VOYAGE A L'ÉTRANGER
(Deulème Bxciinloi.)
La lutte est impossible. —Hogarth et Louis XIV. —Lelly et Kneller.— Les ancêtres. — > Outre-Manch^ — Caractère de l'école anglaise. -^ M. Leslie et la veu?e Wadman. — Goya. --rL*auteur s'extasie ! — La couleur d'Eug. Delacroix. — Sancho Pança. — M. Frith et le Bourgeois gentilliomme. — Molière et Shakespeare. — Teniers, Rubens et les Belges. — Le Sacre de la reine Victoria. — Un baptême. — M. Philipp et M. GuiUemin. — La Dispute d'Oberon de M. Paton. — M. Ward est un peintre français par le cœur. — Louis XVI au Temple. Dernier sommeil d'un roi de France. — M. Ingres et U. £. Delacroix. — M. Hook et Paul Véronèse. — Venise conune on la rûve. -- M. Besson et les maîtres mosiUstes.— La saveur d'une rose.^- M. Hayter et M. Paul Delaroche.— M. Knight et TÉcosse. — M* Hurlstone et la Marra. — Dernier soupir du Maure. — Un rayon de soleil. — M. Uwins et la poésie. —M. Pikersgill et M. Eastlake. — Les académies se ressemblent toutes. — — La Novice. — Soupirs et Regrets. — Amour, que me veux-tu? — M. EUmore. — Bon public. — La pensée est à l'art ce que le cœur est à la femme. — Le Ingres de l'Angleterre et son Prud'hon. — M. Webster peint comme M. Biard. — MM. Goodall et Webster. — Un peintre au-dessous de sa réputation. — M. Mulready et ses Baigneuses.— Un tableau mis sous verre. — M. Mulready est M. Mulready, et voilà. — Suprématie des portraitistes an* glais. — MM. Grant, Gordon, Magne, Webster, etc. — M. Dubuffe et le joli. — M. Courbet et son chef-d'œuvre. — Les peintres de marine. — L'auteur refuse de parler des paysagistes. — M. Landseer. — Qu'en dire î — L'Ecosse et les Alpes.— Que c'est beau ! — M. Holland et la Tamise.— Les aquarelli»* tes.— Quel excellent graveur que M. Landseer!
L'école anglaise est généralement peu connue en
France, et il ne nous avait point encore été donné de la
voir au grand complet. Disons-le de suite : si les Anglais
ne peuvent lutter avec nous, ils concourent de tout leur
talent à la splendeur de l'Exposition* Si nous pouvions Il â
faire une étude complète de cette école trop peu connue de nous pour de si proches voisins, on verrait que depuis des siècles elle suit une maxche ascensionnelle: Hogarth, dont le nom est si répandu et si souvent évoqué, est contemporain de Louis XIV, et a déjà près de deux siècles de postérité; Lely et Kneller, deux bons peintres de portraits, le précèdent, et Rubens, Van Dick et Holbein semèrent leurs chefs-d'œuvre sur son sol , et formèrent la grande école des coloristes dont Reynolds et Laurence sont les chefs. L'école anglaise a donc des ancêtres!
Il est étonnant que les peintres d'outre-Manche, qui
sont si voisins de la Belgique et de la France, aient im
feire si dissemblable aux nôtres. Le caractère de leur
peinture n'est ni une étude complète de la réalité, ni un
amour exclusif de l'idéal, mais un mélange de simplicité
et de poésie qu'ils mettent à la recherche de la vérité ;
les Belges composent la natm*e, les Français l'interprè-
-,, / / V tent, et les Anglais la révent : chez eux il y a toujours
\ -^c^ c i.€ rintention, et si le faire ne suit point l!idée, la pensée
:inxiAi,r/in^ est profonde. M. LesUe est le premier des peintres an-
.»i Ja /i^{vf4 glais, et son tableau de l'Oncle Tobie et de la Veuve
r,/ ' Iav^ Wadman est d'un faire auquel nous ne sommes pas
, .,. *.^.^^ / habitués et qui rappelle la fougue de Goya; que la
. /> veuve est adorable et que sa pause, quoique vulgaire est
f;, / ,-^ ^J engageante ; elle attire plus que l'attention, et l'amour y
éclate ; quelle finesse narquoise dans le geste de l'oncle Tobie, quelle pose magistrale et quelle ampleur de formes!... en vérité, je ne vois rien de préférable à ce ^*''' ' tableau, à cette couleur étourdissante de verve, à la ' liberté puissante de la touche, et à la simplicité magistrale de la composition ; avec un sujet si banal, il îallait
être bien fort pour ne pas taïuner au trivial. Dans Gathe*
rine et Petrucchio, la disposition des groupes est belld,
mais un peu théâtrale ; néanmoins, le geste de Petruo-
€hio est rempli de tournure ; Leslie a bien la rage dans C^^yr'
rame; la couleur serait un peu celle ^e M. Èug. Delà* '^*' ''^^''
croix, si on ne sentait qu'elle est personnelle à M. Leslie *^'^/ ^' •
et qaBy comme notre célèbre peintre, il a puisé à la z^,:;/ ; ^
même source en étudiant Goya. Dans Sancho Pança,
le peintre s'est surpassé, et la galerie nationale est
heureuse de posséder un des meilleurs tableaux du
maître.
