SCULPTURE
MM. DAVID D'AMOIIR8.-.lliniB.—BIAXiniiMr.
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H. David d'Angers n'a rien envoyé au Salon. Sa grande statue de Larrey, qui doit décorer la cour principale du Val-de-Gràce, est chez le fondeur en bronze. Le piédestal offrira quatre bas-reliefs : Larrey organisant les ambulances volantes, destinées à secourir les blessés sous le feu de l'ennemi : la Bataille d'Austerlitz ; une des batailles en Egypte , et le Passage de la Bérésina. M. David est occupé encore à la statue de Casimir Delavigne et à celle de Bernardin de Saint-Pierre pour le Havre. Il est
bien regrettable que sa belle statue de Jean Bart n'ait pas pu attendre le Salon. La ville de Dunkerque était pressée d'inaugurer son héros sur la place publique ; le peuple et les marins voulaient leur bronze tout de suite, et ils l'ont enlevé sans que Paris ait eu le temps de Tadmirer. Nous l'avons vu cependant au milieu des ateliers de la fonte ; c'est un des excellents ouvrages de M. David, et qui prouvera dans quelques siècles , que & nous n'étions pas des enfants, du moins en sculpture » , comme disait Diderot à propos de Falconnet. M. David est certainement le statuaire qui, plus tard, représentera notre époque, comme Germain Pilon, la Renaispanoe; GirardoQ) le siècle de Louis XIV ; etle$ Coustou, le dix-huitième sièole. Il a sur eux l'avantage de travailler pour des villes et pour Tout-lemonde, tandis qu'ils ne travaillaient que pour des palais et pour le prince.
Depuis la Renaissance, la sculpture n'avait guère fait que de la mythologie et de l'allégorie, transformant même les personnages historiques en dieux païens, déshabillant Louis XIV en Apollon avep une perruque , et les maltresses royales en Dianés ou en Vénus. Notre siècle s'est retourné sérieusement vers rbistoire, et M. David a eu le pr^ vilége de reproduire les plus grands hommes de tou» les pays, sans les adoniser ni les travestir*
VœnvTé dé M. David sem bien curieux dàuè mille uns , quand oti retrouvera tous nos oôntetnpôrftins illustres en broute ou en marbre, en rondes-bosse ôu en bR9-i^iief . La tète de Lamennais n'âurft pas moins d'intérêt pour la postérité que les têtes des Sénèque ou des Cieéron, découvertes sous les ruines dA l'anciene Rome.
M. Rude s*est abstenu , de son eôté, de présenter au jugement de ses amis tes ennemis, compdsatit te jury académique, une grande statue de Na^ poléon, destinée à la Bourgogne. Nous avons vu dans son atelier le modèle en terre, qui sera coulé en bronze, et surmontera un tombeau consacré à la mémoire de l'Empereur dans une propriété par^ ticulière, àFixin, près de Dijon. Oui, ce sont deux hoifimes qui ont imaginé d'élever, tout seuls, et k leurs frais, un monument patriotique au vainqueur des étrangers ; c'est M. Rude, lui-môme, avec un de ses braves camarades de l'Empire, officier de la vieille armée, qui se donnent le plaisir de célébrer en famille le grand homme qu'ils ont connu et admiré. Il se pourrait bien que le tombeau de Dijon valût le tombeau des Invalides.
Quand M. Rude, avec sa grosse tète qui rappelle ua peu Michel-Ange, et sa longue barbe grise, m'a raconté cela très-simplement, comme quoi ils faj* wi^t, à deux , leur épopée nationde, l'un foup-
nissaDt le capital, l'autre le talent et le travail, il m'a semblé que la France n'était pas encore pa*due, puisque le sentiment politique était toujours naïf et vivant chez les nobles cœurs. Hélas I c'est notre génération qui est pervertie. Les vieux de la Révolution et de l'Empire ont conservé le culte de la patrie et des choses héroïques. La fête de Jean Bart, de H. David, nous l'avait montré dans les populations provinciales ; nous le retrouvions ici chez le vigoureux auteur du bas-relief de 92, à Tare de l'Etoile.
