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Nous sommes de ceux qui attendent avec impatience l'ouverture de l'Exposition des Beaux- Arts. Après les fatigues de Thiver, les réceptions officielles, les représentations théâtrales^ les auditions de concert et les oratorios, elle nous convie à une fête solennelle, palpitante^ dans laquelle s'unissent les efforts de l'ambition, la lutte du talent, la fièvre du succès. Dans cette arène ouverte à un grand nombre d'athlètes^ se trouvent des vainqueurs et des vaincus; parfois ceux dont on a coutume d'acclamer le talent nous surprennent par des défaillances inattendues, tandis que tel nom, inconn j la veille, conquiert d'un seul coup la célébrité. Un
nouveau motif d'îhtérét s'ajoute à ceux-là. Tel artiste studieux et qui semble s'être incarné dans un genre spécial, cherche subitement une voie nouvelle. Cette année, deux hommes accoutumés à recueillir les suffrages du public ont réussi à les mériter de nouveau, par des moyens que l'on eût été tenté de croire complètement hors de leur portée. — Pouvons-nous dire que l'Exposition de 1868 marquera dans l'histoire de Tart? Présente-t-elle.deces œuvres qui font sensation et servent de date à un salon? Non, sans doute. Beaucoup d'artistes célèbres manquent à l'appel; l'Exposition universelle avait accaparé les labeurs et les toiles; il faut du repos et du recueillement pour en créer de nouvelles. Cabanel, Fils, Baudry n'ont rien envoyé. Nous n'avons ni les figures poétiques* de Hamon, noyées dans une demi-transparence^ ni les Italiennes maladives et charmantes d'Hébert, ni les personnages précieux de Meissonnier; en attendant le retour de ces artistes, auxquels nous devons de si vraies jouissances artistiques, nous nous réjouissons le regard, en voyant bon nombre d'œuvres ravissantes : — tableaux de genre, paysages et portraits. — La peinture historique a été fon négligée en 1868, car nous ne donnons point ce nom à la peinture officielle. Les batailles^ peu nombreuses, ofirent des pages remarquables. Presque toutes les peintures religieuses ont été reléguées dans une grande salle du fond; et, en vérité, le jury n'a pas eu complètement tort de leur accorder une place secondaire. La conviction manque généralement à (^s peintures. Il ne peut guère en être autrement; depuis Flandrin^ on ne compte plus d'artistes se vouant d'une façon exclusive à la reproduction des grandes scènes religieuses^ et les tableaux destinés à nos églises sont
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le plus souvent commandés à des peintres dont on a remarqué une Vénus sortant de l'onde ou une Baigneuse sous les saules. Il en résulte que les œuvres de ces artistes peuvent être traitées d'une façon plus ou moins habile^ mais qu'elles- manquent de la plus indispensable des qualités : la conviction. On ne semble plus croire aujourd'hui que la Bible et l'Évangile soient capables d'inspirer de grandes choses^ et cependant^ quand on parcourt le livre d'or du génie artistique, on constate que Raphaël, Titien, Michel-Ange, Rubens^ Poussin, Véronèse, Le Sueur puisèrent à cette source féconde leurs immortelles inspirations. Nous ne comptons plus de laborieux jeunes hommes, voués, en quelque sorte, à Tapostolat artistique. L'Allemagne a Voulu tenter de conserver une école religieuse, elle y parviendrait si, au profond sentiment d'expression qu'elle possède, elle joignait une science plus juste du dessin, et une plus riche gamme de palette. Une fleur de foi et de piété respire dans l'École de Dusseldorf, mais l'ascétisme, nécessaire à certains sujets, les envahit tous. A force de mettre l'expression au-dessus de la forme, ils ont fini par supprimer celle-ci. Si le culte, non pas de la chair, mais de la beauté complète, possédait cette réunion de peintres convaincus; s'ils s'efforçaient d'acquérir la grâce de Raphaël, la puissance de composition du Titien, la splendeur de Véronèse, ils réussiraient à créer au dix-neuvième siècle, une école religieuse. Mais les disciples de Cornélius, d'Overbeck, de Steinïe exagèrent encore les tendances de leurs maîtres, et il est à craindre que ce groupe studieux, qui pourrait rendre à Tart d'éminents services, ne lui aide pas à faire le moindre progrès.
Nous remarquons cette année, avec un profond re^
gret, renvahisseœent du pastiche. M. Leys s'est £Eiit une grande réputation en traitant des sujets moyenâge, dans le style naïf que nous lèguent les vitraux. Dans ces compositions, la figure se trouve presque toujours sacrifiée au pittoresque de l'effet, à Tagrément des draperies. Un trop grand nombre d'artistes, séduits par les facilités de ce genre qui peut se passer de science anatomique, et prend le trompe-VœU pour le rendu, ont suivi les traces de Leys; les salons sont pleins de scènes que Ton croirait copiées dans les missels ou empruntées à des livres de chevalerie; plusieurs sont finement peintes et très-soignées. Mais à quoi bon cette étude rétrograde, ces figures sans relief^ manquant de sang et de muscles, ces intérieurs léchés^ sans perspective et sans fond? On étudie dans les musées les peintures des vieux maîtres^ parce qu'elles sont un des points de repère de l'art, et serveqt de transition entre deux époques. Mais aujourd'hui nous demandons de la chair vivante; nous ne voulons pas plus de ces ossifications élégantes^ que de formes exagérées dans leur ampleur. Les toiles de Leys suffisaient à satisfaire le goût spécial de quelques amateurs. Les exhumations du passé ne sont bonnes qu'à égarer le goût du public^ et ne serviront jamais au progrès de son éducation artistique. Nous admirons Albert Durer^ par rapport au teipps qui le vit naitre, au peu de moyens dont il disposait^ mais nous ne conseillerions à personne de le copier. Depuis l'on a fait des pas immenses; au lieu des figures ivoirines de ces vierges^ des maigres contours de ces saintes^ des plis anguleux de ces draperies^, nous demandons des chairs modelées, un coloris exact, la science de la perspective. Du reste, nous adressons le même reproche aux artistes peignant
les natures mortes illustrées par DesgoSe et portées par lui à un haut point de perfectiop. M. DesgofTe a fait école, et Dieu sait combien de jeunes gens s'épuisent à copier d'une façon désespérante les émaux^ les broderies d'or sur d'anciennes étoffes, des faïences et des armes rares! Les exceptions méritent Tattention^ mais ne doivent point exciter une émulation dangereuse.
Excepté une ou deux pages de dimensions magistrales^ le genre envahit tout. On est convaincu à cette heure que le beau étant seulement dans la vérité, toute chose réelle peut devenir belle et produire un grand effet. Cette opinion a sa valeur* mais on doit redouter, en suivant cette pente ^ de' tomber dans la vulgarité. Â notre époque^ la plupart des talents applaudis ne se trouvent à l'aise que dans un cadre étroit. Combien comptons-nous cette année de toiles exquises^ de paysages charmants ? Le genre I Partout le genre! Le genre dans le portrait! Le genre dans le paysage ! C'est en vain que l'on a tenté d'empêcher les jeunes artistes d'abandonner ce qu'on est convenu d'appeler la grande peinture; ils ont compris que notre époque était plus positive qu'on ne tentait de le leur faire croire, et ils ont mieux aimé plaire au public qu'à l'Institut. On désire surtout aujourd'hui, dans le tableau qu'on achète^ la reproduction de ce qui se passe chaque jour sous nos yeux, soit dans le monde^ soit dans la rue^ soit dans la campagne.— Traversoils donc les salles de l'Exposition et parlons de chacune des toiles qui nous ont paru mériter l'attention. Nous le ferons avec une entière franchise, ne tenant compte ni du nom de l'artiste, ni de ses succès passés. Le tableau est là, nous ne devpna nous occupée
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que de lui^ en faisant abstraction de nos préférences et de nos sympathies. — Nous ne mettrons aucune méthode^ aucun classement dans cette revue; durant ces promenades, on s'arrête tantôt devant une toile, tantôt devant une autre^ selon le hasard^ quelquefois en choisissant la lumière favorable à chacune, souvent d'après une disposition d'esprit spéciale qui nous rend aptes^ certains jours^ à mieux comprendre certaines idées. Ces notes prises à chaque visite n'ont d'autre classement que celui-là, c'est-à-dire qu'elles n'en ont point; c'est peut-être le moyen d'éviter la fatigue et la monotonie. Dans cette tâche ardue, qui consiste à rendre compte d'un grand nombre d'œuvres estimables et charmantes^ qui permet de signaler les efforts^ d'acclamer les succès, de distribuer l'éloge^ l'encouragement, le blâme, on sent la difficulté de rendre par des mots des effets très-différents, et à la traduction desquels fisdt défaut une langue spéciale. Celle que nous parlons est vague^ elle n'a ni précision ni contours; il faut la chercher et la faire; elle ne se présente pas d'elle-même, riche en ressources et en images. Le talent de l'écrivain s'y étale plus que la science critique ne s'y montre; sa technologie est aride; on tremble d'en abuser^ parce que si l'on écrit sur l'art, il faut le faire plutôt dans le but de le vulgariser pour le publie, que dans l'intention de flatter le peintre où le statuaire. Depuis vingt ans^ la critique d'art a pris une grande place dans la littérature. On ne peut se dissimulerque quelques-uns de nos grands coloristes de style ont fait de leur manière une sorte d'école; mais en dépit de leurs efforts, il n'en est pas moins vrai que notre langage est extrêmement pauvre à ce point de vue, et que, pour exprimer la ^râçe d'une ligne sculpturale, la sua-
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^ki d'un ton, k mérite d'un certain reodu^ quelque effort que fasse l'écrivain, les moyens matériels lui font défaut, et s'il s'attache trop à ciseler sa phrase^ il s'expose à être accusé de songer à faire valoir son talent personnel au lieu de s'effacer devant l'artiste. — Ces premières réflexions faites, entrons dans les sa- .Ions et cherchons-y à la fois le beau et le vrai^ la science et l'inspiration.
N* 459. — La toile de M. Cermak, Jeunes filles chrétiennes de l'Her^fégovie, enlevées par les Ba^ chi'Bou:{oukSy et conduites à Andrinople poury être vendueSy est véritablement magistrale. L'ensemble est large, la couleur sobre^ les groupes composés avec un art extrême qui n*exclut pas la simplicité. De toutes les grandes toiles de l'Exposition^ celle-ci est certainement la plus étudiée et la mieux rendue. L'expression du visage de ces jeunes filles passe par la gamme de tous les sentiments de la douleur. L'une, vêtue de noir^ le front pâle sous sa chevelure sombre, s'abîme dans un immense désespoir; elle pressent toutes les douleurs de l'escîavage que la fierté de sa nature rendra plus amères encore; et pourtant l'énergie de son regard affirme qu'elle subirait mille fois la mort plutôt que de renier la foi de ses ancêtres. Sa compagne est touchante dans son abattement. L'affaissement de son attitude s'allie bien à sa beauté frêle. Deux femmes s'entourent de leur mante avec une sorte de pudeur désespérée. Une enfant inquiète s'incline vers une jeu ne fille étendue sur la terrasse, et qui reste immobile et muette, même sous le tendre et angélique regard qui l'interroge. Deux soldats surveillent les prisonniers. L'un> se retourne vers elles avec une curiosité
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brutale^ l'autre regarde vaguement quelque part. Cette belle page produit une impression profonde. Peutêtre le paysage ne fuit-il pas assez, et la colline semble -t- elle trop près de la terrasse? Mais le ton général est d'accord avec le sujet. On sent, devant Pœuvre dé M. Cermak^ une émotion poignante, et c'est le plus bel éloge que nous en puissions faire.
