix-neuvième siècle, les puissantes sections du parti socialiste unifié, dont le succès sur le plan local s'explique par son anticléricalisme de combat (1)
En faisant éclater en deux fractions hostiles le mouvement s0cialiste, le Congrès de TOURS de 1920 a créé, dans tous les villages du canton, un violent antagonisme entre les deux partis nés de la
(1) ELECTIONS AU CONSEIL GENERAL DE 1901. Résultats du Premier Tour
Socia- Social. Modéré liste Conser-
Unifié (Protes-
Expri-
Communes Inscrits] Votants Révol. ; vateur prob Plantier tant)
Bourguet | Noguier | Perrier
Pompeny
|Canaules Durfort Fressac Logrian Puechredon St-Jean-de-C.| 58
St-Nazairedes-Gardies 28
Sauve 738 Savignargues 43