INTRODUCTION
ProiMUe d'an philOM^fae français. — Où Ton voit qn'oii dieu, «iiiemi du repos des hommes, ftit rinyenteur des ar^ts et dessdenoes. ^ Ce qu'M adviendrait de MM. tels et tels, si la fortone se trompait de porte. — L*auteiir - eommenoe à se metfro en ronte. — Grande revue, passée par rauteur, de recelé française. — Les derniers ressemblent aux premiers. — L*art, an soufQe des Môdids, se trouve dans un guêpier. — Louis XIV et son tapissier. — Ce qu'il en était des arts et des artistes sous le Bief^AUné, — Un panier de prunes et Chardin. — La révolution française renie les réalistes. — L*ëre des Césars. — Vaigle au Saint-Bernard. — Gros, sur un ordre de Tempereur, chante son Odyssée et anime les statues de David. ^ Où l'auteur oublie de parler de Louis XVIII. — MM. Droling. etc., etc., se trouvent mêlés h tout cela, malgré Tauteur. — Salade romantico^ftmtaisiste de 1830* — M. Ingres ne vent pas plus être Français que M. Eugène Delacroix membre de rAcadémie. — L*auteur trouve qu'ils pourraient Uaa «ivoir tous deux raison.
Diderot, daas un de ses salons, dit : « Je me trompe fc^, on récde française, la seule qui subsiste aujourd'hui, est encore loin de son déclin. Rassemblez si vous pouvez tous les ouvrages des pemtres et des statuaires de TEurope, et vous n'en fimnerez pas notre salon » . Diderot écrivait cette phrase en 1765, il y a presque un siècle, et il ne pensait pas prophétiser. Nous voilà en prén sence de toutes les éc(des du monde entier, et sans Mre taxé de partialité, nou pouvons répéter la phrase du
philosophe français : <x Rassemblez, si vous pouvez, tous les ouvrages des peintres et des statuaires de l'Europe , et vous n'en formerez pas notre Salon ! »
Au moment, cependant, oti toutes les trompettes de la renommée vont sonner leurs plus belles fanfares en l'honneur des célébrités, pins ou moins célèbres, du monde entier ; où les savants et les artistes de haut parafe vont être encensés comme des demi-dieux, il serait plaisant de rappeler au public l'ancienne tradition pas* sée d'Egypte en Grèce et parvenue jusqu'à nous :
Qu'un dieu eimemi du repos des hommes était l'inven*teur des sciences et des arts. »
Que, par exemple, l'astronomie est née de la superstition ; l'éloquence, de l'ambition , de la haine, de la flair terie et du mensonge ; la géométrie, le calcul, de l'avarice; la physique, d'une vaine curiosité; et la peinture et la sculpture, de l'idolâtrie.
Que si l'on rencontre quelques honunes de talent dont l'âme se refuse à flatter tous ces vices ; dont le cœur soit assez pur pour ne pas s'avilir et dédaigne d'abaisser son pinceau à la reproduction éphémère des goûts du jour, la mansarde, le grabat, s'ils sont encore heureux de les trouver; l'indigence et l'oubli ne leur manqueront pas, si un iTionai^e bon, généreux et éclairé ne vient prompte^ ment à leur secours. Que n'est-ce ici un pronostic que je iaÎBetnonuneexpérieEice que jeri^porte! L'abîme est béœt pour tous, même pour vous, ô grands favcffis de la fortime et de la gloire,: Eugène Delacroix, Ingres, Cor^ nélius, O^ll^beckl le moment est toujours proche où, comme vos igkorieux prédécesseurs Tœipiatû Tasso, .Galilée^, Homère, et toufi nos demiHlieQX, la fortune ve^
nant à vous manquer, vos pinceaux seraient à peine dignes de décorer les boudoirs de nos Aspasies, et finiraient par se prostituer au genre faux et mesquin d'un boursier enrichi.... Les Thoi^llwaldsen, les Clesinger, les Préault, dont l'ébauchoir crée des divinités capables à nos yeux d^exeuser notre idolâtrie, seraient réduits, sans les encouragements dont les empereurs et les rois ne cessent de les combler, à pétrir ces indignes statuettes populaires qui blessent sans cesse noke vue et abâtardissent le goût général.
