PROMENADE
Aujourd'hui, nous irons un peu au hasard, le regard levé vers les grandes toiles qui annoncent quelques qualités distinctives ou des efforts méritants. Notre école actuelle a ceci de bon , qu'elle est assez variée , et fort habile dans l'exécution. Les praticiens adroits sont très-nombreux , et en même temps leurs prédilections sont très-dlfférentes. Sous l'Empire, quand on avait vu David, Gros , Girodet , Guérin , Gérard , Hennequin et Lethiëre, on avait tout vu ; le reste était pacotille du môme atelier. Sauf quelques excentriques, alors inaperçus , comme Prud'hon, sauf les- compositions de rhistoire contemporaine par Gros, l'Empire n'a fait qu~'un seul tableau, composé des mêmes
modèles déshabillés en héros ou en demi-dieux, et baptisés dans le calendrier mythologique.
A présent, les peintres s'adressent à l'histoire de tous les temps et de tous les pays , à la religion , à l'allégorie poétique, à la vie privée, à l'homme et à] la nature extérieure. L'art a reconquis l'indépendance de ses affections et la liberté de ses moyens. Une compression excessive nous a conduits à une anarchie dont il ne faut pas trop se plaindre, puisqu'il en est sorti une douzaine de talents originaux, qui placent notre école à la tête de Fart en Europe, malgré la prétention des Allemands philosophes et des naturalistes belges ou hollandais.
Les tableaux religieux ont été , dit-on , écartés de préférence par le jury. On a décimé les martyrs et proscrit les saints , par cette raison qu'un tableau religieux , exposé au Salon , est toujours suivi d'une demande d'achat à la liste civile ou aux ministères ; et toujours il se trouve quelque député pour appuyer le peintre , chaque arrondissement électoral étant fort curieux d'orner ses églises et ses chapelles. Un tableau de dix pieds coûte au moins mille francs, à cent francs le pied, et le budget s'effraye avec raison de ces subventions forcées dont il ne résulte aucun profit pour les arts.
M. Appert a traité un sujet dont il n'y a guère d'exemple dans toute la tradition des peintres et
des arayeuts. Je ne çopnajs qu'{^ çeule estffûue de la mort de saint Joseph, et pas un tableau, si ce n'est une esquisse de Técole de David , où le vieux charpentier est assisté à son agonie par son fils adoptif e\ par la Vierge. L'histoire catholique n'a guère laissé de renseignements précis sur Tépoque^ le lieu et les circonstances de cette mort. Saint Joseph disparaît après Tepisode de la dis^ pute avec les docteurs du temple. Il n'en est plus question parmi les apôtres, oii îl aurait dû flguret le premier, et il ne reparaît point à côté de la Vierge , lors de la Passion. Il mourut donc, probable* mentf durant la jeunesse du Christ. Jésus cependant ne se trouve pas dans la composition de H. Appert , qui est bien le maître d'en faire à sa guise. Le saint mourant est entouré de quatre ou cinq personnages, tous plus grands que nature, et son corps demi-nu s'enlève sur une triste muraille. Au premier plan, des vases et des draperies, d une exécution vigoureuse. M. Appert peint la nature morte avec quelque succès , et il a envoyé au Salon un autre tableau représentant des instruments de musique.
Au-dessus du grand tableau de M. Couture, c'està-dire à cinquante pieds en Tair , est un Christ descendu de la croix, et qui mériterait d'être descendu aussi de la voûte. L'auteur , M. Femand Boiâsard,
mt ?W» JWétWr ^e pemtiy, et la Sççyçnir de I9
retraite de Russie a'a pas été oublié par les artistes. Quand le Christ mort sera mis à portée du regard , après le classement nouveau qu'on prépare , nous y verrons ressusciter de bonnes qualités d'exécution , ainsi que dans le Samaritain , de M. Tabar , qui paraît fermement peint. II est juste que cliacun soit mis à sa hauteur. Si la direction du Louvre est embarrassée pour choisir les table^x qui devront remplacer au sommet de la frise le Christ et le Samar ritain, nous lui indiquerons d'excellents martyrs , dopt personne ne remarquera l'ascension au ciel.
Au-dessus du tableau de M. Horace Yernet , on vpit aussi en pendants un autre Çlirist et un autre Samaritain. Le Christ au Jardin des Oliviers , par )tf. Comairas, est agenouillé presque de face et soutenu par un ange. Après avoir donné, un moment , l'espérance d'un talent original , M. Comairas est demeuré un artiste laborieux et conyaincu. Il y a également un peintre dans M. Jlonot^ auteur du bon Samaritain. Ses figures sont dessinées avec science , et la couleur a de la solidité.
On remarque encore sur le même côté du grand salon un Saint Martin rudement brossé, par M. Bigand, de Versailles, et la Vision de Jacob, p^r M. Laemlein. Les figures d'anges qui escaladent récbelle symbolique ne manauent pas d'une cer-
taine tournure, et le visionnûre lui-même, étendu par terre, ouvre de grands bras dramatiques comme pour saisir son rêve et s^accrocher à la robe flottante des célestes grimpeurs.
Une peinture très-particulière , dans un style à la fois très-prétentieux et très-naïf, tenant à l'école allemande et à Pécole de H. Ingres , c'est le Christ apparaissant à la Madeleine éplorée près du tombeau sacfé , par M. Henri Delaborde ; elle est placée sur le lambris de droite à l'extrémité , contre la petite porte de la galerie de bois. Nous nous sommes arrêté longtemps à considérer ce tableau singulier, dont le dessin paraît fort correct et Texécution tout à fait précieuse. Les personnages sont de grandeur naturelle : la Madeleine couchée , dans une belle attitude , sur des fleurs terminées comme à la manufacture de Sèvres , et couverte du coujus-> qu^aux pieds par une robe rose d'un seul ton, presque sans demi-teinte et presque sans plis ; le Christ debout, avec une draperie blanche , étendant vers elle sa main distinguée. Le paysage est d'une so— briétéde couleur extrêmement rare, et les arbustes se dressent dans Fair avec élégance, quoiqu'ils soient découpés à Temporte-pièce. Ce jeune talent nous inquiétait beaucoup , et nous serions heureux qu'il eût de l'avenir ; mais un petit tableau du même peintre , intitulé le Repos, vue prise aux environs
de Florence , ne justifie guère cet espoir. Il fSeiudnt Yoir les prochains Salons.
Près de cette pâle Madeleine, un peintre qui est certainement poète, H. Gendron, auteur des Willis au Salon de 4846, a exposé une sainte Catherine enseVelie par les anges. La belle morte, chastement voflée dans son linceul, est étendue au premier plan, tandis que les esprits célestes descendent sur les nuées, apportant des couronnes, des palmes et des parfums. L'apparition a beaucoup de grâce et de style, et la tête de la sainte semble dessinée avec un sentiment parfait. Le tableau gagnerait sans doute à être vu de près.
M. Gendron a fait un autre tableau de petite dimension, intitulé : Après la mort. L'idée est tout à fsài poétique ; sur les tombes blanches d'un cimetière éclairé par la lune fontastique, les ombres de deux amants se rencontrent et s'embrassent. Leurs formes légères se sentent plutôt qu'elles ne se touchent, comme deux nuages qui s'entremêlent mollement sous la brise. Composition pure et délicate, dans le goût des ballades allemandes.
Le Sixte-Quint bénissant les marais Pontins, par
M. Rudolp Lehmann, est placé sous l'Orgie de
M. Couture, voisinage dangereux pour un pape.
Sixte-Quint, accompagné de sa cour, est debout
sur le rocher qui porte encore son nom, au milieu
ce groupe dominant toute la /îo^pf^ipp, ftipf^- ,tpuré au?: plans inférieurs de 1^ %le d^ P9pplat^Oi)$ vqisines et des fameux briga()(i$ de ]^q|)|[^Q9, acço^îcuf ay^c leurs femmes et \(^y^ ftïï%Jfg.P9F .profiter 4'un^ bonnp occasion, fif gg f^ifp sbSPB^Jfe en bloc de leurs crimes e^ dç )^ur§, yolg })Ql)|t|^. Les autres tableaux de M. Rqdolp jLehm^n ^j)t une Vierge avec TEnfant Jésg§.et Hixe fijj^yrièpe des Abru^zes, en pendant h sa belle Vepd^p^euigf;, Ij^ Grazia, du Salon de 1843,
Quels sont encore les grandes fableaiix dp ^1^ carré? Un saint Louis de Gonz^^e, catéchisait )gs pauv^^s dans les rues de ïlome, p^r M. W^îhsmuth ;; la Mort de Jeanne Seymovu*, faibl^ iQp ^acieuse peinture, par M. Eugène peyéria ; ime Scène de Torture, par JI. Vipchop ; la Gbfts^ W Tigre, du prince Javanais ; je Pisî^pi^ de M. ^ç^; les Catacombes, 4^ M* l^r^P^t. J/Laiis nous ayons déjà .cité tout cela, et nops ne s3VQn§ qu'en dirq 4^ nouveau.
Nous n'avons pas parlé cependant d'un talde^u de M. Lessore, intitulé 1^ Bienfaisance. Una pauvre Gemme du peuple, mourant de faipi ou de mis^ sur son grabat, serre sa petite fille amaigrie ; ^ autre eqfi^nt déguenillé regarde du côté 4e {4 porte^ où l'on enfjrevoit «ne ffati^ ^ ?'élai<pe fjffès
a^tiir Ûê^éà son aamfltiè âtir te fit. ttélàs I râumdile sert trien Itïiptilssatite à soulager cette infortunée
M. Leésore a de solides qualités comihe prâti'cteù. Ses figures sont bien peintes, les lumières justes , la perspective savante , ta touche large et simple , la couleur vigoureuse.
■ M. Antigna se rapproche Un peu de M. Lessore pou!* le sujet et pour le style de ses tableaux. La Pauvre famille , une mère debout contre un mur , avec deux enfertts , est une flèinture ferme , un peu commune, mais dont Tîntention inspire une honnête sympaithie.
La galerie contient auési quelques tableaux religieux, dignes d*examen. M. Lassale-Bordes , dont nous avons déjà remarqué une €léopâtre au précédent Salon , a peint le Christ et saint Pierre marchant sur les^ eaux; c'est le moment où Piefre enfbncé dans la mer ôt appelle le secours du Christ, qui étend la main vers lui et lui reproche de manquer de foi. Ces deux figures ont de la grandeur et de la noblesse. Le groupe des apôtres, qui se presse au second plan, est bien disposé et d'une bonne cooleur. M. Lassale cherche encore un peu son propre style ; mais il semble appartenir à une école où il a t>Qisé de forts enseignements, et il possède ' aàêet maintenant les ressources du métier , pour s'tfMMdôhner à ses inépiratlons.
Nous voyons pour la première fois le nom de H. Aubanel, auteur d'une Mort de saint Paul, Termite. Au bord d'une grotte taillée dans le rochar, le vieux solitaire, demi-nu, est agenouillé près d'un crucifix et d'une tète de mort. Cette figiure, de grandeur naturelle, indique l'étude des maîtres savants et vigoureux, comme Ribera et les Carracbe. Le dessin, le modelé anatomique, la couleur, ont beaucoup d'efiet ; à l'entrée de la cellule, parait saint Antoine, vêtu d'une ample robe brune. L'en« semble de la composition est très-satisEaisant, et M. Aubanel peut compter dès aujocffd'bui parmi les peintres capables d'aborder les grandes toiles.
M. Barrias , élève à la villa Médicis , a envoyé de Rome une Sapho , nue et couchée , de grandeur naturelle, dessinée avec correction, modelée avec sobriété. C'est l'école de M. Ingres, dans un sentiment moins distingué. La patrie du Titien, du Gior* gione, du Tintoret, dePaul Véronèse, nous a envoyé aussi un échantillon de la peinture que font aujourd'hui à Venise les successeurs des sublimes maîtres de la Renaissance. H. Schœlf n'est pas Vénitien , c'est impossible, et son nom cache quelque Hongrois dépaysé qui a traversé le golfe pour signer ses incroyables peintures, de Venise la belle et la glorieuse. La Fête dans l'intérieur d'un palais , et la Lecture des livres sacrés doivent être classés entri
led tableaux les plus drolatiques du Salon de 1847, La Lecture de la Bible est justement le premier tableau qu'on rencontre à gauche, en entrant dans le petit salon. Quelle introduction joyeuse ! Audessus se trouve une composition historique de M. Marquis, les Obsèques de Guillaume le Conque^ rant. Les peintres d'histoire, comme on disait jadis, ne sont pas nombreux au Salon. Il faut en venir aux batailles impériales de M. Hippolyte Bellangé , conservateur du musée de Rouen, et fournisseur du muséede Versailles, pour arriver au fameux Champde-Mai, i*"' juin 1815, par M. Heim, l'académicien.. Que le jury est bien représenté par M. Heim! Je donnerais tous mes tableaux de Decamps, Diaz, Eugène Delacroix, Rousseau etDupré; je donnerais la Joconde de Léonard, pour les portraits de V. Hugo, Alexandre Dumas, Casimir Delavigne, Scribe, Viennet, Taylor, de Vigny et autres, tels que M. Heim les a peints dans sa Lecture au foyer de la Comédie-Française. Que le père Andrieux a bonne mine au milieu de cette illustre assemblée ! M. Biard est vaincu. Si M. Biard a autant d'esprit qu'on le dit , il devrait reproduire librement au prochain Salon le tableau de M. Heim. La parodie est permise quand elle s'applique à des œuvres de cette importance» signées par des noms éminents comme 1^ nom àe M» Heim. Ici , Itf parodie est toute faite ;
il n'y a qu'à copier, et nous applatidirions, cette foii, à la bonne clHifge de M. Biard.
