‹ Le Salavès: Étude monographique du canton de SauveChapitre 52 sur 78 · TOTAL 1210 933 926 162 504 ELU · texte numérisé non relu

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est de ne pas s'être limités au cadre local et d'avoir sollicité les cultivateurs des communes voisines pour chaque nouveau projet. Ce souci d'élargir le cercle d’adhérents des associations agricoles constitue un gage de leur rentabilité.

: Le syndicat contre la gelée, mis sur pied en 1934, groupa la totalité des exploitants de CANAULES et de St-NAZAIRE-des-GAR- DIES. Au début, on disposa de moyens rudimentaires pour combattre le refroidissement nocturne; le brouillard artificiel était émis à l'aide de goudron que l’on faisait brûler dans de vieux pneus de camion. Par la suite, le syndicat fit l'acquisition d'appareils fumigènes de l’armée, mais l'échec de la lutte contre certaines gelées noires, notamment en 1948, provoqua de nombreuses démissions et seuls, aujourd'hui, les propriétaires les plus menacés utilisent encore ce matériel.

Plus importante fut la création, en 1937, d’une coopérative de battage qui rassemble tous les producteurs de céréales de CANAU- LES, à l'exception d’un seul, lui-même entrepreneur de battage, et 80 % des exploitants de St-NAZAIRE et de St-JEAN-DE-CRIEU- LON. |

Le projet récent de remplacement de l’ancien matériel par une moissonneuse-batteuse à été écarté, non seulement faute d’installations de séchage pour les grains, mais aussi, par suite de l’incompatibilité de ce mode de dépiquage avec la propriété collective. Tous les cultivateurs ont besoin de moissonner en même temps et il faudrait plusieurs « combinés » pour satisfaire simultanément toutes les demandes.

En sommeil pendant l'occupation, le mouvement coopératif allait s'épanouir après la Libération, d'une part grâce aux encouragements de l'Etat et aux prêts des organismes publics, d'autre part grâce à l’évolution du problème politique dans l'Est du canton. Le rapprochement, pendant la Résistance, des courants protestants et corimuristes ainsi que l’affaiblissement général de la S.F.I.O. ont considérablement atténué les questions de parti qui avaient jusqu’alors entravé les progrès de la coopération agricole. (3)

(3) ELECTIONS AU CONSEIL GENERAL D'OCTOBRE 1951 RESULTATS DU PREMIER TOUR

F, | SFIO

Communes Inscrits | Votants P.C. Réschosky Indép. (Martin) à + Bruguier

(Germain)

Canaules et Arg.| 272 226 À! 192 19 13 Logrian 153 |114 62 45 5 Puechredon 32 19 11 3 St-Nazaire-des-G.| 58 30 11 16 St-Jean-de-Cr. 65 45 20 19 Savignargues 86 59 36 Fréssac 52 40 28 | Durfort 392 256 135 Sauve 895 612 251

ss |

TOTAUX 12005 |1401 1386 726 El

En 1945, fut créée une coopérative Régionale d'Approvisionnement, avec CANAULES comme centre. Toutes les communes du canton, y compris SAUVE, y ont adhéré ainsi que la plupart des villages périphériques. Elle se consacre surtout à l'achat des engrais et des sulfates et plus généralement, à celui de tous les produits dont les agriculteurs peuvent avoir besoin pour leur exploitation. Si sa réussite n'est pas encore complète, elle a eu, du moins, l'avantage d'obliger les négociants de la région à réduire considérablement les marges bénéficiaires dont ils avaient joui jusqu’à préssnt.

En 1946, la coopérative de battage s’adjoignit une section de labour à laquelle adhérèrent également, les villages de LOGRIAN et de SAVIGNARGUES. A cet effet, elle fit l'acquisition d’un tracteur « CATERPILLAR » de 60 chevaux destiné aux défoncements et aux labours profonds. Cet engin s'est révélé comme le complément indispensable des tracteurs légers qui ne peuvent être utilisés que pour des labours superficiels. Au moment du dépiquage, le tracteur a remplacé la vieille locomobile à vapeur qui actionnait le matériel de battage. |

La coopérative possède également, un trieur à grains pour la semence et un moulin à paumelle, dont la farine est l'aliment de base du porc familial.

