‹ Le Salon de 1855Chapitre 11 sur 16 · LES COLORISTES · texte numérisé non relu

LES COLORISTES

M. Dîaz. — Rembrandt et la lumière. — Un peintre Bans rlvaox. — Élégie noctunie. — Le rêve et ht vie. — Un bouquet de femmes. — La baguette d'une fée. — Rubens et Pnid*bon. — Une trilogie. -^ Le soleil et M. Diaz.

— Tout ce qu*on voudra. — Un rêve de bonbeur. — Une dernière larme

— Le poète s'est fait homme. — Pourquoi?.*. — Les filles d*Ève. — Les honneurs du paradis faits par M. Camille Roqueplan. — Le fruit de notre première mère. >— La feimne et Tombre. — Une première leçon d'amour.

— Jean-Jacques et ses confessions. — 39,000 fr. ! — C'est & prendre ou & laisser. — Entrainement irrésistible. — M. Eugène Isabey. — Un bouquet de roses sur un plat d'argeBt. — Fantaisies féminines. — Quelles Jolies pécheresses!... — Inconvénient d'avoir trop d'esprit. — Encore une fois, point de noirs. — Engouement du public. — M. Baron. — Trois personnes en un seul peintre. — Trois sens qui n'en ont point. — Amende ho* norable. — Incarnation de M. Devedeux dans le musée Philipon. — Beaucoup d'imitateurs et point de rivaux. — M. Louis Duveau. — Il est sans péchés, — Toute route n'est pas bonne à suivre. — La baie des trépassés. L'ami de la vérité. — De la couleur intime, — Les grands poètes sont de grands coloristes. — IfM. Luminais, Fortin et Guillemin. — M. E. de Beaumont. — M. C. Roqueplan s'aperçoit que son lion n'était qu'un chat. — M. Trayer et Jean-Jacques. — Délicieuse distraction. — On va abandonner les biberons. — Pardon pour M. Poussin. — Le peintre du peuple. — Jeanron et la mode. — M. Bonvin à la messe. — M. Boulard et sa cuisine.

— Une nature morte qui a enterré son peintre. — M**» Henriette Brown. — MM. Brest, Yan, Dargent, Dubaety, Dumarest, Duverger, Gluck, etc. — Une Bretonne bien tournée. — MM. Herbstoffer, Hillemacher, Pluyette, etc. Un peintre d'un délicieux genre. — Une peur de l'Académie.

M. Diaz est un des fanatiques de la lumière ! Comme Rembrandt, il ne connaît point de ténèbres. Il pénètre de ses rayons les niiits les plus obscures et la nature pour

lui est toujours illuminée. Ce sont les pâles reflets de la lune qui viennent éclairer sa rivale ou l'épanouissement lumineux d'un rayon de soleil qui agite voluptueuse- , ment les désirs de sa nymphe tourmentée par V amour. Si Dieu nous a donné les prés fleuris, les campagnes splendides, les bois touffus, il a aussi voulu que M, Diaz, son interprète fervent, nous initiât à leurs beautés et nous fit comprendre leur langage mystérieux. M, Diaz, avec sa Rivale, n'a point de rivaux.

L'heilre est passée oii les troupeaux abandonnent les vergers ; les lézards sont cachés dans les pierres séculaires, et le cri sinistre du hibou trouble seul le silence de la nuit. Â peine entend-on le bruissement plaintif des feuilles et le murmure des eaux. La forêt ne retentit plus des sanglots de l'amante et la mort a terminé ses angoisses ! Amour, pourquoi es-tu si cruel et dédaignes-tu Fencens que l'on te prodigue? - — L'insensée ! . . . Peut-être le doute?... car sa rivale, mystérieuse et timide, vient, suivie de l'amour eUe aussi, jouir de sa victoire! Quel beau rêve, et quel poëte que M. Dias! Il nous impressionne aussi facilement qu'il peint ; et il n'y a pas daus le monde entier un pays où l'éclat du soleil et où les pâles rayons de la lune soient plus lumineux ou mélancoHques que dans les créations du célèbre peintre.

Diaz n'a besoin que d'un coin de forêt pour y faire fleurir un bouquet de femmes et y produire des effets imprévus. Il peuple d'odalisques l'intérieur d'im harem et dispose du soleil comme le sultan de ses femmes. D'où vient ce grand magicien?. . . dont le pinceau est plus fécond que la baguette d'une fée ... . Quel est son maître?. . . A qui a*-t*il emprunté ce charme, cette couleur^ cette poésie

quepasTumepossèdef ... U est créateur, il est liiiH3[iâme !

M. Diaz procède des plus grands coloristes et ne ressemble à personne. Il a le brillant de Rubeus et la fantaisie sentimentale de Prud'hon, la couleur argentine de Gorrége et la fougue des Espagnols ; il colore ses paysar ges des teintes empourprée de Claude Lorrain et emprunte à Salvator Rosa, pour les sites agrestes, l'àpreté de son pneeau. Enfin, pour animer sa peinture éblouissante, il dispose du soleil et de la lumière conime un fa- Tori sûr de son empire ou comme un amant auquel il faut obéir. La fécondité du grand peintre est aussi inépuisable que la poésie de la nature. Avec des arbres, du soleil et des femmes, il nous pândra dans la même journée autant de tableaux qu'il aura eu d'impressions. C'est waiment un peintre bien extraordinaire que M. Diaz !