L'e^t est ri rare en peiiiturë , à défaut de qtfalitëâ plus profondes et plus véritablement artistes! Les hommes d'esprit, d'ailleurs^, comprennent qitll faut s'arrêter au croquis, au dessin, à la lithographie, comme Charlet et Granville, ces deux regrettables improvisateurs ; comme Gavarni , lé charmant romancier ; comme Daumier, le grand philo-* sophe sansi le savoir. Pourquoi Daumier n'est-il pas de r Institut? M. Heim lui en remontrerait encore pour la naïveté de la caricature et la sublime bêtise de l'expression.
Le3 Lapins , de M. Philippe Rousseau , ont plus d'esprit que les poètes de M. Heim. Voilà des lapins qui sont dignes de vivre , et qui ne céderaient pas leur destinée pour celle d'un académicien ! Quel conciliabule imposant, sous Tombre de la garenne ! Nous préférons toutefois encore à la fable de Florian, traduite par M. Rousseau , son petit Intérieur orné d'un chou vert, et d'un fromage de Brie, gardés par un chai, gravement assis sur une chaise, comme les Ménagères des peintres hollandais. La grande proportion ne va pas à ces sujets familiers et à la fine exécution de M. P. Rousseau. Il lui faut des objets microscopiquesà caresser doucement, comme Gérard Dow • qui mettait trois jours à peindre un
ifiÉiidtie à balai. La pratique de M. Rousseau a plus de largeur et d'abondance cependant que la manière léchée et précise de Gérard Dow ou de Mieris. Il est nioins correct et moins précis, mais plus gfiksetûoti moins harmonieux. 11 est, pour la hature morte, à peu près comme Meissonnier pour les petits personnages, lequel suit la tradition de Terburg et de Metzu , ces petits peintres qui attaquaient une figure de six pouces comme une figure de six pieds.
Les deux lapins qui ruminent sur le plancher , dans rintérieur de cuisine, sont adorables. L'un a le poil gris-souris , et se présente de face; la main aimerait à glisser sur sa fourrure proprette et soyeuse ; Tautre est vu de dos avec sa belle robe noire, tachetée d'hermine, comme un gros magistrat endormi.
Cesqutdités d*un coloris délicat et d'une touche légère sont très-notabies dans les Fleurs baisées par des papillons. C'est tendre, velouté, lumineux, comme les fleurs naturelles. H. Saint- Jean, de Lyon, ferait bien d* étudier cette esquis$e deM- Rousseau. ,
Il se pourrait que Tauteur des Branches en fleurs, n* 667, fût élève de son compatriote M. Saint-Jean, qu'il dépassedéjà comme fratcheur etcohime réalité. Ces branches d'amandiers et de rôles, par M. 6a)^
let , sont peintes dans le système des fines fleurs de la porcelaine fitinçaise de Sèvres. Nous préférons, quant à nous, la manière large et fantastique des porcelaines du Japon ou de la peinture de Diaz ; mais pour ceux qui recherchent une réalité minu* tieuse et la délicatesse du détail , M. Gallet doit être im phénomène qui n'a certainement pas soa pareil.
M. Stevens , de Bruxelles , a fait un des tableaux les plus spirituels du Salon. Il a pris son sujet dans une fable de La Fontaine, comme M. P« Rousseau dans une fable de Florian. Le chien qui porte à son cou le dîner de son mattre est en train de faire ripaille sur le pavé avec la pitance que se disputent un tas de chiens sans aveu et sans éducation. Le confortable panier est là par terre, et le plus adroit des bandits , un caniche , tire du bout des dents la serviette qui recouvre un pâté splendide. Les autres tiennent déjà quelque morceau ou se battent pour le conquérir.
Et chacun de tirer, le m&tin , la canaille, A qui mieux mieux....
Chiens prolétaires et déguenillés, chiens trouvés ou plutôt chiens perdus, véritables sans-culottes de chiens , qui n'ont jamais marché sur des tapis , ni senti sur Téchine le magnétisme nerveux d*une
nuUn parfumée, chiens maigres et crottés^ au jarret sec, à la dent blanche et aiguë, à Tœil flamboyant, à la tournure originale. II y en a un surtout qui vaut tous les chiens aristocrates du monde : c'est le Diogène, certainement peint d'après nature, assis adroite, regardant faire le caniche. Je conviens qu'il est un peu canaille, comme dit La Fontaine, et qu'il ne tient guère aux façons du grand mondct Il n'a jamais connu son père , et le fumier de la rue a été sa seule nourrice. Sa tète sans oreilles , lai^e, osseuse, plate en arrière, a toute l'apparence d'une tête de soldat. Son œil inquiet lance des écLiirs, et sa gueule est béante et rouge. Toute sa physionomie dénote l'aventurier et le philosophe sans souci. Mais quelle est donc cette guenille en* rouléeautour de sa patte gauche? c'est le pansement de quelque blessure de hasard ; car sa vie doit se passer à des combats sans fin, et au milieu de cette existence de bohémien en plein air , il a pourtant le bonheur de rencontrer encore des amis qui soi^ gnent ses plaies. Le courage dans toutes les condi* tions inspire toujours la- sympathie et un certain respect. Ce chien-là ressemble à un fier mendiant espagnol , peint par Yelasquez ou par Goya.
M. Elmerick a représenté aussi une famille de chiens qui ont leur mérite : chiens courants, blanc» orangé, couchés dans le chenil, la mère et les petits.
Bonne nichée qni conrra le cerf et le sangler. Le tableau de H. Elmerick est grassement peint et trèshlmnonieux de couleur , quoique dans une gamme grise un peu fiiibie.
Un excellent peintre et qui sera bientôt un peintre célèbre, c'est H. Jean-François Millet, déjà connu par ses vigoureux pastels. M. Millet a qiiitté le pastel pour la peinture à Thuile, et il a bien fait. Ne le jugez pas encore sur son jeune OËdipe détaché de l'arbre, tableau singulier et presque incompréhensible. L'OEdipe pose une énigme au public , au Keu de deviner celle du sphinx. Il est difficile de débrouiller dans ce mortier de toutes couleufs, la figure de Tenfant tenu en haut par un pied; en bas par la tète, et les personnages enfouis " dans le paysage, et le chien noir qui tache le terrain. Hais il y a dans cette fantasmagorie un brosseur audacieux et un coloriste original.
Nous avons vu des tableaux de H. Millet, qui rappellent à la fois Decamps et Diaz , un peu les Espagnols , et beaucoup les Lenain , ces grands et nalCs artistes du dix-septième siècle , auxquels la powérité n'a pas encore accordé leur place légitînàe parmi les meilleurs peintres de l'école française.
Qui citerpus-nous encore dans cette revue capricieuse "? le Pétrarque plantant un laurier sur les ruines du tombeau de Virgile, composition pDéti-
que , mais firmde d'exécirtkMi , par Alfred Ango; la SaDe da Musée de Dijon , qui lenfenne les tom* beaux de Philippe le Hardi , de Jean Sans-Peur et de Marguerite de Bavière, par M. Auguste Mathieu; la Revue d'un régiment de dragons , par Lorentz , qui a tant d'esfMrit dans ses dessins populaires ; les Cuirasders enlevant une hatterie russe, et l'Ambulance dans un bois, par M. Fiévée ; les Marines, de M. Louis Gameray et de M. Durand-Brager, de M. Morel-Fatio, de M. Meyer ou de M. Gudîn. C'est assez pour imQ^foû^.
LES PBTIT8 TÀBLBÀUX DB GBlfmS.l
Un des tableaux les plus admirés par les amateurs de peinture à la loupe, est la Vieille Cuisinière plumant un coq, par M. Dyckmans, d'Anvers, la patrie de Rubens. C'est, assurément, une merveille de patience. Jamais Gérard Dow n'a été plus loin, comme minutie , dans ses erreurs si singulières pour un homme qui avait connu Rembrandt. Denner, dans ses monstres de vieilles femmes, n'a jamais pointillé plus maigrement les bagatelles de Tépiderme et les riens de la réalité banale. On voit le grain de la peau , les rides du front, une verrue au sourcil, et l'on compte les plumes du coq. Quel beau chefd'œuvre ! Il faut de la peinture pour tout le monde, même pour les myopes et les esprits courts.
La Guinnière , de M. DyckmaDS , est assise de fiice et vue jusqu'aux genoux ; elle porte un bonnet de paysanne sous lequel ses cheveux gris sont retroussés à la chinoise, et autour du cou un mouchoir blanc, bordé de'dessms roses. A droite, un chat monté sur une chaise avance tendrement sa patte vers le coq. Chat, coq et fenune, sont dignes de rintérieur de cuisine, de DroUing.
On appelle cela faire nature. Mon Dieu ! que c'est laid I Mais c'est un prodige, et qui a coûté bien du temps. J'aime mieux un barbouillage de Yelasquez, fait en un quart d'heure. Les auteurs de ces marqueteries précieuses sont bien à plaindre de ne pas voir autre chose dans les spectacles magiques de la création. Il faudrait cependant savoir si c'est de l'art ou de l'industrie. Où finit l'industrie ? où commence Tàrt? A l'endroit où l'homme met quelque chose de lui-même dans son œuvre. L'art est le langage d'un sentiment original ; c'est, comme dit H. de Lamartine, l'accent sonore qui fait retentir votre ftme dans l'âme d'autrui.
Quelle est donc la passion qui pousse M. Dyckmans ? L'amour de ses semblables, ou Tamour de la lumière , ou l'amour de la beauté ? Quelle est aussi l'impression que sa pemture laisse aux autres hommes? Ce n'est pas l'enthousiasme, ni la poésie, ni la réflexion, ni Famour d'une réalité si disgra-
^n robe de ^\\^ blanc, a^sis^s prè§ 4'uftP teWe ^ thé, eouvertç 4' un t^pis higarrét on de j^i^n^ p§rvantes à un^ oroi^ée garpiç de fleurette^, J^ totérienrs dQ tamillç e( }es ^oè^e^ dom^stiquQ^ de Gérard Pqw représentent »u moiqs ^ avçç jjaîvfité quoique ^yep exagération, un certaijai côté d^S-ïPOWiFs hollandaises, la propreté, Tordre} la régularité, |a vétille. II voulait que la plissnre de s^ boRPeW f^^ jfrépfOQhftWe confine celle de P4 méo^èfe, que J«s
fïjenWe? fnissept Inisanta et le cm^m bien lavé, ^e moindre duvet voltigeapt, un féju égm'é, ï^ns^nt
rendu malheureux dans sa maisQU CQUime sur W tableau. Il y a de gros Hollandais qui sont comme cela, et qui s'évanouiraient à la repeontre d'une toile d'araignée,
Mai^ cependant les maisoiis de Peeter de Hoog^ le^ salons de Terburg et de Metzu sont aunsi nets que les intérieurs de Mieri^ pu de Gérard Pow ; il^ ont autant de siuiplipité, mais bien plus de poésie et d'élégance. Ou peut donc représenter les Oïêwes anjets, d^n^ leur véritable ear^ctère, par des mosens très^différents. L.e procédé patient et ipéticuleo^ de Mieris est peu artiste, suivant nous, et s'il a le mérite d'être original ohe? les inventeuns premiers, il ^tdangereux pour les iuii^teurs, et se réduit à UP^ 4d?<^ de q^étier, :
leure direction qfxe los l^lges contemporain^, )fe|^ sonnier, voilà un peintre de petite proportion, mais de grande nianière. Si vous grqgsiss^js ^y/ec une loupe suffisante un de ses bonshoinipes, you3 troiiverez une exécution con^pe celle de Van derHelst, et quelquefois même comme celle de Salvator Rosa. ijn Peeter de Hoog, grossi paf un procédé d'optique, ressemblerait à un Titien ; un Terburg à un Van Dyck; un Cuyp à un Rembrandt, La Cuisinière de H. Dyckmans aurait dix pied;^ de haut, qu'elle serait toujours de la petite peinture, léchée et maigrelette. C'est un Denner rabougri, qui rappelle la copie du portrait de vieille femme , faussement signé Denner, et installé ^utr^rfois comme original sous le Pharisien de Paul Véronèse.