Noi 817 et 818. — Après avoir illustré les plus célèbres productions de l'esprit humain, et avoir traduit avec son crayon la pensée des poètes, M. G. Doré a voulu rendre lui-même ce qu'il rêvait, ce qu'il voyait, et de dessinateur il s'est fait peintre. Il a eu raison, car ses toiles piquent la curiosité. Mais on doit leur reprocher des dimensions exagérées; le Néophyte tt la Siesta seraient plus à leur aise dans un petit cadre; le tableau de genre ne doit pas dépasser la taille que sa spécialité même indique. L'ensemble de la réunion de moines représentés par M. Doré est un peu terne, mais on y remarque certains types énergiques ; cependant^ ce qui manque surtout à cette toile^ c'est la conviction, le sentiment de l'exaltation mystique. Il semble que la psalmodie et l'habitude de l'oraison aient éteint l'esprit de ces hommes. Ils mstnquentdu ressort de la foi ardente, de la charité surhumaine qui faisait dire à François d'Assise : « Seigneur^ votre amour m'a rendu fou, votre amour m'a mis dans une fournaise I » — A les voir tristes, mornes, presque momifiés sous leurs robes de bure, on comprend que le novice ressente une inquiétude profonde, et se demande si, en échange de ses rêves, de sa jeunesse, de Tabandon de sa vie, il n'aura d'autre avenir que celui de tendre chaque jour à ressembler davantage k ces
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cénobites fatigués du chapelet^ de la lecture sainte^ et priant par habitude, plus 'que pour satisfaire à l'impérieux besoin de leur âme. Et cependant, nous ne pouvons méconnaître qu'il règne sur le visage du jeune homme une grâce charmante, pleine d'inten* tiens ânes^ et dont il faut tenir compte. Si M. Doré a cru dans ces têtes de vieillards rendre tout ce que peut contenir la pensée d'un religieux, il s'est trompé. On trouve encore dans les couvents des âmes ardentes et mystiques, respirant la foi, l'espoir^ la charité, la pénitence. Lé monde du cloître ne change pas; il abrite les mêmes douleurs, les mêmes aspirations, les mêmes remords à toutes les époques, et n*est pas complète^ ment rendu quand celui qi^ tente de le peindre omet les sentiments qui en sOtit l'âme. — La Siesta itous montre de ravissantes figures d*6nfants, bien groupées et baignées dans une chaude lumière. Ce tableau ren« ferme certainement plus de qualités que It NéopkyiCf mais tous deux sont dé larges ébauches^ manquant de l'art approfondi et patient, indispensable aux ouvres sérieuses. M. Doré s'abandonne avec trop de confiance à la 'fougue de sa facilité ; quand il voudra restreindre son cadre et soigùer ses figures^ il arrivera au succès qu'il poursuit de tant de façons diverses, et qu'il a souvent atteint. Il ne doit se défier que de l'excès de ses qualités qui l'entraîne à produire sans relâche, et ne lui permet point d'arrêter une idée et de la mûrir. Les facultés de M. Gustave Doré sont d'une grande puissance. On Itii doit une sévérité d'autant plus rigide qu'on a le droit d'attendre de lui davantage. Il s'es^ improvisé peintre comme il improvise toutj et Ton ne peut s'empêcher de constater cette année des progrès énormes. L'énergie et la grâce s'uniraient aisé-
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ment dans ses œuvres ; qu'il modère l'une sans se livrer trop à Tautre^ et que le labeur patient vienne en aide à la facilité de Tartiste I
N*« ^.S-'^.ô, — Les paysages de M, Appian sont fort remarquables. On ne sait, en regardant ces deux toiles, à laquelle donner la préfécence; la dernière que Ton étudie semble toujours la plus parfaite. On ne trouve ni négligence ni défaillance dans ce talent. Tout se tient et tout se vaut ; rien de sacrifié et rien d*eza- , géré; point de' moyens artificiels ni départi pris; point d'interprétation de la nature^ mais la nature prise sur le fait^ et fix^ d'un coup de pinceau large et sûr. Le détail ne nuit jamais à l'çnsemble^ et l'ensemble aide à faire valoir le détail. Le Temps gris, marais de la Bovrbanche^ est un bijou ; les roches se reflètent bien dans l'eau dormante. Pas un souffle n'en ride la surface, lesnénufars eux-mêmes sont immobiles; le vent ne plisserait pas cette eau lourde et froide. On sent autour de ce marais la fécondité particulière aux lieux humides : les herbes grasses, les feuilles lancéolées, les fleurs en épis^ tout est frais, vivace, sans crudité et sans note fausse. Le feuillage^ le ciel^ les roches^ tout se fond dans une complète harmonie. — Les Bords du Furan, en octobre, valent pour le moins le Temps gris; si l'aspect général en est un peu sombre, l'indication du livret explique aisément cette teinte triste de l'automne^ ce ciel bas qui ressemble presque à celui de l'hiver. Les rochers moussus et verdâtres sont d'une admirable vérité^ et M. Âppian est doué de ce sens profond de la nature sans lequel on ne trouve aucun paysagiste digne de ce titre.
N** 923-924. — Il règne un parti pris dans les deux toiles de M. Ehrmann; nous ne comprenons jamais pourquoi un homme de talent s'efforce de peindre sur toile, de façon à faire croire qu'il peint sur lave ou sur faïence. De quelle utilité est cette difficulté vaincue? La couleur est plus froide^ la profondeur manque^ les figures n'ont point de relief. On peut aussi bien concevoir des panneaux décoratifs dans un autre style. Si l'artiste prend à TémaiUeur Paspect de ses œuvres^ que restera-t-il à celui-ci^ qui n'a pas le choix de ch^inger sa manière^ en raison même des moyens dont il dispose? Nous n'aimons donc pas, en principe, le genre des panneaux de M. Ehrmann; cependant ses deux compositions ont de l'ampleur. Nous reprochons à V Étoile du matin la crudité du fond, augmentée par celle du grand vase de marbre; ces deux blancheurs sur lesquelles tranchent les ailes noires de la femme^ ont un aspect dur et froid. Dans le Vainqueur^ il y a plus de couleur et d'énergie, et ce panneau nous plairait si la figure de la Victoire, qui couronne le guerrier, ne décrivait^ dans sa pose aériqine^ un arc trop régulier. En résumé» l'aspect céramique nuit à ces deux toileSé
N® 39. *« Madame Anselma nous paraît destinée à prendre une belle place parmi les portraitistes. Le Portrait de M. C. L, est d'une grande allure, trèsviril, d'une touche large, d'une couleur excellente; il rappelle les bons portraits de l'École flamande, par la
façon dont la tête et les mains sont traitées.
N° 1 58. — La fantaisie de M. Baulieu est fort remarquée et fort amusante. Pierrot faisant cuire son
Œuf éPautruehe appelle le sourire de tous. Cette toile, colorée comme un Decamps^ est pleine de pit* toresques détails; la lumière y abonde^ et l'originalité de cette conception ne se discute pas.
N* 225. — Les deux toiles de M. James Bertrand sont bien jolies, mais surtout la Sérénade, Comme ce jeune chanteur, accoudé sur le bord de la fenêtre, dont la persienne^ soulevée par une main amoureuse^ laisse filtrer un peu de lumière^ semble heureux de la pensée qu'on l'écoute! A ses pieds un de ses compagnons dort paisiblement^ tandis que, plus loin^ le long de la mu* raille grise, les musiciens accompagnent en conscience • Toutes ces figures sont bien campées, expressives; te ton général est plein d'harmonie; la grâce respire dans tous les détails. Nous nous demandons seulement comment il est possible que la lumière placée derrière la persienne ne jette aucune clarté sur le sol?
N*275; — M. Auguste Bonheur porte dignement un liom célèbre. Le Berger ef /« twer est une jolie toile, lumineuse et agréable. La mer est calme^ le ciel transparent et par; les moutons bien groupés et pris sur nature; nous citerons surtout un agneau blanc placé au premier plan. Le seul reproche que nous adressions à M. Bonheur est de donner aux bétes qui s'éloignent davantage la même valeur qu'à celles qui se trouvent en avant, et de soigner les détails d'une faucon identique; peut-être exagère-t-il aussi la fraîcheur du museau rose de ses moutons.
N* 268. — • La tête indiquée au livret sous le nom de Gelsomini est fièrement traitée; on voit que
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M. Bohn a étudié et copié les grands maîtres, en cher> chant le secret de leur couleur harmonieuse et sobre. Il est à regretter que les manches vertes du corsage^ dont le ton n'est pas suffisamment adouci, nuisent d l'effet de cette figure.
N* 353. — M. Brion est accoutumé au succès, et on cherche vite son nom dans les expositions de peinture. La Lecture de la Bible respire une tranquillité parfaite. Le vieillard qui lit et commente les pages du livre saint est digne comme un apôtre. Les paysans qcii écoutent ce Nestor de village ne prêteraient pas plus d'attention au prêche du pasteur. Une jeune femme se penche en avant^ comme pour mieux saisir le sens de la parole sacrée; l'enfant placé entre ses ge» noux et qui n'est pas encore d'âge à comprendre la parabole de l'ÉVangile, songe à ses jeux abandonnés et prend une mine boudeuse; un jeune garçon debout, une jeune fille modeste, des vieillards et des matrones expriment toutes les nuances de l'attention recueillie. La couleur de cette toile égale la science de la compo^ sition.
N® i8i. — C'est un embrasement que le Soir de M. Belly. Tout le soleil d'Egypte ruisselle sur ce paysage^ et jette sur Parbre qui occupe une partie du tableau, des lueurs d'incendie. Nous n'osons critiquer cette lumière ivitense^ car il nous semble qu'on n'oserait la rêver si on ne l'avait pas vue; sans nul doute, ce prodigieux coucher de soleil a été saisi par l'artiste dans quelque site d'Egypte; mais quelque puissance que tious reconnaissions dans cette toile, nous lui préférons le Canal de Mahmoudieh à Alexandrie. Le
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ton général est plus calme^ et la vigueur de coloris de l'artiste s'affirme sans aucune etagération.
N* 339. — M. Brandon nous donne, outre son Portrait du fils de M. Octave Feuillet^ un Atelier pari^ sien, qui n'est autre que celui de l'artiste lui-même. On reconnaît aisément l'expressive physionomie ^de l'auteur du Moïse; il s'est représenté au sommet d'un échafaudage^ recevant ses pinceaux des mains d*une jolie fille habillée en Italienne. Les groupes de visi* teurs^ de curieux, de modèles sont bien agencés; les meubles et les détails sont traités avec soin, d'une façon ample et sans mièvrerie. Nous aimions sans doute mieux la Synagogue de Tan dernier, et cependant nous nous tenons pour très-satisfait.
N® 159. — Lt Louis XVII au Temple de M. Baume est fort sympathique. Il faut savoir gré à Tauteur de cette jolie page de s'être contenté d'une grande sobriété de moyens. La tranquillité d'aspect de ce tableau ajoute à ses qualités d'expression et de dessin. Rien d'affecté ni de cherché, mais un^sentiment profond^ rendu avec une simplicité parfaite: il n'en faut pas plus pour émouvoir et pour plaire.
N** 3o2r3o3. — La pastorale de M. Bouguereau est charmante dans certaines parties; les têtes d'enfant et celle de la jeune femme vêtue de rouge sont ravissantes^ mais le paysage semble un peu négligé. En revanche, les Enfants endormis désarment la critique la plus sévère. Ces deux jolies créatures ont enlacé leurs membres potelés^ leurs fronts se touchent; les chairs sont à la fois fermes et rosées, on voudrait dévorer de bai-
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sers les pieds et les mains de /ces anges. M. Bouguereau n'a jamais peint plus aimable sujet avec une faci<* lité et une grâce pareilles. La beauté, l'innocence^ le charme de l'enfance, dans toute leur perfection^ sont répandus sur ce groupe; on regarde, mais on ne passe pas, on s'arrête*
N* 253i. — Des tapisseries anciennes, de belles armures, un bouclier en ronde-bosse^ des faïences persanes, des cofifrets et des plats d'émail étincellent dans les Curiosités de M. VoUon. C'est une grande toile, très*décorative^ et dont certaines parties sont merveilleusement réussies. L'ampleur et Tart régnent dans ceidésordre, c'est un Desgoffe plus largement peint et de moins froide apparence.
N*» 2 583, 2584. — La Partie de Plaisir à Venise est une page colorée^ chaude et charmante. La mer est belle, la proue des navires sculptée et dorée comme une pièce d'orfèvrerie, brille sous les rayons à demléteints du soleil, dont le reflet colore de pourpre les palais et les voiles. Une galante réunion de cavaliers et de belles dames s'apprête à écouter^ sur les flots de l'Adriatique, les harmonies des violes et des voix confondues. La Vue du vieux Port de Marseille a le même éclat rougeâtre, rutilant; peut-être la blancheur des maisons semble-t-elle un peu crue; mais u(ie fois qu'on a étudié et admis la façon qu'a M. Ziem d'interpréter les marines, et qui leur communique un genre tout spécial^ il ne reste plus qu'à louer l'habileté de foire de l'artiste et la richesse de sa palette.
N* 2567. — UEsta/ette poursuivie de M. Henri
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Winser se fait remarquer par une grande énergied'ezpression. Le sentiment et l'action sont tellement peints qu'on ne s'aperçoit pas des négligences du dessin. La couleur est tranquille, le paysage d'accord avec Ten^ semble du sujets et certes cette œuvre n'est pas d'un artiste vulgaire.
