‹ Le Salon de 1874Chapitre 10 sur 10 · SB · texte numérisé non relu

SB

Je iM ▼«neni pas son gang: je n'ontamond paa cette peanjplus Eiaiiche que U neige» et douée ivummâk l'ajbfttra dee mAnwff y^fit ii,

M^* Madsolbinb Lemairb, dans sa CoUrnirbinef suit heureusement les traditioDS des Carie Vonloo et des Natoire.

La Vestale Tuccia^ de M. HEcrcst Leroux, invoque la déesse avec un ceste imposant, en dlevant un crible qu'elle ooit, par un mirade, conserver plein d'eau îusqu'à sa rentrée au temple. « Puissante oivinité , s'écria la prôtresse,si j'ai toujours approché tes autels avec les mains pures, accorde -moi de remplir ce crible de l'eau du Tibre, et de le porter jusqu'à ton sanctuaire. >» 11 y a beaucoup de noblesse dans lattitude de Tucda, beaucoup de recueillement dans celle des témoins de cette solennité.

Un second Leroux (Marie -Guillaume - André ), de Nantes , reproduit les sites de son pays natal. Je puis louer sans réserve sa Vue prise au Pasquiau, prés Paimboenf ; ses grands chàtaimiers qui se mirent dans les eaux ; son erMouckure de la Loircy dont les flots se confondent avec la mer.

M. Leroux a un fils qui a exposé aussi la Loire près Paimbosuf.

Un quatriètné Leroux (Eugène) fait ressortir la naïve extase d'un Vieil amateur, devant une belle potiche de faïence de Rouen. Le vieux collectionneur est entouré de heaumes, de^ brassards,, de cuissards, d'émaux de Limoges, de porcelaines de Chine ou du Japon, et u a retrouvé, pour admirer ce précieux brio-à-braCy toutela veideur de sa jeunesse.

Avant de finir ma course, je veux insister encore sur le mérite soUde des tableaux d'ÂRHAND Leleux ; j'ai encore à signaler le Vésuve, de M. Lbobndre. La vue est prise du Gastello dell' Uovo ; le golfe de Naples étend devant nous sa nappe d'azur; et à droite de l'entrée de la rade, se dressent les deux cimes du Vésuve, l'une éteinte, l'autre couronnée encore d'un noir panache de fumée.

Mais les jambes et les yeux me refusent le service, j'éprouve un malaise que je ne saurais conjurer qu'en descendant au buffet.

Serais- je menacé du lumbago ?

Fais de» vœux pour que je révitoi et croismoi bien ton dévoué,

imLB PATXJBOT.

p* II* <J I

SUITE DE LA PEINTURE

Nestor reparaît. — MM. Morloz, Lemaire, Leclerc, Mo* reau, Munkacsy, M** Teullier. — MeissoDier fils. — La Mer du Nord et le Coup de vent. —Le réveil.— M"« Mikueaka. — La Danse antique. — MM. Mesgrigny, Monginot, Adrien Moreau, Mussini, Michel, de Nittis, Pérignon, Machard, Gaston et Lucien Mélingue.— Messieurs du Tiers. — Paysages et marines. — Vivent les enfants de PAlsace I —A renseigne du Lion d'or. — M*« Judic. •^Les chanvrières.— Ivan le Terrible. —MM. Matejko, Pils, Princeteau, Maisliat, Chaplin, Pftris, Palizzi. — La ifamfolina/a. — MM. Perrault, Rosier, Ranvier, Saunier, Schenck, Ph. Rousseau. — Strophes d'Emile Augier. — MM. Bezé, Gaston Saint-Pierre, Tony-Robert Fleury.— Charlotte Corday. — Encore une Odalisque I — M"* E. Tourny. — MM. Schutzenberger, Schneider. Thirion, Toulmouche, Trayer, Ullmann, Yinchon, Salntin. — L'école Cochin. — La vingt-quatrième salle.

•En appelant à Dieu du sort de la patrie Fièrement elle espére« et fervente elle prie.

M. Paxtl Morloz a parâdtement exprime tout ce que ces deux vers renferment dans la belle tâte d'Alsacienne que nous avons sous les yeux.

Voilà, mon cher onde, ce que je tenais à vous montrer en reprenant avec vous la suite

de nos pérëgrinatioDs à travers le Salon, interrompues par mon indisposition d'hier, sans que le public s'en soit aperçu, grâce à votre verve inépuisable.

Du reste, j'ai mis à profit ce temps d'arrêt pour jeter un coup d'œil sur nos premiers travaux, et j'ai vu que nous avions assez complètement rendu compte, dans notre première visite, des salons qui nous restent a parcourir, de telle sorte gu'il nous sera possible de marcher plus rapidement.