La réalisation la plus conséquente fut celle de la coopérative vinicole de CANAULES terminée pour la récolte 1947. Prévue, à l’origine, pour 20.000 hectos, sa capacité vient d’être portée à 32.000 hectos, par des agrandissements récents. Ses fondateurs, qui ont tablé sur les possibilités de transport de la vendange par tombereau sur pneus et même par camion, ont bâti leur cave à une faible distance de la riche plaine de St-NAZAIRE pour permettre aux viticulteurs de cette commune et de LOGRIAN de bénéficier de ses installations. Déjà, une vingtaine d’exploitants de ces deux communes vinifient à la coopérative de CANAULES. Malgré l’éloignement, certains vignerons de SAVIGNARGUES ont, eux aussi, sousérit des parts de cave. Un projet encore plus révolutionnaire est, d’ailleurs, à l'étude pour étendre les avantages de la coopérative à tous les villages du canton. On envisage l'établissement de dépôts de vendange en un point central des communes qui désireraient s’affilier ; le raisin, foulé, serait transporté quotidiennement par camion-citerne jusqu'à CANAULES où il serait vinifié et stocké.

Quelques gros propriétaires de CANAULES qui avaient récemment investi des sommes importantes dans la modernisation de leurs installations de vinification, n'ont pas adhéré à la cave, mais le volume de leur récolte peut justifier cette attitude. Le principal bénéficiaire de la coopérative vinicole est, en effet, le petit exploitant qui peut ainsi profiter d’un matériel perfectionné. Le traitement scientifique de la vendange assure, également, une sensible amélioration de la qualité qui vaut actuellement aux producteurs, la clientèle de quelques grandes maisons de vin parisiennes. Enfin, le vigneron coopérateur réalise une grosse économie de main-d'œuvre au moment de la récolte, car tous les travaux harassants de préparation des installations, de décuvage et de pressoir lui sont maïntenant épargnés.

La construction de la cave coopérative a eu pour conséquence de rendre disponibles les locaux où chaque propriétaire possédait ses cuves et ses foudres. Certains les transforment en remises pour le matériel d'exploitation, d'autres encore y font construire des appartements. La physionomie du village de CANAULES est également modifiée par la création, à proximité de la localité, d'un quartier spécialisé où voisinent les bâtiments de la cave vinicole, de la Coo-

pérative d'Approvisionnement et de la Coopérative de Battage. Les

promotteurs du mouvement pensent y adjoindre, dans un proche avenir, un silo à grains pour le stockage des céréales et un atelier coopératif dont les adhérents disposeraient d'un personnel qualifié pour l'entretien de leur cheptel d'exploitation.

II faut également signaler un projet de coopérative oléicole qui intéresse les cultivateurs de l'Ouest du canton et qui a le mérite, lui aussi de se placer sur un plan intercommunal et même intercantonal, puisque l'initiative en revient à des propriétaires de la région de St-Hippolyte-du-Fort. La réalisation de ce syndicat peut, seule, assurer la sauvegarde du capital oliviers de DURFORT et de SAUVE.

Si cette tentative aboutissait, les avantages d’une transformation collective seraient étendus à tous les principaux produits agricoles du canton. Tout au plus pourrait-on suggérer une au deux expériences coopératives qui permettraient de préserver et peut-être de 1anjiner les derniers vestiges de la polyculture traditionnelle et, en même temps, de réaliser une mise en valeur plus complète de toutes les ressources du terroir. .

La création d'un troupeau collectif rétablirait les pratiques d'élevage communautaires disparues, il y a un siècle à peine, comme la fixation de la période de la récolte par le Conseil d'administration de la Coopérative vinicole fait revire l'antique Ban des Vendanges. Le principal reproche que les vignerons adressaient au mouton ne tient plus aujourd'hui; ils prétextaient qu’en piétinant les vignes après les pluies d'automne, il tassait la terre et gênait les labours de printemps; cet argument n’est plus valable depuis la multiplication des tracteurs dont la puissance suffit à éliminer cet inconvénient. Il faudrait, là encore, se placer sur le plan inter-cantonal pour pouvoir combiner les différentes possibilités de chaque commune. Le troupeau passerait l'automne et l'hiver dans les vignes, puis il serait conduit dans les garrigues qui forment un arc de cercle autour de la cuvette de Bay, au moment où les pluies de

printemps font germer une abondante végétation de graminées. En- :

suite, il transhumerait comme autrefois, à partir de la première quinzaine de juin et reviendrait à la mi-Août pacager les chaumes de la plaine de St-NAZAIRE. :

On pourrait ainsi faire vivre, dans le canton, deux ou trois mille

ovins supplémentaires, sans porter préjudice aux cultures princi-

pales; les ressources en fourrages artificiels permettraient d’envisager l’engrais d'agneaux de boucherie. Enfin, le fumier de bergerie

compenserait largement le manque de fumier de ferme résultant de la mécanisation.

Bien qu'il ne nécessite qu'une faible mise de fonds, un tel pro- Jet rencontrerait bien plus de difficultés que tous ceux qui ont été

réalisés jusqu'à présent. En laissant de côté le problème général de

l'absence de bergers qualifiés, il se heurterait à de multiples résistances particulières. Seule, une législation autorisant, comme jadis pour la compascuité, la majorité à imposer ses décisions aux réfractaires faciliterait le succès de cette expérience.