Le Napoléon de M. Rude est couché sur leroc de Sainte-Hélène, et enveloppé de son manteaucomme d'un linceul. Il semble se réveiller de la mort dans rimmortalité. Sa tête est belle et radieuse ; la draperie est simple et modelée à grands plans qui laissent transparaître la forme du corps. C'est une apothéose pleine de conviction, et presque religieuse; c'est comme une promesse de résurrection future. Peut-être, quelque jour, en passant par la Bourgogne , apercevrez-vous le mausolée de Napoléon sur un tertre, entouré de cyprès , et vous songerez aux deux généreux patriotes qui ont voulu symboliser la France dans son Empereur glorieux.
Les seize élèves de M. Rude ont été refusés par le jury, comme nous l'avons annoncé le jour de l'ouvertqre. La proscription est flagrante. L'Aca-
demie n'aime pas Tindépendance du caractère et l'énergie du talent. Pourquoi les élèves de M. Rude ne vont-ils pas à l'atelier de M. Nanteuil ou de M. Ramey? Mais, à propos, quels sont donc les ouvrages publics de M. Ramey , de H. Nanteuil et de ces autres Romains inflexibles, pour les recommander à la jeunesse amoureuse des arts? Ces Michel-Ânge jaloux n'ont jamais fait de chefs-d'oeuvres à notre connaissance, ni dans le style antique, ni dans le style religieux, ni dans le style moderne. Quel droit ont-ils de refuser une école tout entière, assurément bien conduite , de refuser la Lucrèce de M. Maindron, ou la Vierge de M. Duseigneur, ou Ja Danseuse de M. Lévéque, ou les Animaux de M. Fratin, ou les bustes de tout le monde? Us n'ont jamais sculpté ni dieu ni béte, ni homme ni femme, avec les apparences de la vie. Nous lesdéfions, à eux tous, de modeler une statue de l'Impuissance, qui est leur déesse, pour l'exposer dans la salle secrète de leurs proscriptions.
L'habile enseignement de M. Rude a produit cependant plusieurs disciples, dont les œuvres méritaient la publicité. On nous a montré une Vierge immaculée, de M. Blanc ; un Ën&nt prodigue, de M. Montagni ; un Saint Pierre, de M. Franceschi ; un Ange funèbre, de M. Gapellaneau, qui annoncent des études sérieuses et un bon sentiment
de k Ibrme et du style. Mais, encore une fois, le Jury a bien reftasé Duseigneur, qui a décoré des églises entières, et Maindron, qui a fliit la Velléda du Luxemboui^ et la statue du général Travot, sur la place de Bourbon-Vendée.
Par hasard, ou par indulgence, en compensation de la Lucrèce; statue de sept pieds ^ et d'un basrelief de huit pieds, en marbre, pour un tombeau, les sculpteurs de TAcadémie ont reçu l'Aloys Senefelder, de Maindron. Senefelder est Tinventeur de la lithographie. Né àPrague, en in% il fit, en 17%, sa décou?erte, importée en France par André d*Offenbach, mais popularisée seulement en 1815, par le comte de Lasteyrie et Engelmann. Senefelder n'est mort qu'en 1834. Sa statue en pierre est destinée aux ateliers de M. Lemercier, qui doit sa fortune à l'invention de la lithographie. Il est toujours âoble de vénérer l'image de son sauveur au milieu de la tempête sociale.
La reconnaissance de M. Lemercier aura produit une des belles figures de la statuaire contemporaine; car M. Haindron a mis dans son œuvre une science supérieure et une vigueur d'expression bien rard aujourd'hui. Senefelder est debout, simplement vêtu kla moderne, et tenant de la main gauche une épreuve de la Vierge avec rËnfi&nt. Sa tête, vivement accentuée, indique la réflexion et
k. persévémiiee ; la pose n*a aucune alfectation 4héitrtle ; c'est un homme qui se présente droit et •ferme avec sa pensée dont il est sûr. Les plis des draperies sont francs et sobres, accusant bien les idessous, sans charlatanisme .et sans exagération; anus tout y est juste dans le mouvement. Les lignes générales ont de la grandeur et une forte tournure, ^1 l'exécutiou des détails est irréprochable. Il y a longtemps que H. Maindron a feit ses preuves comme excellent praticien.