N*" 345-346. — Il n'y a point de petits sujets pour un maître. M. Jules Breton le prouve chaque année. Quelle poésie sincère dans les robustes filles qu'il nous montre^ poursuivant leur pénible labeur avec la séré«nité habituelle aux gens de la campagne! La Récolte des pommes de terre ^ tel est le sujet choisi par Fauteur de la Fin de la journée. Deux femmes $ont dan$ un champ; l'une^ debout, tient un sac de toiXe bise; l'autre^ agenouillée^ vide dans ce sac les pommes de terre qui remplissent son panier. Comme cette grande fille garde le calme d'une forte et placide naturel R|en de cherché^ de prétentieux dans son attitude ni dans son geste. Elle fait ce qu'elle £ait simplement, et cette sérénité donné à toute sa figure une sorte de majesté champêtre. Le front hâlé^ les mains rudes, les pauvres vêtements ne nuisent point au charme général; 1^ couleur est la couleur de Breton^ c'est-à dire une teinte chaude^ puissante^ et cependant douce à l'œil. En regardant ces tableaux, une bouffée de brise vous souffle au visage, et un rayon de soleil vous réchauffe. — V Héliotrope est plus sympathique encore. Une pauvre fille s'agenouille devant une fleur et en respire le parfum. Avec quelle joie elle s'enivre^ la triste femme, de cette odeur, pénétmnte, suave I On dirait que la fleur comprend la consolation qu'elle donne et livre ses arômes plus purs à cette créature dépossédée! La
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femme trouvera-t-eUe dans un cœur le parfum d'amour dont elle a sans doute soif? Dieu le sait ! en attendant^ Ja fleur lui fait Taumône. Cette page est exquise et renferme tout un poëme.
N' 2275. — Quel effroi dans ce groupe de chevaux valaques'y comme le poil frissonne^ comme les jarrets plient, comme les naseaux hument l'air^ comme les narines s'ouvrent frémissantes! Les loups sont là, et les chevaux poursuivis ont regagné leur gîte, sautant par-dessus les barrières qu'ils brisent, se tenant les uns contre les autres pour se protéger contre l'ennemi. L'ensemble de cette toile est fort beau, d'une teinta triste; le paysage a des tons roux; la nature est morte, et les bruyères sèches; c'est l'hiver déjà, mais l'hiver sans neige encore. Cette belle toile n'ajoute pas à la réputation si bien établie de M. Schreyer, mais elle la confirme.
N°' 208-209. — Comme ces belles bêtes paissent avec tranquillité près de VÉtang de Quimerc'hy comme les nénufars s'étendent tranquillement sur la nappe d'eau^ dominant des îlots de verdure et de fleurs! Les grands joncs, les arbres, se mêlent avec une harmonie puissante et douce ; les fonds sont charmants, le ciel vrai. Rien à redire dans cette page, digne sœur du Sentier dans les genêts Avec quel charme sont rendues ces touffes d'un vert intense, puis ces bruyères violettes, qui souvent changent la landeen un parterre ! M. Bernier comprend admirablement les paysages de Bretagne^ tristes parfois comme une steppe, quelquefois aussi charmants qu'un jardin, et exhalant je ne sais quel parfum spécial, qui n'est
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peut-être que la poésie de cette contrée. Rien de chaud comme ce coucher de soleil; les lointains excellents fuient bien, les arbres vigoureux n'ont pas de crudités de tons. La note est d'une extrême justesse dans cette toile^ et M. Bernier n'obtiendra cette année que de justes éloges.
N«* 587-588. — La réputation de M. Corot est depuis longtemps établie ; sa manière, nous ne dirons pas de rendre la nature^ mais de l'interpréter, trouve des partisans, nous dirions presque des admirateurs. La brume à travers laquelle il aperçoit ses paysages, leur communique un aspect demi-fantastique, qui fait rêver certains esprits. Il ne faut pas discuter la couleur de M. Corot : elle n'existe pas. Mais ces grisailles, qu'il peint avec une grande facilité et beaucoup de charme^ ne manquent pas de grâce. Le vague des contours ne messied pas à ces toiles qui .semblent représenter les paysages d'un monde inconnu au milieu desquels on s'attend à voir apparaître des fantômes. Dans le Purgatoire^ si Dante eût créé des sites en rapport avec la tristesse des âmes exilées du ciel, il les eût rendus dans cette gamme poé^tique, indécise^ où le brouillard du matin se nuance à peine d'aurore, où le crépuscule ne garde qu'une teinte à demieffacée du couchant. Le Matin à Ville'iPAvrayy et le 5ofr, sont deux spécimens réussis de la manière de M. Corot. On dirait même que cette année il a voulu un peu chauffer la gamme de sa palette.
N°* 1225-1226. — M. Heilbuth est connu par un grand nombre de succès dus à de fines toiles représentatit des scènes oU des monsignori et dçs abbate
jouaient le principal rôle^ et dont la finesse d'expression^ le soin dans le dessin, la délicatesse dans la pein* ture faisaient de M. Heilbuth un artiste hors ligne; cette année, il révèle des qualités tout à fait nouvelles, qui semblaient en dehors de ses moyens, et nous donne des toiles^ dont l'une surtout est un des meilleurs tableaux de Tannée. Le portrait de madame Clqy de Seymer^ conçu dan^ le genre des portraits de Rembrandt, et peint avec, une largeur de maître^ est un chef-d'œuvre, laissant bien loin derrière lui les por-* traits soignés, léchés, aquarelles qui attirent la sympa* thie des jolies femmes, enchantées d'être représentas avec un teint de porcelaine et des yeux d'émail, mais dont les amateurs de grande peinture ne sauraient faire beaucoup de cas. Voyez, à côté de toutes ces femmes en parure de bal, bien régulièrement décolletées par une robe sortant des mains d'une bonne faiseuse, quel grand air garde le portrait de madame Clqy de Sejrmer. G>mme cette étoffe bleu pâle est douce à l'œil! comme ces anciennes guipures accompagnent bien 1^ poitrine modelée avec fermeté et souplesse, et les mains d'un beau galbe! Comme cette tête blonde est s#uriante, spirituelle et mutine! combien sont amplement traités les plis du manteau bordé de fourrure : certes, voilà un beau, un magnifique por- .trait, comme en rêveraient les femmes douées d'une beayté intelligente, comme les amateurs en souhaiteraient pour leur galerie. Cette toile, peinte hier, a déjà la consécration du temps. On la dirait datée de deux siècles; la main d'un maître l'alignée. Le Jo^ est également d'une grande puissance de couleur et d'une copçiposition heureuse dans sa simplicité. L'arabe Job, nu comme à l'heure maudite où il sortait dy sein dç $9
mère, décharné par la douleur, rongé par les vers^ reçoit la yisite de ses amis. L'un d'eux debout, fièrement drapé dans des habits magnifiques, doit traiter durement réprouvé de Dieu, car Job, en l'écoutant, baissa la tête ; le second ami du malheureux observe avec curiosité le visage du vieillard et cherche à deviner ce qui se passe au fond de cette âme, qui, avec celle de David^ jeta les plus profondes lamentations humaines; l'ironie se mêle à la curiosité] dans un moment il raillera sans pitié le héros de la patience. Lé troisième s'absorbe dans la méditation et se demande sans doute sur quelles certitudes humaines Thomme peut fonder son bonheur^ puisque le riche, le fortuné Job, est tombé à ce degré d'abaissement. La couleur d'ensemUe de cette toile est harmonieuse et chaude; Après avoir donné ces deux œuvres eties avoir vu apprécier à leur valeur par le public, nous ne croyons pas que M. Heilbuth revienne à sa première manière; il vient de trouver sa véritable voie.
N°» 1 071- 1072. — M. Gérôme s'est çnnuyé sans nul doute des éloges que pendant longtemps ne lui ménagea pas la critique. Après avoir fait le Duel de Pierrot et le Prisonnisr arnaute, qui furent pour lui deux succès, il échoua dans la Réception des ambassadeurs Japonais, et put entendre plus de blâmes que de louanges au sujet de sa Cléopâtre. La Mort de César eut ses détracteurs^ mais elle trouva des partisans. Jusqu'à cette année enfin^ Gérôme n'avait pas su ce que c'est qu'un échec; cette fois^ il a envoyé une mauvaise toile, Jérusalem^ et commis une mauvaise action en exposant le 7 décembre 18 ï 5, neuf heures du matin.
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Il est des sujets qui tiennent encore trop â l'histoire contemporaine, et qui font tressaillir trop de fibres douloureuses pour qu'on ose les représenter. Mais s'il prend à un artiste la lugubre fantaisie de reproduire un fait tel que l'exécution du maréchal Ney^ il doit au moins se souvenir des services rendus par cet homme et de la bravoure qu'il a jadis prouvée^ pour lui accorder cette grâce dernière de le montrer mourant en brave. Nous eussions compris Ney en face du peloton qui s'apprête à faire feu; Ney^ calme et impassible^ tandis que les soldats, esclaves de leur consigne^ mais douloureusement émus, détournent la tête avec douleur et semblent reculer devant l'horrible tâche qui leur est imposée. Quelles figures énergiques eussent trouvées pour un pareil épisode^ les Charlet, les Bellangé ! M. Gérôme a refait sa Mort de César ^ moins la grandeur propre au personnage romain^ et au milieu dans lequel il se trouvait. Le maréchal Ney est couché dans la boue^ la face contre terre^ non loin d*une muraille^ rayée par la main des enfants. Le drame est fini 'y les soldats exécuteurs s'en vont au pas de tharge ; Toffîcier seul se retourne comme pour s'assurer que le cadavre ne bouge plus. Ce qu'il pouvait y avoir de grand^ d'humain^ de difficile dans cette scène du 7 décembre 181 5 est escamoté : nous avons un homme Xovobè à terre, rien de plus; qu'il ait été renversé par un accident, qu^il soit abruti par Tivresse, cela est fort possible; le tableau ne présente rien qui mette le public dans la confidence du sujet. Il s'agit d'abord de deviner une énigme. C'çst un grand défaut assurément; et ce n'e$t pas le seul» Maintenant, on peut reconnaître une grande habileté de dessin dans le raccourci, en blâmant les tons trop propres du chapeau et des ha-
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bits du maréchal. Ce tableau est^ en somme^ une défavorable note pour M. Gérôme. Il ne se relève guère de cette chute dans Jérusalem. Même recherche non mo* tivée : trois découpures en façon d'ombres chinoises sur un sol pierreux ; une troupe de* soldats qui se perd dans le ravin, et disparaît sous de maigres oliviers : voilà tout! QjQoi 1 M. Gérôme n'a trouvé rien de plus sur le Golgotha, que l'ombre indécise de trois gibets occupant les premiers plans de son tableau l Parti pris, direz-vousj originalité : soit f Mais alors il pouvait prendre sa revanche en peignant avec les qualités de finesse qui le caractérisent les soldats de Pilate^ quittant le Calvaire après la mort de Jésus. Que M. Gérôme ait hésité à peindre la figure du divin Crucifié^ nous le comprenons; mais ce que nous admettons beaucoup moins, c'est qu'il ait supprimé l'escorte^ et n'ait montré dans ce tableau que des roches jaunâtres et quelques silhouettes à peine ébauchées. M. Gérôme a une revanche à prendre; et il possède assez de talent pour la rendre digne de ses anciennes oeuvres.
N® 1234. — Une tête charmante, que le portrait de madame F. D,, par M. Heiner. On sent, dans la manière dont les teintes sont finement graduées, une recherche de la façon de Léonard. Les tons sont fort doux^ et cependant toutes les valeurs sont rendues.
N* 1 260. — Une gentille scène allemande, composée avec une naïveté qui fait passer sur les négligences du paysage. Un grand-père tend à sa petite*fille un vase dans lequel Penfant boit avidement. Le naturel de la pose et la simplicité de cette toile la rendent fort agi^able.
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N^ 5 17. — Les Brûleuses de varech, en Bretagne, de M. Claîrin^ sont d'une grande énergie. Les types accentués^ éclairés par le feu nocturne^ ressemblent aux figures des sorcières qui traversent les drames de Shakespeare. Le mouvement qui règne dans cette toilCj son fantastique aspect et sa. couleur énergique en font une page devant laquelle on s'arrête avec plaisir, et qui atteste de consciencieuses études.
N* 2448. — Cette partie de la ville de Venise y vue à l'heure où elle s'éveillait pour la joie^ est une belle page architecturale. Les palais à balcons sont traités avec beaucoup de soin, et l'ensemble a de la grandeur sans affectation et de la couleur sans excès.
