‹ Le Salon de 1861Chapitre 7 sur 10 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

Le centre du jardin réservé à Texposition de la sculpture est occupé tout entier par un grand monument d'exportation, en bronze, destiné au Brésil ; c'est un hommage rendu à Dom Pedro !•', qui fonda l'indépendance brésilienne. Dom Pedro est sur un cheval fougueux, placé en haut d'un énorme piédestal ; il porte un costume tapageur; on a quelque peine à découvrir son visage sous l'immense chapeau à cornes dont il est coiffé ; à la main il tient un papier qti doit être l'acte d'indépendance, et semble le montrer avec

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orgueil. C'est d'une pose peut-être un peu prétentieuse, mais qui ne déplaira pas à Rio-Janeiro. Marochetli reste encore le maître des statues équestres; parmi toutes celles que le siècle a produites, le Phili" berhEmmanuel est la seule qui soit vraiment remarquable. Celle de Dom Pedro est de M. Rochet; aux quatre milieux du piédestal carré, il a symbolisé un des grands fleuves de l'Amérique méridionale, par des indigènes d'abord, et ensuite par des animaux particuliers aux contrées que traversent ces rivières : pour le Rio-Parana ,il a mis une autruche, un tapir, un phénicoptère ; pour le Rio-Madeira, une spatule, une tortue ; pour le fleuve des Amazones, un caïman, un perroquet, un jaguar ; pour le Rio-San*Francisco, un castor et un tamanoir que les naturels du pays réussissent à appeler ouatiriouaou. En somme, ce monument ne manque pas de tournure ; sur une place publique, il perdra ce que ses dimensions ont de trop colossal pour nous. Il est difficile de parler de la statue principale qu'on voit de trop loin pour la bien juger ; dans la situation actuelle de cette énorme machine, certains détails échappent et l'ensemble éctase ; les types des

Peaux-Houges m'ont paru exactement reproduits; c'est une œuvre considérable par le travail qu'elle a dû exiger, et qui me parait très*bien appropriée à sa future destination.

M. Frémiet expose aujourd'hui un groupe en plâtre très*remarquable qui mérite les honneurs du bronze ou du marbre ; c'est à deux vers d'Ovide qu'il en a emprunté le sujet :

... Tereaque hasmoniis qui prensos mODtibus ursos, Ferre domum YiTOs indigaantesque soiebat.

Malgré un parallélisme regrettable qui place sur le même plan et à la même hauteur une jambe du centaure et les deux pattes de devant de l'ours, nous ne pouvons que louer cette composition qui est très-ingénieuse et fort spirituelle. Térée a pris aux oreilles et au cou un ours qui se débat comme un beau diable, grçgne, s'est redressé, et lutte de toutes ses forces. Le torse légèrement renversé en arrière, le centaure regarde en souriant malignement les efforts de l'animal captif, et semble lui dire dans sa barbe: Tu as beau

regimber, je ne t'en emporterai pas moins vivant à la maison. L*ours est fait comme M. Frémiet sait faire les animaux, avec une vérité extrême qui n*a pas, il faut Favouer, Ténergie extraordinaire de M. Barye, mais qui, cependant, suffit à attester un talent sérieux. Toute la partie humaine du centaure est très-bien traitée, le modelé est bon, le visage est d'une gouaillerie charmante ; la croupe chevaline est fort belle, et M. Frémiet s'est tiré avec une grande habileté des difficultés qu'offre toujours l'agencement d'un monstre mi-partie; c'est de h borme sculpture.

Le Spartacus noir de M. Lebœuf est une bonne anatomie, mouvementée avec soin, d'une expression féroce parfaitement justifiée, et modelé par un homme qui sait son métier ; la statue a grande tournure, elle a du reste l'avantage d'être autre chose que ces imitations grecques et romaines qui foisonnent à toutes nos expositions, et qui sembleraient faire croire que, pour les ouvriers de la terre glaise, l'humanité moderne est incompatible avec la sculpture. Si M. Lebœuf exécute

son nègre efl marbre, je l'engage à lui mettre à la main droite autre chose que l'outil trop technique que

j'y vois aujourd'hui. Il me semble que la première arme que saisit le noir révolté doit être un gourdin. Pour ces hommes, qui n'ont point encore commencé leur Genèse, l'arme naturelle est l'arme du premier

insurgé, le bâton de Gain. M.Lebœuf ne doit pas oublier que la sculpture est pour ainsi dire un art abstrait, et qu'elle comporte peu le détail; c'est pourquoi il fera bien de modifier le glaive de son nègre ou, tout au moins, d'en supprimer ces dents de scie qui font une ligne indéfiniment et régulièrement brisée très-désagréable à l'œil. Le torse m'a paru aussi un peu trop long, mais cela est sans doute intentionnel, et donne plus d'élégance à l'ensemble- de la

figure.

