‹ Le Salon de 1855Chapitre 15 sur 16 · LES INFINIMENT PETITS · texte numérisé non relu

LES INFINIMENT PETITS

Dissection d'an grain de la pean.-^Gérard Dow, Miéris, etc.— Que c'est natnn ; Fi doncl — Rembrandt et la forme. — IL Meitsonnier et le sentiment

— U faut des peintres pour tout le monde. — Un myope et un aveugle. — Pourquoi M. Meissonnier est-il le rival des Terburg, des Teniers, etc.? Écoutes. — Une eau-forte de Ou Jacques. — Petite dissertation très pro* fonde.— Vingt mille peintres à l'œuvre.— Despotisme du public — Lamentations de l'auteur. — ^M. Meissonnier et Géricault — L'art et le métier. — Une Rixe. — Plus c'est bien, mois c'est beau. — M. Meissonnier est un infiniment grand petit peintre. — Ses fanatiques. — MM. Chavet, Fauvelet, Plassan, Monfallet, etc. , arborent ses ootileurs et portât son oriflamme. — La lune de miel. — Un amateur veuf de ses Jambes. — M. Fauvelet méritait une meilleure place. — Deux musiciennes qui manquent d'harmonie.

— M. Plassan et la lecture.— Une matinée intime. — Ce qui parait manquer à M. FicheL — Un philosophe et des folles. — MM. Théod. Frère, Âccard, Steinh^, etc. — ^Du maquignonnage en peinture.— Si vous êtes friand d'une chose, ménagez-la, monsieur Pesons. — M. Marchai nous attendrit -* M. Biard nous amuse. — Est«e une parodie? Le public jugera. — Le quart d'heure de Rabelais de M. Vetter. — La véritaMe éloquence est celle q«4 s'oublie.— M. Léman.— Mademoiselle Yerviers et Mademoiselle RacheL— Un Duel de Goligny. —L'art d'aimer. —IL Garaud et IL Schlésinger. — MM. Nanteuil, Besson, etc.— Un lingot en pièces de œnt sous.- A défant de l'un on se contente des autres.

En peinture, on distingue le mode technique et l'expressif. Gérard Dow, Miens, Denner, etc., en copiant le grain de la peau, les pores du bois, en disséquant les rides du visage et les poils du menton, se servent du premier, et Rembrandt, en ne faisant rien de tout cela, donne la sui»?ématie au second. *— J'entende et je vois le

public me dire, en s'extâsiant devant le manche à balai de Gérard Dow : Que c'est nature ! — Fi donc. Cela peut être un chef-d'œuvre de patience pour les gens à vue courte et les, esprits. obtins; naaismoi je n'y vois qu'un daguerréotype enluminé, et je trouve cela fort laid.

M. Meissonnier, quoiqu'un peintre infiniment petit, n'en est pas moins supérieur à tous ces myopes; son imitation diffère entièrement de la leur et son langage est de sentiment. Sa peinture, au lieu d'étonner notre vue par une merveilleuse fidélité matemife qui ne nous donnerait que la vue de l'objet matériel^ — co^une le fait toujours la machine, — ce qui nous impressionnerait fort peu, — éveille notre imagination, flatte nos sens, touche notre âme et y fait vibrer certaines cordes que la réalité laisserait silencieuses. Donc M. Meissonnier n'est point copiste, puisque impressionner ce n'est point copier matériellement la nature. Mais, comme il faut des peintres pour tout le mpnde, Dieu, dans sa bonté infinie, a créé les Gérard Dow, les Denner, les Mieris, etc., pour récréer la vue des bonnes gens qui n'y voient pas plus loin que leur nez, et a permis à leurs imitateurs de faire de la peinture un métier.