C'est ainsi que nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit du beau tableau représentant un Bouquet de Fleurs des cKampst par M. Lemaire, et de celui qui p3ut lui servir de pendant, de M. Lbclebc :

Fleurs y Armes persanes et Etoffes /aponaises.

-— Je demande un moment d'arrêt devant ce petit tableau de Charles Moreau, portant le titre : Chez les grands parents. Estil heureux, ce grand-papa, en donnant à son petit-fib si attentif une leçon sur le petit tambour dont il vient de lui fkire cadeau î Et comme la bonne grand-mère rit avec bonheur en tournant la tête de leur côté, tout en continuant à filer I

Il y a dans tout cet intérieur un air de joie et de contentement dont la vue repose.

— 11 n'en est pas ainsi dans ces deux tableaux de M. MuNKACST, représentant le Mont'de-Piété et les Rôdeurs de nuit. C'est là de la peinture réaliste énergiquement Mte.

Dans le premier s'étalent les différentes couches de la misère : depuis la lorette qui

Apporte un éorin de bijoux, afin d'acheter des colifichets pour se rendre à un nouveau rendez -vous, jusqu'à cette malheureuse mère qui apporte ses pauvres hardes pour donner du psôn aux deux en&nts qu'elle traîne avec elle. On y voit encore l'ouvrier blessé condamné au repos» qui apporte sa montre, et le musicien, réduit à la a^niére extrémité, qui est obligé d'emprunter sur son g^igne-pain, sur son violon I

Au milieu de toutes ces douleurs, l'indifférence et l'insensibilité du buraliste forment un contraste très bien observé.

Les Rôdeurs de nuit sont non moins saisissant» : ils sont quatre, parmi lesquels trois qui ne rougissent plus, et qui montrent effirontément leurs visages cyniques.

Quant au quatrième, c'est un jeune débutant encore novice et honteux : il rabat son diapeausursa figure^ le tabner de travail qu'il Dorte prouve qu'il n'a pas tout à &it déserté l'atelier.

Les quatre prisonniers, conduits par deux soldats, sont regardés avec étonnement par les marchandes de légumes, qui sont en train de s'installer, et par quelques enfants qui se rendent à l'école.

En résumé les deux tableaux de M. Munkacsy sont bien peints et bien observés.

— Mais où ces sujets peu gais trouverontils à se caser dans le grand format que l'auteur leur a consacré?

n me semble que je connais cette vue avec laquelle M™® Louisb Teullier a fait un apéable paysage. Mais oui I C'est la Source

cfe ToarlavîUe. près Cherbourg. ParMtl

— Gomment ! oette jeune femme dont le corps, vêtu d'une robe noire, est arrêté dans les joncs s'est suicidée? Elle avait perdu celui sans lequel elle n'était plus nen sur la terre. M. Constantin Meunier a fait un très beau tableau de cette scène de désolation.

— Nous sommes en présence de l'exposition de M. Mbissonier.

— Tiens, je croyais que Meissonier n'exposait plus.

— En effet, les tableaux qui figurent à cette exposition sont de Meissomer sans l'être. Ils sont de Meissonier fils.

Chacun de ces tableaux, bien qu'ayant des parties réussies et étant en général bien peint, fatigue le spectateur par im papillotage qui est dû à la grande liunière recherchée par l'artiste.

Les tableaux de M. Meissonier fils ressemblent à ces photographies où le photographe ayant un arbre a faire, croit arriver à un meilleur résultat en attendant l'instant où cet arbre est éclairé par le soleil.

Il obtient des parties brûlées, où l'excès de lumière a emporté tous les détails, et des parties d'un noir absolu, dans lesquelles la vive lumière des parties avoisinantes ne permet pas à l'œil d apercevoir le moindre modelé.

Le photographe habile choisitjaucontraird»

le moment où le soleil projette au travers des nuages* oui interceptent ses rayons directs, ime odle, douce et uniforme lumière qui pénètre pakout et donne du modelé.

non - seulement aux parties plus édairëes, mais encore à celles laissées dans l'ombre.

M. Meissonieb a donné la préférence au premier système dans son Jardin du couvent Saint' Barthélemuy à Nice, et il a obtenu cette succession de lumières et d'ombres qui fatiguent la vue et détruisent tout e£fet général.

Même chose chez son Fripier.

Dons le Chapelain faisant la lecture à la famille d'un baron du moyen âge^ ce défaut est quelque peu atténué, parce que la lumière venant de la fenêtre est un peu moins vive et un peu moins directe.