N* i363. — On assure que cette Médée est l'œuvre d'un jeune homme. En ce cas, nous pouvons féliciter M . Klugmann ; la figure de la reine respire une sombre énergie ; en considérant les deux enfants qui jouent gracieusement à ses pieds^ elle n'éprouve ni pitié ni remords; la passion qui lui remplit le cœur ne lui per* met plus même de sentir ce que la bête fauve éprouve pour ses petits. Encore Une minute, elle en aura fait deux cadavres. Le corps de Médée est grassement peint; les draperies amples et la couleur sobre. C*est^ en résumé, un excellent début.
No» 1 356-1 357. — i Deux printemps sur cette toile; les marguerites de l'herbe^ humides de rosée, fraîches épanouies^ et Marguerite^ une blonde enfant qui, comme les fleurs, fait sa toilette dans les champs. Les bras relevés au-dessus de sa téte^ elle essaye de tordre août le peigne Is chevelure blonde qui couvre ses
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épaules, et elle sourit avec une coquetterie naïve. L'arbre^ les fleurs et la jeune fille, tout est frais et charmant^ tout est dans le matin de la vie et le matin de la journée. C'est une idylle ravissante dont le charme vous pénètre. La Marguerite de M. Jundt est une adorable page. Il n'a point sacrifié la figure au paysage^ ni le paysage à la figure. Tout se vaut et tout se fait mutuellement valoir. V Heure de Poffice a un charme plus sérieux. La mère va partir pour l'église, et Taleule tend l'enfant à la jeune femme qui donne un baiser à la mignonne créature. Les types sont d'une grande douceur et d'une grande vérité, et, comme dans Marguerite^ la couleur est fort belle; ces deux toiles sont fort appréciées. i
N** 1623- 1624. — Au premier regard que l'on jette sur ce^ deux toiles^ on est tenté de les attribuer à M. Manety et alors on constate, chez l'auteur d'O/^mpia^ un incontestable progrès. Mais le livret nous apprend que le portrait de mademoiselle"^**, dans lequel on remarque les blondes d'une mantille fort réussies, et Après le duel, énergique étude dont quelques parties ne sont pas sans valeur,doivent être attribués à M. Los Rios; nous ne pouvons guère apprécier cette peinture sans moelleux, ces partis pris de vigueur, ces affectations que certains critiques tolèrent et louent même quelquefois ; M. Los Rios pourrait mieux faire; la vue des tableaux de M. Manet l'a entraîné dans une mauvaise voie. Quant à M. Manet, il a exposé le portrait de M. Emile Zola : il devait bien cela à son féroce champion.
N* 1237. — On trouve de fort beaux types de fem*
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mes dans rtnstruction religieuse dans une famille juive, de M. Herbsthoffer; cependant, à ces tétei fines aux yeux pleins de langueur^ à ces costumeà d'une grande richesse et peints avec soin, nous préférons la partie gauche du tableau. Les figures d'hommes sont traitées d'une façon plus savante et plus large. Il y a réellement un grand talent et des qualités de coloriste chez M. Herbsthoffer.
N"^ 1088. — La scène représentée dans le Mariage in e^tremisy est fort touchante et rendue avec une grande simplicité. Auprès du lit d*un jeune mourant est agenouillée une jeune femme ; elle a amené le petit enfant, qui ne comprend rien à la gravité de ce qui se passe; la vieille mère pleure; les officiers^ amis de Tagonisant, ont de belles et expressives têtes. On ne peut regarder ce tableau sans se sentir ému. Aucun personnage n'est inutile dans ce drame de famille; chacun garde la physionomie qui lui est propre, et concourt à Tensemble de l'action. Ajoutons que la couleur de M. Girard est sobre et douce.
N** 1587. — Vous souvenez-vous du Passage du Guéj de M. Lévy? Comme les critiques et le public applaudissaient de bon cœur, et combien était grand k succès de cette toile ! Cette année, les Lilas et l'Arcen-ciel sont loin d'être un progrès. Les idylles de M. Lévy sont précieuses comme des pages dtPAstrée; ces figures un peu maigres, allongées, manquent de vie et de. solidité; le paysage, un peu cru de ton, fatigue l'œil. Il règne dans ces toiles une apparence depor^ cekine désagréable. On louerait peut-être la grâce d'en« semble^deces idylles, malgré leur prédosîtéj chez un
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autre artiste que M. Lévy ; mais il nous, avait doooé une œuvre trop charmante pour qu'il ne fût point p^r* mis d'attendre mieux encore de lui cette année. Qu'il s'en souvienne bien : dans l'art^ qui ne progresse pas^ recule.
'N^ 1570. — La scène est bien composée et interprétée avec talent. Le mort est couché dans le lit clos; la famille est réunie dans la salle, avant l'ensevelissement^ la douleur respire sur tous les visages; les enfants eux-mêmes deviennent graves devant les larmes des parents, et l'appareil funèbre qui se déploie. La couleur de la toile reste dans une gamme d'accord avec le sujet; M. Eugène Leroux n'a jamais mieux fait.
N** 1758.^ — M. Méry a certainement du talent; il suffit de voir son panneau décoratif, le Cerisier^ pour en être sûr. Mais, pourquoi a-t-il forcé la lumière sur la grande plante, qui s'étale au pied de Tarbre? Il est impossible qu'elle se trouve éclairée d'une façon aussi crue; à part ce défaut , la toile serait charmante. M. Méry a le sentiment de la nature^ il lui suffit de le garder juste sans l'exagérer.
N* 1397. — La touchante figure de Louis XVII a, cette année^ bien inspiré les deux peintres qui l'ont traitée. M. Lafon expose un tableau, plein de sentiment. Le royal prisonnier est debout, près de Simon endormi; ses yeux bleus se lèvent tristement; il n'est pas aussi avant dans l'abîme de la douleur que celui de M. Baume. 11 garde encore quelques vestiges de luxe^ et sa chemin e^t garnie dç pn^cieusi^s dentelles; peut-
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éifè cOti&erve-t-il une lueur d*espérance. Un sentiment profond rend cette toile sympathique.
N*^* 1743-1744. — M. Mélin tient ufï vrai succès avec ses belles têtes de Chiens vendéens^ èï vivantes et si largement traitées. Jamais le talent de cet artiste ne s*était aussi sincèrement accusé, et jamais il n'avait donné d'une façon aussi puissante la mesure de sa valeur. Ses Chiens terriers se battant sont également une excellente toile, pleine d'énergie et de science.
N" 1783-1784. — Mademoiselle Moisson-Desroches a exposé une toile qui, chez une jeune fille, indique de viriles qualités de talent. Le sujet choisi par l'artiste est fort dramatique; la princesse Farrakanoff s'était enfuie en Italie, dans la crainte que l'impératrice Elisabeth de Russie la fît mettre à mort; celle-ci envoie son favori à la rechefche de la princesse en lui intimant l'ordre de s'en faire aimer. Il était beau et séduisant; il voulut plaire, il y réussit. Ayant attiré Tinfortunée jeune fille sur son vaisseau^ sous prétexte de lui donner une fête, il fit mettre à la voile, et la princesse, livrée aux mains de son ennemie, fut jetée dans une casemate. Elle y périt à dix-huit ans d'une terrible mort. Mademoiselle Moisson-Desroches s'est inspirée de ce dramatique épisode, et a représenté la malheureuse captive tentant d'échapper au flot qui monte ftans cesse. L'efTroi de la mort est dans ses yeux ; elle se cramponne à la porte dé son cachot et appelle au secours. Cette toile est irès-vivante et d'un ton excellent. L'étude, le Chapelet, est fort bien traitée et indique chez Tartiste une grande souplesse de talent.
N** 1716-1717. — Une mer bleue, limpide^, une vraie mer que celle des Bords du golfe Juàn et du Cap d'Antibes, Toutes les transparences, tous les jeux des vagues avec leurs teintes variées, leurs franges d'écume, leurs courses le long des roches, sont rendus avec un grand bonheur par M. Masure.
N<» 1782, — Cette tête d'Ophélie est fort remarquable. Dans le regard delà fille de Polonius a passé la folie d'Hamlet; et pourtant ils gardent les vestiges d'une lumière intérieure. La peinture est solide; la robe de damas blanc largement peinte, et les fleurs fraîches, humides et vivaces; cette toile fiait grand bon» neur à M. Mary.
N° 1752. — Le Matador de M. Mérino est bien campé. Il est complètement dans le personnage de son rôle. L'iattaque lui plaît; il aime la bataille; mais il préfère encore à la joie de pourfendre son adversaire^ celle de raconter ses exploits devant ceux qu'il espère intimider par son nom seul, et sa façon de porter la main à son é^ée.
N° 1841 . — M. Charles Muller a traduit cette phrase de Shakespeare dans Othello : -^ c Ne me parlez pas, Emilie^ je ne puis pas pleurer, et cependant je ne sau* rais répondre que par des larmes. 3 •— Desdémone semble accablée; ses yeux sont rougis et gonflés des pleurs qui ne peuvent jaillir de ses paupières ; elle se sent perdue^ sans savoir comment elle a mérité de l'être, et l'innocence de son âme ne réagit pas assez sur elle pour la soutenir. Elle s'abandonne à sa destinée de femme qui ne fut forte que pour l'amour, qui sut
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latter pour le défendre, et poourut d'un aoup^on^ plus encore que de la brutale étreinte d'Othello. Ce tableau est plein d'un sentinient profond; il est fort émouvant dans sa simplicité ; la tête de Desdémone est expressive^et les étoffes de l'ameublement, comme celle de sa robe, sont rendues avec un grand soin.
N* 2001. Le Culte des Ibis^ de M. Pinchard, est une composition très-originale et très^bien peinte. Les chairs sont vivantes, la pose vraie; cette jeune fille attentive à nourrir les ibis sacrés qui viennent prendre le miUet qu'elle leur tend, n'a rien de connu et de commun. Ce type étrange a été saisi avec une grande exactitude^, une. grande justesse et une sorte de charme étraQge et sauvage.
N" X72-171. — Cette toile est un souvenir et un héritage; elle est en même temps une sérieuse promesse d'avenir; La signature est double. La mort, fit tomber le pinceau des mains d'Hippolyte Bellangé, avant qu'il eût eu Je temps de finir son Episode de l'Aima; son fils Ta relevé pieusement, et, s'inspirant du taleat si individuel et si sincère du grand artiste, il peignit et acheva l'œuvrei à. peine commencée. L'artiste a choisi le mofoent de la bataille où le 39* régi-ment de ligne arrive au secours des ^ouaves ; le mouvement de. la troupe est excellent. Tout se tient dans cette.bdllfr toile; Fair circule^ l'horizon fuit; la fraîcheur du matin se devine, et l'on sent croître la lumière d'une brillante matinée de septembre; le ton du taljeto est' sobre, comme il convient à un maître. *-H. Bellangé avait l'art de graduer ses effets avec une scienee infiniei; ainsi qt;ie dans le tableau précédent,
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Eugène Bellangé nous a prouvé, par le Combat de PalestrOj qu'il était le digne élève de son père< La prise du pont, racharnement de la mêlée sont rendus avec une remarquable énergie. Les actions partielles ne distraient pas l'œil du mouvement général et de Tensemble de la composition. Ici encore^ M. Bellangé a triomphé d'une difficulté considérable, en montrant à travers la fumée de la fusillade bien nourrie et de la vapeur qui s*élève du canal^ un coin de paysage parfaitement réussi. Certes^ cette page importante devant laquelle se pressent les amateurs, nous prouve que, si l'artiste n'a plus à ses côtés le maître dont il reçut les leçons, il a retenu ses conseils^ et tient à honneur de nous donner à son tour un Waterloo ou quelque épisode du Retour de Russie. Guidé par le jury de peinture^ l'empereur se serait, dit-on, longuement arrêté devant k tableau du jeune artiste.
N* 365. — Quelle poignante élégie trouvée au coin d'une rue par un soir d'hiver ! Qu'elle .est rendue avec une vérité désolée ! La Petite mendiante s'est assoupie dans les larmes en offrant d'une voix brisée les cahiers de chansons qu'elle tend en échange de l'aumône. L'expression de ce regard souffrant est pleine de charme, les extrémités sont d*une grande correction; les haillons se drapent bien sur un corps malingre. M. Charles Brun peut continuer à donner de semblables toiles^ il ne doit pas craindire de rester incompris.