Nyssia au bain, de M. Aizelin, est une très-gracieuse jeune femme qui descend vers la piscine avec un mouvement d'hésitation très-bien exprimé, comme si elle tâtait Teau de son pied nu; toute cette figure voilée à l'exception de la tète et des pieds, est d'une chasteté d'attitude qui convient bien à la femme du roiCandaule. Le travail du ciseau est habile; malheureusement le marbre est déparé par une veine bleue

désagréable, mais ceci n*est point Taffaire de Tartiste qui ne mérite que des éloges.

M. Schoenewerk » sous le titre de : Au bord d'un ruiaeau^ expose une agréable statue, un peu molle de contour; on dirait que le biscuit du Bernin, dont abusent généralement les praticiens d'Italie, a trop poncé son marbre, et par conséquent lui a donné plus de mollesse qu*il ne faudrait ; le même défaut d'exécution se retrouve aussi dans les bustes du même auteur. Son jeune pêcheur j qui n'est autre que Téternel sujet de Tenfant k la tortue, traité encore une fois avec quelques modifications, est une étude très-consciencieusement faite, habilement modelée, montrant un jeune visage très-bien réussi; mais il faut avouer que, vue de dos, elle semble attendre la visite de M. Fleurant.

La statue de M. Varnier ne m'a point rappelé l'ilgrippina major qui est au Capitule, mais on peut dire. que c'est une œuvre importante et un effort sérieux dans la sculpture moderne; il est extrêmement regrettable que l'on n'ait point cette habitude de faire faire sa statue comme on a celle de faire faire son portrait.

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Je sais bien qu'on a toujours quelque part un panneau pour y accrocher un cadre, et qu'une statue est par fois un meuble encombrant ; mais il y a des gens qui ont de grandes fortunes, de vastes maisons et des

châteaux , pourquoi ne sont-ils jamais tentés de cette

fantaisie superbe, de se faire tailler en marbre par

un artiste de talent? La statue qui nous occupe

n'est qu'un portait, mais je la trouve très -supérieure

à .toutes les Amarillys et à toutes les Leucothoés que

l'on nous montre habituellement. Une jeune fille,

presque une jeune femme, assise, dans une simple

robe de soie montante, coiffée comme elle devait se

coiffer tous les jours, dans une pose très-simple et

très-naturelle , le visage légèrement tourné à droite,

lient un livre de piété à la main, V Imitation de Jésus- Christy sans doute, et semble rêver à ce qu'elle vient

délire. Le livret dit: Portrait de feu 3/**« L, S, Est-ce

l'effet de cette simple indication ? est-ce ce je ne sais

quoi de douloureux qui vous saisit en voyant l'image

d'une femme jeune et charmante et qui n'est plus?

Je l'ignore, mais je me sens attendri en regardant

. cette statue ; n'est-ce pas plutôt à l'artiste que je

dois cette émotion ! 11 me semble qu'il a su mettre dans cette figure une douceur incomparable, une chasteté profonde et quelque chose de résigné qui indique les âmes d*élite. Suis-je dupe de moi-même? cela est possible. J*ignore quel fut le modèle, je ne connais point Tauteur ; mais, involontairement, toutes les fois que j'ai mis le pied à TExposition, j'ai été tourner autour de cette statue.

Le Marins de M. Villain a une bonne attitude qui sort un peu des poses ordinaires de la sculpture. Le glaive tenu à la main et le casque placé par terre étaient bien inutiles, cela n'ajoute rien au sujet, et pratiquement, ça ne sert ni de support, ni de tenon ; le Costume est léger, mais cela est admis en statuaire, et du reste, il devait faire très-chaud à Carthage. La tète m'a paru un peu plus forte qu'il ne faudrait pour être en parfaite harmonie avec l'anatomie générale, qui est excellente; la musculature fatiguée, amollie par l'âge, est rendue avec un grand soin ; cela ne vaut pas le Philopœmen de David d'Angers, mais c'est une fort bonne statue qui mérite sa place dans un de nos jardifls publics.

