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OUVERTURE DU SALON

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À Theure dite et au jour dit^ les salles de Texposilion ont été ouvertes au public. Cette exactitude sévère mérite d'être mentionnée^ car l'administration ne nous y avait pas habitués jusqu'ici ; et l'on doit lui en savoir d'autant meilleur gré y qu'il a fallu travailler plusieurs nuits pour arriver à temps.

Le public s'attendait si peu à cette exactitude inaccoutumée^ qu'à peine quelques personnes qui

étaient venues à tout hasard^ se trouvaient là au moment de l'ouverture. De toute la journée^ les salles n'ont pas été encombrées^ ni le lendemain^ ni le sur^ lendemain , en sorte que les premiers venus ont eu tout le temps d'examiner à leur aise les deux mille trois cent quatorze ouvrages exposés.

Le premier tableau sur lequel tombent les regards en entrant dans le salon carré ^ est le Martyre de saint Simphorien^ par M. Ingres, ouvragé célébré d'avance par les journaux de toutes les couleurs, avec cet enthousiasnie de commande , que , dans la crainte de se tromper , ils n'accordent jamais qu'à des réputations faites. Aussi c'est presque toujours un malheur d'être l'objet de cette fureur laudative , aujourd'hui que les grands hommes passent si vite , et que chaque salon en voit jQnir quelqu'un , car il se trouve maintenant que l'œuvre la plus exaltée est souvent la pire de toutes les productions d'un artiste.

Pour peu qu'on ait lu avec attention l'introduction de ce volume , on conviendra qu'il n'y a rien d'exclusif dans les principes qui admettent en même temps la Flandre, l'Espagne et l'ItaUe, Venise et Florence , Raphaël , Albert Durer et le Caravage j mais il y a une chose qu'on ne peut pas accepter, d'où

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qu'elle vienne ^ et ipûr quelque principe qu'on y soit conduit^ c'est la barbarie.

Or ^ il y a barbarie à mettre dans Un tableau des figures qui ne sont pas viables^ il y a barbarie à peindre une femme avec des bras plus gros que sa tète^ et quelle tête bon dieu ! il y a barbarie à mettre sur un rempart^ au fond du tableau, une femme au3si grande que les personnages de premier plan. Il y a barbaï^ie dans l'exagération absurde des licteurs qui n'ont rien de la forme humaine : un licteur ne se démène pas ainsi pour mener un homme à la mort , il fait son ouvrage de tous les jours , il coupe une tête comme un épicier mesure une onte de cannelle. Cette gaucherie de mouvement, ces repoussantes inexactitudes de dessin peuvent avoir leur valeur chez un peuple à moitié barbare , mais ce ne sera jamais l'art d'une nation civilisée.

La figure du saint est complètement manquée ; la draperie, mesquinement ajustée et pleine de petits plis, n'a rien de la largeur de style qui caractérise les artistes florentins. Tous ces muscles , tendus comme des cordes, marquent un emportement purement physique et qui n'a rien de l'exaltation religieuse : celle des premiers chrétiens surtout^ était douce et résignée ; ils ne se crispaient pas de la sorte pour

confesser une religion qui leur recommuuuau , avant tout, l'abnégation d'eux-mêmes.

De tout ce tableau, la seule chose qui rappelle les anciennes études de M. Ingres , c'est la figure de

l'homme à cheval : la tête est d'un haut style et d'un grand caractère, qui reproduit fidèlement la manière large et puissante du Bronzin : elle ne serait peut-être pas déplacée dans un des tableaux de ce maître. Elle est savamment attachée sur les épaules, et son expression répond bien au geste du bras qui commande.

La composition n'est pas heureuse : c'est une bande de figures parallèles bourrées de figures ra-^ bougries dans les vides ^ puis, au-dessus et au bas, deux bandes unies que rien, ne rattache au tableau , en sorte qu'on pourrait le couper au-dessous des pieds des personnages , et immédiatement au-dessus de leur tête, sans rien lui ôter de son intérêt 3 le reste de la toile n'est pas rempli ; cependant , malgré tous ses défauts, cette peinture est bien supérieure à la Jane Gray de M. Delaroche.