Le 3uccès des petits tableau)^ de M. Meissonnier a produit une école de jeunes peintres très-fins et très-harmonieux. MM. Steinhell, Fauveletet Cbavçt sont les plus avancés de la troupe légère. M. Steinhell avait commencé par le style religieux/ presque gothique, avec un dessin correct et serré. Ses études sérieuses lui assurent la pureté et la précision dans le mouvement de ses petits personpages* Il 3ait dessiner une figure, une t^te et les extrémités toujours si difficiles 9 tandis que BOL F^uvelet et
Chavet béaient dans le raccourci d'un bras, dans les lignes d^une petite main, dans les plans du corps qui se modèle sous les draperies.
M. Steinhell a exposé deux petits tableaux, les Bulles de savon, groupe d'enfants à mi-corps, et une Mère, assise, en négligé, et tenant son enfant sur ses genoux. Sa peinture n'est pas sèche et mince comme celle de M. Dyckmans; elle a même de Fampleur dans la touche, autant qu'il est possible pour ces figures microscopiques.
La touche de M. Fauvelet est plus vive, très-spirituelle, et la couleur pleine d'éclat. Il cherche un peu Téniers dans la prestesse de ses coups de pinceau. Pour les mains, il se contente de copier M. Meissonnier. Le Concert offre deux petites figures charmantes ; les cheveux crêpés de la femme voltigent légèrement, et sa robe est pailletée de reflets argentés. Les Deux Roses luttent de fraîcheur, Tune, la jeune fille, coquettement étalée sur un fauteuil; Fautre, la fleur, épanouie près d'un pied imperceptible. La fillette a une belle robe rose, les joues et les mains du même ton fleuri. Tout cela exhale un parfum délicieux.
Dans la Leçon de chant, de H. Chavet, une jeune fifle debout et de profil, en robe blanche, touche de la guitare devant son vieux professeur, en habit Louis XV, de couleur gris-perle. Les fonds ont beau-
coup de transparence , et tous les accesscnres sont, finement rendus.
H*"* Elisabeth Gavé a de la grftce, de la délicatesse et de l'esprit, dans ses deux tableaux d'Enfants. Sa touche est légère et sa couleur lumineuse : elle aime les belles étoffes chatoyantes et les ajustements coquets, et le luxe des parures des anciennes cours. Paul Véronèse et Watteau doivent être ses peintres d'affection. Sa nichée d'enfants singeant un Tournoi, a de la gaieté et de la naïveté. Le pendant, intitulé : Convalescence de Louis XIII, est aussi un prétexte à petits personnages, fraîchement pomponnés, qui entourent le roi.
M. Guillemin préfère les sujets empruntés aux mœurs populaires. Il a une prédilection pour les bonnes d'enfants et les conscrits, pour les ouvriers ou les paysans. Le Baptême aura certainement les honneurs de la lithographie. L'Église est une cuisine, le prêtre une servante rondelette, le dieu visible un jeune soldat qui déguste un bouillon rem-, placé dans la marmite par un baptême d'eau claire et quelques grains de sel. La cérémonie est complète, lorsque le maître, le vieux tyran, se dresse à la porte du sanctuaire. Les deux figures principales, la fille et le soldat, sont frapchement peintes.
Le Mendiant, de M. PenguiHy-l'Haridon, exposé dans le salon carré» appartient au duc de Mont-*
monotone. On sent, dans ses paysages, qudque influence de M. Galaœe.
Qualre-vingt^inq fenunes ont exposé des tableaux à l'buile ; les plus connues après éelles que nous avons déjà mentionnées dans le coura de notre examen» sont M"'« Geefs et Champein, de Bruxelles, Brune-Pagès, Franquebalme-Cousin, Empis et Leroux de Lincy.
Il nous paraît qu'il y a aussi beaucoup de peinture d'enfants et de vieillards au Salon; mais comme le livret ne porte pas Tàge des exposants, nous nous contenterons de renvoyer pour cette catégorie aux œuvres des académiciens, MM. Heim et Blondel, et des artistes drolatiques qui mériteraient d'entrer à l'Institut, comme M. Rouget, pour son Yitellius ; M. El^idor Naigeon, pour son portrait de Magistrat ; M. Delorme, pour son François I*' ; M. Pingret, pour son Chœur de sacramentistes à Naples. Ah I si M. Hornuog de Genève, et H. Heuss de Metternich étaient Français ! quelles bonnes recrues pour l'Académie et le jury !
En sonune, le Salon de 1847 n'a pas été brillant. Il y manquait la plupart des noms célèbres, M. Ingres et M. Delaroche, MM. Ary Scheffer, Decamps, Rousseau, Dupré, Gabat, Meissonnier; mais il a mis en évidence deux talents nouveaux, Coupure et Qesînger, qui viennent d'être décorés, à ce qu'tm
dit ; mais il avait Delacroix et Diaz ; mais il a montré M. Camille Roqueplan sous un nouveau jour; mais il a annoncé un jeune peintre, l'auteur du Combat de coqs, et un habile ciseleur, M, Wechte. Il est arrivé, chose singulière, assez triste à notre avis, que la critique militante a été presque unanime, et que la foule a suivi la critique. Je ne parle pas de quelques phrases banales coulées dans un moule de plomb ou figées en glace, qui ont prétendu refroidir les deux succès du Salon, comme , jadis elles assommaient H. de Lamartine et M. Victor Hugo. On a bien aussi parlé en Tair d'une résurrection des maniéristes français du dix-huitième siècle; mais cependant l'ensemble du sentiment public a été d'accord avec les journaux. Nous avons le malheur de penser que c'est un symptôme d'affaiblissement dans la presse et d'indifférence dans la nation. La révolution artiste est-elle donc finie, et sommes-nous à une de ces époques d'aveuglement et de faiblesse où la poésie a perdu ses inquiétudes, l'esprit sa virilité, le journalisme son initiative ?
La critique, en effet, suit une route battue et bornée. Elle regarde à ses pieds et se contente de décrire les buissons qui Tarrôtent ou les personnages qui l'accostent, sans demander à ceux-ci où ils vont et ce qu'ils veulent, sans ]ever sou regard
tel* que Tart pouf l'alrt, c'est-à-dire l*art satis pa^ofl profonde et sans Côtivictîon sôdale, triomphe pleinement eil peinture, comme aux époques de décadence. Sauf les paysagistes qui ont ressuscité la poésie de la nature avec un enthousiasme et tlne couleur dignes des grands maîtres, sauf deux ôd trois cœurs d^artistes qui vibrent en harmonie avec le cœur humain, tios peintres ne sont guère ^^ dés praticiens plus ou moins etercés. L'éloquence dé l'art est Oubliée pour la gratnmalrc. L'art pour l'homme vivant, et non pour te forme morte, rie fait plus entendre sa voii.
Un moment, après 1830, c'est bîèrt loin déjà, la jeune presse, émue par le tlot d'urie révolution politique, avait entrevu des destinées plus hautes pour les béânx-arts. On osait dire alors que l'art est un sacerdoce qui prêche les saintes doctrines et corrige les mteurs par l'influence de la beauté idéale. On se souvenait du mot de Platon : le beau est la splendeur du vrai. Il y avait alors une école mi-philosophique et mi-poétique, dont nous nous glorifions d*avoîr été un des combattants obscurs, qui s'inquiétait de l'âme autant que de l'œil ou de la main, qui interrogeait la signification des images sous les magnificences de la tournure et du style. La rénovation de la langue et des procédés plastiques
était assurée ; qu'allait-on faire maintenant de cet instrument retrempé? Hélas 1 l'instrument bien ciselé et orné de pierreries est resté une épée de luxe et comme un joyau inutile. Avec cette bonne lame de Tolède, il ne s'est point trouvé de soldats valeureux et dévoués pour graver sur le roc des légendes immortelles, comme les héros de Léonidas aux Thermopyles. L'arme de parade se rouille dans son fourreau ou s'agite follement dans les airs. Le scintillement du soleil sur l^acier suffit à Tamusement de nos poètes, et la patrie n'a plus que des jongleurs, au lieu de prêtres et de guerriers.
Nous avons tous subi cette dégradation civique. Les tins, découragés, se sont retirés dons tine thébâfdé déserte, contemplant l'avenir ati sein de leur pensée muette ; il serait plus brave de le préparer pa^ l'action. Les autres, perdus> dans la mêlée, ont lutté satts force contre des fatalités prévues. Après quinze ans d'un traitement anodin par Thomoeopa- Ihiè et par l'éther^ quelquefois par la violence, la France a subi l'extraction du cœur, ce qui ne s'était jamais vu eu aucun amphithéâtre de chirurgie socialei Si bien que la peinture n'a plus tien dans la poitrine, quoiqu'elle remue encore avec agilité et par ressort, les yeux et les mains. Le tour est fait. Cela vaut bien le canard de Vaucanson.
PBSSinS, PASTELS, AQUARELLES, MllflATUBES, TITBAUX; 6HATURE; — AECHITECTDBB.
Les dessins les plus remarquables au Salon de 184(7 sont ceux de M. Papety, d'après la fresque de Panselinos. Ce Manuel Panselinos, de Thessalonique, fut le maître souverain de l'école byzantine depuis le douzième siècle, et son disciple, Denys» moine de Fourna d'Âgrapha, a transmis à ses successeurs un Guide de la peiniure, publié en 18^^ par M. Didron, sur un manuscrit qu'il tenait d'un moine artiste du mont Âthos. Rien n'est plus curieux que ce traité d'iconographie chrétienne pour l'église grecque. Il détermine la forme immuable de tous les personnages sacrés et do toutes les scènes de l'ancien et du nouveau Testament : (xL^ corps de Notre-Seigneur a trois coudées. La tête
esl UD peu penchée. Le principal caractère du visage est la douceur. De beaux sourcils se réunissant; de beaux yeux et un beau nez. Un teint couleur de blé. Une chevelure frisée et un peu dorée ; une barbe noire. Les doigts de ses mains si pures sont très-longs et bien proportionnés, d Dans la lettre attribuée à Publius Lentulus, qui a tracé le plus ancien portrait du Christ, reproduit par Jean DamascènCy au huitième siècle, et par Nicéphore Callixte, au quatorzième, le Christ a les cheveux couleur du vin, la barbe abondante, de la couleur des cheveux, et fourchue.
Suivant* le Guide de la peinture, a la Vierge était dans un âge moyen. Plusieurs assurent qu'elle avait aussi trois coudées ; le teint couleur de blé ; les cheveux bruns, ainsi que les yeux. De beaux yeux et de grands sourcils ; un nez moyen et de longs doigts. De beaux vêtements avec leurs couleurs naturelles. Humble, belle, sans défaut. » Les merveiUes de l'ancienne loi, les merveilles de TEvangile, la Passion, les Paraboles, les Apôtres, les Saints et les Martyrs, les allégories religieuses, tout est prévu et arrêté dans ce singulier code de l'art. On y voit la description du Paradis terrestre, de l'arche de Noé, de la tour de Babel, de larbre de Jessé, comment Job est assis sur le fumier, ou comment Joseph , s'apercevant de la grossesse de la
ÈUimé Vièi^, lai AitèÈie ées fêptûthié. L^lëoMgi^aphie hyTMtim , édiiti^ifément à l'Ègliâé lattllé, «dihèt au!tsi dâh^ éOh PamhéoA les tifailt5sd{illés pâîëm qui sotii céilàés cdâédrdët au cHrtàtiâftiimè, Apollonius, Sofori, thU^ydidê, Pltitlif^iië , PlâtdA, Arlstote, Socrdte, Sôpbôclë.
Et dejiuis sept slè6le«, lèâ B^zAntitls tl6 se î^ôàt jamais écartés des rtlémés types. Atijôufd'llut eniMté) au mont Athos ël dâtiâ toute 16 Gfèeé, 6n feptoduit lèstnémèS éompocMiôni èf léâ méinës fofrnés àtMôIument. VOtts pôdVez tOif dftns lé petit tftblêfflu i)eint à Thuile par M. Papëty, leë moibeâ ëàloyéri Hppliquant nàïYêmeht Aiit mUfailtes léuf pi'océdé stéréotypé. Pbénomèné insigne que cette ôoitstunce d'un peuple et cette immobilité de Fart ! Il en a été ainsi pourtant à totites les époques religieuses, et, dans r Occident, lé moyen ftge en offre un exemple : identité invariable des sculptures de nos cathédrales et de la peinture gotbique, jusqu'aii moment où l'esprit et la poésie s'émancipèrent à là Henalsëànce du seizième siècle.
