‹ Le Salon de 1846: précédé d'une lettre à George SandChapitre 6 sur 8 · MO · texte numérisé non relu

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de fim coquet et de plus spirituel que ces trois ebanuantes filles de M. Vidal : la baccbaote^ cou-' roiméa de fleurs» rejette en arrière sa tête éclairée par ses deuts et ses yeux; la curieuse colle contre uaa porte sa tête impatiente et sa petite main impossible cx>mme les mains problématiques des femmes du Corrège \ la mélancolique» étendue sur un divan, considère, pour se désennuyer, ses doigts retroussés à Tenvers et ses ongles roses. Le premier bpmme qui entrera dans ce boudoir parfumé, risque d'ôtre mal reçu. Il n'y a que H. Gavarni pour comprendre aussi bien que M. Vidal l'élégance ex-* quise et les mœurs capricieuses de ces Madeleines de hasard qui n'en sont pas encore au repentir, Dieu merci.

. Les dessins de M. Vidal sont de légers pastels, à quelques crayons, avec un filet de mine de plomb, presque imperceptible dans les contours, peut-être un peu de lavis dans les dessous des demi-teintes, et un rien de Iqute couleur dans les ramages des robes» dans les fleurettes et dans les accessoires» Le ton de ces cheveux blondins est indéfinissable, et vous ne .trouveriez pas les pareils dans toute r Angleterre iuristocratique de Reynolds ou de Lawrence ; il faut les rencontrer par bonne fortune dans Breda-Street et Lorette-Square« conune di^ 1$ Ckaripari, ou dans les Iles d'Amour d^ VKatteau ç

xm» c/9f^ t]»^\k «ont Tare« et teod^nt k dimxMttre de la mer orageuse.

M« BoriofliQ chercha à imiter M. Vidal dan» qiieL ques petits portraits de femmes, en pied, tournés ^vec beaucoup de délicatesse et de fantaisie* Il en a deux surtout qui réunissent un dessin très-pur k l'attrait de formes distinguées. Ses portraits, en buste, d^ grandaur naturelle, sont largement crayonr* nés et expriment bien la physionomie. Les traits accentués de la beauté italienne conviennent parti^^ çulièrement à sa manière ample et colorée.

M^'" Nina Bianchi, élève de M. Âry Scbeffer, est correcte et sévère dans ses portraits au pastel, un peu froide même, quoique assez harmonieuse dans le mélange de ses crayons. On remarque, entre autres, une Etude de femme et le Portrait dt M. Aristide Guilbert, directeur du grand ouvrage sur les villes de France.

Le pastel de M. Giraud est plus fleuri et plus ré-r jouissant. Son Portrait de femme épanouie fait songer aux brillants pastels que M. HûUer, l'auteur de Primavera, et M, Couture, Fauteur de l'Amour de Tor, ont quelquefois exquissés dans le style du dixhuitième siècle,

A ce propos du dix-huitième siècle, un honune qui ferait merveilleusement le paste}> c'est Piaz ; m»is û peut dire que sa couleur à Thuile est aussi

fratche et aussi veloutée que la fleur des plusten* dres crayons.

M. Antonin Moyne, le sculpteur, qui s'est souvent montré coloriste dans sa peinture et dans ses aquarelles, car il a pratiqué Tart par tous les pro* cédés, est un peu trop vif de ton dans ses Etudesd'enfonts au pastel. Sa touche est abondante et vigoureuse, ses compositions très-séduisantes. On sent qu'il aime Rubens autant que Jean Goujon et les Ck)ustou.

H. Marcel Yerdier a fait un excellent petit Portrait de femme en robe noire , debout et appuyée contre un fauteuil ; M. Guilleminot, un portrait en buste de M. Félicien David; M. Tourneux, un Grand pastel, très-énergique, la Fuite en Egypte; et M. Fiers, deux Paysages de Normandie, dont la couleur se soutiendrait à côté d'une peinture à l'huile.