Dans ce tableau, d'une composition assez heureuse, et d'une douce expression de tristesse, M. Delaroche a montré qu'il savait deviner et saisir habilement les sympathies du monde feshionablc. On

pourrait lui reprocher de n'avoir pas indiqué la lu^ mière d'une fiaçon assez précise : dans un cachot^ dans une prison ^ dans tout intérieur^ elle doit être plus vive dans les parties éclairées , plus vague dans celles qui ne le sont pas ; après tout, c'est une peinture remarquable au Salon de cette année, remarquable surtout par son extrême fini. Nous y reviendrons en son lieu et nous l'examinerons en détail.

Mais une peinture qui a obtenu , dès le premier jour, un plein succès , une peinture qui a le privilège d'être comprise de toutes les classes, et d'attirer la foule, c'est le Marias battant les Cimbres dans la plaine située entre Belsanette et la grande Fugère, par M. Decamps. Ce qu'on aperçoit d'abord dans cette peinture, c'est la bataille. La bataille, qui couvre tout le paysage depuis les premiers plans jusqu'aux lointains. Les Rotnains et les barbares qui se heurtent , les chevaux et les chariots de guerre , et puis la d^x)ute. Le paysage est parfaitement compris pour faire valoir les figures. Le ciel et les lointains sont d'une finesse et d'une transparence rares. La lumière est bien prise et heureusement coupée par les ombres portées des nuages, qui font valoir les distances .

M. Decamps a mis dans toute cette peinture la plus scrupuleuse exactitude ; le paysage a été fait sur les

lieux ^ il €£1; bien choisi et savamment rendu. Malgré tout cela, il y a des gens qui ne veulent voir que de l'adresse de brosse dans cette peinture, mais quoi qu'ils en puissent dire , ce tableau est certainement une des oeuvres capitales du Salon.

Tout auprès se trouve un tableau de M.Sdiieffer aîné, dans lequel il y a du charme, mais pas la moindre vérité de lumière. M. Granet a exposé un Vert- Vert au couvent, qu'on ne peut lui pardonner qu'en faveur de sa Mort du Poussin.

Sans le nom de M. Schnetz, qui se trouve au Livret déclaré l'auteur du Combat de V Hôtet-de-Ville , personne n'aurait reconnu dans ce tableau un ouvrage de cet artiste , tant il s'éloigne de son ancienne manière.

M. Blondcl a exposé une superbe allégorie plus grande que nature. Voici comment le Livret explique ce logogriphe en peinture : Le Triomphe de la religion sur V Athéisme ; Un guerrier de Constantin meurt con-^ fiant dans sa crof^nce religieuse ; aidé de VEspérance^ il repousse les conseils du Sophisme gui ne lui montre, au-delà du tombeau, gue le néant!... Le néant est représenté par des arbres renversés qu'on aperçoit à travers une porte. Le reste du tableau est de cette force-là. Charmant I charmant!

Mais quoi dire du Grand Noé, de M. Signol? rien , sinon que c'est l'œuvre d'un élève de l'étole française à Rome ^ et qu'il répond parfaitement à l'idée que les expositions précédentes avaient pu donner du mérite de ces messieurs ; tout ceIa*sort delà même fabrique, et a l'air d'avoir été peint par la même main.

La plus grande toile du Salon est certainement celle de M. Bruloff, pensionnaire de l'empereur de Russie. On ne comprend pas bien ce que l'artiste a voulu représenter 5 on aperçoit dans le fond une large bande rouge qu'on peut appeler un incendie aussi bien qu'un volcan , des terrains falatacs et fades, des figures plus blanches et plus fades ^ une pluie de cendres ardentes qui respecte les personnages , à moins que ceux-d ne soient incombustibles^ car ils ne prennent aueune précaution pour s'en garantir : et pourtant Pline raconte que toutes les personnes qui accompagnaient son oncle ^ avaient mis des oreillers sur leur tête ; mais faites donc des tableaux dans le style de Tempire avec des oreillers sur la tête de vos figures. Impossible; il valait donc mieux sacrifier la vraisemblance. En somme, peinture et dessin de Girodet, coulent* et composition russe, un tout cosaque.

