GRAVURE
MM. MERCURI, JOHANNOT, PRÉVOST, CALAMATA, FRILLEY, btc.
Sous Finfluence de l'école académique qui a fourvoyé les autres arts , la gravure était tombée si bas^ que^ malgré les efforts de plusieurs artistes^ à peine parvient-elle à 'donner signe de vie , et que le grand nombre des graveurs est encore loin de £sdre aussi bien que les Anglais^ qui pourtant ne sont pas forts ; car^ quand on a fût la part de la finesse , de leur triste finesse qui est encore loin d'être comparable à celle d'Albert Duret, et de ce qu'on appelle les /le-
tiis maîtres allemands } quand ^ dis-je, on a fiedt la part de cette finesse et d'un certain charme d'harmonie toujours le même et qui n^a rien de vrai, il reste bien peu de choses à louer dans leurs gravures, dans lesquelles on ne trouve jamais ni vérité d'effet ni science de dessin.
Les graveurs anglais ont mis dans leurs ouvrages un charme dont nos compatriotes doivent profiter s'ils veulent prétendre à quelques succès; c'est un progrès dont il faut tenir compte ; mais ils ne doivent pas les imiter dans leurs défauts, et c'est ailleurs qu'il leur faut chercher des modèles s'ils veulent faire des têtes , des pieds , des mains , des bras et des jambes qui ressemblent à quelque chose.
Sans remonter bien loin, ils trouveront chez nous, dans les gravures de Lebas , un dessin savant et une adttrirable interprétation des maîtres qu'il a rendus ; dans les estampes de Desnoyers et dans quelquestmes de c^Bes de Richomme , ils trouveront des traditions que nous préférons à celles des chercheavs
de taille qui se sbht mis à la suite de Scarpe et êe Reéfiebach.
Hfaâs rïls veuleiït arriwr à mne gravure sa^ame <et «èndendeuse ^en même temps que rmAue mec
tihanne^ ils doiveot étudier tout ce qui a été fait jps^ qu'à nos jours ^ depuis le temps é' Albert Durer ^ de Marc-Antoine et de JLucas de Leyden.
11$ trouYeront d'un côté les belles et sayantes estampes italiennes^ et surtout celles des artistes formés xiiei les Carracbes ; de l'autre^ Técole de Ggltius et les Sadeler ; plus tard^ les gravures flamandes ; puis jE4el* "Ciûk et les Audran^ et cet admirable Abraham l^osse^ qui kïtta avec tant d'éner^j^e et de persévérance €<Hitre Ja cabale académique^ que plu$ d'une fois messieurs de l'Académie des Beaux-ArXs eui:ent recours aux cavaliers de la maréchaussée , gendarmerie d'alors , pour imposer silence à un artiste dont le aens droit et la logique les importunaient.
On nous assure qu'on cherche un moyen d'en finir avec ceux des artistes récalcitrans dont l'opposition devient embarrassante; celui que nous citons en v^t bien u|i autre , et l'on doit nous savoir gré de l'avoir indiqué^ si l'pn n'y avait pas encore songé. Pardieu cçila serait parfait pour venger l'amourpropre de ces messieurs^ ce serait un moyen infail^ lible d'imposer silence à toute critique un peu franche ^ que d'emprisonner les contradicteurs indépen^ans ; comment se fait-il qu'on n'ait pas encore songé à celui-là ?
En attendant revenons à nos graveurs.
Nous commencerons par les Moissonneurs , gravés par M. Mercuri, d'après le tableau de M. Robert, exposé au Salon de i83i . Cette admirable petite grst^ vure, exécutée avec une finesse et une précision incroyables y laisse loin derrière elle tous les ouvrages contemporains^dont elle ne suit aucune des traditions. Il fiaut remonter jusqu'au temps des Marc-Antoine , pour trouver la source des inspirations de M. Mercuri, qaij tout en étudiant le maître, s'est bien gardé d'en faire une pastiche servile.