La scène tirée du Baurgeois-Gentilhùmme de M. Frith est remplie d'esprit; peuWtre y a-t-il un peu d'exagé* ration, mais Molière a, comme Shakespeare, quelquefois frisé le grotesque, et nous excusons le peintre de ce léger défaut. Disons que son tableau est bien peint, d'un effet bien franc, carré d'expression et d'une couleur agréable et personnelle au peintre. Savez- vous bien, messieurs, que c'est quelque chose de n'être pas un autre, et que s! les Belges cherchaient moins .Rubens et Téniers, ils n'en vaudraient que mieux. Le caractère particulier des peintres anglais, et nous le disons à leur louange, est de voir la nature avec leurs propres yeux , et non avec les lunettes d'autrui; ce n'est pas dire qu'ils soient parfaits, mais leurs qualités compensent leurs défauts. M. Leslie, ,
dans sa Veuve Wadmam, est le seul qui n'ait point la ^ '^^'^' l sécheresse de faire de ses compatriotes, et cependant ^ *"• ' ; dansie Sacre delà reine Victoria, iln'apu s'en exempter. - ' ^ » ''*'* D. serait curieux de rechercher si le climat n'est poixr rien J^ „ r ^ i dans cette sécheresse que les meilleurs peintres n'ont pu ^^^^, jV^*^, évit§£4 et si ces reflets et cette transparence que l'on reP
marque dans leur peinture n'ont point une cause aimo^ sphérique.
M. Philipp, dans son Baptême presbytérien, a été tii^* heureux. Un révérend va baptiser un enfant dont on serait volontiers le parrain en voyant la mère ; la vieille maman fait un effort et parait désirer présider à cette fête de famille; mais ses forces ne le luipermettent pas, et elle doit se résigner à laisser cette satisfaction aux plus jeunes^ Tout cela est simple, bon et a dû se passer ainsi; c'est délicieux comme une vignette, on devine le cottage et on voudrait vivre de cette vie. Pourquoi toutes ces qualités sontr-elles amoindries par des reflets si nombreux que la vue finit par se fatiguer. Pourquoi tous ces personnages sont- ils phosphorescents, reflètent- ils leurs rayons lumineux? Si M. Philipp avait le faire savant de M. Guillemin, ses œuvres seraient parfaites, car pas un de nos peintres n'a sa fraîcheur d'imagination:. Nous ne félicitons pas M. Patpn de sa Dispute d'Oberon et de Titania , et nous trouvons que cela est trop fantaisiste.
S >», n^'^ M. Ward est un peinke, français par le cœur, et qui a
4* ^'.\-H^à^^ parfaitement interprété une épisode de la révolution, ^ /j. fvf/irf Louis XVI au Temple. Du reste, les artistes anglais pa- / . raissent affectionner ce sujet, car nous l'avons souvent
vu gravé à Londres. Le roi, couché sur un lit en sapin,
^ dort peut-être de son dernier sommeil, car ses nuits se-
tti^ytifK ront bien longues; sa famille l'entoure, et le dauphin,
i "^ j, / *vec l'insouciance de l'enfance, joue au volant avec sa
"" ^^à tante. M™® EHsàbeth;lareine, cette noble mère, assise au
f 1 1 f 1% tH miUeu de la cellule, fait quelques points à Thabit de son
%.y i- h^'^ '• ^*^y^ époux. La scène est calme et religieuse; c'est bien
ainsi qu'ont fini les descendants des rois ! La résignation de cette noble reine est sublime, et la femme que la calomnie a outragée donne un démenti à ses calomniateurs. On est attendri devant l'œuvre de M. Ward, et tout est si calme, vise si peu au mélodrame, que l'esprit se complaît à la contemplation de ce dernier jour d'un roi de France. Au fond du cachot, les sans-culottes veillent et paraissent craindre de troubler le sommeil de ce bon père qu'ils mèneront à l'échafaud. Nous le répétons, la scène est expressive sans être mélodramatique, l'effet juste sans exagération, et le peintre a trouvé le sentiment idéal en restant dans la vérité. L'exécution de Montrose est plus théâtrale et nous a moins séduit, mais dans le Dernier Sommeil d'Argyle, nous avons retrouvé un peintre franc et vigoureux : c'estrun beau tableau, joli d'effet, largement exécuté, d'une bonne pâte et d'un grand caractère. M. Ward, quoique le premier peintre d'histoire de la Grande-Bretagne ne pourrait cependant lutter ni avec M. Eugène Delacroix ni avec M. Ingres. Puisque nous jugeons l'école anglaise, n'établissons au-» cune comparaison, et disons que M. Ward est un académicien fantaisiste.