Le tableau qui suit immédiatement celui de

M. Bniloff, pour la dimension, est le Christ en croix de M. Paulin Guérin. Ce qui frappe le plus à l'aspect de cette peinture, c'est que les grands hommes élevés à l'académie ne savent plus où ils en sont dans les questions d'art. M. Guérin a rompu avec les principes de l'art impérial, et le voilà qui s'est mis à chercher la couleur. Son tableau est rouge, bleu, vert, jaune, sans vérité et sans harmonie.

Au-dessous de cette peinture, et comme pour faire voir que la dimension de la toile n'est pour rien dans le mérite d'une oeuvre d'art, se trouve le délicieux petit portrait de M. Taillandier, député. Dans cet ouvrag4î, M. Gigoux a montré qu'il pouvait plier son talent jusqu'à l'étude la plus scrupuleuse, jusqu'à l'exactitude la plus précise et la plus continue; malheureusement cette peinture se trouve placée trop haut pour qu'on, en puisse juger l'extrême finesse.

Le même malheur est arrivé à la Bonne As^nture du même artiste^ en effet on a peine à entrevoir les détails de ce tableau , absorbés qu'ils sont par la lumière qui glisse dessus et l'éclairé à faux jour. Malgré cela , on remarque dans cette peinture une puissance et une précision de dessin, joints à une largeur de formes et une vigueur de coloris, qu'on voudrait rencontrer plus souveixt chez les artistes français. Les figures

de ce tableau sont bien prises chacune dans son caractère particulier , et Ton y comprend bien la lumière qui effleure la tête du viellard^ et vient frapper en plein sur toute la figure de la jeune fille.

M. Gigoux a encore dans la même travée un Saint- Lambert et madame (PHoudetoty abordé laidement dans le même principe de lumière franche et précise; et plus loin le Comte de Cominges reconnu par sa maîtresse, ouvrage d'un faire et d'un effet absolument différens.

M. Delacroix aussi a différencié le travail de sa peinture suivant les divers sujets qu'il a traités. Sa Bataille de Nanci est d'une manière tout autre que celle de ses Femmes (V Alger dans leur appartement. Ce dernier tableau est de beaucoup supérieur aux autres du même artiste ^ exposés cette année. Il est partout d'une rare finesse .de coloris, et rend bien la molle paresse de ces femmes vouées à l'étemel ennui du sérail. On regrette d'y trouver des traces de cette malheureuse inexactitude de dessin^ sans laquelle M. Delacroix serait un peintre complet.

Le Village turc de M. Decamps est aussi bien que pas ime peinture qu'il ait exposée jusqu'à ce jour, mais il n'est ipas mieux, tandis que, dans son Cor/75-<2e-^ar(/e

sur la route de Smyrne , le dessin est beaucoup plus cherché, et la lumière distribuée avec un rai'e bonheur. Les figures sont bien ajustées^ et fiacilemeht composées , les demi-teintes, transparentes et vigoureuses sans eCfort.

La Tentation de saint Antoine ^ de M. Brune, manque surtout de cette transparence et de cette vigueur facile; c'est une peinture remarquable, franchement bordée , d'une manière large et bien comprise .

Il y a encore nombre de petits tableaux recommandables et consciencieusement étudiés , et qui méritent d'être examinés séparément; en attendant mieux , je me hâte de citer les noms de MM. Roqueplan, Bellangé , Keller, Johannot , Alfred et Tony ; Robert- Fleury , Colin , Beaume , Badin , Jolivet qui veut imiter M. Delaroche.

M Destouches est tombé bien bas cette année ^ ses tableaux sont aussi mal peints que mal composés.

Les élèves de M. Ingres déclinent comme leur maître ; M. Amaury-Duval a exposé un tableau aussi fort qu'un devant de cheminée : c'est un Berger grec y

couleur de brique, dessiné comme une figure égyptienne, moins le caractère, avec un fond d'un vert cru à Caire plaisir.