Le tableau est très bien ; mais le graveur Ta reproduit avec une intelligence rare : la pureté et la fermeté du contour, la science du dessin et le style des figures, qui sont les qualités les plus remarquables de M. Robert, ont plutôt gagné qu'ils n'ont perdu sous le burin de M. Mercuri.
Au contraire, dans la gravure du duc d^ Anjou, déclaré roi d^ Espagne y d'après M. le baron Gérard, les défauts du tableau, qui, certes, n'en manque pas, ont été plus chargés qu'amoindris par M. Alfred Johannot; d'ailleurs, il y a une sorte de dureté désagréable dans cette estampe, et l'on n'y reconnaît pas le goût habituel que cet artiste sait si bien mettre dans ses petites vignettes à l'eau forte.
M. Muller s'est donné beaucoup de mal pour tirer parti du tableau deDiane et Endymion de M. Langlois; mais il n'a pas pu en venir à bout plus que tout autre ne l'aurait fait à sa place ^ pourtant il y a une grande habileté de métier dans cette planche ; mais M. Muller a le tort de graver trop généralement en gros^ ce qui l'empêche d'étudier la finesse, et rend sa gravure lourde et sans transparence. Les graveurs italiens faisaient mieux avec moins de travail .
Les deux gravures exposées par M. Prévost, toutes deux remarquables comme exécution, ne le sont pas autant comme objet d'art , mais la faute n'en est pas entière au graveur qui a été on ne peut plus mal servi par ceux qui lui ont donné ces deux tableaux à graver: le Saint Vincent de Poule prêchant demnt la cour de Louis XIII, pour les enfans abandonnés, aussi bien que Louis XIV donnant sa bénédiction a Louis XV.
Dans le premier de ces deux tableaux , qui commence à gauche par une moitié d'homme mal drapé et disgracieusement coupé par le cadre , les figures de premiers plans sont hors de proportion avec celles de second plan et ainsi de suite. Cela vient de ce que M. Delaroche tâtonnant toutes ses peintures comme ses confrères en Institut, fait un tableau tons les six ou huit ans, et ne peut pas se familiariser avec la mise
en scène d'un tableau^ et h'ehtettd rien à la disposition de ses persolinagesi. Ain^i^ ayant ptâcé la première figtire trop près de èoïï œH, elle devient gigantesque comparatiTemelit à la seconde ^ dans là main de laquelle tUe met de IWgent ; celle-d est gigantes- (}ue pour la troisième^ qui est gigantesque pour celle qui touche , et ainsi de suite jusque dans le fdnd^ où Télôignement dimiîitie la rapidité de la décroissailce de perspective.
Avec un défaut aussi choquant dans ^n original , lin graveur aura beau faire , il île parviendra pas à faire une estampe supportable^ et si M. Prévost eût été inieux conseillé^ il n'aurait pas ainsi perdu son teinps et son talent ; car il en a beaucoup^ bien qu'à l'ëxetaplë de M. Dupolit^ il cherche encore trop exclusivement la taille et un certain modelé à fitcettes qui n'indique pa^ la fbrtne d'une mahièré savante.
Dànâ le masqué de Bonaparte ^ gravé d'après le plâtre rapporté de Sainte -Hélène^ par le docteur Automarchi^ M. Calamata a aussi le défaut de chercher la taille dans une gravure qui devrait être toute d'effet et de sentiment.
Dans les petites vignettes^ plusieurs de nos graveurs ont déjà obtenu des résultats satîsfaisans.
MM. Fréley, Blanchard , Prévost, Lecomte, Taveryier, Levivre, etc., nous semblent destinés à lutter avec avantage contre les Anglais; car ils dessinent mieux que les artistes d'outremer, et quand ils voudront s'y appliquer avec constance , ils auront des travaux aussi fins et peut-être plus que les leurs ; car ce n'est qu'une affaire d'assiduité et de persévérance.
Parmi les graveurs en bois qui ont exposé des ouvrages remarquables, nous citerons MM. Andrev^, Bert, Leloir, Lacoste, Thompson et quelques autres. L'espace nous manque pour en parler avec plus de détail.
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