Je ne ferai pas compliment à M. Feugères des Forts de sa Sainte Magdeleine; il a emprunté le sujet au Père Ventura : « Elle prend un vase d'albâtre rempli d'une liqueur exquise, et, le front humilié, les yeux baissés... elle va à la maison de Simon. » Il est possible que celte source soit bonne, mais j'en connais une meilleure, c'est l'Évangile. Saint Matthieu ne fait point de rhétorique comme le père Ventura et ne parle pas de liqueur exquise, mais il aurait certainement mieux conseillé l'artiste, qui semble s'être ingénié à donner à sa Magdeleine une expression absolument contraire au texte qu'il cite. Elle a les yeux baissés, j'en conviens, mais elle a un air boudeur incompatible avec le sujet; et puis d'où vient cette fantaisie singulière d'avoir renfermé « la liqueur exquise » dans un vase de forme étrusque ? Ça n'est pas heureux. Une négresse^ buste en bronze, est loin de valoir la Capresse de M. Cordier. Là, du moins, le sujet est traité à fond par un ébauchoir qui pousse l'adresse aussi loin que possible, et cependant cette Capresse ne vautpasla Nubienne que M. Cordier a exposée en 1852, et qui, jusqu'à nouvel

ordre, reste son œuvre la meilleure.

Le Virgile de M. Thomas est à peu près le travail le plus remarquable de Texposition de sculpture ; c'est une statue sobre, faite par un homme qui a évidemment vécu dans la familiarité des antiques, et cependant Ton ne peut pas dire que ce soit une réminiscence ; elle a son originalité, son cachet personnel. Le masque de Virgile prête peu à la statuaire; cette face tranquille, contemplative, malingre, n'a rien d'épique, ni de poétique; nous pourrions reprocher, avec justesse, à M. Thomas d'avoir exagéré encore cette expression et de l'avoir rendue un peu trop pleurarde. Le poète est debout, tout enveloppé dans sa toge ; il tient ses tablettes à la main; près de lui, je vois une gerbe de blé, des pipeaux, une glaive, c'est-à-dire les Géorgi-

queSf les Bucoliques et Y Enéide. Aucun détail inutile, tout concourt au sujet ; la draperie même, malgré ses plis trop nombreux peut-être, n'arrête pas l'œil et ne nuit pas à Tensemble; la pose est très-habile, car si le poète est debout^ comme je l'ai dit, la statue n'est pas droite. Elle est Infléchie aux genoux, un peu courbée aux épaules et cela fait une ligne onduleuse qui eM à la fois pleine de grice et de naturel. Le modelé

des bras est une œuvre de maître; rien d'exagéré, tout est vrai, simple et beau comme la nature ; les mains sont d'une exécution qui ne laisse rien à désirer. Si M. Thomas continue dans la voie oh il est entré, s'il peut bien comprendre que le but d'un artiste doit être faire de l'art et rien que de l'art; s'il féconde son esprit par l'étude et par la réflexion, nous serons rassurés sur le sort de la statuaire française, qui attend encore un chef depuis la mort de Rude, de David et de Pradier.

Ce chef, j'avais espéré un instant, que ce serait M. Jules Cavélier. Sa Pénélope, sa Vérité, même sa Bacchante avaient des qualités si sérieuses qu'elles promettaient un artiste d'élite. M. Cavélier est-il arrivé à son entier développement, je ne le pense pas ; mais depuis cinq ou six ans, il est évidemment dans un temps d'arrêt; cela arrive souvent ainsi, il n'y a donc lieu ni de nous étonner, ni de nous inquiéter. Malgré les efforts consciencieux qu'il a faits pour se débarrasser complètement des traditions de l'enseignement qu'il a subi, on sent trop encore aujourd'hui qu'il a été l'élève de Paul Delaroche. David d'Angers