M. Hook comme M. Hamman, devrait oublier Paul Véronèse, et c'est peulrètre le seul dans toute l'école anglaise qui s'inspire un peu trop des anciens, ou plutôt qui ne dissimule pas assez la profonde affection qu'il leur voue. Venise comme on la rêve,- est trop la Venise des Véronèse et des Giorgion. Si on veut revoii* cette Veniselà, autant aller au Louvre ou faire comme M. Besson a fait pour ses Maîtres mosaïstes, reproduire les types d'Éliézer devant Assuérus de Véronèse, et l'accrocher
gaillardement à TExposition universelle. Mais M^ Hook^
qui est plus consciencieux, n'a point été jusque-là. — A un balcon de charmantes femmes et dans une gondolé de beaux cavaliers, dont l'un reçoit une rose de la main d'une des houris, voilà tout le sujet. Peut-être l'odeur suave de la rose sera-t-elle mortelle, et celui qui la respirera disparaltra-t-il. . . . C'est le secret de M. Hook. Je n'y vois pas si loin, mais je trouve tout cela joliment peint, d'une belle couleur argentée , exempt des sécheresses de l'école , mais aussi de son inspiration poétique. Tout le monde, avec de bomies études, peindra ui^ semblable' sujet, mais il n'y aura que M. Leshe pour représenter rOncle Tobie, fj/^fùi*^
Le Jugement de Lord John R ussell est une magnifique composition digne d!ètre signée Paul Delaroohe ; excepté / - i qu'il y a cinq figures dans la Jane Grey, et trois miUe
' ^ / ' ' dans le tableau de M. Hayter. L'ordonnance est granfUh-(\*^ ■ c diose et lord RusseU majestueux; le banc des juges
impose et l'efiet théâti^al est complet. Cela est composé en maître et exécuté en praticien ; tout le monde du reste en connaît la gravure. Malheureusement l'impression est nulle et le cœur ne bat pas ; on ne sent pas asseiî que le noble lord défend sa vie. Le Mariage de la reine Victoria ne nous plaît pas, et à la manière dont les premiers pein« très anglais l'interprètent , il semblerait que le sujet ne prête guère, puisqu'ils l'ont tous si mal réussi. M. Knighi s'est inspiré de l'histoire d'Ecosse, et il a rendu avec beaucoup d'effet la Prédication de John Knox. Les Nau*frageurs, quoiqu'un peu noirs, sont bien peints. M. Hurlstone, président de la société des artistes anglais, est dans la Marra un peu de l'école de M. Robert Fleury. Dans
scm Dernier Soupir du Maure, il est plus sec et sa couleur est moins agréable.