Quelles sont donc les qualités qui font de M. Meissonnier un grand artiste, un rival des Terburg, des Ostade, des Teniers et de tous les grands peintres infiniment petksî C'est que son faire n'absorbe point sa pensée; c'est que ses tableaux ne sont point la copie exacte de la nature, mais son interprétation. Il faudrait cependasEt, puisque le pubUc se presse autour de ses petits chefsd'œuvre, qu'il sache, avant de pouvoir les admirer à l'aise, où commence l'art et oh finit l'industrie. Écoutez :

Prenons nne eau forte de Gh. Jacques : ce sont, oomnis M. Meissomder, ou des buveurs, ou des joueurs de boule, ou des bravi, comme tous voudrez. Je n'y vois ni le bleu du ciel, ni la verdure des arbres, ni les fonds gris perlés. Je n'y trouve ni le fini précieux du faire, ni la toudie large et magistrale, ni les menus plis des vêtements, ni les clous des poutres, enfin, nul rapport entre le signe matériel et la chose signifiée, nulle ressemblance entre le modelé et la copie. Et si Gb. Jacques, dans cette eauforte, a été tellement expressif qu'elle reproduise le charme que m'inspire la réalité, qu'elle fasse naître en moi le désir, le bonheur et la crainte, n'en dois-je pas conclure que, pas plus qu'un opéra, pas plus qu'un drame ou une tragédie, un tableau n'est la reproduction exacte des objets réels) Donc Ueissonnier, chaque fois qu'il m'impressionne dans cet art d'imitation, n'a point pour but l'imitation. Si tu n'es point encore convaincu, public, fais traiter le même sujet par M. Meissonnier et par dis, vingt, mille autpes artistes aussi forts praticiens, si c'est possible, que le maître, et tu seras tout étonné d'avoir dix, vingt, mille tableaux complètement différents, quoique tous aient copié le même objet. Deux ne seront point pareils, et cependant le modèle sera unique. Où en es-tu, pauvre public, avec ton imitation de la nar

ture!

D'où je conclus que le procédé de Miens, Gérard Dow^ etc., devient du métier quand je le compare au faire large et puissant de Meissonnier ; et que pdndre et penser sont loin d'être synonymes.

Public! tu es un grand despote, et il n'y a rien d'étonnant que tes goûts soient si flattés. Si tu parais désin-

AéMsaé ùam tes jagements, tu n'en es pas moins un juge impitoyaMe, car tu es toujours dans le faux à cause de ta fureur du vrai^ et tu prendras toujours des vessies pour des lanternes. Eug. Delacroix, auquel tu sacrifies rarement, est le seul astre qui t'éclazre. Partout le public se trompe, parce qu'il juge en premier ressort; puis viennent les tièdes qui approuvrait, et les experts qui se vssûr gmi. Car pour tout le monde, être seul de son ayis, c^est 6toe évidemment dans le faux. Que si je vous parle du pubHc, ce n'est pas vous, ni moi, ni d'autres qui font la loi; mais ceux 'qui se chargent de penser pour nous, qui aiment pour nous, qui se trompent à notpe intention. Camaraderie, coterie, impertinence, voilà les délégués du public, et, pour eux, le public c'est la postérité !

Voyez où nous ont menés les petits tableaux du grand peintre, si loin, si loin, que nous ne savons plus où nous en sommes; mais j'ai fini, heureusement pour vous.

M. Meissonmer est un peintre de pure race et de grande nuaûèrOr Si, à l'aide d'une loupe, vous regardez ses petites figures, vous trouviez l'exécution franche, la touche lasge et les personnages vivants. Il procède des Van der Helst, des Teri)urg et a la finesse de Wateau. Une de ses tètes grossies par l'optique a autant d'énergie que le plus vigoureux Géricault, et la physionomie desesp^sonoages autant d'esprit que les meilleurs maîtres français. M. Meis* S(Hmier, à l'inverse des peintres qui croient rappeler les maîtres en les pastichant, les surpasse en les dédaignant. & sent que l'art, réduit à la simple question mécanique dés Miéris, n'est qu'im métier, et il y substitue le sens poétique. Pourquoi donc dans une Rixe, pour faire nature, s'est*il laissé entraîner à faire trop vrai?

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M* Meissonmer , en se rapprochant de la i^riK banale, s'est éloigné de la réalité idéale. Pins il a voulu atteindre la perfection matérielle, plus il a côtoyé la vnl* gaiité; et plus il a youln substituer la pure imitation technique, — comme dans ses Bravi et bien mieux encore dans une Rlx€, — plus il a coudoyé le trivial.