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et Paul Delaroche se combaltent en lui, tantôt c'est TuQ qui remporte, tantôt c*est Tautre, parfois il les mêle tous les deux et arrive alors à une sorte de style bourgeois très-extraordinaire, et dont la Cornélie est un exemple frappant. Depuis que nous Tavons vue en plâtre à Texposition universelle de 1855, Fauteur, sans la modifier positivement, l'a retravaillée et pour ainsi dire châtiée. Caïus est devenu plus sévère, plus sérieux, mais la composition en elle-même n*est pas devenue moins froide. En quoi est-ce Cornélie ? c'est une matrone et ses deux fils, mais je ne vois pas là la mère qui en montrant ses enfants disait: « Voici mes joyaux. » Cornélie, en admettant qu'un personnage soit une idée, Cornélie est une idée morale, c'est l'a- • mour maternel devenu du patriotisme ; cela peut-il se rendre en sculpture ? j'en doute fort, et comme je le disais, M. Cavélier n'a fait qu'une mère et ses enfants. La bulle et la prétexte de Caïus montrent qu'il a quinze ans, quoiqu'il ne les paraisse pas, mais ne prouvent pas que ce soit un Gracque. Quand un sujet est tel qu'il ne peut être rendu par l'art, à quoi bon l'entreprendre? N'est-ce point dépens ?r son talent en

pure perte et quelles que soient les qualités que je reconnais dans le groupe dont je parle, je crois que M, Cavélier aurait mieux fait de les employer à une autre composition. Celle-ci est bien rassemblée

cependant, les draperies sout conventionnelles, il

y en a peut-être un peu trop, mais c'est un bon groupe dont le tort le plus grave est d'avoir voulu représenter Cornélie. Cette Cornélie pourtant est supérieure à celle de M. Clesinger qui, en réalité, n*est qu'un motif propre à décorer une pendule gigantesque, Tomire, autrefois, a fondu des bronzes qui ressemblaient à cela ; rien n'y manque : ni le casque, ni la cuirasse à écailles, ni l'escabeau, ni la mosaïque du pavé. C'est moins un groupe que trois personnages placés les uns près des autres; les draperies sont abondantes et boursouflées; c'est la première venue et ses deux enfants encore plus que dans la Cornélie de M. Cavélier. M. Clesinger a pris ce sujet comme il en aurait pris un autre, sans réfléchir à ce qu'il faisait; je ne retrouve même pas là celte adresse de pouce, cette rapidité d'ébauchoir auxquelles nous étions accoutumés; c'est lourd et mou à la fois; le

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marbre lui-même trop poncé a des apparences d*al« bâtrc» c'est énorme comme masse et pourtant c*est colifichet ; l'exécution du praticien, très-soignée, arrive à des puérilités inutiles, la mosaïque du pavé est composée de losanges alternativement mats et brillants; à côté de cela, la cuirasse a Tair d*un trophée d'architecture, ou d'un torse de soldat brisé ; ce mélange arbitraire de vérité et de convention est de mauvais effet, et pourtant M. Clesinger n'était point un artiste vulgaire ; s'il lui manquait TintelUgence qui fait les hommes élevés, on peut dire sans se tromper qu'il avait un tempérament d'une certaine puissance; que lui a-t-il donc manqué pour qu'il se développât complètement? il lui a manqué le milieu. S'il eût vécu dans un temps propice, s'il eût rencontré les encouragements auxquels il avait droit, s'il eût eu affaire à des gouvernements qui eussent compris que les seules gloires durables sont celles que donnent les arts, qui eussent compris que l'histoire a beaucoup pardonné aux Valois et à Louis XIV parce qu'ils ont aimé les choses de reàprit,M. Clesinger aurait atteint facilement un rang supérieur ; il n'eût été ni Jean Goujon, ni

