‹ Le Salon de 1859 Maxime Du CampChapitre 18 sur 23 · LE SALON DE 18λ‘J · texte numérisé non relu

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affaires! Qu’il nous suffise d’avoir dit que ces dessins, Faust au sabbat , Faust au combat, sont d’un effet très-cherché, un peu mous de facture, et que dans le second nous avons remarqué un Méphistophélès d’un beau caractère.

Nous ajouterons cependant que M. Chifflart est un des artistes vers l’avenir duquel nous regardons avec le [dus de confiance ; contrairement à la plupart des prix de Rome qui perdent vite à la villa Médicis les qualités d’invention dont ils étaient doués, il a conservé une imagination exubérante qui l’entraîne un peu loin aujourd’hui, mais que l’âge et l’expérience régleront facilement de façon à en faire une force sérieuse sur laquelle le peintre pourra s’appuyer. Les photographies, d’après les desseins de M. Chifflart, abondent chez les marchands, et elles font reconnaître une merveilleuse aptitude de composition et d’arrangement ; s’il y a trop de fougue encore, ne nous en plaignons pas, c’est un de ces beaux défauts qui ne s’en vont que trop vile avec la jeunesse; dans ce temps de pénurie artistique où nous sommes condamnés à vivre, de pareils efforts, même lorsqu’ils sont trop violents, font plaisir à voir, car ils font es-

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pérer qu’on va enfin trouver un homme capable de décorer nos grands monuments publics, abandonnés jusqu’à présent à des peintres de boudoirs; nous remettons à une exposition prochaine notre jugement sur la façon de peindre de M. Chifflart ; il nous est difficile de l’apprécier définitivement aujourd’hui d’après le Passage des Moutons dans les environs de Tivoli, où nous remarquerons cependant une certaine sauvagerie qui peut-être sera bientôt une louable et solide vigueur.

Le Meneu de loups , par M. Maurice Sarid, est un de ces jolis et ingénieux dessins au crayon noir sur papier bleu qui déjà eurent un légitime succès au salon de 1857. A travers les grands nuages sombres qui zèbrent le ciel, la lune nous apparaît au-dessus de quelques roches qui ressemblent bien à des men-hirs et à des dolmens. La campagne est nue ; à peine aperçoiton quelques bouquets d’arbres dans le lointain ; le sorcier est sorti de sa chaumière, jouant du biniou à toute poitrine, et voilà que de tous côtés les loups accourent, hurlant d’aise, brillant, d,ans leurs yeux, d’une lueur allumée au feu d’enfer, frétillant de la queue, dressant l’oreille et faisant cortège au terribfe

Meneu. C’esl d’un crayon fort habile, d’un effet trèsvif et d’un fantastique simple parfaitement réussi.

Les aquarelles de M. Hildebrandt sont plus nombreuses que bonnes, quoique faciles. Nous en avons aperçu quelques-unes qui sont lestement et habilement traitées. L 'Alfred de Musset, mis en peinture par M. Eugène Lami , n’est pas heureux; c’était bon à garder en album et non pas à montrer au public, qui a une tout autre et plus juste idée du chantre de Rolla. Le vrai maître de l’aquarelle est, cette année, M. Pils. L’Ecole à feu , à Vincennes, est enlevée avec une sûreté de main, dessinée avec une justesse et lavée avec une habileté peu communes; mais pourquoi avoir gouaché les guêtres, les buffleteries et même des croupes de chevaux? les blancs ménagés sont toujours bien plus doux et bien plus harmonieux.

Les portraits au crayon noir et de grandeur naturelle, par M. Amaury-Duval, sont très-beaux et d’une largeur que cet artiste n’avait pas encore atteinte ; nous signalerons surtout le n° 38 et le portrait d’Alphonse Karr, ce Dioclétien de la littérature. La Prière, par M ,ne Becq de Fouquières est un excellent pastel,

fait par une main habile, bien composé , solidement traité et d’un charme très-réol. Nous citerons aussi les miniatures de M me Leliaut qui sont hardiment peintes, et celles de M lle Morin qui sont remarquables, quoique un peu froides.