M. Meissonnier a cherché aussi loin que possible, •dans ime Rixe, sa qualité première, qui est d'être explosif. La scène se passe sous Louis Xm.^ Une querelle s'est engagée, et deux spadassins, l'épée au poing, yen* jU.x^^r lent la vider. Leur regard fauve et leur force athlétique (* ( ^^^ f présagent un combat à outrance, mais on les force à rengainer. Le moment choisi par le peintre intéresse vivement le spectateur : la lutte se terminera-t-elle ou le sang coulerariril? Â l'ardeur des combattants, eussent que l'affaire est grave et que la réconciliation est impos* sible. Gomme vous le voyez, l'action est ardente et le sujet mouvementé. Eh bien! il m'intéresse à peine, je vois ti^op ce que tous ces gens-4à font. Cependant, lepein* tre a scrupuleusement copié la nature : les étoffes, les chairs, les fonds sont admirables de faire ; la touche est accentuée et l'effet lumineux, le dessin énergique, et la composition savante; et malgré toute la perfectic»! de ces qualités, le tableau ne m'entraîne point. Pourquoi? C'est qu'au sentiment poétique de l'inspiration, M»Meissoimier a substitué l'adresse du praticien.

Dans les Bravi il y a plus de vague et on devine que ces bandits vont commette une lâcheté. La pensée ^dste, et le peintre, en s'effaçant, fait place au poëte« Dans l^ Joueurs de boule, nous retrouvcms le procédé et nous frisons le daguerréotype. C'est trop vrai pour être beau.

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M. Meissonnier, dans la Lecture^ redevient le peintre charmant que nous connaissons, le rival des Watteau., des Lancret;et de tous les Flamands passés , présents et à venir, le petit peintre éminemment français que nous aimons et une des célébrités les plus sérieuses de Fart contemporain. La pensée, sous son inspiration, saisit le caractère particulier de la nature , poussé à l'excès si vous le voulez, et empreint sa forme d'un charme particulier : il émousse les fibres les plus sensibles de nofare âme, et sous le feu de la création il dote la Francë^e chefs-d'œuvre.

MM. Fauvelet, Chavet, Plassan, Steinhel, etc., sont fanatiques de M. Meissonnier et s'en inspirent le plus heureusement du monde. Ce soid; des peintres très fins, très délicats et très harmonieux, et aussi spirituels que le maître est puissant; aussi s'en tiennent-ils avec raison aux charmantes syrènes de là Régence. MM. Fauvelet et Chavet sont les capitaines de ces condottieri qui ont ar^ bore les couleurs et l'oriflamme de M. Meissonnier, et MM. Plassan, Monfallet, Fichel, etc., font ce qu'ils peuvent pour les rattraper. Que prouve tout cela? C'est qu'il y a par siècle vingt-cinq mille peintres spirituels et trois hommes de génie.

M. Chavet a exposé, parmi ses quatre tableaux, un Marchand d'habits dont la race est perdue ; la touche en est fine et la couleur vigoureuse quoique éparpillée; malheureusement il y a un parti pris de tons entiers qui se gênent mutuellement. Le marchand d'habits, malgré ou à cause de sa charge, perd l'équilibre et n'est point sur ses jambes. De tout temps M. Chavet a hésité dans son dessin, et ce défaut est des plus sensibles dans les

Amateurs de tableaux ; le personnage du fond est positîyement veuf de ses jambes. Nous avons beureusement des éloges à lui faire pour sa Lune de miel ; c'est bien comme cela que chaque fiancée la rêve. Quelle est beureuse cette jeune femme, et que son ami parait se com« plaire à ses genoux! Leurs mains sont entrelacées et leurs cœurs se com{Mrennent. Jouissez de votre bonheur, car le dernier quartier fera bientôt place à la lune rousse. M. Cbavet, je vous félicite, et vous avez fait un ravissant tableau : l'habit vert de Thomme est d'une couleur des plus exquises, et la forme des plis des mieux réussie ; vos têtes sont fines et spirituelles, d'une naïve bonté et d'un ton remarquable, et tout serait parfait si la tapisserie avait un peu plus de solidité. En peignant comme cela, vous ferez oublier M. Meissoimier.