N« 2000. — Sibylle 4f C levés haranguant les défenseurs de Wittemberg fait partie de cette liste trop ncKDbreuse de tableaux qui prennent le pastiche pour
un art| et le moyen âge pour Tépoque oti le génie de la peinture dit son dernier mot. Nous nous bornerons à conseiller à M. Pille de faire un meilleur usage de son talent. La façon dont il a interprété certaines figures et peint les armures de ses soldats, prouve qu'il possède de l'expérience; et nous espérons qu'il ne s^en tiendra pas à copier des scènes qui restent incomplètes par le seul fait du parti pris qui les inspire, et qui manquent à la fois de solidité, d'air et de vérité. Un artiste n'est pas seulement obligé de bien faire, mais encore il est tenu de faire passer dans ses œuvres toute la force qu'il possède et toute Tintelligence dont il est doué.
N* 1966. — Les Chèvres de Joseph Palizzi sont bien les plus fantasques chèvres du monde ; elles passent au-dessus des précipices, s'accrochent aux fentes des roches, sautent par bandes, grimpent^ s'élancent en bonds légers^ effrayant le berger qui vainement les appelle. Un groupe surtout^ mis en pleine lumière, est d'une grâce ravissante. Les tons ardoisés dominent peut-être un peu dans une des parties du tableau; mais^ en dépit de ce léger défaut^ il est séduisant au dernier point/ et prouve que M. Palizzi tient à garder la place qu'il a conquise.
[•2o3i, — Le Portrait de la baronne de P... a doublement bien inspiré le père et l'artiste, M. de Pomeyrac. Le modelé des chairs, la finesse de l'expression^ le soin avec lequel les mains sont traitées^ font de cette page une œuvre excellente. Le satin de la robe rappelle les étoffes de Breughel de Velours et de Terborg.
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N^ 2554. — La Rentrée du bois de chauffage est une bonne toile^ simplement conçue^ exécutée avec art, point trop léchée^ point trop réaliste non plus. Les robustes bétes attelées à la charrette méritent de grands éloges. On ne saurait trop louer le soin avec lequel sont traitées les jambes du cheval blanc, frappées par la lumière. Le paysage est d'un ton excellent. On est^ du reste, habitué à ne trouver signées du nom de M. Otto Weber que des toiles consciencieuses et d'une réelle valeur,
N^' 1666-1667, — Nous disions» au début de cet article, que l'Exposition de 1868 nous ménageait des surprises, et qu'il nous était donné de constater pour plusieurs artistes de légitimes succès obtenu&dans une voie complètement opposée à leur manière habituelle. M. Marchai est un des plus heureux parmi les chercheurs qui> non contents d'un succès fait, reconnu^ acclamé dans un genre qui leur était propre^ tiennent à prouver qu'ils ne sont cependant pas vo\xés d*une façon si absolue à La reproduction de certaines scènes, que l'indication du sujet devienne synonyme de leur nom. M. Marchai avait conquis une place à part, en représentant des Foires aux servantes^ des Fêtes de village^ des intérieurs d'Alsace. Cette année, entraîné peut-être par le mouvement qui, de la littérature gagne l'art lui-même, il a renoncé à ses paysanneries, et sous le titre de Pénélope et Phrjrné^ il a exposé des toiles devant lesquelles s'arrêtent les curieux et surtout les curieuses. Ce n'est point au pays de la Grèce, dans l'odyssée de la chronique galante du pays qui divinisa la beauté sous le nom de Vénus, que l'artiste a choisi ses héroïnes : Pénélope et Phryné sont deux Parisiennes.
La première est une jeune femme au visage paisible^ aux cheveux lissés avec soin, à la robe montante^ qui^ dans un milieu élégant ^t cabne, travaille à sa tapissfsriej sans inquiétude du lendemain, sans préoccupa-» tion de l'avenir. Son visage est reposé, sa main élégante ne se liâte pas en tirant la laine; un, sourire s'esquisse sur sa bouche honnête et rose. Sa vie est fixée de façon à la satisfaire. On devine qu'elle ne lit point de romans mauvais, qu'elle ne connaît point de femmes légères. On ne voit pas le mari dans ce chaste intérieur, et pourtant, en ce moment^ elle y songe, et peut*étre la. bande de tapisserie qu'elle achève est-elle destinée au fauteuil qu'elle choisira pour lui. Tout un petit poemede bonheur conjugal est sous-entendu dans cette toile, La candeur de la comédie bourgeoise d 'Augier s'y mêle à la coquetterie des ménages de Gustave Droz; cela est fin^ honnête et charmant. .— A côté^ une belle fille^ les épaules et les bras nus, les cheveux d'un factice roux vénitien, ébourifles sur son front basj relève d'une façon irritante sa jupe de velours npir, et laisse voir le bas de soie blanche bien tiré, et la fraîcheur immaculée d'un fouillis de précieuses dentelles^ Elle est coquette^ non pas comme Célimène qui élève sa- traîtrise à la haJJteur de l'art, mais comme la Phiyné du dix-neuvième siècle, cette dame aux camélias! — Les deux toiles ont été achetées, dit-on^ le ma* tin même deTouverture de TExposition, par un Américain enthousiaste, qui les a payées en Américain : 3o,6oo francs.
*> N" 1959-1960. — On serait bien embarrassé pour décerner la palme à l'un de ce^ portraits^de préférence à Tautre* Le caractère de beauité des deux jeunes fem-
qui ont posé devant M. Pérignon, et celui de leurs toilettes, sont compléteinent opposés. L'une, blonde, est vêtue de bleu; l'autre, brune, est habillée de velours nacarat. Cette variété de carnation et de costume a permis à l'artiste de prouver une fois de plus la souplesse de son pinceau. Les chairs sont également vi*vantes dans leur blancheur comme dans leur chaude coloration; quant aux étoffes^ elles gardent des plis amples, des reflets doux, et se drapent avec une moelleuse harmonie.
N* 2070. — La Grande halte de M. Protais se fait remarquer par toutes les qualités habituelles à cet artiste. Le bois, sous le couvert duquel les soldats se reposent, est plein de gaieté^ de lumière et d*air frais. Les groupes de militaires pittoresquement disséminés sont variés d'attitude; on sent réellement la foule dans cette halte; quelques soldats accablés de fatigue s'étendent sur la mousse^ d'autres sont assis en rond; les uns fument^ les autres enlèvent l'habit trop lourd; las et rompus de la marche, ils savourent le repos avec la jouissance de l'être qui s'étend dans l'herbe haute. Aucune note criarde ou fausse dans ce tableau. Nous fai** sons une seule observation. Tous les soldats sont jeunes, trop jeunes, et gardent entre eux une vague ressemblance. Il manque, au milieu de ces conscrits^ les chevronnés, brunis par de nombreuses campagnes; il manque le grognard, le vieux troupier, le soldat de Charlet et de Bellangé. — La Prière à bordy souvenir de Solferîno, est une composition paisible ; les énergiques figures des marins, le visage des mousses, respirent le recueillement de la prière, tandis que l'aumônier élève vers le ciel la pensée de ces hommes que
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l'ennemi attend, que le danger guette^ que la siort menace. Nous n'avons que des éloges à donner à cette <:ompositîon d'un jet sévère, mais très-réussie.
N®* 1980-1981.. — Madame Juliette Peyrol a envoyé deux jolies toiles : des Moutons dans les berge^ ries et des Moutons au pâturage; elles sont gaies d'aspect, très-étudiées, et la laine est d'une grande souplesse; madame Peyrol est fille de M. R. Bonheur, c'est-à-dire qu'elle a reçu des leçons excellentes dont ses œuvres font foi.
N* 1235. — M. Hennings a envoyé un Clair de lune à Vérone extrêmement remarquable. La profondeur de cette toile est à perte de vue ; les éclaboussures de la lune dans l'eau produisent un effet fantastique. A mesure qu'on recule^ l'impression s'accroît. Une grande science de peinture ajoute au mérite de la couleur de M. Hennings. Il peint d'une façon large et solide^ n'abandonne rien au hasard, et a le talent de garder l'inspiration du premier jet, tout en soignant chaque détail de sa toile avec une conscience scrupuleuse.
« N^ 1710. — Milan. Une couleur charmante^ des groupes élégamment disposés, des étoffes souples^ des femmes d'un grand type et le général en chef de l'armée d'Italie passant en revuQ^ de son regard d'aigle^ ce cercle de beautés souriantes; tel est l'envoi de M. Masse,qvii $emble.affectionner cette époque de notre histoire, sans doute à cause des succès qu'il lui doit chaque fois qu'il en représente quelque épisode.
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N" 25o2. — Nous aimons moins cette toik que la précédente, quoiqu'elle semble captiver davantage la foule. Nous lui reprochons un excès de fini et de glacis qui lui donne Taspect froid de la porcelaine ; mais on ne peut s'empêcher de reconnaître, dans cette composition, une grâce attrayante, une science pleine de finesse. Si les draperies avaient été copiées sur des mo* dèles vivants, elles auraient aussi, ce nous semble, plus de souplesse; le mannequin sur lequel on les aura placées leur communique quelque raideur.
Plusieurs peintres ont représenté, cette année, la Visite de PImpératrice à Phospice d'Amiens. De toutes les toiles traitant ce sujet, celle de M. Guérie est la meilleure, et méritait justement les honneurs du salon carré. Elle est d'un ton fort agréable et renferme des têtes fort soignées, expressives et bien modelées. La figure du cholérique est d'une douloureuse vérité. Nous reprochons seulement à l'artiste d'avoir fait tous ses personnages un peu courts, par rapport à la grosseur de la tête, mais nous louons l'ensemble du tableau.
N* 2189. -*- Les Fleurs de M. Rousseau sont d'une fraîcheur mouillée admirable. A côté d'une ruche, autour de laquelle les abeilles bourdonnent, se trouve un* grand vase de feïence plein de roses et un pot de grèf débordant de coquelicots. Ce n'est rien; ce semble, mais quel coloris magnifique, quelle souplesse et quelle grâce! quelle intensité dans les rouges, et comme, cependant, rien ne crie, malgré l'opposition des. roses blanche» et des coquelicots! M. Rousseau netfaduisit jamais mieux la nature.
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N* 175 1. — M. Menzel a envoyé une grande toile^ le Couronnement de S. M. le roi Guillaume /*' à Kœnigsberg. On pouvait craindre trop d'éclat ou. trop de désordre dans un tableau contenant un si grand nombre de personnages; mais Tartiste^ bien qu'ayant Ëiit preuve d'un grand talent de coloriste^ n'est pas tombé dans le défaut que l'on avait à redouter. La lumière qui baigne la toile ne blesse pas le regard^ et l'on peut louer en toute sûreté les personnages du premier plan couverts d'un manteau de velours rouge. Les étoffes sont traitées avec beaucoup d'art et de soin, bien drapées et pleines de l'ampleur des meilleurs modèles.
N^ 1 098. — - M . Giraud occupe grandement l'opinion cette année. D'un bond il a prif sa place, et pour être plus sûr qu'on ne le confiondra pas parmi les jeunes artistes de son' âge^ il a choisi un sujet qui ne peut manquer de produire une grande sensation. Le Retour du mari surprend tout le monde. C'est une grande toile^ dont le difficile sujet a été traité avec maestria. La couleur est bonne^ et bien que le costume du jeune homme assassiné se compose de trois tons différents de bleu, rien ne choque le regard dans ce tableau^ qui mérite jes plus sincères encouragements.
N* 1265. — Nous trouvons avec grand plaisir M. Horowitz au salon. Sa Coquette sans le savoir résume toutes les qualités d'habileté^ de dessin et de couleur qui firent si vite une place distinguée à ce jeune homme. L'enfant demi-nue qui se penche vers le miroir et se contemple naïvement, est d'un fini et d'un modelé exquis. Mais quelle couleur suitout dans
les toiles de M. Horowitzl Ses têtes, éclairées à la façon des portraits de Rembrandt^ ont une puissance rare. La touche de cet artiste est magistrale; il ne force rien» ne vise jamais à l'effet^ mais il trouve et fixe le ton avec une sûreté réfléchie. Il y a en lui un grand portraitiste, et il aime trop sincèrement son art pour ne pas vouloir aller plus loin encore.
N* 2196. — M. Rojrbet a pris d'assaut sa place au prenrier rang, Pannée dernière; il oonserve^ cette an* née, les succès précédants* Ses Joumrs d0 trictrac sont dHme fecturt très^arget» et prouvent ciombien peu la dimension du cadre influe sur la grande ou la petite peinture. M.Roybeta le coloris d'un maître. Ses figures expressives ne laissent rien À désirer; rhabillement est traité avec simplicité; il se drape natucellement, donnant â la fois dâ lai^ges plis et de beaux reflets. Cependant^ la partie supérieure de la toile nous semble pi^férable à la partie inférieure; on se demande si ce trictrac ne manque pas un peu, d'aplomb. Mais cette petite tache n'empêche pas le tableau de réunir tous les suffrages. On s'intére»e à l'oeuvre et à. l'artiste. On admire cetteénergie nuJbtrisée sagement et cette sobriété dans^ les efiets, qui atteste autant de goût que de science. M. Rrqrbet a le droit d'être fier» caria sympathie du public lui est firanchement acquise.
