‹ Le Salon de 1857Chapitre 11 sur 26 · PAYSAGES. - MARINES · texte numérisé non relu

PAYSAGES. - MARINES

Si la France n'avait ancun peintre d'histoire qu'elle pût opposer à MM. Kaulbaeh et Owerbeck ; si nos peintres de genre luttaient avec peine contre ceux de l'Angleterre et de la Belgique, il est juste de convenir que nul, au delà d'aucune frontière, ne nous disputait notre supériorité dans le paysage ; or il nous arrive cette année, de pays étranger, un débutant qui nous menace, et pourrait finir par nous vaincre, si nous n'y prenons garde. M. Xavier de Cock est un Belge, et il s'annonce d'emblée comme un maître futur, lia évidemment profité des grands efforts accomplis par M. Troyon ; il n'a pas encorda largeur et l'ampleur de l'artiste français

il n'a pas son expérience, cela se voit; mais la qualité de sa couleur a quelque chose de plus rare et de plus fin ; ses horizons ont des lointains plus harmonieux, et je vois une sève humide et puissante qui monte, comme une vie profonde, dans l'herbe de ses prairies. La structure de ses animaux laisse encore à désirer, leur dessin a des incorrections et leurs têtes sont généralement lourdes; mais du moins leur attitude est parfaite, et c'est bien là cette mélancolie, j'allais dire cette pensée, qui sort de leurs yeux noirs lorsqu'ils vous considèrent de leur regard contemplatif et rêveur. Les trois tableaux : Vaches dans une prairie, Vaches traversant des prairies, Vaches à l'abreuvoir, indiquent un talent élevé, un amour sincère de la nature et une science peu commune de la lumière ; quelques tons variés, habilement distribués ça et là, feront fuir les terrains et donneront à leur perspective plus d'étendue; le dessin se rectifiera par l'étude et l'observation, la prédisposition à abuser des glacis fera place à une facture plus serrée, et alors l'art comptera un solide champion de plus. Contrairement à la

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plupart des paysagistes, M. Xavier de Cock traite bien la ligure ; dans ses Vaches dans une prairie, il y a un groupe d'enfants, et surtout une jeune fille blonde couchée sur le dos, que nul peintre de genre ne renierait. Soldat inconnu hier, M. Xavier de Cock est à cette heure un capitaine; lesgrosses épaulettes sont réservéesà ceux qui gavent les gagner; à bon entendeur, salut ! Les tableaux que M. Daubigny expose sont, de lui, les meilleurs que nous ayons encore vus ; ils sont suffisamment peints, toujours un peu légèrement peut-être, mais du moins ce ne sont plus des esquisses comme ce que nous avions regardé aux dernières expositions, M. Daubigny est, avant tout, un peintre de sentiment. Il excelle à rendre son impression, et a la communiquer au spectateur; le jour où son faire sera un peu plus vigoureux, il sera un artiste tout à fait hors ligne. Son Printemps sent les foins verts et la fleur des pommiers ; les insectes fraîchement éclos se glissent sous les herbes ; au milieu des arbres, les oiseaux s'appellent; de sua\cs parfums émanent de la terre humide ; on respire près de ce tableau. La Vallée d'Opteroz est, de

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toutes les toiles de M. Daubiguy, celle qui nous attire le plus. C'est la nature avec sa grandiose simplicité et sa force invincible ; quelques monticules au loin, un large ruisseau d'où émerge la blanche tète des nénufars et que verdit la tige flexible des roseaux et des glaïeuls. C'est fort beau, avec des plans dégradés par un art infini. Je ne vois guère dans quelle collection un semblable tableau serait déplace.

Sous le titre de : ime Belle Jownée (lliicer, M. Français vient d'accomplir un tour de force, presque un chef-d'œuvre, dont le dessin est d'une magistrale pureté. La terre est blanche de neige et le soleil reluit; il fait froid, il gèle, et cependant, sous la lumière plutôt que sous la chaleur, la neige commence à fondre dans la prairie en découvrant de larges plaques d'herbes vertes et vivantes. Au loin, on aperçoit un coteau où des pommiers dépouillés de feuilles allongent leurs ombres bleuâtres sur les blancheurs qui les environnent. Au premier plan, des saules courbent leurs baguettes flexibles; l'horizon clair se perd sous le ciel d'un bleu grisa lie si vrai, qu'il vous fait frissonner. Les

difficultés que M. Français a du vaincre pour arriver à un si précieux résultat sont incalculables. C'est très-franc d'allure et n'a rien de commun avec ces effets de neige à la Malebranche, qui sont restés comme un des plus singuliers souvenirs de notre enfance. La touche largement ferme de M. Français donne à la facture de cette toile un mérite de plus et la classe au premier rang des paysages de ce Salon. En regard, et comme en opposition, il a exposé un Souvenir de la tiallèe de Monlmomicil, qui est un écrin plein d'émeraudes et de saphirs ouvert au soleil.

M. Français sait varier ses effets, il ne recommence pas toujours le même tableau ; il a compris que la nature avait des aspects multiples qu'un peintre doit apercevoir, étudier et rendre s'il veut que l'on compte avec lui; l'exemple qu'il donne de\rait bien servira M. Anastasi, qui, sous prétexte de Meuse, de Sprée, de Hollande et de soleil couchant ou couché, refait toujours la même toile depuis plusieurs années, sauf un Malin ni <>U>. qui est d'un gris de souris assez plaisant. On ne peut que

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