Les Jeunes mères de M. Fauvelet, tableau qui se trouve enfoui derrière im bureau de Hvrets, dans la dernière travée, méritait une meilleure place. Jouez sous l'œil de vos mères, charmants diérubins, elles sont si belles qu'elles doivent être bonnes, et elles vous passeront tous vos petits défauts. Pauvre petit, qui marches à peine, ne crains rien, et va te perdre dans les deux beaux bras qui sont tendus pour te recevoir. Comme tout cela est naïf et adorable ! Et le fond, et les draperies, et les chairs, tout est du meilleur goût et d'un sentiment exquis. Les Deux musiciennes sont un peu plus prétentieuses et nous plaisent moins, quoique ce soit toujours le même parfum de distinction, de coquettme, de grâce et de coloris. ^

M. Plassan, qui s'était un peu attardé, s'est placé cette fois en première ligne. Dans la Lecture, nous avons re-

tiOBTé. len qualités de M. Meisdomiier, msk peuMtré poussées à FeKcès. M. Plassan ariiye à un fini qui tourne au minutieux; son modelé, s'il u^y j^rend garde, dépendra sec et il aura beaucoup de peine à se débarrasser de oe défaut. La composition de ce tableau est joliment touiv née, et sauf l'emmanchemeut du poignet qui tient ie livre et quelques exagérations de ton, ce serait une petite perle. Les plis de la robe de la femme dioisissant des fruits saai gumdés et manquent de noblesse et d'élégance. La Lecture est une toile bien composée et adroitement touchée ; nous avonô cependant trouvé le ton de la draperie jaune biœ cru, et les formes qu'elle recouvre ne sont pas très ondoyantes. Malgré ces légers défauts, dans tous les tableaux de M. Plassan et de ses cotétigionnaires, nous trouvons toujours le ton fin et transparent et les accessfÂrm très finement rendus.

H. Fichel, sans en posséder les qualités, est de la même école. Dans sa Matinée intime, que nous connaissioDS déjà, ses défauts sont moins sensibles. Dans une Colla* tien, il ch^*che les étc^es cJiatoyantes et les ajustanents coquets. C'est fort bien ; mais pour rendre leur brillant et La finesse de leurs plis, il faut posséder ce que les Watteau, Lancret, etc., avaient au suprême degré, l'enthoulûasme et le génie, et c'est ce qui parait mancpier à M. Fichd. Son faire contrarie sa pensée, et il est emprunté au lieu d'être emporté. C'est un philosophe qui devise avec des folles; aussi lui rient-elles au nez.

En cherchant biai, nous trouvons encore une foule de peintres que le public affectionne. De ce nombre est le Petit écolier et le Jeune page, de M. Monfallet ; une Visite^ toujours sous Louis XV, de M« Accard, qui fait de mieux

-^ sa —

mx mieux. C'est le Matia, de M. Steinhel, qui sait deosiiier

^ne tète et des mains et qjaî les peint à ra^. M. Théod.

Frère a six tableaux que nous oonnaissîons déjà et qui

{ont les délices des amateurs qui les possèdent. M. Ed.

Frère a la naïveté de Guillemin, la couleur grise de Tas»

saert, un peu plus dorée cependant^ et la vigueur da

M. Hob. Fleury; ce sont toutes beUés qualités qu'il devra

cependant ménager^ car sa peinture est un peu maqui-

gnonnée , qull me passe cette expression triviale, et la

finesse du ton s'en ressent. Et puis il manque quelquefois

de dessin et de modelé, et c est essentiel. Heureusement

pour notre critique que les forts ne se formalisent point.

Nous avons dans M. Pezous un peintre original. Il a un

faire à lui et y prend goût, peu1>-ètre un peu trop, (^land

vous êtes Mand d'une chose, ménagez-la; quand vous avez

un faire à vous, oubliez-le, crainte de vous en rassasier.

