ANIMALIERS. — PORTRAITS. — PASTELS ET DESSINS
Ce qu'il y a de mieux à faire pour M. Jadin, cette année, c*est de n'en point parler, et cependant nous sommes sincèrement affligés de voir qu'un peintre de talent s'abandonne à de tels poissons, à de tels tou-^ tous et à de tels vers de mirliton ; nous sommes loin du Hallali de sanglier du salon de 1857, et encore plus loin certainement des tableaux Sie chasse de 18i!tl, dont nous avons parlé dans notre avant^propos. M. Brendel est en défaillance ; sous prétexte d'élargir
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sa manière, il fait de la peinture à coups de pouce qui donne envie d*admirer les toiles extraordinairement propres de M. Bonheur, dont nous ne pouvons que louer le dessin consciencieux et les efforts visibles ; ses tableaux gagneraient beaucoup si la couleur en était moins criarde et pour ainsi dire moins aiguë. Le TVokpeau de moutons en plaine de M. Jacques, nous rappelle le bon temps de M. Brendel, c'est le plus grand éloge que nous en puissions faire. Si, comme nous l'avons dit, M. Brendel peint k coups de pouce, il faut dire que M. Palizzi peint à coups de poing. La Forêt et les Ruines des temples de Puestum^ ne sont pas loin de n'être qu'un barbouillage. M. Philippe Rousseau, dans la Musique de chambrey a fait une composition très-spirituelle à laquelle son pinceau a su donner une vérité remarquable et une couleur de bon aloi; le geste du singe qui frappe à coups de tampon sur un tambour en bois de teck tendu de peau d'onagre, est d'une justesse extraordinaire ; c^est de l'esprit et du meilleur. ' .
11 est extrêmement difficile de parler des portraits, car en les discutant^ on tombe forcément dans Tap-
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prédation des personnes, ce qui est peu convenable. Ce genre de peinture /n'offre du reste presque aucun intérêt, et ce ne serait pas faire grand tort à Tart que de les passer sous silence. Nous dirons pourtant que ceux de MM. A. Charpentier, Philippe et Gautier, nous ont paru dignes d'attention ; que M«^e Sabatier expose d'agréables miniatures à l'huile, que M. Roller a fait une excellente tête d'étude, que M. Kaplincki a peint un très beau Portrait du prince Adam Czartoryski, et que M. Lenepveu nous montre, sous le numéro 1943, un portrait d'enfant qui est la nature prise sur le fait ; nous ne lui reprocherons qu'une couleur insuffisante.
M. Bonhomme expose une série d'aquarelles extrêmement remarquables, toutes prises dans les scènes de l'industrie moderne, et qu'on pourrait intituler: histoire de la calamine et du zinc. Avec un talent que plusieurs fois déjà nous avons signalé. Mi Bonhomme a su tirer un excellent parti des oppositions d'ombre et de lumière que le sujet comportait ; c'est fait avec une extrême finesse ; et, en voyant ces dessins, on reconnaît qu'ils ont été exécutés par un homme habitué
tous les mystères des grandes usines. Si les cyclopes qui forgeaient sous TËtna les carreaux de Jupin, pouvaient voir les aquarelles de M. Bonhomme, ils en seraient fort surpris et n'y comprendraient rien; depuis leur époque la science a marché.
Je suis heureux que M. fiida ait exposé son Intérieur de femmes arabes, où je retrouve toutes les beJles qualités de dessin, de lumière et même de couleur qui ont élevé ce peintre au-dessus de la moyenne des autres artistes. Ce dessin est extrêmement bien composé; la scène, baignée d'une clarté douce, nous montre des femmes qui, en dansant, tâchent de tuer les ennuis du harem ; les têtes sont fines et les attitudes pleines de cette nonchalance orientale que M. Bida sait rendre mieux que personne. J'aime beaucoup moins le Champ de Booz^ à Bethléem, qui semble être composé de deux sujets étrangers l'un à l'autre. Quant au Grand Condé à Rocroy, je m'étonne que M. Bida se soit jeté dans cette aventure, car, malgré l'attitude différente qu'il a donnée à chacun de ses personnages, il devait être certain, avant même de commencer son esquisse, d&ne pouvoir échapper à l'uni-
formité : or, M. Bida, qui est un lettré, aurait dû se rappeler que :
L'ennui naquit un jour de f uniformité.
Avant de parler du Massacre des Mamelvks^ nous * attendrons que ce soit devenu un dessin réel ; il y a là un beau sujet, et nous sommes certains que M, Bida le traitera avec le talent auquel il nous a accoutumés.
M. Bellel reste toujours le maître du fusain, et malgré les efforts qui ont été faits pour l'atteindre, nous ne voyons pas que personne y ait encore réussi. Ses différents dessins, tirés d'un album sur les Vosges, sont d'un très-grand effet ; le style n'y a pas contrarié la vérité, ce qui n'est point un mince mérite. Ses dessins d'Algérie ont une belle tournure ; cela est profond et sérieux. Le Paysage d'hiver de M. Lansyer est loin de valoir les fusains de M. Bellel, mais il y contient des promesses dont il faut tenir compte.
Les pastels de M™e Becq de Fouquières sont trèsbeaux; la Gitana est traitée dans son ensemble et dans
ses dëtaib par une main fort habile et sûre d*eUemême. L'harmonie générale est très-remarquable, vibrante et pourtant toujours vraie. A travers une force réelle, il faut reconnaître néanmoins que la grâce féminine ne fait jamais défaut; je la retrouve tout entière dans la Fantaisie^ qui n*est autre qu'une tête d*étude de jeune paysanne, finement dessinée, sans afféterie ni mollesse. Le Portrait de M^^D. est vivant comme la nature elle*méme. Les portraits au pastel de M. Galbrund sont très- largement touchés; la vie respire sur les visages, et les étoffes sont d'une incontes-* table habileté.
Les dessins à la plume de M. Bresdin semblent être le rêve d'un hachichien ; tout y a une valeur égale ; c'est un incompréhensible fouillis qu'il faut regarder longtemps avant d'y démêler quelque chose. Un grand dessin, intitulé : Abd^el-Kader secourant un chrétien, devait évidemment, dans le principe, vouloir représenter la parabole du bon Samaritain, mais, les événements de Syrie survenant, le titre a été changé. C'est très- curieux ; chaque branche d'arbres porte un oiseau, ou un singe, ou un insecte* Une faune extra-
ordinaire fourmille dans cette flore embrouillée ; des villes apparaissent dans le lointain; les arbres s'enchevêtrent les uns aux autres; il y a des flaques d'eau» des roseaux, des chardons, des cigognes, des huppes, des nuages, des hirondelles, un dromadaire harnaché, et, à force de regarder, on finit par découvrir un homme habillé en Turc qui en secoure un autre, c'est l'explication du titre. Ce n'est pas cependant le travail du premier venu, c'est étrange, maladivement confus, ça ne trouve pas l'originalité que ça a cherchée, mais c'est un chef-d'œuvre de patience. A ces folies de la plume, je préfère la Esméralda de M. Stéphen Martin ; la scène est prise au moment où, déjà en sûreté depuis quelques jours dans sa logette de Notre-Dame, Esméralda danse avec sa chèvre; on peut reprocher à l'artiste d'avoir donné à la bohémienne un âge et une force qu'elle n'avait pas, mais on ne peut qu'admirer le style vraiment grandiose qui règne dans tout ce dessin. En terminant, nous dirons que les miniatures de M^ie Eugénie Morin nous ont semblé fort belles et traitées avec une largeur peu commune dans ce genre de peinture.