La Fornarina, de M. Calamatta, d'après Raphaël, est un dessin de maître, un peu minutieux, comme il convient à la gravure, mais ferme et bien modelé. M. Calamatta a encore exposé une figure de femme nue tenant une branche de laurier, d'après une peinture originale, attribuée à la jeunesse de Raphaël, et le portrait de Rubens, d'après le grand peintre flamand.

Un élève de M. Mercury, M. Jeanneret, maladroitement appelé Jeannerot par le Catalogue, a dessiné

pour la gravure l'Enfant prodigue de H. Couture. La tête est pleine de sentiment et traduit bien ToriginaL H. Jeanneret a publié récemment, d'après un dessin de M. Zacheroni, le trait de la fameuse Cène, découverte à Florence dans une boutique de carrossier et attribuée à Raphaël. On sait ce que nous pensons de cette incroyable trouvaille ; nos doutes persistent après avoir vu la reproduction du tableau, qui parait, d'ailleurs, indiquer beaucoup de naïveté et de style ; certainement c'est une œuvre précieuse du commencement du seizième siècle, dans l'école du Pérugin ; mais pourquoi Raphaël et non pas un autre ? Les deux signatures n'y font rien. A-t-on jamais eu scrupule, en aucun temps, surtout en Italie, de contrefaire des signatures et de barbouiller des tableaux? Les Italiens sont sujets à caution. Si Raphaël n'avait pas existé, ils seraient de force à Tinventer.

U y a encore quelques bons dessins de H. Roger, de M. Curzon et de M. Guichard.

La miniature, tombée en quenouille, atout à fait dégénéré. U semble que la délicatesse de cet art'le réserve au talent des femmes, et les femmes, en effet, l'ont presque accaparé depuis trente ans. Hais cepen* dant, c'était Petitot, au dix-septième siècle, qui peignait, sur un ivoire d'un pouce carré, des portraits aussi splendides que les portraits de Rigaud ou de

(iSrgiUière; au dU-huitièioe siècle, Hall etFragonard ont laissé des chefs-d'œuvre. N'est-il pas surprenant que Fragonard» ce brosseur large et facile dans ses tableaux sur toile, ait eu la patience de caresser des miniatures microscopiques? Ces artistes du dix-huitième siècle se sauvaient de tout par le charme et par Tesprit*

Boucher, le décorateur expéditif qui improvisait en une matinée une douzaine de pastorales pour dessus de porte, s est reposé quelquefois ausâi sur de petitesgouaches extrêmement fines et travaillées, dont on peut étudier à la loupe tous les précieux détails. J'ai vu de Boucher un petit cartouche de pendule, peint à Thuile pour H"*** de Pompadour avec la plus rare subtilité ; dans ce médaillon, grund oomme la main, il avait mis une belle déclaration d'amour d'un berger à une bergère, sur l'herbe tendre et fleurie, avec des paniers àe roses, des chapeaux enrubanés, des oiseaux en cage, et pour fond un bosquet d'arbres joyeux, élancés vers le oiel comme des fusées, de l'air partout, de la volupté partout, et plus d'espace que sur 1^ toile de la Smala ou de la bataille d'Isly.

Après les maîtres de la fin du dix-huitième siècle, Augustin etU* Isabey père ont fait avec succès le por*' trait en miniature } M« Saint et M. Carrier, s^o élève, les ont coAtiiiués jusqu'à nous. La f^miM d'Au^f

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gustin et H""* de Mirbel ont un p^ rompu cette chaîne masculine. La cour et Taristocratie sont venues poser devant M""" de Mirbel, dont le gracieux talent plaît aux gens du monde ; il s'agit pour cela de donner un air pâle et distingué aux figures les plus communes. Aussi tous les portraits de M**"* de Mirbel ont de la parenté dans la couleur douce d6 la peau, dans l'indécision des traits. Cette année, M"''' de Mirbel a exposé sept miniatures, dont une baronne, une vicomtesse, une Anglaise, et M. Martin, le* garde des sceaux, qui a payé mille écus ce titre de gentilhomme. Parmi les autres miniaturistes, on compte dix-sept femmes et quinze hommes : M. Maxime David a fait le portrait de M. de Lasteyrie, député; M. Gaye, ceux d'un comte, d'un capitaine de hussards et d'une Jeune miss 5 M. Passot, ceux de M"** Damoreau-Cinti, de M"" Âguado, d'Artôt et du prince Galitzin.