Les paysages de M. Diaz, et malheureusement pour nous il n'en a pas au salon, rivalisent de beauté avec ceux des plus grands maîtres et font pâlir ses rivaux. C'est une plaine immense ou un coin de forêt, des landes où les chiens se perdent dans les fougères, ou de vertes prairies où les chevaux nagent dans les hautes herbes comme dans des plaines Uquides, ou bien encore un dessous de bois et quelques Délaissées, ou un pacha et ses préférées ; c'est tout cela, et même plus, car c'est la nature idéalisée I

Quel malheur de posséder un paysage de M. Dia«, quand la vie matérielle vous enchaîne, et qu'on serait heureux de jouir de cette nature qu'il vous rend si belle; et cependant, puisque le bonheur n'est jamais complet et qu'il nous est défendu de jouir de l'ombre des grands arl»es et de nom enivrer de l^odeur des buissons odo«

rants , soyons heureux qu'il y ait un peintre qui puisse» en interprétant la nature plus belle qu'elle n'est, nous procurer le bonheur que nous cherchons et dont le magique pinceau nous transportera, à sa fantaisie, au baspréau, ou, en compagnie d'odalisques aux couleurs plus diaprées que le rubis, dans quelques palais ignoré de l'Âsie-Mineure.

M. Diaz n'a que six tableaux à l'exposition universelle

des beaux-arts. C'est trop peu : la Rivale, la Nymphe

tourmentée par l'Amour, une Jeune fenmie recevant

d'enfants, si beaux qu'elle en doit être la mère, les pré-

/ ' '^ i aents d'amour, une Nymphe endormie que des amours

/ h ',. /i <. P^ peuvent réveiller, et les Dernières larmes, qui nous

> / ' ' * y e^ feraient verser, et de bien àmêrésTs'il n'était signé :

' ;\ '.y /r.iyV A jj. Diaz. Pxwirquoi ce malencontreux tableau?... Pourquoi

le poëte s'est-il fait homme I ' / ^ ■ i*\ T ^H*? / M. Camille Roqueplan fait, comme M. Diaz* de la pein- •■' "■' ■■ L fn^. et l„„.aeuirîi est ùnpo..a>U de voir «n

( tableau d'un effet plus piquant, d'un faire plus brillant

f^r, vw-? et d'une couleur plus soutenue que les Filles dIEve. C'est

U-^ ^ i.v--'^^ i ^^ paxadîs terrestre que l'on voudraîtTiabiter et 3oht ces

l trois charmantes jeunes femmes feraient parfaitement les . j.,^.^^, honneurs. En effet, je vois, malgré l'entrain qu'elles mettent à cueîUir le fruit qui a peïrdu leur mère, qtte.leur esprit est ailleurs ainsi que leur cœur. Mais la femme est ainsi faite, que jan^ais l'action du moment ne l'occupe entièrement; elle est comme notre ombre : fuyezla, elle vous suit; aimez-la, elle vous déteste.

Dans un paysage au ciel mouvementé par de capricieux nuages, à l'ombre de beaux grands arbres et ^ Venr trée d'un verger, trois jeunes fiUes, presque des femmes^

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cueillent des fruits. L'une d'elles, celle qui tient la branche, est la plus insouciante et l'amour ne l'occupe pas encore; un peu en arrière^ dans la demi-teinte, son* amie se penche pour les recevoir ; et assise sur le devant du bosquet et la plus rêveuse des trois, celle qui aime sans doute, répète sans y songer sa première leçon d'amour. Le démon la tourmente et son cœur voudrait parler, ne fAt-ce qu'à l*écho ; elle voudrait confier son secret à ses folles amies ; mais elle les trouve si insouciantes et son secret lui est si doux, que,^bon gré mal gré, elle partage leurs jeux. Ce ravissant tableau des FiUes d'Eve rap- :pelle, par le charme de son exécution et la vivacité du •

coloris, deux scènes des Confessions de Jean-Jacques que .v. • M. Roqueplan a traitées il y a plusieurs années et qui sont les perles des collections qui les possèdent. Son J^ Awtt^ iMnmîé ^ exposé en 1833, a été vendu à la vente du duc ^ ^ d'Orléans 39,000 fr.! Quel prix peut-on assigner au délicieux tableau que M. Roqueplan expose cette année?rfîf^ ' ^ M. Febvre, qui s'y connaît, s'en est, dit-on, rendu ac- ^ ' -^ Z ;•; ' quéreur à un prix assez élevé. Quelque élevé qu'il soit, ^^ '^'' nous sommes persuadé qu'il n'aura pas ^e peine à le '"^.v p

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