AL Gûchard a fait un portrait qui n'est que la charge de celui de M. Bertin de Vaux^ qui n'était pal mal chargé comme cela;

M. Brémond a des peintures qui ne manquent pas de recherches , m^s d'une gaucherie on ne peut pas pluâ prétentieuse.

LepuUic rend enfin complète justice à la peinture de M. Champmartin. Il peut se dispenser d'exposer Fan prochain , car dès à présent ses portraits obtiennent tout le succès qu'ils méritent, personne ne s'arrête plus à les regarder. Il est tombé au-dessous de M, Dubufie.

Celui-ci, comme, it coutume, n'a pas au Salon moins d'une vingtaine de portraits.

Madame Haudebourt-Lescot en a presque autant que M. Dubuf£e , mais d'une qualité inférieure.

M. Hesse n'en a exposé qu'un seul, encore ne

répond-il pas aux espérances qu'avaient données ses débuts.

Jamais peut-être le Salon n'a contenu un plus grand nombre de portraits : MM. Scheffer^ Decaisne, Kinson , Lépaulle , Rouillard , Keller y Vauchelet , Picot , Goyet , Van Ysendick , Steuben , Schnetz^ en ont tous de plus ou moins remarquables.

Le portrait de femme de M. Ingres est une peinture d'un grand mérite y quoique pleine de défauts choquans. Q est loin d'être ausisi complet que celui de M. G. L*^ par M. Gigoux, le seul peut-être qui puisse soutenir la comparaison des vieux maîtres.

Ceux de M. Court sont très mauvais.

Mademoiselle Elise Journet a une belle tête d'enfant et un petit portrait en pied de mademoiselle Élisa Mercœur^ d'un effet vigoureux, et dont les détails sont rendus avec beaucoup de finesse ; il est remarquable surtout par une grande harmonie de couleur.

Les paysages sont nombreux cette année y et il y en a un grand nombre qui sont faits avec beaucoup de talent. MM. Jadin, Fiers, André, Diaz, Dupré,

Mercey, Marilhat^ ont des choses bien comprises et sérieusement étudiées.

Ulntérieur d'une métairie , le Hameau de Sarazin , et surtout la Fue de V étang de Ville-d'Avray , par M. Cabat^ sont des tableaux aussi bien que rien de ce qu'on a vu de lui jusqu'à ce jour; V Étang de Villed'Avray est un paysage d'une grande beauté.

V Entrée des marnes de M. Benouville est aussi une belle peinture ; sa Vue de l'étang de Fausse-Repose ne le vaut pas.

On ne peut pas juger M. Rousseau, dont la plus belle peinture a été refusée par le jury d'admission. Le grand paysage de M. Giroux est heureusement ajusté. Pourquoi faut^il qu'une exécution lourde par endroits vienne rappeler que l'auteur est élève de l'école de Rome ?

Les imitateurs de M. Aligny, sont restés loin derrière lui ; la peinture de cet artiste est peut-être un peu lourde, mais elle est pleine de style et d'un grand caractère.

MM. Jolivard, Coignet, Rémond , ont une repu-

tation faite ; M. Gudia est heureux d'avoir sa peinture vendue d'avance , car je ne sais pas qui est-ce qui pourrait se décider à acheter les pauvretés qu'il a exposées cette année.

Dans la Vue de la cathédrale de Sainte-Eulalie de BarcelonHe, M. Dauzats a montré la science de perspective qu'où lui connaît^ jointe à une grande recherche de claiiK)bscur.

M. Isd!>ey a exposé des pots et des fauteuils tournés dans tous les sens et sur des toiles de toutes dimensions.

Dans les tableiaux de natui^ morte , il n'y a que mademoiselle Elise Journet et M. Godefiroid-Jadin j qui méritent d^étré cités. Mademoiselle Élise Journet^ chez qui l'oo retrouve toute la finesse et la précision habituelle de sa peinture y avec la transparence et la solidité des choses réelles. M. Jadin^ un peu làché^ mais avec un beau sentiment de la natiu*e.

Il y a de fort jolies aquarelles de tous les faiseurs connus , et de quelques-uns qui ne le sont pas , j'en parlerai plus tard, ainsi que des pastels , gouaches, miniatures et autres dessins.

Parmi les lithographies^ on remarque celles de MM. Harding, Dauzats^ Marin Lavigne y etc., et celles du Voyok^ pittoresque dans Vanciexine Franc», par MM. Charles Nodier et Taylor.