N*^a57. *^XsL Romance à te mode est un des suc* oès de Pannée. lamais M. Worms ne rencontra plus de finesse daoâ PexpcesMon, plus d'entente du détail* Le dilettante^ la main sur le cœur, chante avec des nûaftttderies qui appellent les applaudissements. U est acccntfMmév sans mil dpute» à produire un grand
eflet dans les salons où il daigne se faire entendre. Il aime les suffrages et les compliments^ on ne les lui ménage pas. Une des jeunes femmes qui l'écoutent avance ses mains gantées, et veut, certes, qu'il re« marque son enthousiasme. Un homme s'incline sur le fauteuil de sa voisine et lui demande ce qu'elle pense du chanteur. On devine une malice sur ses lèvres roses. Toutes les nuances sont indiquées avec esprit. Les costumes, traités avec soin, sont dessinés avec un grand art. Des tableaux de 1868 qui étalent les modes du Directoire, certes, celui-ci est de beaucoup le meilleur.
N®f 2175-2176. — Il 7 a de la couleur, quelquesuns^ peut-être^ diraient trop de couleur dans les tableaux de M. Rossi. Il la répand avec profusion; mais à part ce défaut, on reconnaît dans ses toiles une faci* lité mouvementée j l'entente du groupe et un entrain qui plaît aux yeux. Le Jeu de la morra renferme des têtes pleines (Fexpression; la dispute est énergique; les deux joueurs sont vraiment irrités^ et le mourement de terreur des femmes est bien rendu.
N* 2307. — Comme IMandatori de M. Sîmonetti sont convaincus de leur importance ! avec quelle majesté suffisante ris traversent la place, suivis par les tambours, précédés et accompagnés par une troupe d'enfants qui rît d'Un rire sonore et gambade avec des mines pleines de malice et de raillerie! La coufeur de cette toile est très-agréable.
!!•• i2-r3e — ' Sîpialon» deux jolies toiles de M. Adam, les Moines dominicains présidant atex
fouilles pratiquées dans P église de Saint^Clément à Romey et la Procession rentrant à Saint^Pierre de Rome le Jour de la Fête-Dieu. Ces tableaux sont pleins de lumière et de grâce. Les têtes de moines sont fort bien peintes, d'une expression juste; le fond^ traité avec beaucoup d'art. Les costumes des prélats ne laissent rien à désirer. Nous ne pouvons qu'encourager Tauteur de ces deux jolies choses.
N* 35o. — M. Briguiboul n'envoie qu'un portrait, cette année; nous étions accoutumés à devoir des toiles capitales à ce jeune artiste qui a conquis si rapidement un rang distingué. Espérons qu'il ne négligera pas la grande peinture, dans laquelle ses qualités spéciales se développent à l'aise. Son portrait, excellent de couleur, bien modelé et d'une exécution sérieuse^ n'est audessous d'aucun de ses précédents envois.
N" 755.-756. — M. Biaise Desgoffe est toujours l'artiste fin et soigneux que vous connaissez. Les détails de chacun de ses tableaux sont traités avec un art exquis. Nul ne sait comme lui rendre les effets de l'agate, les scintillements du cristal, les nuances délicates des émaux : les merveilles que les amateurs entassent dans une vitrine ou groupent sur une table avec un désordre apparent, fournissent à l'artiste le sujet de ces toiles qui se changent elles-mêmes en bijoux. Mais nous préférons de beaucoup celle des toiles de M. Desgoffe qui représente l'aiguière d'agate et la coupe de cristal de roche; les fruits du n* 755 sont un peu froids^ un peu glacés, et manquent de ce velouté qui est comme la saveur de l'œil. Mais dans Fleurs etbijoux, pas une tache^ pas une tare : un diamant.
N<* 965. — Une jolie toile de mademoiselle Ferrère, le Dimanche en basse Bretagne, très-simplement composée et peinte avec beaucoup de grâce. Une vieille femme roulant son chapelet dans ses doigts^ une jeune fille levant vers l'aïeule son doux visage, voilà tout le sujet. Mais les têtes sont expressives, naturelles; la couleur du tableau franche et agréable. C'est une fort bonne composition à joindre aux précédentes faites par la jeune artiste.
No 2484. — Les Remords de Macbeth sont une toile de bonne école, très-énergique et très-originalement conçue. Les mêmes sorcières qui ont crié cette parole : <t Tu seras roi ! » évoquent les ombres de Banquo et de Duncan devant le meurtrier. Cette scène est fort dramatique et traduit éloquemment Shakespeare. M. Véroti, qui est un poète de talent, ne pouvait fair^ autrement que de comprendre un grand poète.
' N®» 785-786. — M. Devers, qui vient d'abandonner Paris pour retourner dans sa patrie, nous a envoyé comme adieu : Un froid de loupy paysage d'un excellent style, et le portrait de Nicolo Passa, peintre céramiste du seizième siècle. M. Devers devait ce souvenir à son ancêtre dans ce que Palissy appelait le grand art de la terre. Une fois de plus,, l'artiste que nous regrettons nous fait hésiter à prononcer s'il n'est pas aussi bon peintre que céramiste habile. Son exposition est excellente, et sur lave, faïence, vitrail ou toile, on retrouve toujours l'auteur des bas-reliefs de Saint- Eustache et de tant d'autres grandes et belles œuvres.
43 LK SAJLON DE 1868
N* 582 -* M. ComiUona ezpotéuoc nature oiorte^ Fruits d'automne^ qui est d'une grande vérité et d*un ton excellent. On voit qu'il copie la nature avec un soin extrême et qu'il cherche à rendre avec simplicité ce qu'elle donne • Il y a évidemment, dans œ tableau, des efibrts dont il faut tenir compte et des espérances d'avenir qui« sans doute, se réaliseront.
N** 608-609. — Il faut dire la vérité à tous; nous la devons au maître d'Oriians, d'autant plus sévère, que son exposition dernière était infiniment supérieure à celle^i. Qui pourrait comparer à la Remise des cheyreuils, qui obtint un si légitime succès^, le Chevreuil aux écoutes de cette année^ et rapprocher la Femme au perroquet dans laquelle, malgré des défauts saillants, on reconnaissait une touche magistrale et une ^piration nouvelle, de P Aumône d'un mendiant à Ornans? Le chevreuil et le paysage qui l'entoure sont mous et sans ressort. Le feuillage n'a ni cette profondeur ni cette grâce que nous trouvions Jans les grandes toiles de Courbet et qui ont fondé la réputation de cet artiste. Quant au mendiant, peint avec des tons sales, et qui semble collé à une toile manquant d'atmosphère^ il n'esta par aucun côté^ digne de la réputation si controversée du maître d'Ornans. L'enfant est meilleur de geste, et d*attitude, mais le ton des chairs est le même; l'ensemble de la toile repousse ^ et le détail ne satisfait pas mieux que l'ensemble.
N« 686. — Le portrait de M"* E. F..., une des grandes beautés de Paris^ a bien inspiré M. Edgar de Gas^ qui, à propos du ballet de la Source^ a peint une toile très -harmonieuse et très-remarquable. Consta-
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tons^ du reste, que cette année le pinceau et le ciaeaa sont fort dignement tenus par un groupe dt gentils* hommes qui tiennent ft mériter une belle place artis»
tique.
No 735. -^ Comme le pompier qui pose devant oe photographe de village est convaincu de l'importance de sa personnel On dirait une scène de Nos bons Vil-lageois prise sur le vif, et transportée sur la toile. Ce petit tableau de M. Dumoulin^ fait simplement et sans prétention^ est fort joli.
No« 739-740. -^ Sumson prisonnier y de M. Dcsportes^ a beaucoup d'énergie. Ce jeune homme a dix-neuf ans, c'est-à-dire qu'il lui reste beaucoup à apprendre; mais il possède déjà ce qui ne se donne point, le senti« ment de la composition et celui de la couleur. Le portrait jointà son 5tfm^oii est d'une extrême ressemblance; nul doute qu'avec des études sériemes» il ne nous donne un bon peintre d'histoire.
N^" 789-790 . — Ce que nous disions des pastiches^ en commençant cette revue du salon, peut s'appliquer à M. Derrieux plus qu'à tout autre, car il possède un véritable talent, fin^ distingué, une touche habile se prêtant à toutes les souplesses, se jouant de toutes les difficultés, et l'on doit regretter de lur voir dépenser des qualités précieuses à reproduire des sujets qui ressemblent à un antique vitrail. Il y a énormément de savoir dans la peinture qui représente la Vieillesse de la Vierge, et dans Cécile et Valérien. Le premier de ces tableaux^ surtout, est fort remarquable; les figures du second nous plaisent moins, mais les armoiries^ les
meubles, les véteikieats sont peints d'une £ptçon par- £iite. Si M. Derrieux mettait cette même habileté, non pas à ressusciter une façon de peindre que nous avons dépassée depuis longtemps^ mais à rendre des scènes vivantes^ il serait certes plus admiré, mieux compris , et au lieu de travailler pour un petit nombre, il arriverait certainement à plaire à tous.
N« 2290. — M. Tissot a du talent, nous ne le contestons pas; sa Retraite aux Tuileries est pleine de détails charmants. Ses en&nts sont adorables et ses soldats fort réussis; mais pourquoi ce premier plan abandonné d'une façon absolue aux pierrots effrontés? La scène eût beaucoup gagné à être rapprochée; cependant, telle qu'elle est^ cette Retraite est charmante.
N»* 1826- 1827.— La Villa Vallombrosa et It Poste tTajffût aux bastarelleSy de M. Enguerrand de Mortmart, sont des tableaux qui ne peuvent rester inaperçus. Tous deux sont d'un véritable paysagiste, bien conçus, exécutés avec goût et avec soin^ et d'une couleur satisfaisante.
N« 77. — Le Four à chaux abandonné y de M. Chauron, n'est certes pas une œuvre vulgaire. La façon dont la lumière est répandue spr cette toile est admirable. A mesure qu'on s'éloigne, l'horizon fuit, et le paysage a des lointains sans bornes. Cette belle toile est malheureusement placée dans une salle où il semble qu'on étudie moins les œuvres des artistes, et pourtant sa place est marquée parmi les meilleures de l'année.
jtÊmtÊt
N* 1817. — Des fleurs bien simples^ copiées avec soin et une grande entente de la nature, forment l'envoi de M. Morin. L'artiste a rendu avec bonheur et simplicité les Premières fleurs que le printemps envoie; elles ont la transparence^ la fraîcheur et le parfum.
N* 2126. — M. Ribot s*est fait un nom et une place 4 part. On ne peut louer sa manière sans réserve, puisque Ribeira, dont il semble avoir à cœur de continuer ridée, avait trop de voulu et de parti pris pour mériter une admiration exclusive. La nature* offre des demiteintes^ et Ribeira ne cherchait que les oppositions du blanc au noir. Il était donc incapable de rendre tout ce qui se présentait à lui; mais on ne peut lui refuser de grandes qualités d'énergie dont M. Ribot emprunte une large part. Et pourtant, s'il voulait sortir un peu de cette école, devenir lui, et se faire un talent personnel nul doute que M. Ribot ne nous donnât encore mieux que VHuître et les Plaideurs, Il règne, dans tout ce qui sort des mains de cet artiste, une grande énergie, une fougue remarquable; il lui testerait seulement à adoucir certaines rudesses, et à' mettre des tons moins durs sur lesquels tranchent' de trop vives lumières. Cette année la toile de M. Ribot a les mêmes qualités et les mêmes défauts; c'est de la large peinture, un peu violente seulement, à laquelle il manque quelque grâce pour la rendre irréprochable.
N®' io54-io55. — M. Jules Géliberta exposé deux toiles fort remarquées, le Coup double et Toutous et gibier. Un grand entrain règne toujours dans les tableaux de chasse de ce jeune artiste. 11 saisit d'une
façon merveilleuse l'expression et Tallure des intelligentes bétes qu'il représente. Ces deux scènes encadrées dans des paysages roux d'automne^ sont charmantes d'aspect, et trés-savamment peintes.