La France, avant la renaissance, plongée d^ns la plus affreuse barbarie et dominée par la superstition, ne devait sc»*tir de ce niarasme qu'à la voix de François P'. Pendant que l'antiquité renaissait en Italie, que les artistes géants se faisaient eux-mêmes antiques, nous étions livrés corps et âme aux enluminures gothiques. La vieôlle Allemagne, de laquelle nous procédions, tendait ellemême à s'émanciper à la vdx d'Albert Dm*er, et son école allait aussi enfanter une pléiade d'artistes célèbres. L'école hollandaise et flamande, Rubens et Rembrandt à l^u" tète, alldient bientôt prendre place au premier rang. Nous étions donc les seuls restés dans l'ornière quand, à la voix du grand magicien , du roi chevalier, une pléiade de peintres, sculpteurs et graveurs italiens s'abattent &x France et viennent donner à l'art une impulsion nouvelle. Je ne sais si le monarque eut raison de forcer le goût national; mais ce que l'expérience nous prouve aujourd'hui, c'est que la tendance italienne, au lieu de grandir et d'épurer le goût en France, ne fit que le maniérer, l'amoindrir et le dénaturer.
 peine deux siècles sonlrils écoulés que cette près-
sioiiy que Técole italienne nous faisait subir, se trouve rompue et que Lesueur, Poussin, Pujet, etc. , Tiennentavec audace se poser en maîtres et planter les jalons qui doivent encore nous guider. Voilà nos dieux trouvés, les prophètes de notre art national, et non les bâtards, néi; de France et dltalie, que les Médicis avaient voulu nous imposer.
n était utile, je crois, avant d'en arriver à notre criti*
que artistique de TExpôsition universelle , il était de no«
k fcre devoir , dis-je , pour que le lecteur pût nous com-
( V> wn ^/^ prendre, et nous savons maintenant qu'il est assez de
L^^ ''^■Z'^ % DOS amis pour suivre nos conseils, de lui donner un
V^^^^^ génSrâTdèïteïiaUnces et du goût de l'École Fran-
\, . " 4 çaise depuis sa fondation jusqu'au 1®' mai de l'année
r i H {Tw^ 1 855 . (5»0st (59 q^e j^q^ ferons rapidement.
Louis XIV mort; Lesueur, Poussin et les grandes tra^ ditions ensevelies avec lui, même son grand metteur en scène le célèbre Lebrun, grand maître de la décadence de l'art en France, disparu, la sculpture seule semble vouloir encore suivre la bonne route, et encore finitrelle à la fin par dégénérer en minauderies^ Vient ensuite le 1 8® siècle ; il conserve encore son caractère particulier, tout dominé qu'il est par un goût faux et maniéré : la mode règne en souveraine, et peutrètre , avec un peu de franchise, trouverions-nous dans l'Exposition actuelle une tendance vers ce maniéré.
Puis, traitant comme un remords le souvenirdes Poussin et des Lesueur, Jouvenet, emporté par sa fougue, sacrifie à la brosse et commence à dédaigner la pensée. Lemoine cherche bien encc»?e la couleur; le gracieux et brillant Watteau seul l'obtient, mais toujours au détri-
ment de la grandeur, de la conception et dé la science^ Bientôt après la décadence arrive ; le £aire et Tadresse vont régner en despostes et aucun frein ne pourra arrêter Tart dans sa chute. C'est un débordement à effrayer un sage. Les Vanloo, lesPierre, lesRestout, je prends note de ce peintre à propos de M. Couture, les Suhleyras et tous les faiseurs, le gracieux et fade Boucher en tète, viennent se prostituer sur Tautel du veau d'or, se vautrent avec volupté dans laconvention, et se contentent, pour éterniser leur nom, d'orner de peintures lascives la petite maison de l'opulant financier et le boudoir de la courtisane à la mode.
n en était ainsi quand les réalistes, préparant la rénovation de Tart en France, commencèrent, par une étude constante de la nature, à la sortir de la fange : car le6 arts éprouvent des révolutions comme les empires, et passent de l'enfance à la barbarie.
Quoique l'époque Louis XV soit désastreuse dans ses effets, elle put, à son déclin, reconquérir une force qui devait préparer sa résurrection.
Les réalistes, ai-je dit, se montrèrent. Diderot ne jure plus que par Chardin et Greuze; Vemet ressuscite Claude Lorrain ; et si Tenthousiasme de notre critique est un peu exagéré, ces artistes n'en donnent pas moins à l'art un nouveau point d'appui : Son invocation à Chardîn : « Vous revoilà donc grand magicien, avec vos compositions muettes 1 Quelles parlent éloquemment ! Quelle différence y a*t-i/ entre te créateur et toi t a un parfum de prophétie. Oui, avec ce grand magicien va naître l'école réaliste ; car Greuze, y joignant son sentiment profond, ils vont ensemble, dis^je, libres de toute
entrave, préparer uAe nouvelle voie à l'école française.
Mais l'avenir comptait sans David. Yien, son maître, et Boucher , son camarade, ne se doutent guète de la puissance de l'austère républicain.
L'ère brillante qui s'ouvrait, la régénération des peu* ples^ devaient avoir une grande influence sur les arts. La Révolution française qui allait amener les hauts faits de Bonaparte va ouvrir une carrière brillante à nos sta^ tuaices» Les victoires de notre César en Egypte, la bra^-* voxure de ses capitaines, fourniront un vaste champ à tous .
