‹ Le Salon de 1857: peinture, sculptureChapitre 2 sur 8 · HC · texte numérisé non relu

HC

LE SALON DE iSST

pression et qui mérite des éloges, ainsi, du reste, qu'une bonne statuette en bronze de Mirabeau.

La petite statue en marbre de M. Protheau représentant une Nourrice indienne^ me paraît une des sculptures les plus expressives, les plus fines et les mieux réussies du Salon. Le profil de la jeune femme est ravissant. La pose, toute prétentieuse qu'elle pouvait être, reste dans d'excellentes limites de gracieuse vérité; les têtes sont finies comme des camées, sans être dures ni sèches ; le contour est élégant, sans mollesse et d'une extrême suavité. C'est un bijou délicieux.

Parmi les bustes nous citerons, comme bonne réminiscence de l'antique, la Nymphe Aréthuse^ la Chrysoihémis de Sophocle et la Médée d'Euripide, par M. Cailloué. Les trois têtes des déesses (ce que les poètes ont créé s'élève au rang des dieux) ont une parfaite distinction et une finesse d'exécution qu'il faut remarquer. Continuant la vraie tradition, sans se préoccuper des détours dangereux que les académiciens modernes ont voulu lui faire faire, M. Caillotfé n'a

pas hésité à donner à ses bustes des veux d'argent émaillés de noir. La plupart des trustes et des statues en bronze que Tantiquité nous a légués lui donnent raison; cela apporte, du reste, aux physionomies une expression plus saisissante et plus vraie.

I^es bustes algériens de M. Gordier (Arabes^ Moresques, Kabyles, etc.) sont curieux, surtout an point de vue ethnographique ; sous le rapport de Tart, Temploi simultané des différentes matières, telles que le bronze, le marbre, Talbâtre, l'onyx, les rend importants ; mais, selon nous, ils sont loin de valoir, comme intérêt et comme exécution, celle Nubienne que nous avons été heureux de signaler en 1852.

M. Blavier rompt avec toutes les traditions, et il fait bien ; il s'éloigne de l'antiquité et de la renaissance. S'il a quelques affinités, c'est avec les maîtres du dix-huitième siècle, avec ceux qui nous ont laissé ces merveilleux portraits en marbre qu'on ne se lasse jamais d'admirer. Peut-être voit-on trop, dans sa manière, le travail de la mèche^ mais ce défaut sans valeur est rachelé par tant d'originalité, par une telle

■*«**— «1— i Ml K — — ^

ampleur, par tant de vie dans les personnages et par une telle hardiesse dans la composition (car on peut composer un baste tout aussi bien qu'un groupe), qu'on l'oublie vite pour applaudir à de si vaillants efforts couronnés d'un sérieux succès. Les bustes sont à mi-corps à peu près, montrant les bras et les mains, dégageant le cou et dessinant le torse, parfaitement agencé avec les vêtements, robes, mantelets et autres étoffes qui servent de motifs à des draperies bien traitées. Ces simples portraits valent plus d'une statue et afOrment un très-grand talent. Parmi les animaliers Aq la sculpture, nous citerons M. Mène, qui a de jolis bronzes et des cire habilement maniés; M. Gain, dontr.4/flf/r ckqssant un vautour est un beau combat ailé qui devrait prendre place au Muséum d'histoire naturelle : M. Jacquemart, qui a modelé d'un doigt ferme et hardi un Lion, celui même du jardin des Plantes, tenant un chien endormi entre ses pattes, et b&illanl de cet ennui formidable et majestueux qui semble une nostalgie du désert et du soleil. En finissant, nous rappellerons que M. Eugène Gonon expose vaine-

(li LE SAlÔN DE 1857

ment chaque année des chefs-d'œuvre de fonte; son Rossignol pris au lacets son Pinson morU son Rossignol pris au piége^ en dehors du mérite de la sculpture, sont des merveilles d'exécution. M. Gonon, auquel on doit le Lion au serpent de M. Barye, connaît seul aujourd'hui le procédé de fonte à cire perdue des anciens et des frères Keller. Est-ce qu'on ne fera jamais rien pour cet homme de persévérance et de talent?

Notre tâche est terminée. Avons-nous été sincère? oui, mais avec indulgence; quand le niveau est à peu près égal, il est indifférent de louer ou de blâmer ; en nous montrant sévère ou seulement strictement juste, nous aurions craint de nuire au petit commerce de toiles peintes qui se fait pendant l'exposition, et qui, cette année, a déjà procuré, dit-on, de beaux bénéfices, trop beaux même, je le crains, car ils me paraissent de nature à illusionner les peintres sur leur propre valeur. Cependant, une exhibition qui promet MM. Baudry, de Cock et Brendel ,

qui élève M. Matout, qui confirme MM. Jadin, Français et Fromentin, qui grandit M. François Millet, M. Belly et M. Daubigny, contient des enseifîinements dont les chercheurs sauront sans doute profiter. Mais est-ce suffisant? non. Pour bien juger des choses, il faut parfois résumer son opinion en supposant un malheur : le feu détruirait de fond en comble le Salon de 1857, serait-ce une perte pour l'art? non. 11 n'y existe pas un objet dont l'équivalent ne soit facile. En somme, cette exposition dénonce une adresse matérielle extraordinaire et très-répandue; c'est bon signe, car maintenant que chacun sait son métier, nous espérons qu'on va se mettre à faire de l'art.

Page 1