Le succès du Salon est pour M. Pradier, avec son marbre de la Poésie légère; légère, en effet, car elle pose à peine sur ses pieds charmants; elle ne pose même pas assez pour une femme réelle ; jfnaia on peut prêter des ailes à la Poésie. Cepen^ dant la statue de M. Pradier pèche par la racine; à la vérité, le contournement du torse, Télan des bras» le jet de la tête et des cheveux en arrière, la folie délicieuse de la désinvolture, font oublier Tin- ^Cjértitude de Taplomb général. Comme caractère .mBÂÎf H y a bien à dire que c'est une Baechante ou une Nymphe autant que la Poésie, plus ou moins capricieuse; c'est la Musique, si Ton veut; o'est rinconstance, ou la Fantaisie^ ou une bohémienne quelconque, peu importe^ Il mif&i qu'elle ait b .jambe, bien tournée, la hamdie arrotidie, la gorge btiçbe et les attaches distinguées; (otites qualités
habituelles aux voluptueuses courtisanes de M* Prar dier. Celle-ci, cependant, laisse apercevoir des défauts impardonnaUes à une femme de sa race : le bas de la jambe n'est pas svelte, le pli des flancs est trop marqué, les épaules sont grêles, l'c^be du cou peu séduisant, la tète sans aucune expression. La Phrynée, du Salon de 1845, était plus parfkite ; sous le nom de Poésie, elle a perdu de ses argu* ments irrésistibles qui entraînaient l'aréopage grec. Et que répondrait-elle, en outre, à ses juges, s'ils lui disaient avec M. Cousin dans sa brochure sur le Beau : «La fin de l'art est l'expression de la beauté morale à l'aide de la beauté physique. » M. Pradier serait bien embarrassé d'expliquer l'idéal qui inspire ses créations, et quel est le genre de beauté morale qui le préoccupe.
H. Pradier est un païen de la décadence, toujours amoureux de la forme, par tradition et par idolâtrie, mais sans inquiétude du secret que l'idole recouvre. Il n'a jamais eu envie de briser l'amande mystérieuse de l'art pour en goûter le finit. Ce n'est pas lui qui songerait à ouvrir la boîte de Pandore, pour voir ce qui est dedans ; il lui suffit qu'elle soit bien ciselée et de gracieuse apparence. Pour M* Pradier, le corps humain est un bijou qui signifie tout joste autant qu'une bague ou un collier. La forme est une coquetterie qui a pour but
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de plaire comme une pierre précieuse ou une fleur. C'est déjà quelque chose cependant que cet amour de la beauté plastique, inintelligente et incomplète. Il y a tant d'artistes qui n'aiment rien du toutl
Nous avons déjà parlé de la statue de Jouffroy et de la statue du duc d'Orléans, dans une Revue des arts. JoufRroy est pour la ville de Besançon; il est debout, la tête inclinée et pensive, un rouleau de papiers dans ses mains bellement sculptées. Le duc d'Orléans est assis avec des inflexions de bras et de jambes, que la statuaire repousse. Ce choc des lignes qui s'accostent partout et se contrarient, blesse toutes les règles de la nature et de l'art. La simplicité et la symétrie sont les premières quali* tés de la sculpture. Le marbre et le bronze ne doivent guère représenter des poses passagères et des mouvements compliqués.
Si vous me montrez une danseuse avec le pied en l'air pour Tétemité, je serai tenté de lui dire à chaque instant : Baissez la jambe et reposez-vous. M. Marochetti a représenté un héros à cheval remettant son épée dans le fourreau. Rien n'est plus impatientant que ce geste sempiternel et cette dépense d'un bronze colossal pour si peu de pensée. D y a pourtant des exceptions, par exemple dans les petites Âtalantes antiques qui seqiblent voler et rasent à peine la terre du bout des pieds ; mais jus-
temoPt elles sQut faite» pour eiqprâaer la comai iu«^ pide qui ne s'arrêta point.