Dans les églises et les couvents du mont Atbos et de la Grèce, il est difficile de distinguer une peinture toute récente d'une peinture très^ancienne, car leurs artistes ont toujours copié les pretniers modèles. Ils ont conservé les grandes tournures et le caractère dé TinSpiratiôn ôbrétienne, complétée au-
trèfois pAv lè sottVéîiîr dé là Qfhce atitiqtfe. Lés flgiifes de Pftn»élinôs, desritiées par tt. Pftpèty, tAp- |)élient, m effet, le plus noble style de rdâtiqtlHé pàlëtiïie, si dmoureufte de Ift fomie et de Itt hëàiîié. Quelqucs-liiles potittalent être prises pour Aei statues de héh)s élevéeà stlr les places publiques âii temps de Péridès ; elles ont éeulemeflt plus d'aâètélité et de ttiélancolië qtie les èhèfs^l'œuvre antiques, et un certain dspèot sauvâgèj particulier au génie chrétien. Les àttitudeê sont Uti peu raidèa et les niôiivementë ctrrfeeta, Fenaembld d'uUe gràfHé souveraine et irrésistible. Ù'e^t trës-pUiàsanl et trè^ beau. Comment M. Papety a-t-il si eoUipIétément oublié ce style magistral dans âon tableau symbolique du Passé, du Présent et de l'Avenir?
H. Vidal est peu byzantin, et point du tout catholique. Ses troiç jeunes filles n'ont rien de commun avec les vertus théologales ou les saintes femmes de FEvangile. La première, de profil, approche de ses lèvres roses une (léche qu'elle tient entre ses doigts minces et retroussés. De l'autre main, elle serre contre ses hanches Une corbeille de fruits et de pampres. Hais comment décrire le charme de cette souple et délicieuse fille? La description ne signifie rien en critique. Vous entendez bien que nous faisons quelquefois de la description
seulement pour nous amuser vu peu et noUs eutr é-
tenir le style; car le plus détestable taUeau peut prêter à la même description qu'un chef-d'œuvre. Le même sujet, la même ordonnance, les mêmes attitudes, les mêmes détails peuvent se rencontrer dans des productions excellentes ou ridicules. Tout le monde a le droit de faire une femme qui mord à une pêche et qui porte un panier. Par malheur, en racontant la chose, on exprime difficilement les qualités de l'exécution. Les adjectifs n'ont qu'une valeur relative et abstraite , et ils ne suppléent jamais à la vue d'une image. L'écrivain est presque toujours impuissant à côté du peintre.
Après la friande, vient la nonchalante, belle fille à la taille cambrée, qui étire ses bras rondelets pardessus sa tête voluptueuse. Une draperie légère flotte autour de sa taille et laisse voir son sein. Ses yeux sont mi-clos et sa bouche mi-ouverte. D'oh sort-elle ainsi nerveuse ? d'un rêve d'amour ou d'une réalité?
La troisième jeune fille de H. Vidal est intitulée : Péché mignon. Comme Narcisse , elle s'est éprise de sa propre image. Penchée sur son miroir, elle effleure d'un baiser les lèvres fantastiques et fugitives reflétées par la glace. Péché mignon, en efiet, que Boucher n'eût pas manqué de faire confesser en surprise par quelque Adonis caché derrière une draperie et avançant sa tête curieuse. Mais rassurez-
vous, la jeune fiUe de M. Vidal est bien seule, et le danger n'est que dans son cœur.
Ces trois dessins de M. Vidal ont la gr&ce, Télé* gance et la coquetterie des artistes les plus délicats du dix-huitième siècle. Sous le règne de M""* de Pompadour, M. Vidal eût été le peintre de Louis XV et du petit Trianon.
Les dessins de H. Wattier appartiennent aussi à l'école du dix-huitième siècle. Son Souper sous la Régence a été gravé à l'eau-forte par M. Riffaut. M. Schlesinger a fait au pastel une Femme turque, enivrée de café et renversée sur un divan; M. Appert, une Femme, demi-nue, saisissant à la treille une grappe de raisin ; M. Verdier, les deux Nonnains de Boccace et de La Fontaine, contemplant Mazet de Lamporechio endormi ; M. Borione, un grand portrait de femme en robe noire, n<* 1685 ; M. Staal, un petit portrait, en pied, de M. PaulFéval, avec une finesse de couleur et d'expression qui rappelle M. Vidal ; M"' Mira Vigneron, le portrait à l'estompe d'une charmante jeune femme, debout, avec une écharpe de velours noir, tombant négligemment sur la taille.
Parmi les dessins russes de M. Yvon, le Tartare de Toubianka est plein de caractère. C'est ferme, bien dessiné, d'une couleur vigoureuse, avec des rehauts à l'huile, conune un dessin de M* Oecamps.
— itâ —
É. Bklft p&ùmH \Aén âuâsi ftvoir ^ngé k HkCsuÈpi, dans ses dessins représeUtftnt un Cilfé à OoâMftA^ tinople et un Café sur le Bosphore. M. Bèllél ù'a pas oublié nofi plus l'Histoire de ^àmson, expotée ëll 1845. Ses c]uatre paysages au crayon Hoir, ûJd pastel et à Thuile, ont de la grandeur et de la fofce. Dans l'Enfant prodigue , on retrouve eès plans io» lides qu'on admirait dans le Samson regardant Tincendie allumé par ses renards; \à Vue pHse ft Mnassa, dans le golfe de Naples, est un intérieur de forêt, avec de grands arbres et un effet de soir. Le^ dessina de M. Bellel manquent seulement de légè-' reté et de variété.
M. Fler^ n'a point exposé cette année de paysage au pastel ; mais un jeune peint^é que nôUs toyous pour la première fidils, M. Oféiiier, a fhlt quatre bonnes Etudes de tmtents dané léi Pyrénéen et une Vue dés bords du boubs, qui annoncent un paysa«<giste bien âoué« Son pastel est gttis et d'utie éOû'leur harmonieuse ; Teffet juste et mélancolique. Un autfejeunehomme.dôUt Testêcution est assez fklblè, a eUpbsé nû dessin au crayon noir, les Enflitits du Nil, allégorie très-poétique, avec une fotille de petits génies qui naviguent et combattent, montés sur des éfocodiles, ^ut des cygnes ou des ibis , au milieu des grandéis herbeë du fleuve.
M. Mànsêèll h M( , avec ëM Iiabtièfé drdhkâffê.
5ên% Vué8 tf ftWHltécturé k l'ôcjaafêllè i \è Poitdll de Ja cathédrale d'Amiens et l'Ëglisé Saim-Valfrafi, à Abbeville ; M. Lèddlix, une série de mlnlatufêè à Teaù sur vélin , représentant le feymbôlé dés àp6^ tfes ; c'est urt art peu praticjué aujoufd'htli et qui mérite encouragement.
La miniature sur îvoîré est encombrée. M'** dô Mirbel a toujours sa téputatien dans le tUdilde , et son portrait dlbrahltn-Pacha est lestertieut peint, un peu en esquissé. Le talent de M. Paul de Pôthmayrac est plus serté et plus correct.
MM. HaUdèr et GonssoHn ont exposé trois vltraujt, les Armoiries de Charles-Quint entourées de décorations dans le style de k ^enalâ^anCé, la Vie de la Vierge eti plusieurs médailloiis, style du trelilèiîlè siècle j et une Sainte Cécile entourée flMtIgé». MM. Bàudef et Oonssolin ont dbtëuu de bô&nés teintes ; il Hé léuf fendrait plus que de bons cartôtiâ à Copier.
L' Artiste a publié le dessin d'un autre Vltfàll eitêCuié par M. BouHèrcs, le Portrait de Bernard Palissy, avec cette devise du tilaître : Pauvreté ëth*péché les bons esprits de parvenir. DeiS rUédailloUs, des arabesques, des mascaroilS et des ii'ises en gri- Bdille , dans le stylé dé la Renaissance, encadrent le portrait du grand artiste, qui a tant contribué dé MU gèôië à b Mgéilértitim de rift âll Seizième «lèclé.
La manu&ctare de Sèvres a son exposition spéciale dans la salle dite des séances royales , trois vitraux à grand effet, exécutés sur glace : le Christ au jardin des Oliviers, figures par M. Âpoil, paysage par M. Jules André, d'après H. I^rivière ; le Crucifiement du Christ, par M. Bonnet, d'après M. Gué; et les Saintes Femmes au tombeau du Christ, par M. À. Schilt, d'après le même H. Gué, mort Tannée dernière. Cela rappelle la lanterne magique ; mais ce n^est pas la faute de MM. Apoil, André, Bonnet et Schilt, s'ils sont forcés de reproduire les mauvaises compositions de MM. Gué et Larivière.
, . Les autres vitraux teints et peints , exécutés à Sèvres, sont d'après MM. Dejuinne, Hesse et Alaux. On ne saurait plus mal choisir les modèles. Que de temps et de peines perdus dans les difficiles procédés de la teinture du verre, pour arriver à fixer ces formes communes et ces couleurs désbarmo* nieuses I
La gravure au burin offre une foule de grandes pièces sans intérêt. Les meilleurs travaux sont ceux de M. Martinet , dans le portrait de M. Pasquier, d'après M. Horace Yernet, et de M. Saint-Ève» dans un sévère portrait d'André del Sarte, d'après Tillustre maître florentin. Le portrait de M. Lamennais, gravé par M. Narcisse Lecomte, d'après rprigiaal de
M. Ary Scheffer, devait être à la présente exposi* tion ; mais il ne viendra qu'au Salon prochain.
Parmi les èaux-fortes on distingue les fins paysages de M. Marvy ; le Lion, de M. Hasson, d'après l'aquarelle d'Eugène Delacroix ; un Intérieur de forêt, par H. Leroy, et les Tombeaux desFathemites au Caire, par M. Toudouze.
Les salles de gravure ont cependant leu|* chefd'œuvre ; c'est un cadre de trois petites gravures sur bois, taillées par M. Lavoignat, d'après les dessinsde H. Meissonnier. L'une représente les Joueurs de dés sur un tambour dans rmtérieur d'un corps de garde; les autres, de petits intérieurs avec deux figures de bohémiens quelconques qui fument ou qui ne font rien du tout. Il y en a un, je crois, qui est occupé à mettre sa veste. C'est d'un esprit , d'une fantaisie, d'une liberté de tournure , d'une finesse d'expression, d'une adresse de dessin incroyables. On dirait l'eau-forte la plus vive et la plus colorée, ciselée par le peintre lui-même sur le métal. Cela se soutiendrait à côté des eaux-fortes de Rembrandt.
En dessins d^architecture, nous avons des églises paroissiales, des clochers, des plans de châteaux ou de théâtres, une affreuse vue de l'admirable Pierrefonds, et le complément des études pour la réunion du Louvre aux Tuileries, par M. Badenier/Les
BTfHiû^ plwft <}e e^ «r8p4 travail wt ét^ «s^po^éB en iè44, i84d 6t iS46. M. Baâenier a encore le temp» de perfecUopner son œuvre avaqt que la liste <âvilp $e décide & terminer le plu^ beau m^uvimeot 4u monde.
LB8 ^W^^ÎWÏMê mCPVrti 9AM LB iVllf .
Nous leur devons hm h pufelioHé de »09 ç§ot IlliliQ lecteurs d'im jour, k ÙéUnt da la publicité 4u wUion de curieu)^ qui visitent le I^ouvre dvl^nt Jes deiiiJ, mois d'ei^position, Le Jury ^ d'ftilr te\)r« proscrit qu^lqu^s ouvrages d'impQrt^PQâ «t d^ grumd intérêt : en preipièri^ Ugne , les Jui& d^ Cl()PstaDtipe,.p|tr M. Cbasjsériau, le Cb(irlen)agQe d^ tft Gigou)^, r Attila et s^iatç (Jç^^eviève, par M- M^%droQ. On voit qu'il s'pgit lit d'l)aaun#» a^e;^ bi^p placés dan? le monde de§ art$ ^t qui ont f^it leuf ? preuves, ^, Maindron ^ ie$ ft|ttue« fu l^uxeipbourg ft daus les monupaept§ ; }I. GigPU» figure daQ9 xm églises, dans nos pmné^, ^t ^a Gb^rl^m^nQ ^
M. Chassériaa a fiiit des chapeUes, et fl est occupé depuis quatre ans aux peintures murales de l*H6tel du quai d'Orsay.
Que veut dire cette persécution de l'Académie contre des artistes que les ministères , la direction des Beaux-Arts et la presse jugent dignes des grands travaux publics? N'est-ce point jalousie de concurrents ? Quels sont donc les titres des génies et des célébrités officielles ayant droit de juger et de condamner les grands artistes contemporains et toute la Jeunesse à qui appartient l'avenir !