Plus facile, serait la création d'une coopérative intercommunale de sériciculture pour éviter l’'arrachage des derniers mûriers. Des équipes de femmes pourraient effectuer la cueillette de la feuille qui serait transportée par camion, jusqu'au local où les vers à

‘ soie seraient élevés scientifiquement. On pourrait utiliser, à cet ef-

fet, en l’aménageant, une cave désaffectée. Les bénéfices seraient répartis entre les propriétaires de müûriers, au prorata du nombre de pieds qu'ils mettraient en coopérative.

Bien que la plupart de ces projets soient encore loin du stade des réalisations, on peut considérer comme satisfaisante la situation du mouvement coopératif agricole, surtout dans l'Est du canton. La majorité des groupements existants enrègistrent une augmentation continue du nombre de leurs adhérents; les derniers récalcitrants perçoivent, peu à peu, le profit qu'ils peuvent retirer des diverses associations. Seule, la Coopérative d’Approvisionnement est en légère perte de vitesse; tous ses membres n’ont pu, encore, apprécier, d'une façon tangible, les avantages qu'elle apporte, car elle a dû amortir, au cours des premières années, de grosses dépenses d'installation (matériel roulant, entrepôts...)

La menace qui pèse sur les petits cultivateurs suffit à leur faire comprendre le danger de rester isolés en face de propriétaires entreprenants et pourvus de gros moyens financiers. Ils ont sous les yeux, à chaque extrémité du canton, l'exemple de deux exploitants puissamment outillés qui, dans les vingt dernières années, ont considérablement agrandi leurs domaines aux dépens des petits paysans marginaux. À CANAULES, un des premiers propriétaires s'étant livré à la motoculture, possède actuellement, cinquante hectares de vignes et de terres labourables au lieu de vingt seulement en 1931. A FRESSAC, un riche cultivateur et éleveur a acquis la totalité de la fertile plaine de la Leque et exploite, en 1952, un domaine de cent soixante hectares, soit un peu plus du quart du territoire de la commune.

Si le mouvement coopératif venait à faiblir, les petits vignerons subiraient sans doute le sort des artisans sauvains qui en sont actuellement réduits à s’embaucher comme ouvriers dans les usines de la localité. Le phénomène de concentration qui s'était amorcé dès le début du dix-neuvième siècle, arrive maintenant à maturité et le glas de la petite et moyenne entreprise semble avoir définitivement sonné. En 1952, il n'y a plus que trois ateliers familiaux et une affaire occupant cinq ou six personnes, en face des établissements MOMBOUNOUX qui groupent 150 ouvriers et de deux autres sociétés qui peuvent employer chacune, de soixante à soixante-dix individus.

La complexité accrue du matériel et la nécessité de le renouveler constamment ont éliminé les petits artisans de la fabrique de sousvêtements.

Sur le plan économique, nous avons vu les dangers de la concentration lorsque nous avons étudié le départ, avant 1914, des deux plus grosses usines de SAUVE pour le chef-lieu du département. Le même péril se retrouve aujourd’hui, car les deux sociétés mentionnées ci-dessus, sont devenues l'objet de spéculations plus ou moins heureuses et l'équipement de l’une d'elles est en passe d’être transféré vers d’autres centres de bonneterie.

Sur le plan social, la prolétarisation de la classe des artisans combinée avec l’affaiblissement des luttes religieuses résultant de la césaffection des cultes et du plus grand brassage des populations, replacera les rapports ouvriers et patronaux dans leur véritable cadre. Cette transformation explique, d’ailleurs, le fort pour-

centage de voix recueilli par le parti communiste depuis la Libération.

Le même phénomène de regroupement des entreprises industrielles se retrouve dans la boissellerie. La manufacture des fourches à, depuis longtemps, donné naissance à des fabrications dérivées dont la plus importante est celle des manches de pelles et de pioches en bois de chêne et de châtaignier. Cette industrie, qui débite 30 tonnes de bois par jour, occupe une soixantaine d'ouvriers. Comme pour le sous-vêtement, les articles manufacturés sont, en général, des produits bon marché, de qualité inférieure.

Actuellement, il n'y a plus qu'un seul artisan boisselier et deux affaires de moyenne importance contre quatre à la Libération. La Société Générale des fourches (qu'il ne faut pas confondre avec la Coopérative, qui travaille uniquement le bois de micocoulier) a absorbé la société « LA FORESTIERE » et la Société AZEMA. Ainsi, la destinée économique du chef-lieu de canton ne dépend plus maintenant que de trois ou quatre personnes.

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