Le marbre du duc d* Orléans est destiné» j^croiSi à Alger. Le piédestal a été composé par M* Gamaud, architecte. Deux petits groupes en bromoi Aqbçréon et TAmour, et la Sagesse repoussant tes tmita de r Amour^ sont encore de la main de ])(• Pradier» qui a voulu pasticher les bronzas antiquds»
M. Bosio» que nous avons perdu, a laissé plweui« élèves qui continuent sa manière fine et élégante ; tels sont H. Elshoêct, auteur delà Veuve du soidM franc, groupe en marbre, et M. Corporandi, auteiflr de la Mélancolie, statue en plAtre. Cette figura d4 jeune femme est bien tournée et pleine de Beaàf menu
La meilleure statue de l'Exposition après le Saw^ felder et la Poésie, de M. Pradier, est le }Wm Viala» par M. Auguste Poiteviut élève de.llH. Nlôndron et Rude. Sa figure a du mouvement et de Té» nergie. Le petit tambour républioiin, morteUexn^ blessé, se dresse sur ses genoux et agite en Tair son bonnet de la Liberté, Le modelé anatomique est savamment accusé, etlatôte a beaucoup de ea* lactère*
On dit que le Candtfonne colossal, de M, Deha^i «st pour la lôUe de Mantes, Il n'y a pas de quoi euUjffc rentbousiasmi^, et les MaAtais m itiOBl
pas Qçvh de leur moammi^U L« Çunturoom ?lt Um% en jambes, sem tét« et «W8 poitrjne. Va trWQM de mit aurait fait le mé(ne efiel sur UQ piéd«âtal*
Les bustes sont extréineiQ^at nombrew* On r^ marque, au«dessus de tous les autresi leburtedela comtesse de C...^ par M. Boima^ieux» qui travaille le marbre avec tant de correction et de finesse* Viennent ensuite un buste de M. Provost, de la Comédie-Française, par M. Feuchères ; le buste de M"" M..., par M. Jouffroy ; un buste de Geoffroy Saint-Hilaire, par H. Desbœufs. En fait de noms éminents, nous avons encore trois ministres, le maréchal Soult, M. Humann, et M. Dumont, puis Carnot de la Convention, Cuvier, Etienne, par M. Vilain; M. Bernard, député des Côtes-du-Nord, par M. Toulmouche; Tévêquedu Mans, par M. Chenillion ; Ârtôt, le célèbre violoniste, mort si jeune ; et le groupe des enfants de M. de Hontalivet, par M. Gayrard. C'est tout. Nous avons le malheur de trouver que le reste des ouvrages de sculpture ne vaut pas rhonneur d'une mention.
Il s'en faut bien que la statuaire actuelle soit à la hauteur de notre peinture. Si Ton excepte M. David d'Angers, M. Pradier, et MM. Barye et Antonin Moyne, qui ne se soucient guère de présenter leurs œuvres au jury, quels sont les sculpteurs dont le nom soit destiné à être connu de Tavenir?
Que d'hommes, prônés en leur temps, Délaisseront aucun souvenir dans Thistoire 1 Toute la génération de l'Empire est oubliée, et de la fin du dix-huitième siècle, il ne reste guère déjà que CaflSeri, à cause de son buste de Rotrou, et Houdon, à cause de sa statue de Voltaire. Notre époque n'est pas une époque de marbre et de bronze.
BBSSnrS. — A^ABJUULBS. -. PASTBUI. —
Cherchons bieti. N'avons-nous rien oublié? Si vraiment. Nous avons oublié plus de deux mille ouvrages qui crient vers nous du fond de leurs catacombes ou du haut de leur gibet. Deux mille voix fantastiques me bourdonnent dans Toreille, et la nuit j'entends des pas dans mon mur, comme le Tyran de Padoue, de M. Victor Hugo; la nuit je vois, dessinés en traits de feu sur mes lambris, de superbes portraits de gardes nationaux ou de bourgeois, qui me font des mines gracieuses
ou des grimaces; je suis poursuivi par des femmes contrefaites, attifées de jaune et de gros bleu ; j'ai un Decamps, dont les Turcs se travestissent en Grecs et étalent des rotules et des jarrets qui fe* raient envie à H. Âbel de Pujol ; mes paysages poétiques, de Rousseau, se métamorphosent en paysages mythologiques^ .de H. Bidault, membre du jury (dernier cours, 4S fr.) ; mes Vaches, de Cuyp, portent sur le front la signature de M. Brascassât ou de H. Yerboeckoven ; mes Boucher se changent en Pingret; mon plâtre de la Yénus de Hilo prend les bras d'une Vierge de quelque sculpteur de riastitut^ et joint ses mmis pour aie supplier ; mes fleurs ttatiiieUes se termssenl et se pétrifient comme les fleurs de M. Saint-Jean, de Lyon; mes armes anciennes sortent du fourreau, et je passe ma vie, comme Damoclès, avec des épées aues, suspendues sur ma tète.