M. Uwins nous a beaucoup impressionné avec sa Veuve napolitaine, aussi ne sommesruous plus étonné de voir ce tableau acquis par FÂcadémie royale de Londres. Dans le fond d'un galetas repose sur un lit un enfant, il est mortl Un rayon de soleil vient encore caresser sa blonde tète et lui dire un étemel adieu. Sur le devant du tableau, sa mère, cette pauvre mère qui n'a plus de fils , est accablée de douleur : des chants de fête viennent briser son cœw, et elle ne peut s'y soustraire, car j'aperçois à travers la croisée des chanteurs, et la rue n'est-elle pas à tous ! Le sentiment est profond dans l'œuvre de U^ns, et la scène m'impressionne plus que le mélodrame de M. Stevens. La poésie est une plante déUcate qui se fane promptement quaad on la violente; elle croit dans le mystère et ne s'épanouit qu'aux doux rayons de l'inspiration. Si elle fleurit, c'est sans qu'on y songe, et quand sa fleur est artificieUe, elle n'a plus de parfum. Le Sculpteur d'Images en est la preuve, et l'adresse a tué l'inspiratioB. La composition de l'Enterrement d'Harold de M. Pikersgill est excellente et le faire soutenu. M. Eastlake, président de l'Académie, a exposé les Pèlerins aiv rivant en vue de Rome. C'est sagement composé et d'un faire uniforme ; nous sommes bien étonné que le président de l'Académie anglaise ait si peu de ressemblance avec notre faire académique. M. Eastlake, qui est un hramie de talent, ressemble à tous les académiciens du monde entier, quel que soit leur genre de talent ; ils ont leur procédé et se moqu^at de l'inspiration; c'est trèscQvrect, mais voilà tout. M. EUmore, qui n'est point de
l'Académie (à propos, le docjte corps n*est pas nombreux, car pas un ne s'est encore trouvé au bout de notre plume), est un peintre de beaucoup de talent. La Novice est un gentil tableau, quoiqu'un peu rose ; mais que voulezvous? acceptons franchement les défauts et profitons des qualités. Comme elle a l'air de regretter le monde, et que les jeunes femmes qu'elle aperçoit du fond de sa cellule et qui agacent les masques éveillent ses désirs !... elle voudrait aimer aussi, elle ; ... la petite nonain voudrait se métamorphoser et ne plus soupirer sur le lit solitaire sur lequel elle repose;... elle rêve l'amour et ne songe plus à la mère des novices, que je vois paraître à la porte, et qui va lui relever le moral ; elle ne veut plus entendre les chants du soir, car ils ne rendront pas le calme à son âme ; elle aime et veut être aimée ! quelle charmante et suave idée, et que la composition est bien comprise !•. . . Décidément je préfère l'école anglaise et tous ses défauts, à l'école belge et à ses airs sérieux. Que vouleit-vousî j'aime avec les premiers et je m'ennuie avec les autres; ce qui prouve, comme je Tai toujours dit, bon public, que la pensée est à l'art ce que le cœur est à la femme, , ^ Si l'Angleterre a son Ingres dans M. Dyce, qui a exposé
V 7" *^7 «»e Viergeetl'EnfantJésu^d'unsentimentexquisetd'une
î ♦' /•/ f /.fl toucher; elle a aussi son Prud'hon dans le Passage du
ï (^\J^\[^^k^ ruisseau de M. Poole : une jeune fille tenant dans ses
^ ' A ': ^ I bras im enfant traverse un ruisseau : le caractère géné-
.^ ^ I ; rai est ravissant, et les délicieuses têtes ont le faiye et
^:. ' ^ I y l'expression de notre Corrége français ; le ton seul diffère
' / et il tire ccHume toujours sur un ro$e fade. La Reine des
j Bohémiens est aussi un bon tableau du même auteur,
fcrt^ -^^^v.,. /jVk. /*t4 ^^. \^^r ^ ''' f^-^^'^ èU^-^r i-^i/^^^^ ^'-"tm^^
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rempli d'originalité. M. Goodall a peint le Bal au bénéfice
de la veuve, et y a mis une verve toute française.
M, Webster peint conmie M. Biard, et M, Mulready, qu'on
nous avsât annoncé avec tant d'emphase, ne nous parait
pas à la hauteur de sa réputation ; de tous les tableaux
exposés par le trop célèbre peintre anglais, le Loup et
l'agneau nous a paru le meilleur : oes deux enfants qui r
vont en venir aux mains ont de l'expression, la peinture T '^ > ^ ^'^ ^*^
est franche et la touche vigoureuse: pour la couleur, A^tvv>^>^ yin
nous n'en disons rien; en grâce, allez voir M. Mulready . ^^7^^ ;^,^/
avant M. Eue. Delacroix 1 ses Baigneuses, mises sous ' i -//
vous, M. Mulready est M. Mulready, et voilà. Si le trop célèbre peintre a une aussi grande réputation qu'on l'affirme, il a dû peindre autre chose que ce qu'il nous a envoyé.
Si les peintres d'histoire de la Vieille Albion ne peuvent lutter avec les nôtres, en revanche (MM. Ingres, Flandrin et A. Du val qui rachètent leur monotonie de coloriste par un e ligne magi strale, exceptés), M. Grant* .