M. Chassériau est précisément à l'épocpie décisive de sa réputation. Ses succès au Salon ont été jusqu'ici partiels et contestés. Son khalifo de Gonstantine à cheval et suivi de son escorte , révélait ^ bien, au Salon de i845, un peintre de franche tournure et d'exécution audacieuse ; mais qui s'en est aperçu» sauf quelques douzaines d'artistes? M. Chassériau n'a pas encore eu , dans sa vie , ce jour de veine et de triomphe qui marque dans la destinée d'un homme , lui attache un signe ineffaçable et le classe à son rang. Delacroix a reçu ce baptême au Massacre de Scio, Decamps à la Dé&ite des Gimbres , M. Delaroche à la Jeanne Gray ; moment de bonne fortune, qui ne fait rien au talent, mais qui assure la renommée ; flot qui vous monte à une certaine hauteur, mais qui peut vous y laisser
à sec, sans jamais vous reprendre et vous agiter de nouveau ; mais il en reste , du moins, d'être en évi* dence. C'est une notoriété comme le gibet.
Coulure est accroché cette année à cette potence, Qesinger aussi. Ce sont les deux décrets du Salon de 1847. Le reste , parmi les causes nouvelles au rôle, n'est pas venu seulement à Taudience, sauf le jeune auteur du Combat de coqs , renvoyé à une prochaine session.
Si M. Chassériau avait eu le bonheur d'être reçu au Louvre , son aflhire était faite , comme on dit vulgairement ; car son tableau est le plus étrange , le plus saisissant, le plus délibéré, le plus neuf d'aspect, le plus entier dans l'exécution, le plus original dans les tournures , qu'on ait exposé depuis longtemps. La curiosité publique eût été vivement excitée par cette ville éclatante, et ces costumes splendides, et ces grandes femmes si bien campées, et tout ce luxe d^ la nature orientale. Si l'Orient n'existait pas , les peintres auraient bien fait de l'inventer.
Nous sommes à Constantine, dans le quartier des Juifs, le jour du Sabbat, dans une de ces rues pittoresques, avec des assises de pierre fichées comme des gargouilles dans les murs nus et solides, avec les longs toits avancés sur lesquels se perche la cigogne au tendre reflet de lapis, et plane l'aigle roux,
lux reflets d^or et 4e sang, avec ces rnaisons fermées comme deç forteresses, (|iiî donnent seulement accès par une porte étroite et profonde , ombre noire sur Ja murï^ille d*un blanc mat. C'est le jour du repos pour ces yac^s singulières qui ont conservé les mœur^, le caractère et la forme des anciens Hébreux, race pyr-sang qui ne s'est jamais mésalliée aux infidèles et qui reproduit encore aujourd'hui le type primitif. La séparation persévérante du peuple juifpepdant des milUiers d'années est, sans doute, un des plus curieux phénomènes de l'histoire et de Tanthropolo^e. Aussi ne retrouve-t-on que chez les Juifs d'Orient la beauté grandiose çt simple, la perfection d'un ensemble harmonieux et sans mélange.
Le jour du Sabbat, les Juifs sortent de leurs maisons, s'étendent nonchalamment à leurs portes, ou forment des groupes dans leurs quartiers. Les femmes ne cachent pas leur visage, comme les femmes maures, sous un voile jaloux ; elles portent encore, comme les femmes de la Bible, ces coiffures austères qui rappellent les bandelettes de ^Egypte , de grandes et chastes draperies montant jusqu'au cou, avec des écharpes magnifiques et des ceintures d'argent ; leurs bras sont chargés de bracelets en pierreries, et leurs beaux pieds nus jouent à l'aise dans dés sandales brodées.
Hommes et femmes se reposent avec une majesté
grave ei souverainement élégante. Ûe qu6î se reposent-ils ? ils n'ont pas fair de travailler beaucoup le reste de la semaine. Les mères allaitent leurs enfenis ; les vieillards ruminent quelque rêve confus ; lès jeunes filles s*accoudent comme des sphinx mystérieux, et regardent fixement on he sait ^uoi, sbtis lès arcs brims de leurs sourcils. Au milieu de la rue, â'avaûcê de face une grande femme portant sur sa tête un vase de hachisch , soutenu par la main droite. Cela fait songer à la tournure de la belle porte-amphorè de rlncéndie dû bourg, de Râ-' piiaél. t)tie douce pénombre cache son Visage , ses loûgâ yeux bleiis, son nez régulier', sa boUdhé Voluptueuse et sa peau ambrée, fout le haut du torse est dans là demî-teinte ; mais la lumière glîss'é siii* les draperies à partir dii genou ^ modèle les jambeâ et éclate sur un bout de pied nu délicièiit ; till jêuné enfàîit marché à son côté , et veut lui ôaisîi^ ta main.
C'est le cœur de là corhposîtlon ; à gaudhe, tincl ou six femmes et un t^îeillard , assis eti i*àng et §1-' lenôieux , devant line porte , où apparaissent deûî filles d*une grâce incomparable. On croit entendre léS récits d'iîomèré ou de là Bible. A dtoHé , un hômîTië à barbe, assis Sut* m banc de pîerfé, qiiel- ' ^'és femmes avec lettré ehfantèj et un peti e« ar-' rîél*ê, deui cavaliers ^tàheS tfiohtés sur letrt*s th&-^
vaux d'un Uanc rosé. Un Juif, vu de dos, se serre contre le mur , comme une cariatide en bas-relief, pour les laisser passer avec leurs selles pourprées et leurs sabres ciselés. Au milieu du fond, la percée de la ville, où la lumière blanche s'étend partout comme une poussière étincelante. On remarque encore, aux plans plus reculés, quelques personnages, entre autres une figure presque hiéroglyphique, debout et enveloppée comme d'un linceul. On dirait une momie roidie depuis les Pharaons, redressée par le galvanisme et plaquée sur le mur.
La toile de H. Chassériau a plus de vingt pieds en tout sens, et les personnages sont au moins de grandeur naturelle , danç toutes les attitudes les plus distinguées. La réalité lui a donné des images superbes qu'il a merveilleusement traduites, dessin et couleur. Car le talent de H. Chassériau est un caiûr posé rare de l'influence de M. Ingres^ dont il a reçu les premières leçons, et de Tinfluence d'Eugène Delacroix, le coloriste exquis. Dans ces sujets d'Orient, traités déjà par Eugène Delacroix avec un génie supérieur, M. Ingres aurait peine à retrouver chez M. Chassériau un disciple fidèle, que trahissent cependant des lignes, pures et correctes et le sentiment de l'antique. M. Chassériau ne se sert du procédé de M. Ingres qu'après avoir modelé l'intérieur de les figures, tandis que le système orthodoxe ooq-i
sisie à MMilpter d'abord un galbe géométrique qu*ou remidit ensuite plus ou moins de couleuc plate* M* Ghassériau, au contraire, accuse premièremet^ la forme de ses images par la relation des couleurt^ et la dégradation de la lumière , et quand sa tigure resplendit, il cerne les contours par des lignes de bistre et des accents vigoureux de dessin linéaire. Les maîtres vénitiens et espagnols ont souvent em^ ployé ces artifices de rehauts extérieurs. Par ce moyen complexe, M. Chassériau exprime purement les plus belles formes en leur conservant la spleur* deur du ton local. D y a dans ces Juives, des têtes, des bras et des pieds admirables. La qualité de la peau est très-variée chez ces peuples étranges, dont les femmes se tiennent souvent enfermées toute leur vie dans le mystère de fraichesdemeûres, sans aiIW>n« ter jamais les ardents baisers du soleil. Depuis l'opale ju8qu*|iu bistre foncé, on trouve toutes les nuances sur la chair des Orientales de M. Chassériau , de même que les plus vives couleurs éclatent sur des draperies abondantes. Sujet neuf, belles désinvoltures, exécution libre et magistrale , le Quartier des Juifs, de M. Chassériau, avait toutes les qualités pour réussir auprès du public et des artistes. .
M. Gigoux a eu son brevet de maîtrise au Salon où parut Cléopàtre , dont M. Couture a conservé , inaigré lui et de loin, quelque réminiscence. H. Gi-
govoL eM un des pâihtrei ieà plu§ «iVdtits de Téoolé oontem^rain^. .Vingl ans d'iltl trflVi^l opiiiiftlr# dwM te l'ëattéllIeM»!! de ralelier < Itti ofit fli8ai<é ane pmtique sûfë é« (loBkiVfe* Il a fof fflé les meHllrdr» élèves dé de teiâps-ci : Français , BaKm et Ueft d'autres. Il a ikit une chapelle entière à Saini-^r^ raain^^rAukerrdis, de grands tableaux pour tes mtt« sées de province , comme le Léonard de Vind, de petites compositions ânes et transparentes, dane la ntonière des maîtres hollandais^ et tes plus bettea illustrations de la libfalrte^ eontme te 6il Blds, et Im Lettres d'Héioîse* Cette année , il a peint deun grandes figures allégoriques pour tes pendentift atl Conseil d'Etat , et son Charlemagne refusé par le jury.
Il fkut bten qu'il y ait une raison seerète aux aua« thèmes du tribunal académique, car la peinture de M. Gigoux n'a pas du tout l'excentricité de la pein«« tufe de H. Chassériau ; le Charlemagne est une composition noble et forte , pleine de bon sens et fermement exécutée ; l'empereur est debout , plus grand que nature, dans une pose noble et tranquille. Pendant que sa tête méditative combine une légis^ latiori immortelle, sa main commande au secrétaire assis près de lui d'écrire les formules. A droite un personnage en manteau rouge un peu vif, se penche sur la table et s'entretient avec le sctvbe. La scène
éM ff ësf^tltti^lë et bieh 6û%Hse dâtlâ M earadëré'
tt. Itftin^oil il'en est pns nôti pins li ^n début. Sa Fahrfllé chrétienne danè le drc(iie, édft Christ ett (?rdfcc, sa Vélléda , doht le rtarbre eét «a jafdlii dit' Ltitéîhbourg , Tôttt plîicé depuis longtemps pktmi lès bôn§ pratièiëfis de la statuaire. Il comptait sut* son groupe de sainte Geneviève i la patronne de Parts, arrêtant le bras dti guerrier barbare dôtit le^ hordes ôftt inondé la Fraiice. Oii dit que lés sctdpteitrs du jury ont craint que la miiniCipalîté od lé itiifllstèl'e h'achdàt cette composif ion patriotique. Tout argent dépensé pa^ l'Ëtat est tm vol Commis ail pféjtidice des fourrlisseufs oflBcîels.
L'Attila, de M. Haindron, est debout et terrible, couvert de son altnure en cotte de maîlleè, historiée de ^fPes de lion et de bandes ê& fer. Sa tôte sauvage est Inclinée vers la sainte paétourelle, qui, à genotix devant lui , saisit la main rdde du guerrier et le (brce à rengainer Tépée. La Geneviève est charte et modeste , mais convaincue , et son geste est irrésistible. L'exécution de ce groupe colossal offre les fortes qualités, habituelles à M. Maîndron.
Que va-t-il faire de ce plâtre maintenant ? Une année de travail herculéen, trois mille francs de frais, trois cents francs de transport au Louvre, tout est perdu. Non-^edlèment le jwry an*éte l'essor poé-
tiqae, mais il ruine les pauvres artistes français. Il a sur la conscience bien des désespoirs , bien des miskes , bien des morts prématurées et des soi— cides I Nous en avons connu que le jury a tués ! L'ancien régime n'était pas plus meurtrier et pas plus coupable envers la nation, quand la nation ea. fit justice. Qui donc délivrera l'art français de ce vieux régime de tyrannie ?
Les sculpteurs souffrent bien plus enccnre que les peintres de l'autocratie du jury. Un tableau de dievalet peut se vendre dans l'atelier , chez Durand Ruel, en vente publique ; mais un groupe en pifttre, une statue en marbre, où l'exposer et à qui la vendre ? Il n'y a pas à Paris six existences de sculpteurs indépendantes de la publicité des Salons et de la protection de l'Etat ; David, qui a la France et le monde pour Salon , ses œuvres étant répandues en Allemagne , en Angleterre, en Amérique, en Italie, en Grèce , partout ; M. Pradier, dont le talent gracieux a plus de demandes qu'il ne peut en satisfaire ; M, Marochetti et M. de Niewerkerke, parce qu'ils sont riches et qu'ils peuv^it travailler pour eux-mêmes ; Clesinger , depuis un mois, le succès de sa Volupté lui ayant assuré des Vénus en foule et les bustes de toutes les belles fenunes de Paris.
Les peintres cependant ont besoin aussi de la .
publicité des expositions annuelles, comme enseij^ement pour leur talent et comme moyen de vendre leurs ouvrages. Supposez un artiste modeste, peu répandu dans le monde , qui passe huit mois en forêt ou en voyage, çtle reste du temps enfermé à peindre dans son atelier ; où produira-t-il ses tableaux refusés par T Académie ? Le tableau reçu, au contraire, et s'il a quelque succès, Fauteur le vend sans se déranger, sur la lettre ou sur la vi-^ site d'un amateur ou d'un marchand. Je suis allé chez M. GérAme, dans la huitaine de l'ouverture du Salon, pour acheter son Combat de coqs ; il était déjà vendu 3,000 fr. , à ce qu'on m'a dit.