Il est vrai cependant que j'ai oublié ia Noce bretonne, de M. Couvelèy, dont la fine naïveté ai^que rapport avec la peinture de H. Vidal ; le Cimetière des palmîens nains, en Algérie, par M. Emile Lambinet; un Saint Firmin, patron du dîûcàais d'Amiens» par IL Leeurieux ; les Joies malerneUéB, par M. Décaisse ; le portrait de M«« Géral^y, u«e des {dus charmantes tètes du Salon, par 11* Qaoh net i quAl^ies laUeaiiK fort Ufia ponte |iar AL 'Eat-
saert ; to FeBime du Peuple, par M. Guermami ; uœ Vue de Saint-Cloud, par M» Mireoouil, du TbéAtre^Français ; une Vue de la vaUée de Dampierre, par M. Bohn ; un petit Portrait d'homme, qui a eu les hooneurs du salon carré, par H. Chavet, etc« Bien d'autres charmants petits tableaux auraient mérité une description, comme le Chat et le vieux Rat» de la fable de La Fontaine, par M. Philippe Rousseau ; deux gracieuses compositions de M*"** Cave, le Songe et la Consolation, où la vierge Marie est représentée au milieu des Anges, après la mort du Christ, etc. On parle encore d*un Christ aux Oliviers, par M. Justus ; d'un Dolce far niente, par M. Gaut ; d'un Paysage, par M"* Empis ; d'un Portrait, par H. Moynier; d'un Antiquaire, par M« Willemaens ; d'un Christophe Colomb, par Itf, A. Colin ; mais je n'ai pu découvrir le Colomb qui a bien su découvrir l'Amérique. On ne découvre que ce qui existe. N'avons-nous pas inventé, cette année, les Delacroix, les Decamps, les Scfaeffer et les Diaz ? C'est assez pour une fois.
Il reste, en outre, à examiner les dessins, aquarelles, pastels, miniatures, porcelaines, les gravures et lithographies, et les dessins d'architecture. Le Lion, de M. Eugène Delacroix, est le diefd*œuvre de cea salles un peu abandonnées, comme ses tableaux sont les meilleures peintures de la
grande Exposition. Jamais on n'a fiût une aquarelle plus pâteuse, plus solide et plus colorée, M. Delacroix excelle en tout ce qu'il entreprend. Qui a fait des lithographies comparables à celles du Faust ou de THamlet? Qui, dans Técole française, a fait des décorations comme ses frises de la Chambre des députés? Quelle bataille, au Musée de Versailles, vaut celle de Taillebourg? Quel tableau historique, au Luxembourg, vaut le Massacre de Scio? M. Delacroix est toujours le premier peintre de l'école contemporaine, et un des peintres les plus distingués de toute l'école française, depuis que la peinture est de la peinture. On ne saurait peut-être mettre au-dessus de lui, dans toute notre tradition, que Poussin et Claude, deux Italiens, entre nous, dont la forme, sinon la pensée, a traversé les Alpes. Vous savez que les Anglais, qui, à la vérité, ont leurs raisons pour cela, rangent toujours Poussin dans l'école romaine, et que les Italiens mettent un à la fin de son nom. Prenez garde que les Vénitiens ne débaptisent Eugène Delacroix et ne l'appellent un jour Délia Croce, ou que les Fla-^ mands d'autrefois ne le réclament entre Rubens et Van D}ck.
Ce terrible lion, nonchalamment couché sur le flanc dans un ravin, tient sous sa griffe frémissante un serpent qui ne l'inquiète guère. Le roi du dé^
sert joue avec sa victime, comme le pape avec les conspirateurs de la Romagne, comme le tzar avec les révoltés polonais, comme la jeune Isabelle avec les officiers espagnols. Qu'il se garde pourtant de lever sa lourde patte qui comprime l'ennemi sifflant contre le ciel !
La touche de cette aquarelle est large comme la touche de la peinture à l'huile avec la brosse la plus délibérée. M. Delacroix ne met guère d'eau dans sa couleur, et les tous y gagnent une énergie extraordinaire. La tournure du lion est surprise à la vie sauvage, et la forme anatomique est irréprochable. On dirait que M. Delacroix a passé son temps dans les solitudes de TÂfrique, ou devant les cages du Jardin des Plantes, en compagnie de M. Barye, son seul rival pour représenter les animaux. Mais les vrais artistes voient, sans se déranger, tous les spectacles dans l'intérieur magique de leur esprit.
H. Vidal a dessiné, avec son charme habituel, une jeune panthère, entortillée de liserons et de clématites, une gazelle curieuse, dressée sur ses fins jarrets, et une biche mélancolique qui rêve à ses amours *, trois folles loreftes, jalouses des bergères de Watteau, des courtisanes de Boucher, des baigneuses de Fragonard, des rosières de Greuze. 11 est impossible d*imaginer rien de plus délicieux,