N* 1 538. -« Le Baptême de sauvages aux îles Canaries est fort original; le ix>i agenouillé, vêtu d'oripeaux et de plumeSyla foule de sauvages qui l'entourent attentifs et graves, forment un excellent groupe. Malgré la diversité des costumes et des couleurs, une grande harmonie règne dans la toile. On distingue des types de femmes, ravissants de grftce, avec de grands ^yeux profonds. L'importance du sire de Béthencourt, l'onction de Jehan le Verrier, chapelain, Tattitude du soldat de gauche, tranchent sur l'ensemble calme des naïfs sauvages. Il règne certainetnent beaucoup de force et de goût dans cette composition.
N* i2o5. — M. Hanoteau n'a envoyé qu'une seule toile, le Garde^manger des renardeaux. C'est un dessous de bois magnifique, puissant et sombre d'un côté, éclairé dans une autre partie, extrêmement séduisant, et rendu avec une complète habileté. On reproche parfois à certains paysagistes de peindre de préférence, non point des paysages complets, mais des parties de paysage, et de ne point donner, par cela même, la- mesure de leurs forces. Quant à nous, il nous semble que le talent se prouve autant par la perfection du fragment que par l'étendue de- l'ensemble, et qu'on trouve infiniment plus de charme à étudier un coin de bois comme celui de M. Hanoleau, qu'à regarder une toile d'un horizon plus vaste, mais qui souvent noie de ravissants détails dans les lointains.
■ rlifcl
N"^ 2461. -r- Le petit tableau de M. Benjamin Vautier^ La première leçon de danse au villagey est fort agréable. Le maître semble convaincu de son impor^ tance, les fillettes s'appliquent A placer leurs pieds alertes dans la position indiquée par le professeur^ tandis que plusieurs jeunes garçons regardent ces enfants avec qui, dans deux ou trois ans, ils conjugueront le verbe aimer. Cette toile est charmante et fort harmonieuse de ton.
N*» I io5. — La Mort du Précurseur^ de M. Glaise,
est conçue d'une façon fort émouvante et très^nouvelle. Le plus souvent, l'artiste qui choisissait ce sujet, n'y cherchait qu'un prétexte pour peindre une Hérodiade assez belle pour excuser même un crime, et s'abandonnait à la représentation fantaisiste d'une débauche chez Hérode. M. Glaize a compris cette scène de martyre d'une autre manière. Dans le cachot, au fond duquel Jean expiait les hardiesses de sa parole, le cadavre mutilé est étendu. Le bourreau remonte lescalier, tenant par les cheveux cette tête qui va être jetée aux pieds d'une jeune fille, tandis,qu'un de ceux qui devaient à Jean le baptême présente une fiole dans laquelle on fera couler le sang dont un autre néophyte imbibe des linges. Un esclave semble étonné, ému par cette scène; un disciple de Jean désigne le ciel où l'âme du Précurseur est montée, et des vieillards parais* sent se demander à quel crime s'arrêteront ces hom** mes et quel trépas les fera reculer. Cette toile est petite de dimensions, mais quelle belle et grande peinture I quelle savante couleur! quelle harmonie de tons 1 quelle inspiration simple et forte !
N* 1107. — M. Glaize fils ne dément point son maître; ce Portrait de mademoiselle AT... est fort original. Une fois admis le parti pris de la couleur^ cette toile est charmante. On la dirait trouvée dans une fouille de Pompéi.
N^ 813-814.-:- Mademoiselle Donnier fait bien de ne pas se décourager; nous trouvons cette année, dans son tableau de légumes^ une étude très-sincère de la nature. Les aspergés et la racine de cardons sont fort bien rendues. Nous reprocherons peut-être un peu d'éclat à la couleur^ mais ce défaut s'oublie devant les qualités de l'ensemble.
N® 774. -^ M. Détaille a traité le même sujet que M. Protais, et expose^ lui aussi^ une Halte. Les figures de soldats, peintes avec une grande finesse et variées de types, nous plaisent infiniment. Il y a beau* coup d'observation dans cette petite toile^ qui demande à ^tre longtemps étudiée^ tant elle renferme de charmants détails.
N^ 693. — Un beau, vivant et magnifique portrait que celui de M. Th. de Banville. En le regardant, et sans connaître le nom du ppëte érudit et ingénieux à qui nous devons la Pomme et la Revanche d'Iris ^ on comprend qu'on est en face d'une individualité réelle^ rendue avec un rare bonheur. Point d'affectation dans la manière de peindre^ une grande simplicité de moyens, mais en même temps une inspiration franche et caractéristique. M. Dehodencq fait de bonne et vraie peinture qui dénote dans l'artiste un talent de premier ordre comme portraitiste.
N<> 2100. — Les Sapeurs de M. Regamey sont une page tort remarquable^ à laquelle étaient bien dus les honneurs du Salon carré. Les têtes énergiques des soldats, la belle allure de leurs chevaux, la solidité de la couleur, tout concourt à poser M. Regamey parmi ceux qui attendent l'héritage des maîtres qui firent des toiles de batailles et de la représentation des scènes militaires, de véritables poèmes de nos gloires nationales.
N* 1741. — M. Mestier est destiné à un bel avenir. Ses trois figures de Napoléon III^ de Tempereur de Russie et du roi de Prusse, sont très-belles. 11 s'est tiré avec honneur et bonheur des difiicultés de ce qu'on appelle la peinture ofiicielle, cette peinture qui devient de la peinture historique, quand un siècle en a effacé Tactualité. Le dessin des chevaux est excellent^ la couleur lumineuse sans exagération. Quand M. Mestier concevra et exécutera un tableau de son choix, il donnera^ s^ns nul doute, une œuvre encore plus remar* quable.
N^ 28. — La grande toile de M. Aima Tadema, la Sieste, est une page habileinent faite, pensée, voulue telle qu'elle est. Que M. Tadema ait une. manière à lui, et une façon spéciale de traiter l'antiquité et le moyen âge, on doit l'admettre; mais ce qu'il faut également reconnaître, c'est la science avec laquelle il compose ses toiles, le soin avec lequel il traite les moindres détails. Rien d'abandonné au hasard, dans ce qu'il fait, rien de négligé. La Sieste en. Grèce a trois personnages : un vieillard, alourdi' sans doute par le vin de Chio; un homme dans la force de Page et
5o LE SALON DE 1868
toute la splendeur de la beauté, qui, couché sur un lit de repoSy regarde de ses yeux demi*clos une belle fille qui joue de la double flûte. La musicienne s'acquitte de sa tâche sans enthousiasme d'artiste; c*est une esclave dressée pour l'harmonie, voilà tout; quant à l'homme qui l'écoute, il se demande vaguement si cette jolie créature vaut une dé ses pensées. Les tétes^ les bras sont magnifiques; tes statuettes, les vases et les raisins épars sur la table^ rendus avec une perfection presque trop grande. Il y a dans cette toile de la philosophie et du dessin, de la couleur et de la science.
N*470. — Ce portrait de M. Chaplaîn n'est nul* lement dans la gamme du tableau précédent. Les chairs sont jeunes^ fraîches^ trop fraîches^ peut-être. M. Chaplain abuse un peu des grandes facultés de coloriste qu'il possède; ses toiles et ses portraits sont trop riantSy trop roses ; cependant, celui de madame •** est d'une pâte plus ferme que d'habitude, et il y a beaucoup de légèreté dans les mousselines.
N®» 676*677. — Quel magnifique paysage que le Bois à SèvreSy quelle profondeur à perte de vue, quelle fraîcheur sous ces branches qui tamisent la lumière dont les feuilles s'éclairent mollement : la solitude vous gagne, à regarder cette belle et puissante toile. On passerait à l'admirer de longues heures de rêverie, tant le printemps éclate dans cette fraîche verdure. La Brtfyère à Sèvres ne vaut pas moins, quelques* uns peut-4tre diraient mieux; nous, ne voulons, nous n'avons pas à choisir. M« César de Cock est sérieuse^
PBDfTURB 5 1
ment apprécié, «t ses paysages sont du nombre de ceux que i'on remarque davantage cette année.
N* î 178. — Un horizon immense^ sans arbres, sans
buissons, sans herbe et sans puits» découpant une
ligne aride; le soleil se couchant dans son lit embrasé,
et enveloppant de ses lueurs la caravane qui passe» tel
est le Sahara de M. Guillaumet. Sur le premier plan
de la toile blanchissent les os d'un dromadaire que les
voyageurs heurteront en passant. Triste présage pour
la. caravane! Menace mystérieuse 1 L'océan de sable
n'est pas plus sûr que l'océan humide. Tous deux
foulent des vagues capables de se changer en linceuls;
sur tous deux soufflent des vents terribles, et le simoun
a tué autant d'hommes que les tempêtes. Cette toile
est d'un grand effet; chaude» colorée, baignée dans
des lueurs d'incendie, elle donne une idée exacte du
désert. On le voit, on le comprend, on Taime, on le
redoute, on le sent terrible comme un péril et attirant
comme un abîme.
N«« loSô-iôôy. — M. Paul Gélibert expose deux toiles : Une dernière soirée d'automne y dans laquelle il a mis toute la poésie dont s'enveloppe cette dernière partie de l'année, et toute la mélancolie du jour qui. s'achève, et, un crépuscule du soir en été, encore baigné des lueurs ardentes du jour à peine éteintes, et fondues dahs une harmonie de tons et une dégradation de nuances pleines de grâce. Les moutons dispersés dans le paysage sont traités avec cette science parfaite qui fait de M« Gélibert un de nos meilleurs peintres d'animaux. Il a donné des toiles plus importantes, il n*en a pas fait de mieux réussies.
5 a LE SALON DE 1868
N* 456. — Le portrait de mademoiselle L. de "**, par M. Paul Cellier, mérite de sérieux éloges. Il est certainement un des meilleurs du salon. L'expression profonde de la figure^ la qualité de la peinture, le soin du dessin, une entente juste de la couleur, signalent cette œuvre à l'attention. Rien de charmant^ de sympathique comme ce regard, de gracieux comme ce sourire! Et pourtant on ne sent pas la manière dans ce portrait qui vit, respire^ rêve sans effort. M. Cellier a un grand avenir; qu'il ne se laisse pas entraîner par certaines attractions de succès faciles, qu'il continue à suivre sa voie^ et nous osons prédire qu'il arrivera aussi haut que son ambition peut le souhaiter.
N® 2290. «— Une gracieuse idée inspira cette toile* Tandis que la volupté souriante appelle des colombes pour les désaltérer dans sa coupe, TAmoùr^ que rien ne désarme, ni l'innocence, ni la douleur^ ni le plaisir^ perce de flèches les oiseaux chéris de sa mère. Le tableau de M. Serres njsstpas irréprochable; le dessin aurait besoin de pins de correction, mais la couleur est paisible, et la figure de femme est élégante.
N^ 2495. — Dans son Couvent sous les armes ^ M. Vibert nous semble resté au-dessous dé lui, cette année. Il y a un peu de charge dans ses moines apprenant l'exercice. Deux figures sont cependant bien jolies dans ce tableau : les soldats qui enseignent aux religieux le maniement du fusil. Les têtes sont peintes avec une grande finesse. Mais devant cette toile nous regrettons le Narcisse; et M. Vibert est doué d'une trop riche imagination pour abandonner la grande peinture pour le tableau de genre.
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N*» 227-228. — M. Léopold de Bezenval expose deux petits tableaux charmants. Dans saPa/roiifV/e, les dragons à cheval^ bien campés, bien étudiés^ sont vrais d'expression et finement saisis. La seconde toile^ le Repos y montre^ sous une nouvelle face, le talent du peintre ; les chiens sont excellents, et le paysage d'une bonne couleur. Il y a du Charlet et du Jadin dans M. de Bezenval.
N»' 1 5o5-i5o6. — La Femme couchée^ de M. Jules Lefebvre, est unaniment applaudie. Quel modelé dans les chairs I. comme toute cette carnation est jeune et vivante ! C'est la natuse surprise et rendue avec une vérité parfaite. Sans doute, cette femme manque de l'idéalisation que nous voudrions trouver, même dans la reproduction exacte du modèle^ mais il s'en faut de peu que cette étude ne soit une page d'un grand style; telle qu elle est^ on la regarde avec une véritable satisfaction artistique. Modelée dans la lumière, sans arti' fice^ sans recherche, elle séduit par sa vérité, et indique chez l'auteur une franchise de talent, une vigueur, une spontanéité et en même temps un consciencieux travail qu'on est l\eureux d'avoir à louer chez un si jeune artiste. Le Portrait de jeune fille est d'un incroyable relief; les bras sont modelés avec une grande puissance ; et ce qu'on ne saurait trop louer chez M. Lefebvre, c'est qu'il ne vise pas à l'effet , et cherche le succès par tous les moyens simples, qui sont ceux des maîtres.