Parmi les jeunes peintres de talent, qui ne sont pas d'ailleurs trop embarrassés pour vendre leurs tableaux, on a refusé M. Brun, l'auteur de deux compositions très-spirituelles et très-populaires aux derniers Salons, le Candidat et le Député, deux satires de nos mœurs électorales , et que la litho-» graphie a répandues à grand nombre. Le jury s'est montré plus scrupuleux sur la question cléricale que sur la question politique. Il n'a pas voulu admettre le Prêtre dans l'intérieur de la famille , peint par M. Brun. C'est le titre d'un chapitre dans un des beaux livres de M. llichelet. Les braves académiciens ont-ils plus peur des jésuites que des d^ pqtésT
On a refusé deux tdbleaux de M* Camille ftftdfl^ ârd, un Hôpital avec beaucoup de figures teb&^biëti peintes, et une Folle assise soùs un arbre avec une expression Irès-touchante. Le jury n'aime que lé* nobles sujets. On d refusé quatre tableaux à M. HàflP ner, qui est plus peintre à lui seul que toute l'Académie : un Forgeron au travail , vigoureuse étùdé dans le style des Lenain ; im Intérieur de tenhe avec des bœufs et dés instruments de labour ; un paysage mélancolique avec l'enfant prodigue et son troupeatt^ et un petit paysage d'une belle ôôuletif! Toutes compositions très-différentes , qui montrent la variété du talent de M. HaflTner. On peut les voii* dans uti magasin de tableaux j rue du Faubmifg- Montmartre , en face de la rue de la Victoire.
M. Gallimard , vice-président de la Société Bbrè deîi Beaux-Arts, auteur des cartons de la verrière de Saint-Landry, exfK)Sée à Saînt-Germaîn-rAuxei^ rois, compte aussi parmi les victimes. M. Borione , qui fait de charmants pastels', a été mutilé ainsi (^ue bien d'autres. Que de portraits restés sur le champ de bataille ! Que de saints à qui brutalement oh si refusé l'entrée du paradis !
Mai§ à quoi bon dresser la liste de tous les artistes célM)res où inconnus, jeunes ou vieux, habiles oU inciifpable9, qui ont subi les ligueurs de M. Hefm et de ses glorieux compères ? M. Heim ne va pas lé^
chercher ; il se contente de créer ses chefs-d'œuvre. Pourquoi vient-on se soumettre à son œil d'aigle, à son caractère de lion et à son jugement infaillible ? Il faut croire qu'un homme faisant de la peinture de cette qualité , doit apprécier sainement la peinture des autres. Si j'étais artiste, je n'irais pas me frotter à un maître de cette foroe-là.
Sérieusement, il dépend des artistes de s'émanciper. Qu'ils s'engagent en commun à ne plus envoyer au Louvre, tant qu'on n'aura pas modifié le Jury ; qu'ils se réunissent en une société solidaire pour défendre leurs intérêts , comme est la société des gens de lettres. L'année prochaine, cette association ([énéralQ, forte de son droit et du nombre de ses membres» organiserait une exposition natio* nale eii dehors du château ; la liste civile alor,s» gérait bien obligée de céder, et Tannée suivante, l'vinammité des artistes rentrerait en triomphe ^u pillais du Ï^QUvre,
LA SCULPTUmS. •«- K. CLBSIROIB,
Quel serpent Ta donc piquée t comme elle se tord ! comme ses beaux flancs s'agitent et soulèvent des reliefs superbes ! comme sa tête renversée se baigne dans les flots de sa chevelure I comme ses bras sont crispés I conune sa poitrine est pleine de tempêtes I quelle convulsion circule depuis sa bouche entr'ouverte jusqu'aux ongles des pieds ? Femme piquée par un serpent. Quel est donc ce petit serpent de bronze qui grimpe en sifl9ant le long de sa belle jambe? c'est le même serpent qui , dans le paradis terrestre, s'enroulait autour de l'Arbre de vie et parlait à l'oreille d'Eva la blonde. C'est l'immortel et invincible serpent de la Volupté.
Cette Femme nue, de M. Clesinger, est une des
plus charmantes statues de Técole moderne, et je ne crois pas que, depuis les Coustou, on ait mieux fait palpiter le marbre. Au risque de contrarier les capucins qui ont feint de prendre les muscles rebondis de M"»« Keller pour des pelotes de coton sous le maillot» on peut aimer les Vénus grecques sortant de Tonde, lesDanaê du Titien et du Corrège, les Diane de Jean Goujon, les Bacchantes de Ru^ bens, les Andromède du Puget , les Nymphes de Coysevox, les Courtisanes de Watteau, les Bergères de Boucher. I^a forme de la femme est la suprême création divine et la dernière expression de la beauté. Quel est donc, dans la Genèse, le bouquet réservé pour la tin du septième jour? Les montagnes sont dessinées, les arbres et les fleurs s'épanouissent, un peuple d'êtres éclatants s'ébat sur la terre, dans les eaux et dans les airs ; cependant rhomme solitaire se dresse, inquiet et mélancolique, regardant autour de soi. La vie n est pas complète, Fidéal divin médite encore son chef-d'œuvre. Du cœur de Thomme déjà formé à l'image de Dieu, s'élance la femme, la beauté parfaite, après laquelle Jehovah n'a plus qu'à se reposer pour l'éternité.
Aussi , tous les artistes se sont-ils toujours tour« mentes de reproduire cette créature merveilleuse. Qu'y a-t-il de plus beau au monde qu'une femme
jeune et belle 'J Deux belles jèuttfeâ ferfttoèSf lâàî* le nombre ne fait rien à la qualité. Vends Wsilolë les Trois Grâces et les Nymphes qui dansent atltotit d'elle, couronnées de myrte vert, côiiiifaë dit Horace.
Le marbre s'accommode surtout des formes ptirès et lumineuses de la femme. Aux déesses, le marbre blanc ; aux grands hommes et aux héros, lé bronzé, qui accuse plus fermement la beauté mâle et violente. Le marbre convient à la chair, dont îl simule la transparence et Timperceptible rugosité. Lorsque les Grecs ajoutaient par hasard des voiles à leurs statues, ils faisaient quelquefois lès draperies d'or ou de métal, comme à la Minerve du Parthénon, réservant pour les nus le marbré immaculé. Lorsqu'on peignait les images des divinités et des héros, comme c'était la coutume dans toute l'antiquité, les cuira$ses ou les tuniques, les cothurnes et les pierreries s'émaillaient de tons variés , les chevelures se pourpraient du blond ardent, si apprécié parles femmes' grecques et romaines; mais le visage et les membres conservaient toujours le toii naturel du marbre ou de Ti voire. Les anciens oht employé toute sorte de matières pour leurs statues, les bois, les pierres, les métaux ; ils ont laissé des chefs-d'œuvre en cèdre, en argenf , en ivoire , eii porphyre, en ambre, en granit ; mais cependant ils
^at iot^m préAM» poar tes slattteâ dèMknuiHâi^ leurs célèbres marbres de Paros et d'Ephèse^ dli moQt Hynaette ou du mbnt Pebtèlès et de viëlte veine intarissaUe du Carrare^ sans oMe creusée deiHiiê Jules César»
La statue de M. Ctesinge^ ësl en Hsbrbre blAnc> aôuchée sur un semis de fleuri lé^àreiâent teintées de rose et dé bleu» par le moyen d'un acide. Le petit sarpent de broti^ n'a été i^^^^lé que pour mftgné^r ti^t* le jury, sou^ prétexte de QéC^tre , les Audi* tés classique^ ayant d'avance leut* absdutiod auprè* de TAcadémie^ La vérité est que Glébpfttre et U tradition antique n'y sont pour rien. Mettons que ce marbre vivant symbolise la Volupté, ou un Rév& d'amour. Le sujet importe peu dans les ails^ et il serait diâSciie de n(»nmer ki plupart des chefs-^ d'ceuvre de la Grèce ou de la renaissance moderne» C'est pourquoi les savants se décident, d'ordiniiii», à dasser les statues douteuses parmi les Vénus ou parmi les Apollon. Cela revient aux syiK>nymes d'homme où de femme tout simplement ; car M Vé* nus de Milo ressemblè^^lle aux autres Vémis^ et que fait-elle ? On n'en sait rien. Et que fait l'ApoUon dû Belvéder? que font les f^rei^ de Jean Goujtm^ accroupies dans leurs bas-reliefs? ou les Cai^tides de Sairazin «u fronton du Louvre ? ou les igigan^ tesques faotaîsieà que Poget taillait sur la proue dea
naviresf La beauté suffit et entraîne toujours avec elle sa signification.
Gléopàtre ou Volupté, la statue de M. Clesinger est tout à fiiit moderne par le sentiment et la tournure. On ne lui trouverait pas une mère dans toutes les statues de la tradition. Cette originalité tient à l'amour exclusif de la nature, qui domine dans le talent de M. Clesinger. C'est une qualité rare, et peut^tre en même temps un défaut. Le naturalisme absolu, comme disent les philosophes, est parfois la source d'erreurs très-dangereuses ; mais c'est ausa le point de départ de tous les arts plastiques. Contempler la nature, interroger Témotion qu'elle vous cause intérieurement , comparer cette impression tout individuelle aux sentiments et aux images que la même nature a inspirés aux grands poètes et aux grands artistes, tel est le travail secret qui doit précéder toute création d'art. M. Clesinger est un sculpteur de franche race, spontané, ardent comme toutes les organisations un peu sauvages, résolu comme tous les tempéraments passionnés. Il fait une statue comme on va dans une bataille, avec un emportement qui ne connaît pas d'obstacle, avec une bravoure qui profite de Timprévu. C'est le Murât de la statuaire. Il y a plus de bonheur aventureux que de combinaison profonde dans ses succès. Jamais il ne lira César pour décider une stratégie savante.
On ne le surprendra point, la nuit» comme Napoléon dans sa tente, méditant son fkàn de campagne. C'est un homme de premier bond et de premier coup d'œil , qui se préciiute à ia victoire.
Avec ce talent primesautier, H. Clesinger est très-propre à sculpter les images frémissantes, les agitations extérieures, Texubérance de la vie sensuelle, les splendeurs de la beauté physique. Peutêtre serait-il embarrassé de pénétrer dans ces caractères intimes et calmes qui appartiennent à certains types sublimes de la nature humaine. Il ferait mieux Âspasie que Platon, Ninon de Lenclos que Molière. Il est de la famille de Coysevox i'in-* iatigable, et allié, de loin, «-par les femmes*—, à Rubens.
Le talent de M. Clesinger est donc très-neuf et très-particulier dans potre école actuelle. Pendant que M. David continue la noble tradition de la pensée française, que M. Barye ressuscite les fins et capricieux artistes de la renaissance, que H. Pradier est un païen de la décadence, avec quelques souvenirs dé la Grèce antique , que plusieurs antres scuplteurs subissent des influences diverses, H. dedngér a repris son art où il commence, sans slnquiéter d'aucun système ni des grands chemins frayés par ses prédécesseurs. Il ouvre les yeux et
va droit anx ioiages que la nature inflnie otre à son eathousiasme*
Bien voir, c'est oomprendre. Pour les artistea doués de cette révélation subite du i^egard, la na<* ture s'est chargée de composer les images , toutes prêtes à être reproduites dans une forme d'art. Un paysagiste s'arrête au coin d'une allée de foràt, et y trouve un tableau complet, avec un effet central et des lignes bien ordonnées. Il n'a plus qu'à peindre le paysage du bon Dieu. Jamais les académiciens n'auraient inventé cette variété et cette harmonie. Un sculpteur foit poser son modèle, et tout à coup une tournure lui apparaît qui l'exalte et le passionne. La statue est &ite. Il reste seulement à dégager cette dgure d'un bloc de njarbre. Michel-Ânge disait qu'il voyait une statue dans tout morceau de pierre ; c'est une baigneuse noyée dans une fontaine, et qui en sort pure et éblouissante, quayd on a ôté l'eau dont ses formes sont enveloppées. Aussi Hicbel-rAnge eutril souvent l'audace d'attaquer le piarbre sans autre modèle qu'une vision idéale dans son esprit, enlevant les éclats jusqu'au vif de la peau, comme on ferait pour découvrir une statue fossile enterrée dans la matière adhérente, £t quelquefois la statue ne se trouvait pas entière dans le bloc, et il naancpiaitun bras ou un pied perdu dans le fantastique de Tair, oomma à un tronçon antique. C'es^ ainsi c|ue ces
Esclaves du musée de sculpture au Louvre oqt été ébauchés : dans l'un, le pied se devine, imparfait, ^u milieu du piédestal aminci^ la statue ayant pris une proportion trop haute pour le bloc de marbre ; dans l'autre, l'épaule se contracte et le dos s'aplatit, la matière manquant à Tampleur de ces formes gi* gantesqucs.