Puget, cela est certain, mais il eût été quelque chose comme le Bernin, et cela eût mieux valu que ce qu'il est aujourd'hui. Il prouve encore quelquefois qu'il possède certaines qualités essentielles du statuaire, je n'en veux pour preuve que sa Diane au repos. C'est une grande figure assise, qui a presque du style. La déesse dort, ou plutôt s'endort ; elle est à ce moment indécis où le sommeil a déjà envahi les sens, où déjà Ton est parti pour le pays des rêves sans avoir tout àfait quitté la vie réelle ; cette nuance est très-bien rendue et ne laisse aucun doute, quoique Diane ait les yeux fermés. Son visage froid et régulier a une beauté chaste qui n'est pas dénuée de grandeur ; le sein est petit, comme doit être celui de la chasseresse ; une draperie retombée, et d'une très-bonne exécution, couvre la cuisse et la jambe gauche ; le bras droit est relevé sur la tête, et de là part une ligne qui se pro» longej'usqu'au bout du pied droit : ce mouvement, plein d'une simplicité très-majestueusç , est l'œuvre d'un artiste. Aux pieds de Diane, son lévrier est couché qui veille pendant qu'elle s'endort. De toutes les statues de M. Clesinger que nous avons

vues, c'est incontestablement celle que nous préférons.

Nous avons dit que la Camélie^ de M. Cavélier, nous semblait supérieure à celle de M. Clesinger, nous devons dire que le Napoléon de M. Guillaume nous parait supérieur à celui de M. Cavélier. Celui de M. Cavélier est vraiment trop conçu à l'antique ; les épaules, les pectoraux sont développés comme chez un lutteur; quoique Ton puisse penser du rôle que cet homme extraordinaire a joué dans l'histoire moderne, il faut reconnaître en lui une puissance de conception peu commune ; il représente l'orgueil et la réflexion ; à proprement parler, ce n'est qu'un cerveau et, comme tel, peu apte à être représenté par la sculpture ; les bustes, les stafues, ne vaudront jamais le masque moulé par le docteur Antomarchi. Faire de l'empereur une sorte de Titan trapu, c'est mal le comprendre ; la pensée ne s'exprime pas par la musculature. La draperie est d'une extraordinaire lourdeur et ramenée audessus des hanches d'une façon disgracieuse, cependant il faut donner des éloges à la tète dont l'expression sérieuse est remarquable. J'aime mieux le Napoléon

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de M. Guillaume, malgré les dorures qu'il a cru devoir y appliquer, peut-être même ne sont- elles pas inutiles etrompent-elles la blanche monotonie du marbre ; l'empereur est debout, appuyé sur un sceptre très-haut, ce qui donne au bras gauche un développement très-bien étudié; la draperie qui Tenveloppe, sans Técraser, est faite de main de maître ; je recommande surtout un pli qui part de l'épaule droite pour aboutir au genoux gauche : c'est peu de chose, me dira-t-on, soit, mais c'est du style et du meilleur ; les muscles n'ont rien d'exagéré, la tête est fine et réfléchie, le modelé ferme et souple à la fois ; c'est une œuvre importante à plus d'un titre ; mais il m'est impossible de comprendre pourquoi l'on représente Napoléon vêtu en Romain, ou plutôt en soidisant Romain. On s'est beaucoup moqué de la statue qui montre lord Wellington en Achille : l'un n'est pas plus ridicule que l'autre ; et cependant je comprends que la sculpture, cherchant toujours l'abstraction, ait,' pour vêtir ses personnages, choisi le costume le plus abstrait qui est le costume prétendu antique. J'aime mieux, jusqu'à un certain point, M. Perraud, qui a fait

une statue toute nue, inspiré par ce cri de Pétrarque :

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Ahif nuir altro che pianto al mondo dura! C'est un plâtre ; dans le marbre le modelé s'adoucira: rhomme est assisi une jambe repliée, l'autre étendue ; les mains enlacées, les coudes appuyés sur les cuisses, le front plissé, les yeux fixes, la mine réfléchie ; dans toute Tattitude, dans les épaules courbées, dans la position des bras, dans l'expression du visage, il y a un découragement que l'artiste a su faire comprendre. Cet homme-là est de tous les temps : c'est le lutteur fatigué du combat ; c'est Sisyphe las de son rocher ; c*est l'homme.

VAgrippine portant les eetidres de Germanious, de M. Maillet, exécutée en manière de tour de force, est réussie. Cette grande figure voilée, couverte d'une draperie qui laisse deviner les mains et le visage, est d'un effet qui n'est point vulgaire; l'ensemble est d'une grande distinction ; Tâme de Pradier a voltigé * autour de son élève pendant qu'il exécutait cette figure à laquelle je ne reprocherai qu'un peu de lourdeur et comme quelque chose d'inachevé dans les draperies qui s'appuient sur le socle. Pourquoi, dans le livret, M. Maillet nous dit-il que les cendres étaient contenues

dans une urne, et met-il une sorte de coffret à bijoux entre les mains d'Agrîppine î

Les statues et les bustes exposés par M. Roubaud sont d'une gracieuse facture, et dénotent un talent qui s'augmente par Tétude ; nous ne pouvons qu'encourager l'artiste dans la voie où il marche et où il estcer^ tain de trouver bientôt des succès sérieux.