La France, régénérée par la dynastie Napoléonienne^ conviait, comme elle le fait aujourd'hui, tous les peuples de l'Eui^ope à l'admiration des chefs-d'oéuvre de l'Univers, conquis par nos armées et leur vaillant capitaine. La place de David était marquée ; jamais meilleure épo^ que pour la rénovation de l'art ne pouvait se renconirer ; son génie et Dieu aidant, il sait en profiter. Élève de Yien, pensionnaire de Rome, imbu des vtais principes de l'antiquité, lui seol était capable de suivre l'aigle sur les monts escarpés des Alpes et de la gloire. Bonaparte au Samt-'Bernard^ sauvé d'un cataclysme universel, ne représente-t-il pas à lui seul l'épopée impériale !
David, maître des bonnes traditions, se ti?ouve promptement entouré djp nombreux élèves ; de ce nombre est Gros, nature puissante et originale ; il trouve que le sculpteur David n'est pas assez peintre^ et avec l'audace d'un homme de génie il anime les statues ciselées par son maître. Il dédaigne l'afféterie de Guépin etl'anti-Miohel- Angelesque de Girodet, pour ne chercher que la fougue de Rubens. Il se pose, par la furia magnétique de son pinceau, le premier coloriste français.
A peine le général Bonaparte a-1>*il conquis l'Egypte, s'esta rendu maître de l'Italie, que du pinceau de Gros sortent la Bataille d'Âboukir et la Peste de Jaffa ! L'Empereur ne se fatigue pas plus de victoires que l'artiste de chefs^^œuvre ? César et tous les conquérants pâlissent devant le capitaine, les. plus grands coloristes s'inclinent devant le peintre. La France se réveille victorieuse au bruit des armes, et l'école française se proclame la pre- . ^ . ^ / mière au nom de^Grsâ. f^^'v'C ^ p^^ kvc^*^iV p^^i^^f^''^^
Cependant, à l'ombre de toutes ces gloires vivait un '^i^i^^*^^^ f peintre-poète qui ne devait pas rester longtemps ignoré à l'œil du maître. Le génie universel de l'empereur découvrait Prud'hon, le Corrige français ; car si Gros brillait par la fougue^gt l'audace, le poétique Prud'hon devait trouver de nouveaux horizons.
 sa venue, l'art se transforme en France, non pas d'une manière sensible pour l'époque, mais devant influer sur les temps à venir. Avec Prud'hon une nouvelle voie s'ouvre, et Géricault, modifiant un peii la manière de Gros, il arrivera que le peintre du Zéphir et l'auteur de la Méduse serviront de transition entre l'empire et l'école romantique de 1830. Nous passerons sous silence, bien entendu, les Droling, etc., enfin, tous les peintres incapables de faire mauvais, et par conséquent dans l'impossibilité de créer des chefs-d'œuvre, pour arriver à toute vapeur à l'école soi-disant rénovatrice.
Géricault et Prud'hon servant de pierre fondamentale à l'époque actuelle, si M. Ingres se trouve éloigné de ces deux individualités, c'est que pour lui, élève aussi de David, l'art devait suivre une autre route. Nous verrons s'il a suivi la bonne. Pour M. E. Delacroix, nous prouve-
^. iXHifi que s'il s'est mspiré de Gros et de Géiieault;^ il est
^U^'^ C rfr^^ wàk le peintre le plus c^m^i^ide Técole française.
^ v^t^ ; ^^? ^^^s 1^ répétons V pour nous, Tère des hœmnes de
r< >f^ - ^^'^ génie à tant la rédame , le règne personnifié de la cama-
^- K., ^ . raderié, l'abus de la coterie, sont loin d'avoir l'importance
^^^^"^^ que tous les frères prêcheurs veulent bien lui donner.
Mais la vérité se fera bientôt jour, la farce sera dévoilée, et de toutes ces céléMtés à 40,000 fr. le mètre carré, il ne restera plus que la valeur intrinsèque de l'œuvre. désolation de la désolation; amateurs trop confiants, quel retour des vanités de ce monde I De quarante billets de banque que vous croirez palper et contempler à l'aise, il ne vous restera plus que le souvenir d'un bonheur perdu , que Tamertume d'une illusion détruite !
Enfin, c'est une belle lutte que celle à laquelle nous scanmes conviés ; car ce n'est plus par l'épée que nous allons vaincre, mais par l'intelligence ; tâchons de rester à la hauteur de notre tâche et disons loyalement, comme du temps de Diderot, l'Angleterre, les Flandres, l'AUemagne et toute l'Europe artiste, reconnaîtront la suprématie de la France.