La tournure de la Femme sculptée par M. Clesiiv ger, dans une pose si diflBcile et si vivante, satis* fait cependant à toutes les conditions de la statuaire. I) n'y a point de lignes brisées et disgracieuses, ni dp men^bres égarés au hasard, quoique le mouvement soit on ne peut plus étrange et violent. Vue dp face et en avant, sa figure forme comme un croissant splendide, étendu en demi-cercle sur le piédestî|l j }p pied et la tête faisant les deux pointes, le bassin arrondi servant de centre. Considérée CQxatne dessin qui s'enlève sur l'horizon, les hanches se pressent au milieu en une montagne mouvante, qui s'infléchit des deux côtés, se soulève en colline à l'endroit du sein et du genou, pour mourir dans les ondes des cheveux, et à l'autre extrémité dans le tapis jonché de roses. La figure pose sur le côté droit, la taille contournée rejetant le torse et la tôte à plat en arrière, la gorge palpitante vers le ciel , la jan^be droite pliée et enveloppée d'une draperie, 1^ j^Blfee gauçtie raidie dans toute ç{\ longueur ; 1^
bras droit, retroussé en arc pai*-dessus la tête, se perd dans les cheveux dénoués, et le bras gauche s'étend convulsivement le long des reins et froisse la draperie.
L'aspect principal offre donc le corps puissant de la belle voluptueuse, avec une certaine exagération des flancs et de la poitrine, et la tête se dissimule dans cette contorsion de serpent; le mouvement du buste est d'une incroyable énergie, l'épaule gauche, attachée par un maître , le ventre redondant , la ligne de la jambe ferme et correcte , le pied fin et pur ; les accessoires , fleurs et draperies , très-coquettement exécutés.
L'adresse de M. Clesinger, comme praticien, est en effet très-remarquable ; outre le charme de cette image si heureusement tournée, il faut louer la science de ranatoniie en action, l'ampleur de la. touche qui glisse sur les détails inutiles et s'arrête sur les beaux plans caractérisant la forme, la finesse de modelés délicieux , et cette vibration inexplicable de toutes les parties. On croirait que le sang de la jeunesse circule sous la peau trépitante et colore le marbre. Si vous osiez mettre la main sur cette blanche sirène, vous sentiriez la chaleur de la vie.
Je ne sais plus quel poëte maniaque devint, une fois, amoureux d'une Vénus grecque dans un musée d'Italie. Chaque matin, il entrait le premier
dans le boudoir de sa maîtresse pour rêver près d'elle ; mais sa passion platonique s'égara bientôt jusqu'à des désirs insensés. La statue lui semblait une femme réelle , et il aurait voulu la serrer sur son cœur. On fut obligé de lui interdire rapproche de sa bien-aimée, et le pauvre poète en mourut de désespoir.
La statue de M. Clesinger n'a pas encore produit de ces délires : elle a cependant séduit , nouvelle Pbryné, les vieux juges de l'Institut, peu hid^itués aux enchanteresses de marbre. On dit que M. Nan* teuil et M. Ramey sont décidés à entrer dans Fate^ lier de M. Clesinger et à renier les faux dieux.
Le groupe des Enfants de M. de Lai&-Marismas, éga« lement sculpté par M. Clesinger, est composé avec beaucoup de goût. L'un d'eux , nu et debout, saisit une grappe de raisin pendant à un cep vigoureux qui se courbe au-dessus de sa tête. L'autre, plus petit, est assis par terre et avance sa main potelée. Les tètes sont fort ressemblantes. Un statuaire banal se serait contenté de deux petits garçons en blouse et en collerette. M. Clesinger a fait, avec le prétexte de portraits, une attrayante pastorale, qui touche à la poésie en conservant la réalité.
Sa jeune Néréide portant des présents est à demi couchée sur une conque marine. C'est un joli marbre de décoration, mais faible de style et dé*
ponivii dés qualités supérieuws qu'im admini dorô là Femme piquée par un 8^rpaDt•
Le sculpteur fiunle et charmant se reteouve dans an Buste de Femme , d'une {diysioncHnie ravîssaota. La tète s'incline mollement à droite et un peu en. arrière, comme entraînée parles tresses abondante» de ses cheveux , entrelacés de fleurs. La jutissanca des clieveux autour du front est une merveille d*exécution« Les yeux sont bien enchâssés dans des sourctls corrects, les narines souples et mobiles, Ifi bouche entr'ouverte, le sein demi-nu, le cou ar^ Fondi avec deux fins colliers de beauté, ces lignes rares que le doigt de la nature trace sur la peau des femmes vraiment belles. Une draperie flottante descend de Tépaule droite et va se nouer à la taille. Le caractère de ce buste rappelle le stylo de Goysevox, et un peu aussi les tètes voluptueuses, si grassement modelées par Clodion dans ses groupes de nymphes et de bacchantes.
Un des grands mérites de M. Clesinger est , en effet, de travailler le marbre avec une aisance et une souplesse incomparables. On y sent la touche de l'artiste à chaque inflexion du modelé, à chaque trait de la forme , sur toute la surface de l'œuvre. La plupart des statuaires abandonnent presque au praticien l'exécution de l^urs marbres, après avoir mis dans la terre ou la cire toute la chaleur de leur
talent. Aussi les modèles sont-ils souvent préférables à la statue terminée. M. Clesinger ne commence pour ainsi dire à exécuter ^ue sur le marbre <légro^si. La terre et le plâtre ne lui semblent que des notes préliminaires et des renseignements, et quand il attaque la forme définitive, il y apporte toute la fougue et la liberté d'une première inspiration.
M. Clesinger fait en ce moment le buste de George Sand. Avec cette tête si poétique, il nous faut un chef-d'œuvre pour la postérité. Clesinger a là une belle occasion de se lancer dans l'avenir, et il est de force à en profiter. Nous verrons sans doute ce buste au Salon prochain, ou à quelque grande exposition nationale que les artistes indépendants pourraient bien organiser en dehors du jury et dç la Liste civile.
xui. ;
iCULPTUEB. — K. PEADU»»!!. TBCOTB, KTC
Le grand succès de la Bacchante Qe Qesinger a presque empêché de regarder les autres ouvrages de sculpture. Le Salon est cependant trèsHriche en statues de marbre, en bustes et en bas~reliefs. Une femme supérieurement belle éclipse toutes les jolies femmes dans un bal. Quand Lélia apparaît souveraine au milieu du palais Bambucci, il n'y a plus de regards que pour Lélia.
Ce ne sont pas les Eucharis , les Aspasie , les Andromède, les Cléopâtre, les Chloé, les Hébé,les Haïdée, les Leucosis, de MM. Caillouet, Chambart, Choiselat, Daniel, Gayrard, Huguenin, Ménard et Ottin, qui pourraient conjurer le charme de J'irrésîslible enchanteresse de M. Clesinger. La Phryné,
de M. Pradier, eût été seule de beauté à disputer la palme ou la ponune, comme on disait en langage olympique.
Mais M. Pradier est tombé de courtisane amoureuse en mère de douleur, de Grèce en moyen âge. On ne se rajeunit pas ainsi de plusieurs siècles. Le talent de M. Pradier a deux mille ans ou deux heu* •res. Il peut reproduire le sentiment grec, ou la nature qu'il tient toute firalche sous la main. De style austère, d'inspiration catholique, il n'en fiiut pas demander à M. Pradier. L'aubépine ne pousse pas dans le même sens que le saule pleureur.
La Pieta de M. Pradier est exposée entre tieux marbres académiques, l'Archidamas de H. Lemaire et le Pèlerin de H. Petitot. M. Pradier a songé à la grande Vierge de Michel-Ange tenant sur ses genoux le corps de son fils mort. On connaît ce grojupe sublime où la figure de la mère a tant d'élévation et d'ampleur, qu elle parait encore porter son en- Êmt Jésus, quoique la figure du Christ elle-même soit d'une proportion immense et d'une incomparable tournure de dessin. Dans le groupe de M. Pradier le corps du Christ est tout petit et rabougri disgracieusement entre les deux cuisses de la Vierge. Jamais cette idée inconvenante de la Vierge aux genoux écartés ne serait venue à im artiste du moyen âge, et je ne crois pas qu'il y en ait d'exem-
pte ém tôula h traAtira. La ohaste Ihm est une tige fiis^nala at éianeéa , pudiquaiaent vmléa de draperies sans transparence , et qui fleurit eq mle tâta poétique. Las Viengaa da aos aatbédvalas ne laissent aucunemant sôupooonar to foma da la limaia» à tous las aiuli!Oitft qui s>cQusarai0»t aur la nature par des reliefs décidés. En bcmue iowagra? pbie ((atboliqua, la eorps de la Viang^ a^i m myAa saoïr^itéf
La QOfnpo&HioQ générala du f i>oupa da M. Pradiar ert donc au rel)oursde tout^ image chréti^nae, et> da plus, elle Qoiitrfirie les lois d^ la honm mAplwi^ par de$ apglai rmiUipliés dan$ le$ lignes ^n cQfps du Christ, qui sd plJQ pour s'j^ffaisser jusqu'à tarr^. MÎQbal-'Ange avait compris la Vierge enveloppant enepra son fils da sa protection matarnalle et da son diyin arooiir, Ici, la Viargo le laisse glisser àmê son giron avec une nonchalance par trop débil§. Las tétas sont tout à feit insignifiantes, et n^ se riip« prochent ni des types consacrés, ni dQ b| b$ai}té idéale.
M* Pradier n'a pas été plus à Taise pour ses deni^ marbres tumulaires, destinés èla chapelle de Dreux. Les statues d'Emmanuel d'Orléans, duc de Pentbièvre, et de Caroline d'Orléans, M*^* de Montpensier, sont couchées sur la dalle du tombeau, à la feçim des figuras sépulcrales du moyen âge ou da
la 9»ai8«mea déns Im tombeaux dm SaioirOatis; les mains jointes sur la poitrine, le oopps raida et dlongé tout d'une piëod, les pieds appliqués carrât ment contre le lion ou les autres symboles de leur puissance terrestre. Mais le caractère religieux de la mort et de Timmortalité n'y est pas. On retrouva pourta4t l'habileté de H. Pradier dans Texécutiûiai des mains et de quelques fragmenta des draperies. Les nymphes nues et vivantes lui conviennent mieua que les princesses mortes et ensevelies dans le suaire, et ses Vénus païennes ipteroèdent pour sa Mater dolorosa.
Le biiste de M. I^everrier est asseai commun d» physionomie et de tournure. Celui de M* Auber, Iq compositeur, est plus correct et trë&fessemblant, la tâte fermement modelée de M. Aubier se prêtant bien aux accents de la statuaire. Quant à 1{« de Salvandy, j'aimerais mieux le voir dans la peinture de M.Paul Delaroche, avec sa belle simarre violette et ses glands dorés, en pendant au fameux portrait de M. le duc Pasquier, par M. Horace Vernetf
Les bustes de personnes célèbres sont très*Qom^ breux au Salon : Cujas, le jurisconsulte ; Camot, le conventionnel, vigoureux bronza par H.Yon; Ra-* vez, par M. Maggesi, de Bordeaux ; Etienne, par M. Villain, pour le foyer de la Comédie-Française ; Philippe Dupin, par M. Cumberworth ; l'amiral Lai lande, par M. Chenillion; Cortot, par M. Caillouet;
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le P. Laoordaire, par H» Bonnassieux; Chénifaiiii, le docteur Lallemand, M. Saœson» et W^* Rose Chéri, en terre cuite, par M. Dantan jeune. Cette terre cuite est le meilleur buste de M* Dantan. La tête spirituelle et intelligente de M^^ Rose Chéri s'^nouit connue une fleur en été. Ce n'est pas la beauté, c'est le charme et une certaine physionomie chiffonnée, à la fois très-fine, très*malicieuse et très-bienveillante.
La noble tête de VL^ la comtesse d'Âgoult, au contraire, a été exprimée par H. Simart avec ime austérité trop exagérée. Cela rappelle le cloître et les graves religieuses de Philippe de Champagne. On dirait quelque abbesse janséniste de Port-rRoyal, une sœur des Ârnauld. M. Simart a songé surtout à Daniel Stem, l'auteur du livre sur la Liberté ; mais il a un peu négligé la patricienne pour le pen-> seur. J'aime mieux le beau profil peint à Rome, par H. Henri Liehmann, et exposé au Salon de 1843. Le buste de lA^^ la comtesse d'Agoult est -cependant très-bien exécuté, et digne du talent cor-rect de M. Simart.