La lîihograpkie tant vantée de M. Sudre , d'après la Chapelle Sixtine de M. Ingres, est bien aurdessous de la réputation qu'on a voulu lui fisâre.

U parait décidé mainteiiant qu'gn ne veut plus trouver passable l'admirable gravure de M. Mercuri, d'^[Mrès le tableau de M. Léopold Robert. Incapables de dessiner avec la science et la correction qui se retrouvent jusque dans les moindres détails de cette planche, certains graveurs trouvent plus commode d'en dire du mal. Que M. Mercuri les laisse faire , il n'en a pa& moins produit la plus belle gravure qu'on ait faite en France depuis bien des années.

M. FriUey seul aj^roche de cette finesse dans ses culs de lampe gravés d'après MM. Charlet, Gigoux, etc.

£|i descendant dans les salles de la sculpture , les premières choses que l'on trouve dans une place do tayeuTsontleSoldatde Marathon annonçant lavictoirey par M. Cortot, et le Satyre et la Bacchante de M. Pradier. M. Cortot n'a pas même compris son sujet;

rien n'indique Thomme haletant qui meurt de fatigue , rien l'enthousiasme de la victoire , rien le beau type grec que ces Messieurs ont la prétention de reproduire exclusivement. ILe Saty're de M. Pradier n'est autre chose qu'une des obscénités crapuleuses de M. Maurin y exécutée en marbre ; et puis Ton appelle cela de l'art sérieux à l'Institut, de l'art sévère et de bonne compagnie.

De là, si l'on entre dans la galerie où sont exposées les sculptures , on aperçoit d'abord à sa droite le groupe colossal de M. Duseigneur, et puis trois longues files de bustes, statues, groupes et bas-relie£s, de dimensions et de mérite différens.

Le Petit Frondeur y qui commence la ligne du milieu, est une étude passable d'après un modèle nu. Si M. Barre s'était souvenu qu'une statue doit être avant tout un monument , il ne nous aurait pas donné sa figure pour une statue ^ d'ailleurs rien ne justifie le nom de David que le sculpteur lui a donné, car il ne suffit pas de crisper le front d'une tête de jeune homme pour en faire un type historique. U Ulysse en marbre français du même artiste , est une répétition de son Ulysse en plâtre exposé au dernier Salon ; ainsi les sculpteurs ont, de plus que les peintres, le privilège de montrer plusieurs fois le même ouvrage en public.

Que dire du groupe de M. Bougron^ de son KWfer qui présente sa poitrine à Soleyman-el^Alepd^ comme s'il tenait beaucoup à être assassiné ? Et celui, de M. Grévenich, et la Siesia de M. Foyatier, et le Cadaçre d^Abelj par M. Guillot ?

M. Rude a exposé un Mercure en bronze^ qui rappelle trop visiblement le Jeune pêcheur napolitain de M. Duret« Il a aussi une parenté malheureuse avec un Mercure en bronze du jardin du Luxembourg, qui comme lui remet ses talonnières pour remonter dans tOlympe,

Parmi les sujets religieux^ on remarque le Bénitier de M. Bion, dont le sujet est bien trouvé j le groupe de M. Duseigneur déjà cité^ et le Chant religieux de M. J. Droz y figure agenouillée qui ne vaut pas le verset du psalmiste dont Fauteur s'est inspiré :

£a(Ub0r et cnUtabo m te ; llsdlam nomiiu tii0 , altUsiinç.

M. Lescomé a voulu faire aussi de la sculpture chrétienne dans son Saint Michel terrassant le démon, mais il n'est pas sorti du type connu des Vainqueurs de Minotaure. Les préjugés d'école l'ont emporté sur la convenance du sujet : on aurait tort de s'en éton-

ner, quand on retrouve encore au Salon Ae^Arianne abandonnées , des Bergers grecs , des Léda , des Diane aux bains , et autres thèmes accadémiques cent fois répétés depuis cinquante ans.

Les bustes abondent au Salon de cette année. Les noms de MM. Barre, Dantan y David, EIschoêcht, Etex, Foyattier, Cuvier^ méritent d'être cités, en réservant à chaam sa part de blàme ou d'éloges.