/ avec les porfeaits de lady Rodney et de lord John Rus- \ C^r A I sell, M. Gordon avec celui du professeur Wilson et du 1 V^^\' prévôt Peterhead et quelques autres, n'ont point de / rivaux à l'exposition de 1855. Ce sont bien là les des- j cendants de Reynolds, de Laurence et de Jackson; je * retrouve l'élégance et la distinction de leurs personnages, la finesse et le brillant de leur coloris, leur touche magistrale et le vague de lem^s physionomies; ils ont Hen saisi sous l'enveloppe grossièreles traits mystérieux de
' - ^ A A a M ^ Êi \
rame humaine : ils ne se sont pas contentés de la forme extérieure, et ils ont exprimé sur la toile, avec un faire et une couleur étourdissante, les accents intimes de Tàme humaine. Si les plus beaux portraits étaient les plus jolis j in^ubuffe serait un dieu ; malheureusement il n'en est pas ainsr, et M. Dubuffe n'est qu'un simple mortel. Le portrait du professeur Wilson le représente assis, la main appuyée sur sa canne ; la pose est belle, et la tète, qui est inondée de lumière, est ravissante de couleur et de mo* delé. Celui du docteur Wardlaw, par M. Magne, et les deux petites têtes peintes par M. Webster, que nous préférons de beaucoup à ses grandes toiles, sont supérieurs comme finesse de ton et de modelé à tous les portraits de l'exposition; le seul qui puisse lutter avec eux, et j'en vois d'ici qui riront bien, c'est le portrait de M. Cour^ bet, peint par lui-même : c'est sale, si vous voulez, mais c'est un chef-d'œuvre. 6l<îu^ * t/' J' H/ (to^.*^'' 4i ic^Hvtv,
M. HoUins a peint d'excellentes marines d'une grande vérité de ton et bien mouvementées ; mais c'est toujours la Manche^ et elles ne peuvent lutter avec Gudin. v '""^^ Dans les Pilotes sur la plage de Deal, l'effet est lumi* \ i ' ^ ^ neux, les eaux d'ime belle nuance argentée, le del ' courant bien et l'ensemble brillant; si M. HoUins ne
V f peut lutter avec notre Yemet, il est incontestablement
supérieur à la plupart de nos peintres de marine • M. Cook, dans son Lougre français donnant dans la passe de Ga-* lais, est de la même école et comprend la mer; sa petite nature morte rouge et noir pourrait être signée Ph. Rousseau é Les paysagistes ne sont point sérieux, et nous n'en parlerons pas, puisque les comparer ce serait les chagriner*
Pourquoi M. Laudseer est-il venu nous désillusionner ! Nous admirions ses compositions , si bien interpré» tées par d'excellents graveurs, pourquoi nous a-1ril fallu voir les originaux ! Coxnme M. Verboeckoven, M. Land^ seer compte les poils de ses chiens ^ comme le célèbre Belge celui de ses moutons et lutte de rendu et de fini avec lui. Que pourrions-nous conter au public pour nous rendre aussi intéressant? Décrire tm des neuf tableaux de M. Landseer, c'est les étudier tous. Les Conducteurs de Bestiaux (M®* d'Ecosse) nous représentent un groupe d'Highlanders au premier plan, des chevaux et des va* ches au second et un fond de montagnes. ~ L'Ecosse n'est pas plus faite pour M. Landseer que les Alpes pour M. Diday de Genève. Regardez à la loupe le tableau ; c'est merveilleux de sécheresse et de finesse ; pâmezvous d'aise tant qu'il vous plaira, mais pour nous, qui ne portons jamais de loupe, nous disons que les graveurs qui interprètent si largement les œuvres de M. Landseer devraient les peindre et lui passer le burin; nous nous aventurerons un peu plus haut à gauche dans la travée, et nous irons rêver devant la Tamise de M. Holland. M. Thi Gautier, qui s'y connaît, y était en même temps que nous ; et de dire : Que c'est beau ! Il faut voir comme l'effet est fantasque et avec quel mouvement le ciel est tourmenté ; comme la mer est déchirée , et comme les pâles rayons de la lune sont mystérieux ! Et le plan des eaux , et la vapeur qui enveloppe l'hôpital de Greenwio^j comme tout cela est compris et interprété ! M. H. Holland, vous êtes un grand peintre, vénitien de sentiment, coloriste d'inspiration et poète de naissance. Nous laisserons les animaux de M. Landseer,
et même ceux de M. Cooper, qui leur sont bien supé^ rieurs, et nous reviendrons rêver avec vous. Nous visiterons aussi les beaux temples de M. Roberts, et au besoin nous suivrons M. Glass dans sa Marche de nuit. Nous admirerons les belles aquarelles si savamment lavées et si bien exécutées de M. Cattermole, et nous les préférerons à celles du célèbre M. Fielding. Nous dirons que M. Grant a peint dans le portrait de M^Beauclerk les plus séduisants king^-charles que nous ayons jamais vus; nous avouerons même que les sculpteurs anglais ont d'assez belles qualités de faire ; mais en grâce, ne nous parlez jamais de la peinture de M. Landseer, si vous voulez ipie nous admirions les splendides gravures qui éterniseront sa mémoire.