‹ Le Salon de 1859 Maxime Du CampChapitre 17 sur 23 · LE SALON DH · texte numérisé non relu

LE SALON DH

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ces bandits qui ont trop fait parler d’eux dernièrement, sous le nom de baclii-bouzoucks, est réunie, fumant la pipe, jouant aux échecs, buvant l’araki et le café. Dans un coin, quelques pauvres filles de fellah, conduites dans ce bouge avec leur père, vieux besacier résigné à tout, sont accroupies contre la muraille et s’effrayent aux regards que les Arnaules jettent* ur elles; dans l’autre coin, des jeunes gens à longs cheveux, vêtus avec une recherche voyante, aux lèvres sensuelles, échappés de Gomorrhe, fardés comme des filles, faibles, lâches et prévaricateurs, versent le café à ces honteux soldats, qui parfois s'éloignent avec eux, comme nous le voyons, par l’escalier qu’on aperçoit au fond. Ce dessin est simple- t

ment un chef-d’œuvre de coloris, de ligne et de lumière, et je n’y trouve à reprendre qu’un Anatoliote en veste brodée, appuyé contre une des colonnes et vu de dos; je trouve cette figure trop académique pour être tout à fait vraie, non pas dans son type, qui est très-exact, mais dans sa pose que je trouve forcée et voulue. Pour ceux qui savent regarder et réfléchir, tout l’Orient est là avec le secret de son affaiblissement et de sa démoralisation. Au-dessus

des races natives et légitimes propriétaires du sol de leur patrie, il y a le Turc, l'Arnaute, c’est-à-dire la débauche, le vol, la violence; par lui et pour lui, la femme et l’enfant sont abjects; il ne demande pas, il prend, et quand on lui refuse, il tue. Qui l’en empêcherait? Il est le plus fort, il est le maître, il possède par le droit de la main droite, de la main qui porte le glaive ; il a conquis, et c’est par pur effet de son bon cœur que tous ces vaincus ne sont pas réduits en esclavage et vendus comme des bêtes de somme ou des nègres du Soudan. M. Bida a parfaitement résumé, dans son dessin, la situation actuelle et intolérable de l’empire ottoman • la force brutale entre deux abjections, entre deux débauches. À quand la liquidation?

lin 1857, nous avons loué comme il convenait le Mur du temple de Salomon , par M. Bida; une fort belle gravure en a été faite par M. l’ollet, un maître du burin, et est exposée cette année. Elle est d’un très-puissant caractère et reproduit, en les faisant valoir encore, tous les détails de l’œuvre de M. Bida. M. Pollet expose aussi plusieurs aquarelles qui indiquent dans leur auteur un homme nourri aux fortes

éludes artistiques et pour qui nulle difficulté ne peut plus exister; le n° *2487 est particulièrement beau et traité avec une maestria hors ligne.

Je ne puis m’empêcher de rire un peu dans ma barbe lorsque je pense à l’Académie des beaux-arts et aux tristes réflexions qu’elle doit faire, aux lamentations qu’elle doit tirer de sa vieille poitrine, en voyant les écarts auxquels se livre M. Chifflart, un de ses lauréats. Quoi, ces poules ont couvé ce canard ! quoi , il a eu le grand premier prix d’histoire, et il fait du paysage; quoi, il a passé cinq ans à Rome, étudiant les maîtres classiques, et le voilà qui monte avec Faust et Mépliisto sur le Blocksberg, à travers les épouvantements du vvalpurgisnactstraum? cela est inconcevable et blesse tous les canons ! Que vont en dire les filles de mémoire et Apollon, le dieu qui porte l’arc d’argent? de quels exorcismes ne va-t-on pas accabler ce possédé? Vade rétro , Salarias! Chifflart , vade rétro! c’est M. Picot qui tiendra le goupillon et M. Abel dePujol qui prononcera la formule. Hélas! il n’y a plus d’enfants. Goethe est un grand misérable de conduire ainsi à mal les jeunes gens honnêtes et modérés. Passons! ce ne sont pas là nos

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