Les amateurs des petits animaux de M. Barye , retrouveront en bronze la plupart de ceux qu'il avait exposés l'an dernier ; ils les distingueront facilement des nombreuses imitations qu'on en a voulu faire; les imitateurs, comme toujours, cherchent la touche, la manière, et laissent de côté la facilité de mouvement, la science de jet et d'articulation.

J'oubliais MM. Jaley fils, Klagman , Molchneht, Colin, Pradier, Legendre, David. M. David croit que les hommes supérieurs doivent avoir un front démesuré, et à force d'exagérer le développement du crâne , il donne à ses bustes Taspect monstrueux d'un hydrocéphale.

Les bas-reliefs exposés cette année sont peu remarquables. Excepté celui de M. Préault , on ne trouve

dans aucun le reli^ compris d'une façon monumentale. Cela vient de la fausse direction imposée aux études «les artistes , et de l'isolement où les ont conduits des lignes de démarcations trop tranchées entre le peintre^ le sculpteur et Tarchitecte. En effets chacun d'eux, laissant de côté toute idée d'ensemble, n'a plus «ongé qu'aux détails de sa spécialité. Voilà pourquoi M. Fontaine a tracé pour les plafonds du Louvre, des cadres d'une dimension telle, que le spectateur, où qu'il soit placé, ne peut jamais en embrasser Tensemble : voilà pourquoi les peintres ont consenti à exécuter en plafonds des sujets qu'ils ne pouvaient pas faire plafonner; voilà pourquoi les sculpteurs font des statues étriquées , sans tournure, sans caractère.

Les grands artistes de tous les temps ont parfaitement compris que la peinture et la sculpture sont deux arts distincts , et qui ont chacun leurs attributions. Aussi les plus célèbres ont également su rendre leur pensée avec du marbre ou de là couleur, suivant qu'elle avait besoin pour être complète de l'un ou de l'autre de ces moyens. A la peinture appartient exclu^ sivement d'aborder le drame , de rendre Faction et le mouvement. La sculpture est soumise aux nécessités de la pierre ; une statue ne rend pas un fait, mais tm homme ; un bas-relief n'est pas un tableau , il doit se soumettre aux convenances de Tarchitecture.

Si nos artistes avaient un peu réfléchi à toutes ces choses y nous n'aurions pas sur le pont de la Concorde^ au milieu de statues pitoyables^ un Condé tourné comme un Z. U s'agissait bien vraiment de représenter telle ou telle action de la vie du grand Condé/ c'était lui-même qu'il fallait rendre^ c'était un type qu'il fallait trouver. La seule statue du cardinal de Richelieu a quelque chose de monumental et d'imposant , parce que le sculpteur a copié servilement la peinture de Philippe de Champagne , qui savait comprendre un portrait^ bien qu'il n'ait pas été membre de l'Institut.

Quand Michel-Ange a fait la statue de Moïse ^ c'est Moïse qu'il a représenté^ et non pas telle ou telle action de sa vie. Quand les Romains ont fait les statues de leurs empereurs y ils ont cherché à rendre des hom^ mes et non pas des actions j cependant il ne manquait pas d'événemens dans la vie d'hommes qui avaient passé par toutes les vicissitudes de la fortune pour arriver au rang suprême. Ces gens-là n'auraient pas représenté David posant sur sa fronde une pierre qui va tuer Goliath ; ils auraient trouvé d'autres ajustemens pour les groupes de Kléber et de Saint-Mathieu.

Les projets des architectes sont peu nombreux au

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salon y oQ le comprendra facilement quand on saura que^ pour obtenir les grands travaux^ le savoir-faire vaut mieux que le savoir. Sans doute ceux qui n'ont pas exposé ^ ont jugé superflu de solliciter du public une attention qui ne peut les mener à rien ; d'ailleurs la grande masse des curieux fait plus de cas d'un des^ sin proprement lavé^ que d'un monument savamment étudié y et distribué suivant les convenances de *sa destination.

Parmi les exposans^ nous citerons les noms de MM. Boucher^ Violet-Leduc^ Chenavard^ Lenoir^ Thumeloup y en attendant que nous puissions parler de leurs ouvrages avec quelques développemens.

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