LE SALON HE
se répéter en parlant de ses tableaux, comme il se répète lui-même.
L'Intérieur d'une garenne et le Pont rompu de M. Desjobert, finement touchés, bien aérés et d'un exquis sentiment delà nature, accusent les progrès faits par ce peintre, qui est incontestablement un de nos luminaristes les plus distingués. M. Lambinet s'empâte peut-être un peu trop maintenant; il faut un certain objectif pour trouver l'effet réel de ses toiles; celle que nous préférons est : Au mois de nvii. M. Théodore Rousseau reste très-maître de sa manière; il joue en professeur de la lumière avec les difficultés du soleil; sa Matinée orageuse et sa Prairie boisée au soleil couchant indiquent qu'il n'a rien perdu de sa force; mais son Hameau dans le Cantal, crépuscule, laisse loin derrière lui ses autres tableaux de cette année. C'est un prodige d'exécution et de hardiesse. Tous les premiers plans déjà envahis par la nuit sont dans l'ombre, ombre profonde, mais assez transparente cependant pour laisser distinguer des terrains rugueux et quelques masures dont les cheminées soufflent un mince filet de fumée
bleue; au-dessus s'étend une bande de ciel verclatre, pommelé de nuages rouges encore colorés par le soleil déjà disparu. Nous avons lous vu, à la campagne, des effets semblables ; mais je doutais qu'il se trouvât un homme assez sûr de lui pour oser les transporter sur la toile. Décidément certains artistes sérieux sont pareils à ce fameux Gusman qui ne connaissait pas d'obstacle.
Si M. Rousseau connaît les mystères du crépuscule, M. Francis Blin n'ignore pas les flnesses de l'aube; sa Vue prise en Sologne est trèsremarquable et d'une étendue peu ordinaire ; c'est vaporeux, nacré et d'un sentiment profond de vérité. Les paysages de M. Lafage, une Plaine^ Pacage limowin, lion] de F eau, sont peut-être encore un peu lourds de tons ; mais ils ont un grand charme, de vastes horizons et des lignes plaisantes; ils sont d'une tristesse attrayante, qui est comme une rêverie de la nature. Le Soleil couchant, une Crue en décembre, de M. Lavieille, est bien papillotant et n'a pas, il me semble, cette calme sérénité que nous aimions en lui. Nous en dirons autant à M. Ziem,