M. Jaley a fait un charmant buste d'une jeune enfant à l'air capricieux; M. Jouffroy, un buste de femme, très-fin et très-distingué, sculpture délicate qui rend le modelé le plus subtil et le plus fugitif; c'était un peu la manière de Bosio dans ses racieux portraits de femme. A propos de ce mattre
récemment mort, la direction des Musées a refiisé de recevoir à Texposition le marbre de la jeune Nymphe, sous prétexte que les règlements admi-i nistratifs s'opposent à l'admission dés ouvrages dé tout artiste décédé. Tâchez donc de ne pas mourir, ô mes glorieux artistes qui avez en train tant de toiles esquissées ou de marbres ébauchés, car nous serions privés de voir au Salon national les images de vos dernières pensées. Cette loi-là qui enterre Tartiste sitdt après sa mort est une mauvaise loi ; qu'on la change. Les vrais artistes sont le contraire de H. Lapalisse : un quart d'heure après leur mort ils sont encore en vie, — et souvent plusieurs siè-^ clés après.
M. Jouffroy n'a pas envoyé au Louvre sa grande statue de saint Bernard, destinée à une place publique de Dijon, mais il a obtenu de l'ériger provisoirement en plein air devant le portail de Saint* Germain-rAuxerrois. La figuré en bronze, haute de trois mètres, sera placée sur un piédestal de cinq mètres, orné de bas-relîefs en pierre. Elle est debout, toute droite, dans une attitude simple et calme. Le bras élevé vers le ciel prolonge encore cette grande ligne perpendiculaire. La main gauche se serre contre la poitrine. La tête, dont la chevelure est rasée et les traits accentués, annoncé le prédicateur convaincu qui agita le inonde par sa parole.
M* JoirfBPoy a bien fiât 4e ne |»s naqner san bn»ae dans les eaves obmires où sont eotawéea toutes les statues de commaode, la fille de LouisXI, l'Anne de Bretague, la Marie de Médicis , la Mar* guérite de Provence, TAnne d'Autriche, par MM. Gâteaux, Debay, Gailloiiet, Husson et flamus, aoîHiisant pour la décoration du jardin du Luxem» bourg. Quelle décoration 1 Ces statues officiellea sont, sans exception, d'une vulgarité désespérante. C'est pourtant un beau motif qu'une reine comme Anne de Bretagne ou Marie de Médicis, avec leura costumes magnifiques et leurs tournures superbes. Il n'en feUait pas tant aux sculpteurs de la renais* sanee pour faire un chef-d'œuvre. Le prepiier sujet venu est propre k cela \ mais pourquoi donc M* Gaillouet n'a-'t'^il pas tput bonnejBent copié la M^rie de Médicis de Simon Guillain, conservée an Musée de sculpture moderne ?
Les grands hoi^mes sont aiissi maltraités que les princepuses par les sculpteurs du Salon. Poussin, que son ombre pardqpne à M. Brian ! Poussin a l'air d'un h^issier au parlement, {.e portrait du Louvre nous avait habitués h un autre caractère. Quel bonr heur, cependant, quand on veqt ressqsciter un honime, de retrouver sa forme et sa physionomie, interprétées déjà par liiirunéme dans une peinture
imPiQrtdle I l>as do^imfiPti ne mo9«i^t PAS sur ee
peintre, qui a écrit sa vie dans ses œuvres, d^pu^
M fovle jeunesse^ rBalàvemont des Satttoes^ jtis^ qu'aux poëmes sévères de sa maturité pccdûngée, et qui, avant de mourir» voulut eneore envoyer k sa patrie le souvenir de sa tête pensive.
Mais il était réservé à notre époque de travestir toutes les illustrations de notre histoire. Ikdière est mort debout, au bord de la coulissé de son théâtre glorieux, et le sculpteur de la fontaine RicbeUeu Ta représenté assis comme un magistrat à son siège, comme un usurier à son bureau. Molière s'est-il ja-i mais reposé?
Géricault, ce n'est pas bien, loin, et nos frères pitiés l'ont connu, Géricault, qui était toiijours à cheval ou en mouvement, M. Etex Ta couché sur ' sa tombe comme ua impotent ou un oisif.
Peut-être avons^nous oité déjà TUlysse, en inarr bre, du Palais-Royal. Il est assis, le voyageur in-* fatigable, le héros de TOdy^sée, pour qui les dieux inventaient des tempêtes ; il est assis, le do^ rond comme un vieux vigneron de Bourgogne qui a passé ^ vie courbé s^r les ceps , le bras p^pdant i^veq mollesse, comiP6 s'il n'eût jamais lancé le javelot et tourné le gouvernail. D^umier, dans $on Qistqif a romaine, n'a pas plu9 drôleotent sai$i le i^ever^ d9 la vérité.
Ce qui manqpe à l'art de potrf» temps» c'pst yw*
ment 1^ caractère, te c^fé e^ntitf» ind^lébili, d^ faita et ^^ homm§ii te liiPiâ wninil d'une Pi^h
stence distincte. Vous prenez une sculpture informe du moyen âge, n'importe où, sur un mur de cathé-^ drale ; vous prenez un fragment de bronze , môme de la décadence romaine, déterré à Pompeï ou ailleurs : tout de suite cette œuvre singulière entraîne ridée de sa date, de son pays ; elle a un aspect étrange, particulier, qui vous impressionne et se grave dans la mémoire ; tandis qu'il est difficile de se rappeler les blocs gigantesques de nos sculp^ teurs contemporains. Je dessinerais exactement un vase de Cellini, une médaille des Pisans, un petit tigre de Barye ou un médaillon de David, d'Angers ; mais personne ne saurait reproduire, de souvenir, le Poussin de M. Brian. Dans les tableaux, vous savez la Stratonice de H. Ingres, le Christ d'Eugène Delacroix^ les petits Jeueurs d'échecs de Meissonnier; mais rappelez-vous, s'il vousplatt, une grande peinture d'académicien. Impossible.
Passons donc les Malherbe, les Olivier de Serres, les Michel de THospital, les Laplace, et autres bana* lités. M. Hartung a fait un Siegfried en bronze» commandé par le roi de Prusse pour un château des bords du Rhin. Il y a du mouvement, mais c'est petit et sans style. M. Pascal a fait un petit groupe de deux moines en dissertation ; c'est fin , spirituel comme un tableau de geiire. Ne laissons pas tomber la statuaire jusqu'à la lithographie. M. HMque a fait deux mauvaises statuettes en bois.
un (Sirist et une Baigneuse ; il faut encourager l'intention et réhabiliter la sculpture en bois, malheureusement négligée aujourd'hui, après qu'elle a iuroduit tant de chefs-d'œuvre autrefois.
M. Toussaint, jeune artiste à ce qu'on dit , est l'auteur de deux figures de décoration, Esclaves indiens , portant des torches , très-élégants et très- Men tournés. Ces esclaves feront à merveille au bas d'un escalier, avec leurs candélabres en l'air. M. Vechte..., il faut nous arrêter à ce nom-là.
Qu'a donc fait M. Yechte ? Un vase en argent repoussé. Pas davantage, mais c'est un chef-d'œuvre. C'est surtout l'annonce de la régénération de ce bel art de la ciselure, illustré au seizième siècle par les Ghiberti , les Benvenuto, les Albert Durer et tant d'autres, continué sous des formes diverses, et, à la vérité, inférieures, jusqu'à la tin du dix-huitième siècle, et finalement perdu au dix-neuvième. Nous n'avons plus, depuis Louis XV, que des ouvriers en orfèvrerie au lieu d'artistes. Sous Louis XV, du moins, la fantaisie régnait encore dans l'orne*mentation, dans le travail coquet des miroirs à la main, sculptés en argent, des bracelets et des joyaux , des bordures ciselées , des boîtes pour la toilette, des manches d'éventail, des coupes semées de pierreries, et des mille objets de luxe pour les appartements et pour les femmes de la cour. On peut en critiquer le goût, mais non pas la fécondité,
Ift Variété et te (MpAdb. VËmftii, Wèt §si fàs^^ «béa romains, appliqués à tcmtes led choses usuèlteft de Ift vie, t donné le dernier coup aux arts familien^ L'Empire fFan^ai^ a somtoulé l'empiré rdindit de la déèédence, voilà tbUt»
Nous né sommes pas énmré réveillés de éëtté monotonie ^ quoique , Dieu khe^Di » les meûUes à fhonton, à colonnes et à ichapiteaux de dfivré ai&ht disparu de nos at^artementSi Le romatitisme i donilé rinstinct d'un autre entottm^ dans te hyék domestique ; mais il nous avait enterrés dans les oratoires j les tentures sombres et les vitraux criards; agenouillés tomme des moines avec des robes de buîpé sur des prie^iieu en boîé dur. Le chêne, cou* véirt de veloUrs grenat, n'est pas beaucoup plus gai que l'acajou ou le cuivre rouge. Sautons lestement pàiNdëssuï lé moyen agè , après nous être dépêtrés (i'utié antiquité falsîAée. Le romantique n'est pttà plus Sain que la Rome antique (pardon de la vulga>« rité^ : le ma^ulin et W féminin se valent à peu près» Au lieu de eopier le père ou la mère, devenons dea hortimes à notre tour.
C'était, au seizième siècle, la doctrine de la re-* flàiÉèance^ qui tradub^it )a peHÈiis antique et le itMiment chrétien dans une forme nouvelle et révolutionnaire ; car il y a ces trois éléments bien nOtaUès dans les e^vres des génies admiraMea auxqui^s le monde moderUë dott son inilialfoo«
Mêli«èiAtie§, rèiMé pà M Pbiitii ili riialiéi kl
cë^rid^nl )eâ Mtniratfôuhs dtt iUgélnèilt tli^lëf le rëëlÂinëfii cotttthxà ihi chélMT denvre eathdttc(ue ; mfti^ en coilÉbièûëe, ie grand BttdnàHkti â'est pas [dus chfèfi^ ^'il h'élst gtec. L'antédr dli Moïse n'éSt pad iuSf, Taùteur dà Bâecbus wm psà païen, l'ait-' teiir de la Matelr doloft»a n'est pÈ t^thbliquéi II )Bst modtème, qnoi^'il ^t dé tOlift lei» iemp«, et c'iest là ëa glbiré inoômj^fftbié; Dêimêmé pout^Rii'^ phaêl avec ses hîadcni^s, Côitègê ftV^ ses âtlgêè i Titien avec ses Chrfet. It Serait b^ qu'àpffts bè Yèsûmé magnifiquie, fiiit à la rénitis^n<% j^t* itm les gf«inds hbmtnes au pi^oAt dt^ l'aVénfr, le présent tilcftt une barre ftû qiui&i<è«[fê fnècle , t^t consentit enfin à dater sa tradition véritable seUlôtuent depuiê l réft^mation iHod^mé.
M. Vechte en est là. Qu'il s'y tienne , ou qull s'avance jusqu'à nous. Son vâte ciselé rappelle Vsà theilteUreà ptbdtîctiôtts dé l'iorfëvrèHé fltorètttinè; tout en bonserVàht une certIÉiàè ôMgiâaitté. Il rë-^ présenté les géants escaladant lé i^iel èùùè lé fbndrl de Jupiter. Leà figures dtt pied sont lés àBégoï^iéî des passions vaincues ; âtti b^-reliéfi des feôtéà, léil allégories de)» vices du gehrè hnmâiti. Lé vase n'H que vingt pouces de haut, et il nous moQtre des figures innombrables, dessinées avec une grandeur merveilleuse et modelées dans la perfection. Mouvements audacieux, anatopsî^ savante, belles atta-
K^es des fnembres, extrémités souples et dâiées , abondance de la composition» finesse des détails , fout y est comme dans mi ohef-d'ceuvre de Gellini.
Ce travail ()u ciseleur sur l'argent repoussé est presque comme le travail du graveur sur la planche, et M. Yechte n'a pas son pareil pour cette adresse de main et cette justesse du coup d'oeil. Le plus rare est d'exprimer tout, nûnutieusement, avec une correction irrépirocbable, sans nuire à l'harmonie de Tensemble, et c^est le mérite de M. Yechte. Les moindres inflexions de la peau, la naissance des .cheveux, toutes les déhcatesses microscopiques du burin le plus aigu, soçt obtenues sans sécheresse, et contribuent ainsi à la perfection de ces excellents bas-reliefs.
Le vase de M. Yechte se sépare tout à fait des riches produits de notre industrie , dont on voit tous les cinq ans des modèles à l'exposition des Champs-Elysées ; mais il serait à souhaiter que les chefs de Torfévrerie industrielle comprissent qu'ils ont besoin du concours des véritables artistes, nonseulement des dessinateurs, mais des praticiens qui, comme M. Yechte, inventent dans leur tête, dessinent sur le papier et sculptent sur le métal.
Le BijLi.BTtii DBS Arts, Guide des Amateurs de tableaux. Dessins, Estampes, Livres, Manuscrits, Autographes, Médailles et Antiquités, rédigé par les principaux bibliographes, artistes, archéologues, etc., sous la direction du bibliophile Jacob, parait le 10 de chaque mois, par livraison de 2 à 3 feuilles grand in-8<».
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