N»» 653-654. — M. Daubigny occupe une grande place parmi nos paysagistes. Il fut un des premiers à chercher la nature vraie et à la traduire sur ses toiles^
au lieu de s'en tenir ft ces paysages de style qui étaient regardés comme les uniques modèles. Abandonnant les festueuses conventions du Poussin^ les habiletés d'Hobbema, tout ce que, jusqu'à une certaine époque, on regarda comme le dernier mot du beau dans le paysage, il osa peindre des arbres réels, des herbes humides de rosée y des bois tour à tour baignés par la brume ou incendiés par les feux du couchant. Il réussit, parce que l'on finit par comprendre que , si l'interprétation est possible quand il s'agit de certaines peintures^ ce qu'il faut dans un paysage, est une reproduc* tion fidèle. Quand on regarde, cette année, le Matin de printemps j poëme de mai^ chanté à la fois par les pommiers couverts de la neige odorante d'avril, par les oiseaux qui célèbrent le réveil des fleurs^ et par le cœur des jeunes fiancés qui chuchotent l'épithalame, on se sent pénétré de la vraie poésie de la nature , de la beauté souriante des prés , du charme des horizons fleuris^ de cette rêverie qui est elle-même une jouissance. Le succès de cette toile est fort grand. Le Soir, peint avec autant de conscience, est d'un autre effet, et rappelle les paysages flamands. Lès bêtes qui reviennent du labour, les hommes qui les guident , sont las de la fatigue de la journée. Au loin s'échelonnent les meules de foin , et s'étend une tranquille campagne. La lune se lève sur ce paysage^ lune ronde et jaune que nous n'aimons pas, et qui forme une sorte de tache. Maîs^horsce détail, nous n'avons rien à critiquer dans les belles toiles de M. Daubigny.
N« 694. — Le sujet de ce petit tableau, la Queteuse^ n'est pas compliqué ; il a dû être trouvé au sortir d'un office, à moins encore, ce qui est possible, que
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cette toile fie renferme des portrait! . Deux jeunet filles, en grand deuil , quittent Té^se , leur livre d'heures à la main^ et déposent leur offrande dans la bourse de la quêteuse. Rien de plus simple. Mais les têtes de ces enfants sont fines et jolies , et toute la toile de M« De« )onghe est d'une couleur qui plaît.
N** 1021*1022. — - M. Fromentin nous a accoutumés à des surprises meilleures que celles de cette année. Son exposition ne vaut pas les dernières. Cependant^ les Arabes attaqués par une lionne renferment des qualités incontestables. Le paysage est grandiose^ le cheval qui se cabre d'effroi, en voyant prête à bondir la lionne qui vient d'étrangler un autre coursier^ est bien dessiné , et le sang-froid du cavalier est rendu avec énergie. Mais le talent spécial de M. Fromentin ne met pas son cachet à cette toile; c'est un beau tableau, et il devrait être excellent. Les Centaures nous plaisent' moins; la centauresse placée à gauche forme une ligne désagréable à l'œil; le centaure pie est le meilleur de tous. Nous attendons M. Fromentin Tannée prochaine; il est de ceux qui peuvent se trom* per^ mais qui ne s^égarent pas ; car, quoique dans les Centaures on puisse louer grandement le ciel harmonieux, l'horizon qui fuit, et presque tout le paysage, nous ne trouvons pas ce tableau à la hauteur de la réputation de l'artiste..
N^ 234. -^ Quel drame poignant dans la PtrmiS" siùn refusée! Le vieux saltimbanque se demande comment il dînera, puisque M. le maire ne l'autorise pas à donner sa représentation. Le jeune garçon,en costume pailleté, regarde avec tristesse les chiens savants
qui, eux aussi, paraissent déplorer amèrement le malheur qui les frappe. Ce h*est pas la troupe de Thomme au carrick, d'Atala et de Zéphyrine; le rire ne se mêle pas aux larmes , et la philosophie railleuse ne nargue pas l'incertitude du lendemain. Ces deux hommes se posent un problême : — > Manger ou ne pas manger? - Une couleur sobre, et un grand soin dans les détails s'ajoutent au mérite de la composition de M. Beylc.
N®» 343-344. — Comme elle se cache au fond Su bois , cette Source pure et cristalline ! avec quelle tranquillité elle s'épanche au milieu de cette oasis ! On sent qu'en cet endroit la brise souffle plus fraîche^ que les feuilles ont ce parfum saisissant que leur communique la rosée de l'ondée tiède^ que la mousse est plus molle et la fleur plus embaumée. M. Emile Breton n'a rien donné de plus beau que ce paysage. Nous le préférons à la Neige. La Source est une œuvre complète, admirable, où la nature respire, vit et palpite. Les heureux frères que MM. Jules et Emile Breton ! Et comme leur double talent se fait valoir d'une façon élevée , sans qu'on donne la palme à l'un d'eux. N'est-il pas préférable de la leur partager?
N® 420. — Le nom de Calderon doit porter bonheur à un artiste comme à un pbëte. Le Retour après la victoire est une page très-vivante. Le vieillard heureux de revoir son gendre, la jeune épouse enlacée par les bras du guerrier, les enfants, le sourire aux lèvres, les serviteurs épanouis, forment un ensemble d'excellent effet, auquel s'ajoute une couleur très-gaie et trèslumineuse,
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N® 496. — La Vierge en Egypte est fort réussie; le type oriental de la divine Mère respire une grâce adorable; les chairs sont vivantes, modelées; le ton du tableau plaît au regard. L'auréole qui entoure le front de Marie et celui de son fils se distingue à peine; leur humanité souffrante attire la piété et Pamour. Incontestablement^ la madone de M. Clazal est la meilleure du Salon.
N^ 324. — Un grand sentiment dans la Femme arabe pleurant au tombeau de son mari. M. Clément a rendu avec beaucoup de bonheur l'aspect des 'tombes musulmanes ombragées de palmes fraîches par la piété des survivants. La figure de femme a beaucoup d'abandon et de grâce.
N® 557. — L'héroïne d'un conte charmant ^ qui nous a tous bercés, et que M. Paul Colin a traduit naïvement, le Petit chaperon rbuge^ se repose dans un paysage frais et printanier^ sans souci du loup qui la guette. La critique, ce loup terrible^ n'affirme pas que cette toile soit un chef-d'œuvre , mais elle plaît à l'œil, et c'est déjà beaucoup.
N«» 569-570. — M. Compte-Calix n'aurait point, s'il le voulait, la peine de signer ses toiles. On les reconnaîtrait vite à une grâce particulière^ à un type de beauté élégante , à des qualités fines auxquelles le sentiment s'ajoute. Comme l'amoureux de Sous la charmille baise avec tendresse la main qui lui est tendue ! Il y a dans la physionomie de la jeune fille plus de douleur que de pasision; on dirait qu'elle prévoit que ce baiser-là est le dernier et que ces jeunes amours
s'cnfeirofit avec le printemp». MademoiteUe Eve cueille la pomme avec une curiosité gourmande; encore un peu^ elle y mordra; ces deux toiles bien éclairées sont deux jolis romans en peinture.
H^ 118-1x9. ""* Quelles charmantes figures! les fines têtes 1 let gestes coquets I les belles^ étofiEes drapant bien les jolies épaules i Le Bénitier est élégant, composé avec art , avec grâce^ comme toutes les choses de ce tcm|)8-4à, où le raffinement voulait se mêler i la nature^ et la gftCaît parfoîai tout en cherchant à l'embellir. Noua applaudissons d'une façon absolue k la manière dont M» Baron a traité les figures de Y Arrivée à' ta villa éPEsSe^ et noua avouons^ bien à regret, que le paysage de M. Français est au-dessous du talent de cet artiste éminent. Il a besoin de nous donner quelquesunes de se» fraîches et belles toiles y pour nous faire oublier Tébaucbe lâchée de ces arbres.
. N^ 1 078. — La dernière épingle de Carmélats:^ une toile ravissante^ et, sans nul doute , Carméla reste la perle de toutes les petites Italiennes exposées cette année. Quelle tête charmante et fine, quelle couleur chaude^ quelle grâce naïve, quelle coquetterie qui s'ignore et qui séduit l M. Giacometti a* donné des pfges plua impof tantesy^et certes^ quand on se souvient de cette toile^ la Fuite d'Agrippine, on regrette que l'artiste se borne à envoyer une figure et un Portrait; mais c^tte figure est une Grâce, et peinte avec autant de soUdité que de charme.
N^ 75. — Le paysage de M. Auguin, Bords du Tourion, est vraiment remarquable. Les jfocheasom-
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bresj moussues^ se reflètent bien dans l'eau. Les arbres sont traités avec un giand art. Ce coin tranquille^ où il semble que tout fasse silence^ repose Pœil et retient longtemps les amateurs. Un pareil tableau donne de grandes espérances pour Pavenir d'un artiste. M. Auguin nous paraît destiné à prendre rang parmi les meilleurs paysagistes.
N"" 85. — Les Esclaves jetés aux murènes y de M. Baader^ forment une scène dramatiquement composée. Rien d'horrible comme la vue de ces monstres glauques s'attaquant.déjà à un vieillard; de désolant et de navrant comme Tangoisse de la mère, la terreur de la jeune femme qui^ en se reculant contre la muraille^ semble garder Tespoir que les monstres ne chercheront pas si loin leur proie. Le supplice inventé par PoUion, £ayori d'Auguste, n'a jamais paru si horrible qu'en face de cette toile. M. Beulé, qui vient de nous donner ces deux magnifiques étudeé, Auguste et ses amis et Tibère^ applaudira certainement à cette composition qui semble l'illustration d^une dea éloquentes pages de son livre.
N®'970"97i. — Les vers malsains n'inspirent jamais d'oeuvres pures et vivantes/ M. F^eurPercin pouvait certes faire un mçilleur usage de son talent que de peindre les maladives et impuissantes héroïnes de Baudelaire. Que peut créer de noble et de beau Fartiste qui prend ces quatre vers et les traduit dans une figure de femme couchée?
Languissa&te parmi les coupât dâlétènes.
Et des mortelles fleurs buvant le souffle amer,
Elle fixe un œil glauque et froid comme la mer Sur le morne horizon des rêves solitaires.
La tête manque de beauté, les lignes du corps sont roides, et la couleur terreuse ne rachète en rien ce je ne sais quoi de lourd qui s'abat sur vous, quand vous regardez cette toile. En général, et nous adressons le même reproche à l'épisode de VEvening Star y la couleur de M. Feyen-Perrin laisse beaucoup à désirer. 11 lui serait si possible de faire bien et de garder sa palette plus fraîche.
N® 1026. — Un magnifique portrait, par M. Ferdinand Gaillard. Cet infatigable artiste, dont nous trouvons cette année une superbe gravure et des dessins remarquables, nous donne une de ces toiles consciencieuses dans lesquelles il met toute sa science de dessin, et cette merveilleuse entente de la couleur qui fait de lui un disciple fidèle de Léonard. Dans les tableaux de M. Gaillard tout se tient et se vaut. Il ne vise jamais à l'effet ; il cherche l'approbation des juges sérieux et ne flatte pas le goût du public. Il règne dans tout ce qu'il produit une sorte de recueillement: ses œuvres sont grandes^ quelle que soit la dimension de la toile. Le Portrait de madame de £... est un des meilleurs
que M. Gaillard ait exposé.
N' 2212. — M. de Saint-Genys est un excellent pay* sagiste, dont les deux toiles ne peuvent passer inaperçues. Sa Vue prise de la lanterne de Démosthène, dans le parc de Saint-Cloud, est excellente de perspective, et son Verger d'Anjou est d'une saisissante vérité.
N**i78. — Une excellente tête de vieillard peinte par mademoiselle Mold avec beaucoup de sentiment et une grande entente de la couleur.
N° 899. — ht Portrait du comte de S... par madame Durand renferme des qualités réelles, jointes à une simplicité de facture assez rares à réunir. Nous tenons bonne note de cette exposition de la jeune artiste.
Nî* 1096-1097. — Fatma est une Orientale, comme M. Eugène Giraud aime à les peindre; poétiques comme des ballades, éclairées comme deslevers de lune. Un grand charme respire dans cette tête adorable^ pleine de la langueur molle et parfumée de TOrient. Comme contraste à cette toile, la Sortie des vêpres aux Pyrénées, est extrêmement pittoresque et d'une facture très-savante. On aime cette année à attester une fois de plus les succès de M. Eugène Giraud, et à mentionner le début de son fils, qui est aussi un succès.
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