‹ Le Salon de 1846: précédé d'une lettre à George SandChapitre 1 sur 8 · ALLIANCE DES ARTS, RUE MONTMARTRE · texte numérisé non relu

ALLIANCE DES ARTS, RUE MONTMARTRE

Siiion U t$46«

Torreiils. — La Mer et les Forêts. — Riiysilaêl et Huysinans. — MM. Français , Cabat , Aligny , Cbarles Leroux , Troyon, Goignard, Corot, Hoguet, etc.

VIL Les étrangers. — Triple principe des aF^. — Hérésie des Belles et des Hollandais contemporains. — H. Verhoeckoven. — Landseer et M. Alfred Dedreux.— M. Vap Scbendel et Scalken. — La Loupe et le Microscope. — Pu refTel en peinture. — De la proportion et de la lumière.

— l/art suisse. — Originalité de toi^s les grands maîtres. —MM. Schelfout, Van Hove, Leys, do Keyser.— M. Heuss.

— M. de Metlernich et M. GuizoL — Mm. Scli^dow, Cornélius et Overl)eck. — Supériorité de Tart français.

VIII. M. Haffner. — M. Adolphe Leleux. — L«s vrais peinti*es peignent les ligures et le paysage. — Portrait de I^letzu en baigneur. — MM. Armand Leleux, Hédouin, Guillemin, Besson , Brun , Pigal, Alfred Arago, Jeanron, Saint-Jean , etc.

IX. Nouveau classement au Salon. — Prix de quelques labloaux. — M. Horace Vernet et Vander Meulen. — Salvator et Bourguignon. — ^s (ableaux dti salon carré. — MM. Adolpbe Brune, Gigoux , Cbenavard , Debon , Roissard, etc. — Histoire d'un tableau de six francs. — i/Uùpital des Capucins, par Camille Fontallard.

X. Sculpture, — M. David, d'Angers. — Les statuaires de la Renaissance. — Louis XIV en Apollon. — M. Rude et TApothéose de TEmpereur. — Les seize élèves de M. Rude refusés par le jury. — M. Maindron. — M. Pradier. — La Phryné et la Poésie légère. — MM. filsboect , Cprporandi, Poitevin, Debay, Bonnassieux, etc.

XI. Dessins, aquarelles, pastels. — Le Lion, de M. Eugène Delacroix. — Les Loreties, de M. Vidal. — Les portraits au pastel. — MM. Antonin Moyne, Verdier, Calamatla. — J^ miniature. — Boucher et M'"« Pompadour. — M^« de Mirbel. — Gravures , caux-forics , lithographies. — Architecture.

3 ®rorgr Sanh.

Autrefois , en commençant quelque en- Irepiîse littéraire, on invoquait les Muses, rOlympe et les Dieqx immortels : mais les anciens dieux sont morts. Un grand homme enterre souvent plusieurs générations de dieux. Homère a vécu plus longtemps que Jupiter.

L'année dernière , j'ai dédié mon Salon à un immortel qui n est pourtant i)as do l'Académie : permetlez-moi de mettre le Salon

(le 1846 sous Tinvocation de George Sand et de son immortalité.

Gomme Béranger, vous êtes de votre temps et de votre pays ; vous êtes à la fois de la France du dix-neuvième siècle et de l'Humanité éternelle. Les autres sont plus ou moins étrangers et résurrectionnistes; il leur faut l'Espagne et l'Angleterre , Gharles-Quint et Cromwell , le moyen âge ou les nuages de l'histoire. Vous vous contentez d'une fleuriste, d'un compagnon ou d'un meunier ; et si vous ressuscitez Jeanne d'Arc, par une métempsycose poétique, vous transplantez son âme dans une paysanne du Berry.

La Lélia est bien du dix-neuvième siècle, comme le Misanthrope était de la cour de Louis XIY, comme Manon Lescaut était de la Bégence. Votre invention n'est pas dans le cadre , mais dans le caractère du portrait que vous créez d'après une figure imaginaire. Pourquoi y ajouter une bordure gothique ou Pompadourî

Vous avez rorigioalité véritable y celle qui resuite de la vue intérieure et d*un certain tour du sentiment. Vous percevez d'abord des choses neuves et qui ne s'étaient jamais formées ailleurs ; vous les prenez comme Dieu vous les donne , et vous les mettez au inonde par un eoCsintement naturd. Aussi , toutes vos créations sont-elles bien vivantes et reconnaissables à leur santé vigoureuse , ;i leur physionomie très-particulière , à leurs allures délibérées. Spiridion lui-même rêve dans l'ombre de son cloître, comme un alchimiste de Rembi^s^ndt siu milieu de ses fioles et de ses livres poudreux.

Votre stjle est aussi original que votre invention est poétique. Ce qui le rend distingué , rare , c'est le^sentiment qui bat dessous y comme la poitrine sous une draperie. Cette draperie, souple et colorée, est de la fabrique des grands maîtres, étoffe et qiialité : de Jean-Jacques Rousseau par exemple; mais elle prend des inflexions et des accents lumineux, modelés sur Tagi-

tation de votre cœur ; elle laisse transparaître, à la façon des belles et simples draperies de la statuaire antique, des mouvements et des passions qui ne sont qu^à votre génie. Vous n'avez point, en effet, de procédé spécial pour mouler la phrase ; votre idée naît comme cela, avec un vêtement qui n'a pas besoin de l'art du tailleur. Je pense que Molière improvisait ainsi, même ses vers , quoi qu'il tienne par sa coupe et sa couleur à la grande mode du dix-septième siècle.

Une phrase de vous , on la découvre tout d*abord à un certain parfum qu'elle exhale, plus encore qu'à sa forme : il n'y a que votre sentiment qui fleurisse ainsi. Le coloris de celte fleur poétique resplendit comme la peinture d'Eugène Delacroix par la lumière dans laquelle se fondent les nuances variées et harmonieuses.Yousavez, comme Eugène Delacroix, le ton très-haut, mais sans discoird, grâce à votre instinct des demi-teintes et du claîr-obscur.Vous possédez le mineur,

comme Beethoven dans sa divine musique.

Jamais de noir ni de blanc , jamais de teintes plates : près d'un ton éclatant , des dégradations riches , mais insensibles à cause de leur abondance; une gamme infinie, comme dans la création naturelle, illuminée par le soleil.

Vous êtes peintre autant que les plus grands peintres , et vous avez les deux qualités qui nous passionnent dans l'art , nous autres raffinés de la peinture. Vous avez l'originalité de la couleur et de l'image , en même temps que la signification de la pen-* sée. «L'art n'est pas, comme vous le dites à merveille , une étude de la réalité positive , mais une libre recherche de la vérité idéale. » T. T.

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