La Douceur, de M. Marcellin, gagnerait beaucoup si elle avait été pratiquée dans un marbre moins désagréable ; les tons gris et bleuâtres ne «sont point plaisants en sculpture : ceci est une observation qui ne retombe pas sur l'artiste. Toute la figure est conçue en ressouvenir de la Renaissance; le pastiche était peutêtre imposé, il a été bien réussi; le visage est grêle, gracieux, surmonté d'un front évidemment trop élevé, mais d'une ligne pure et recherchée. Ces allégories ne sont pas toujours faciles à faire et à rendre compréhensibles ; M. Marcellin a expliqué la sienne en mettant un oiseau sur la main de la jeune fille et, à ses côtés, un agneau qui broute. C'est ingénieux ; mais c'est encore un commentaire, et l'art doit s'en passer ; la draperie est très-sobre et de bon effet.

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La fleur de jeunesse de M. Protheau ne vaut pas sa Nourrice indienne; ii a voulu arriver au gracieux et il n*est parvenue qu'au joli ; la proportion des yeux est beaucoup trop exagérée pour le visage, et à force de poncer le marbre on Ta amolli.

La Femme fellah de M. Lami est une fort agréable statuette en bronze, très-habilement campée, trèsfinie, gracieuse et tout à fait plaisante ; mais est-ce bien un souvenir d'Egypte ? et ne serait-ce pas plutôt un souvenir d'un dessin de M. Bida? Le bas-relief circulaire de M. Mathieu représentant un Épisode du Paradis de Hilton^ est une très-curieuse sculpture, évidemment beaucoup trop plate, offrant le défaut singulier d'avoir posé les deux personnages en angle, mais fine, d'un ébauchoir spirituel, et ornée d'accessoires ingénieusement trouvés. Ça parait plutôt Tœuvre d'un graveur en médailles que d'un sculpteur, mais c'est d'une originalité qui mérite d'être signalée.

Ce que nous avons dit des portraits, nous pouvons le dire des bustes, c'est une matière très-délicale à traiter, et qui retombe peu sous l'appréciation de la

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critique. Nous devons dire cependant que quelquesuns nous ont paru dignes d'éloges, entre autres celui de M. Horace Venwtpar M. Cavélier, Il est si ressemblant et si vrai qu'on reconnaît le modèle par derrière, à la forme de la tète et à la vue d'un seul bout de moustache. Les bustes en terre cuite de M. Carrier sont d'un modelé saisissant qu'il faut louer sans réserve; mais dans la façon dont les lignes du visage sont rendues, n'y a-t-il pas une grande exagération? Tous les traits semblent grossis à plaisir. Celui de ses bustes qui nous a paru le plus remarquable, est celui de M. Chifflard.

La prise du Renard de M. Mène est un tour de force, d'adresse et de patience. C'est un groupe en cire représentant un chasseur placé devant son cheval et montrant un renard à ses six chiens; c'est extraordinaire d'exécution, et malgré le fini, je dirai même la précision du modèle, il n'y a que de la fermeté et point de séchere&se.

Le faucon chassant des lapins de M. Caïn est un joli bas-relief bien mouvementé, trop aplati, d'une trèsconsciencieuse étude de la nature et d'une belle patine ;

mais pourquoi l'artiste a-t-il donné à une touffe de genêt Tapparence d'un porc-épic hérissé?