Dans son Bénédicité, nous admirons M. Pezous; mais si

notre enthousiasme devait aller crescendo juscpi'à son

huitième tableau, la tâche serait lourde. Tout cela est fori

joli, mais il y en a trop. Les maîtres sont seuls de force h

à exhiber leur œuvre complète. Nous avous aperçu de

M. Marchai un Retour de bal masqué, rempli de sentir

ment. Oh! oui, faites place à ces bonnes sœurs qui d6a

l'aube sortent du temple et viennent de racheter vos.pé«^

chés!... Cela vous honore, beaux débaudhés, et je sans

votre cœur battre sous votre masque. Amuse^vous, puist*

que vous croyez, et le ciel vous pardoimera. Vous avea

eu ime bonne pensée, M. Marchai, et votre œuvre rmr

ferme d'excellentes qualités. Que disais-je au comm^iciftr

ment? Que pour bien pein(lre il fallait savoir impreission-

ner... M. Marchai nous, le prouve, puisqu'il nou&attôu*

drit. M. Jonrdan a exposé le Message, et M. Biard, qui a ramiassé le défi qu'on lui avait fait en 1846, à propos d'une Lecture au Théâtre-Français, par M. Heinij a peint une soirée chez M- de Niewerkerque. — Avaitr-il compris que c'était une parodie qu'on voulait?... Le public juga*a.

N'oublions pas le quart d'heure de Rabelais, par M. H. Vetter, c'est un peintre qui est à l'apogée de son talent et qui n'ira pas plus loin. Si le talent de M. Vetter est tel qu'il doit rester, nous ne l'en aimons pas moins. Molière chez le barbier aura pour pendant le Quart d'heure de Rabelais, et tous les amateurs de belles gravures et de compositions spirituelles en seront ravis. Le défaut le plus capital de ce peintre, à mon avis, est sa trop grande habileté. Il est vraiment impossible de trouver à redire ni dans son dessin, ni dans ses ajustements, ni dans l'ordonnance générale de la scène. Cependant le sourire de Rabelais est peut-être trivial quoique rempli d'agrément ; et ce qui nous entraîne, en ne devant être qu'un accessoire, c'est justement cette perfection matérielle qu'on devrait oublier. — L'ensemble est si parfait qu'on oublie la scène ; le sujet n'occupe plus, mais l'habileté étonne. M. Vetter est un peintre consommé qui ne donne pas assez de liberté à son imagination! Son exécution est ferme et même un peu sèche, et sa couleur harmonieuse quoique noire. M. Vetter serait M. Meissonnier s'il ne s'agissait que de science pour être un grand peintre; mais il ne sait pas assez que la véritable éloquence est celle qui s'oublie.

M. Léman, qui a exposé un des plus beaux portraits du Salon, — celui de mademoiselle Verviers, artiste drama-

tique que tout Paris voudra voir et qui, dit-on, est engagée au Théâtre-Français pendant l'absence de mademoiselle Rachel, qu'elle pourrait bien faire oublier, — est un peintre de franche allure. Son Duel de Coligny et de Guise est empreint d'ime énergie sauvage. Il y a bien un peu d'exagération dans les mouvements ; mais allez demander de la sagesse à des fous ! ... et un duel ne me parait pas une action des plus sages. — Des qiiatre tableaux de M. Caraud, nous préférons la Leçon de danse. La charmante fille, et qu'on lui servirait de maître! Son abandon désarmerait tout autre qu'un professeur barbu et bourru, et on lui apprendrait plus volontiers l'art d'aimer. — M. Schlesinger, avec sa' réputation et ses cinq tableaux, nous plaît moins que M. Caraud; c'est plus habilement peint, mais il lui manque ce je ne sais quoi que l'on trouve dans l'autre. M. C. Nanteuil, notre délicieux lithographe, est aussi un excellent peintre ; il nous en donne la preuve dans les Souvenirs dupasse. M. Besson se contente de remettre à neuf son Boucher et son Lantara, et ne s'occupe pas de savoir si l'art a pour but ceci ou cela. Tous ses tableaux s'entrevalent et on les trouvent fort joUs. Que demander de plus? Rien, puisque M. Besson s'en contente.

Après la grande pièce nous avons joué les petites. De M» Meissonnier vous avez eu la monnaie : vous dire que vous pourriez, avec les pièces de cent sous, recomposer le lingot... je ne le crois pas. Mais, à défaut de l'un, on se contente des autres.

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