La gravure offre plusieurs ouvrages importants : la Vierge de Dresde, par M. Desnoyers, d'après Raphaël, qui peignit ce tableau pour le monastère de Saint-Sixte, à Plaisance; la Sainte Famille, du Musée de Madrid, connue sous le nom de la Perle, de Raphaël, par M. Narcisse Lecomte, qui grave le portrait dé Laniennais d'après Scheffer 5 la Vierge à la Rédemption, par M. Achille Martinet, d'après un tableau de Raphaël, qui est à Milap dans un^

galerie particulière ; la Yiei^e NiceoUni, d'après le Raphaël de la galerie de lord Cooper, à Londres ; la Fomarina, d'après le Raphaët de la galerie de Florence ; le portrait de Michel-Ange, d'après le tableau peint par lui-même ; un portrait de Gros, par M. Yallot ; le portrait du duc d'Orléans, d'après M. Ingres, par M. Calamatta ; la Marguerite sortant de l'église, et la Lénore, d'après M. Ary Schefiier ; plusieurs eaux-fortes d'après M. Decamps, par M. Marvy ; un petit chef-d'œuvre, par M. Jacque, et deux paysages à Teau-forte, par M. Leroy.

M. Aligny a exposé une série de huit eaux-fortes, qu'il a, je crois, publiées en album. Ce sont des paysages grecs et italiens, l'Acropole d'Athènes, le mont Pentélique, l'île de Caprée, etc. M. Aligny aime surtout les vues historiques et les campagnes à souvenirs. Un chêne roturier ne ferait pas son affaire; la forêt de Fontainebleau n'est pas même assez royale pour lui. Le malheur est que ses nobles arbres ne jouissent pas d'une santé parfaite ; ils sont maigres dans leur élégance, et tristes dans leur dignité. Mieux vaut quelque genévrier debout et bien vivant qu'un cèdre mort.

Les eaux-fortes de M. Aligny ont les mêmes défauts que sa peinture, une recherche trop prétentieuse, une sécheresse monotone, l'absence complète de la couleur et de l'animation. Son trait

est toujours le même, ni plus ni moins capricieux ; aussi n'obtient -il jamais que du gris sur du blanc. Ces eaux-fortes sont très-faible» et surtout très-sèches.

En lithographie, H. Desmaisons a légèrement reproduit quatre délicieuses Jeunes filles de H.Vidal ; M. Mouilleron, TÂutodafé, de M. Robert Fleury, et M. Eugène Leroux, trois tableaux de M. Decamps, qu'il interprète avec un esprit et une couleur dignes du maître.

Les dessins d'architecture sont, comme d'ordinaire, des restaurations, très-habiles sur le papie,

de monuments antiques, moyen ftge ou renaissance. Le seul travail d'un intérêt actuel, est le projet de réunion du Louvre aux Tuileries, dont M. Badenier avait déjà exposé les premières études en 1844 et en 1845. Il ne parait pas que la liste civile soit disposée à réaliser ce projet national.

Le Salon sera fermé la semaine prochaine. Nous serions heureux qu'il eût entraîné quelques conversions dans le sens de notre critique profondément convaincue ; car il faut des croyances en art, tout aussi bien qu'en politique ou en religion, et un peu de passion en toutes choses. L'important est d'avoir la bonne croyance et une passion généreuse. Nous sommes très-rassuré , quant à nous , sur

notre salut dans le royaume des arts. Tous les faits sont en faveur de nos opinions, même le fait financier. Je sais bien que Taisent est toujours du parti le plus fort et que rien n'est plus bête qu'un billet de banque, si ce n'est deux billets de banque, comme dirait Odry ; mais cependant vous pouvez honnêtement, sans vous compromettre, commencer à juger que nous avons raison en peinture.-

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