A TOUS
Salut, Maîtres!
Les artistes de la RenaîssaQce avaient un public de Rois; les peuples, cette fois, sont conviés à la grande fête qui se donne aux Champs-Elysées !
C'est, patronné par l'Empereur Napoléon m, à la haute bienveillance de S. M. l'impératrice Eugénie, sous le règne du monarque puissant qui terrasse le colosse du nord ; qui, par sa seule volonté^ peuple la France et Paris de monuments dignes du siècle de Périclès, que va nous apparaître le gala artistique auquel toutes les illustrations de l'univers ont été conviées. Salut donc à vous tous, maîtres !
J'aurais pu, comme il est d'usage, invoquer un nom
sympathique et lui dédier mon Salon, — A quoi bonentra-
ver mon jugement et m'assujettir à une férule, quoique légère, encore trop lourde... L'art veut la liberté ; et si je dois invoquer les mânes d'un mort illustre, ou ceux d'un vivant à la veille de l'être, à tout prendre, j'aime autant me placer sous la protection de ses grands prêtres : Michel-Ange, Rubens, André de Fiesole, Bramante, Prud'hon, Maro-Antoine» ei toi, naïf et illustre Bernard Palissy, c'est avons que je dédie mon opuscule.
PROMENADE A LA DATJMONT.
n ne serait pas trop^ poiir écrire sur le Salon, de l'esprit de Voltaire, de la verve de Diderot et de la bonhomie de Toppfer. Quel est Fécrivain qui pourra jamais réunir ces brillantes qualités, surtout en considérant les modifications sans cesse renouvelées à travers les siàdes.
L'art n'étant que convention, la pensée humaine doit suivre ses phases et ses progrès .
La Vénus de Médicis, acceptée jadis conmie le chefd'œuvre de la sculpture féminine antique, n'a-^Ue pas vu se terminer son règne quand la Vénus de Milo sortit des entrailles de la terre pour lui donner un démenti, et donner raison à ce proverbe : On trouve toujours plus beau que soi. Que dire alors? que la volonté invisible de Dieu est pour le progrès.
Oui, avant cette fameuse découverte, on ne jurait que par Médicis ; les lois de la plastique dominaient en vertu de ses proportions ; leurs bases servaient de règle; et.
comme pour l'imité d'Ânstote, était bafoué quiconque ne s'y soumettait pas. Mais le Destin Ta renversée de son piédestal : et resplendissante de beauté et de noblesse, l'œil ardent et la bouche animée comme si elle venait redemander sa royauté, la Fénm* victrix, la Vénus de Milo, est sortie de son sépulcre , est ressuscitée d'entre les morts après deux mille années d'ensevelissement. La destinée des œuvres d'art subit la volonté de Dieu, de même que celle des peuples.
Devant ce nouveau chef-d'œuvre, créé et compris avec enthousiasme, s'écroule un échafaudage de règles et de principes établis sous l'ancien. Cette statue, oîi la volupté et la grâce n'excluent pas la force, a bien dérouté les amateurs de l'antiquité et surprendrait bien tous les écrivains des siècles passés, qui ont épuisé toutes leurs louainges et brûlé leur encens aux pieds de la Vénus de Médias. Nous ne serions pas surpris, tout en les plaignant sincèrement, que les Canova, les Thomwaldsen, les Coustou, etc., et m^e les Pradier, enfin tous les sculpteurs de la décadence aient, comme principal défaut, ce manque d'ampleur que l'on trouve dans leurs œuvres.
S'ils avaient saisi cependant la grandeur et la majesté de la Vénus de Milo ; s'ils avaient compris, dans cette femme sans bras , le style et la mâle sévérité de ses formes féminines, l'amour que respire ce beau sein, ils auraient, le marteau d'une main et la foi dans le cœur, démoli à coups redoublés ces statues courtisanes qu'ils laissaient à la postérité! Je le répète, si jamais le souffle divin animait la Vénus de Milo, elle commanderait aux hommes, non par l'ascendant de son sexe, mais par sa perfection même.
Il en est malheureusement ainsi pour la peinture, l'architecture et la gravure : partout du gracieux, du léché, sans le moindre souci de conception ni de sens poétique ; cela est si vrai que les grands maîtres de l'école italienne, le Buonarrotti en tète, deviennent de jour en jour un épouvantail pour le public, et que l'artiste à la mode, effrayé de se modeler sur de pareils monstres, évite, ainsi que l'amateur timide, leurs beautés, leur faire et leurs formes, comme des excentricités hors natm*e, des monstres qui ne sont pas de vente, des parias de la civilisation actuelle.
D'oîi je conclus en suivant cet axiome :
« Que la difficulté d'une critique se fondant sur la valeur artistique des œuvres »
n ne me sera pas difficile, dis-je, d'en sortir, puisque je n'aurai qu'à comparer les écoles entre elles, sans me soucier aucunement de l'antiquité.