M. MarcBaud reste décidément le maître émailleur par excellence ; son Agar, d’après le Dominiquin, est un émail plat d’une rare importance; c’est chaud et vrai de couleur comme le tableau lui-même vu par le petit bout de la lorgnette ; mais quelle étrange idée ce Zampieri se faisait du désert! Je vivrais volontiers dans celui qu’il nous montre si j’aimais l’ombre et la fraîcheur des grands arbres! Le cadre même de cet émail est fort beau et fait en imitation de ces splendides émaux de Limoges, dont le secret semblait perdu; les ornements en sont composés avec un grand soin et s’agencent d’une belle manière avec les figures sveltes, élégantes et fines qui en sont le motif principal. La Vénus, d’après M. Gleyre, est aussi une pièce de premier ordre; je vois avec plaisir qu’elle appartient à la manufacture de Sèvres ; les établissements nationaux, soutenus par le budget, s’honorent et prouvent l’intelligence de leur direc-

tion en s’attachant et en retenant auprès d’eux des artistes aussi précieux que M. Marc Baud.

En lithographie, nous signalerons la Garde de nuit , d’après Rembrandt, un merveilleux chef-d’œuvre admirablement traduit par le puissant crayon de M. Mouilleron, et deux dessins du Samson de M. Decamps, Samson tournant la meule et la Mort de Samson, qu’on ne saurait trop applaudir M. Leroux d’avoir si parfaitement transportés sur pierre.

La Dispute du saint sacrement d’après Raphaël est incontestablement la plus belle gravure de l’exposition ; elle est de M. Joseph Relier, un Allemand que nous connaissions déjà à Paris; le travail du burin est d’une extrême pureté, et il fait ressortir tout ce que celte fresque a de grandiose et de magnifique. C’est l’essai le plus important de gravure qu’on ait fait depuis bien des années, et il prouve heureusement que cet art si précieux et si difficile a encore de sérieux adeptes.

M. Alphonse Leroy expose l’admirable collection de fac-similé d’après les dessins originaux des maîtres qu’il est en train de publier. Le plus grand éloge que nous en puissions faire, c’est de dire que l’œil

hésite à reconnaître le fac-similé de l’original, et nous croyons indiquer suffisamment l’importance de cette publication, et les soins et le talent qu’elle a dû exiger, en donnant ici la liste des gravures déjà parues et exposées aujourd’hui :

Sujet mythologique, d’après le dessin du Corrége do la collection du musée du Louvre.

Tête d'homme, d’après le dessin de Léonard de Vinci ; collection du musée du Louvre.

Judith, d’après le dessin de Mantegna ; collection de M. Gatleaux.

Étude pour une sibylle, d’après le dessin de Michel- Ange; collection du musée du Louvre.

Tète d’homme, d’après le dessin de Rembrandt; collection deM. Norblin.

Élude d’enfant, d’après le dessin de Léonard de Vinci ; collection de M. Desperet.

Composition pour la Dispute du saint sacrement, d’après le dessin deRaphaël; collection de M. F. Ueiset.

Étude pour le Festin des dieux, d’après le dessin de Raphaël; collection de M. F. Reiset.’

Enlèvement de Proserpine, d’après le dessin de Jules Romain; collection de M. Dis de La Salie.

Élude d’ange pour la fresque des Sibylles, d’après le dessin de Raphaël; collection de M. F. Reiset.

L’Exlrême-Onction, d’après le dessin du Poussin; collection du musée du Louvre.

Femme poursuivit* par un satyre, d’après le dessin de P. Véronèse; collection de M. Ilis de La Salle.

Tète de femme, d’après le dessin d’Andrea del Sarlo; collection deM. Ilis de La Salle.

Sainte famille, d’après le dessin de Paul Véronèse; collection du musée du Louvre.

Tête de jeune homme, d’après le dessin du Corrége; collection du musée du Louvre.

Étude d’ange, d’après le dessin du Pérugin; collection de M. Ilis de La Salle.

Vierge sur un trône, d’après le dessin de Fra Bar tolomeo; collection de M. Ilis de La Salle.

Étude pour un Christ, d’après le dessin de Andrea del Sarto; collection du musée du Louvre.

La Prudence, d’après le dessin de Michel-Ange ; collection de M. F. Reiset.

Paysage,' d’après le dessin de Claude Lorrain ; collection de M. Desperel.

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