VVA/\.VV

Il nous a souvent fallu faire violence à notre découragement pour mener jusqu'au bout cette analyse du salon de 1861. Il est douloureux de parcourir les salles de l'exposition et de reconnaître, quoique l'on en ait, que le niveau de l'art, en France, tend à s'abaisser chaque année. Cette peinture molle et sans moralité, qu'on a appelée assez justement Tart de la rue Laffitte, est à peu près la seule qui soit en honneur aujourd'hui, la seule qui tente les efforts des peintres. Cette gangrène lente et rongeuse peut-elle encore être guérie ? Je voudrais l'espérer, mais je n'ose guère y croire. Le symptôme est grave : le métier a remplacé l'art ; la main a pris la place du cerveau. Ce n'est ni à ses ré-

flexions, ni à son instruction, ni à son esprit cultivé^ m à son âme, ni à son cœur, que Tartiste demande de le guider dans son travail ; Tunique résultat qu'il cher** che, c'est un mélange habile de couleurs, c^est un adroit maniement du pinceau. Sauf les quelques originalités que nous avons signalées, au courant de notre critique, nous devons le répéter, il n*y a plus que des ouvriers; des ouvriers de talent, j'en conviens, mais rien que des ouvriers qui n'entendent rien à l'art, n'y ont jamais réfléchi, et paraissent incapables de le comprendre. Il y a des hommes, je ne veux pas les nommer, qui, un jour, ont débuté avec un tableau où le métier accusait une adresse peu commune ; la critique a applaudi, les peintres ont fait chorus; comme toujours , le public a admiré do confiance et les amateurs ont acheté les œuvres dont on parlait. L'espoir que ces hommes avaient fait nattre s'est-il réalisé ? Non, pas ! A l'exposition qui vint ensuite, ils nous montrèrent un autre tableau peint avec la même adresse, rien de plus, et ainsi de suite jusqu'à cette exposition même. Leur idéal, c'est l'adresse, il n'en ont point d'autre; peut'-être rêvent-ils de faire des tableaux grands

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comme nature et s'imaginent^ils grossièrement quMls augmenteront leur talent en augmentant les dimensions de leur toile ; ce sera toujours la même chose. La critique a parlé de ces hommes une fois avec éloge j une seconde fois elle leur a donné des conseils, la troisième fois elle reconnaît que ce qu*elle avait pris pour des espérances n'est, après tout, qu'une science définitive acquise par l'apprentissage; elle voit que ces hommes ne sont que des machines assez perfectionnées qui font de la peinture comme ils tourneraient des ronds de serviette; elle cite leur nom alors sans s'occuper de leurs œuvres qui ne sont qu'une reproduction, et s'en va, avec intérêt, s'occuper de travaux peut-être inférieurs, mais qui du moins indiquent une recherche oti l'art est pour quelque chose. En terminant le compte rendu du salon de 1859, je disais aux peintres : € Ne vous occupez pas exclusivement de votre main, pensez un peu à votre cerveau ; la main fait l'ouvrier, le cerveau fait l'artiste ; entre bien peindre un tableau et bien coudre un habit, il n'y a pas grande différence; l'important est de concevoir, d'avoir un idéal supérieur à celui de la foule et

de parvenir à dégager uîi fait plastique sous son triple aspect de vérité, de beauté et d'expression. Pour arriver à ce résultat, il faut avoir à son service une intelligence qui pense, compare et choisit ; or on développe son intelligence par le travail et la réflexion. Plus un homme sait, et plus il peut, » Ces paroles, nous pouvons les répéter aujourd'hui, car plus que jamais elles sont méritées.

Faut-il donc répudier toute croyance à l'avenir de la peinture française? Nous espérons que non. Nous espérons que dans le silence et le recueillement de l'atelier, il se trouve, à cette heure même, un homme qui aime l'art, qui a réfléchi à ce qu'il devait être à notre époque, qui a promené ses curiosités et ses études parmi lès maîtres modernes et parmi les maîtres anciens, qui dégage lentement, à force de travail, son originalité, qui marche avec courage vers le but supérieur qu'il entrevoit comme une récompense suprême, et qui, un jour ou l'autre, apparaîtra pour fonder l'école française de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, car celle de la première moitié est aujourd'hui tombée en enfance ; elle a manqué de dignité, de foi.

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de persévérance, elle en est îustement punie par une imbécillité qui lui fait radoter des choses inutiles. Si cet artiste sérieux et convaincu que nous appelons de tous nos vœux se montre enfin, c*est avec bonheur que nous saluerons sa bienvenue.

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ACHENBAGH (André) 157

AcifENBACH (Oswald) ibl

AlGUIER 163

AlZELlN 177

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Allongé 163

Antigna . 131

Armand Dumaresq 18

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