Cependant, il existe encore en partie, et il a pour effet de défigiurer les personnages, et particulièrement la jeune femme, dont le nez semble considérablement grossi par l'ombre trop accentuée qu'il proiette sur la joue.

— C'est fâcheux, car il y a de jolis détails decostiimes et des étoffes très bien rendues dans ce dernier tableau.

Décidément, le climat du Nord convient aux peintres, et M. Mesdao (de Groningue) n'est pas inférieur à M. Gegerfelt, de Gothembourg fSuède), dont nous admirions dernièrement les effets de neige et de mer houleuse.

Cet hiver à Scheveninçue est loin d'être monotone, malgré la neige qui couvre. la terre. La mer, les barques et le ciel fournissent à M. Mesdag, malgré la teinte grise qui prédomine, l'occasion de montrer qu'il est un habile coloriste. Les mêmes qualités se retrouvent dans sa Mer du Nord.

— Encore un autre peintre, ne dans les marnes contrées. M. Lanobrock, qui nous a envoyé un tableau très remsorqué. Son Coup de vent est d'un grand effet : les nuages noirs courent au triple galop, et tout courbe la tôte à leur passage; 1 obscurité qu'ils répandent n'empêche pas de voir la tourmente qu'ils traînent à leur suite.

— Eh ! eh t pas mal, ce réveil, de M. Ls Fort dbs Ylocses 1 II a choisi un beau type et ^ la pose de cette dame, sans le moindre voile, étendue sur le dos avec une jambe levée et les bras placés au-dessus de la tôte, ne manoue pas de charmes.

— Signalons également le portrait exposé parM^ IsmoBiNB Mkusska, qui me paraît ne pas devoir être relégué dans la catégorie des peintures sans caractère et sans valeur.

— J'aime assez cette Danse antique de M. Louis Matout. Ce tableau, d'un coloris très frais^ est également remarquable par son dessin soigné.

On ne voit que le bas de la figvre de la danseuse. Ce l^ de figure^ charmant et la bouche délicieuse qui raccompagne tiennent le spectateur un moment en suspens. Il semble espérer que le corps du danseur qrui cache le surplus de ce joli minois, va s écarter dans un balancement et permettra de la voir dans son entier.

^ DeuxjolispetitspaysagesdeMESGRiGNTméritent une pose en cet endroit : les Bateauxlessives et un Bac sur la Seine. Les pêcheurs, dans ce petit coin bien tranquille et bien frais, doivent y être joliment à leur aise t

If^y^»^"^^"*^^—^^ . | ■ ■ - ■ . I ■ Il ^. ■ — JJ ..I . , m . - - , . . . j^ p - ^^ — — V-

•—Voilà un B^é aux cerUes qui ne donnerait pas son i>anier pour un trésor I

— G est une jolie pochade de Monginot, qui a aussi envoyé un gai et élégant tableau intitulé : Un Puits. Des colombes jouent sur la margelle de ce puits, où un rosier grim* pant étale ses panaches de fleurs, tandis que des lapins croquent à belles dents des choux déposés au pied du puits. Le soleil joue en chatoyant au milieu de tout cela, et produit un très joli effet.

— Gomment une Sortie debalL.Ae livret doit s'être trompé I G*est une entrée de bal que M. ADRIEN MoREAu a voulu nous faire voir I Tous ces oostimies frais et pimpants, toutes ces dentelles fièrement relevées, toutes ces figures calmes et bien attifées, toutes ces coiffures intactes sont loin d'indiquer la fin d'un bal. Tout ce monde là paraît plus disf)Osé à entrer en danse qu'il ne send^le en venir.

A part cela, les costumes sont ravissants, et dénotent qu'il s'agit d'un bal de grand ton.

— Il y aiuait peu de choses à dire sur le Néron de M. Mussini ; si le public, attiré par l'aspect de ce palais romain, ne nous demandait des détails que je vais prier l'onde Emile de fournir.

— Je les emprunte à Suétone :

Infonnë des prourés de rinsurrection, Néron se lève au milieu de la nuit et court la ville A la recherche de ses amis. Après avoir sans succès frap- §ë à toutes les portes» il rentra au palais au point u ipur. La chambre à coucher est déserte; les gardes et les esclaves ont fui, enlevant les couver-

toret du lit et là boîte au posKm. Âyftiit Tsiziement appelé quelqu'un qui voulût le tuer, Nëion s'écria : « Je n'ai donc ici ni ami, ni ennemi! n

Ainsi finissent les tyrans et croiilent les plus grands potentats, quand ils n'ont pas eu pour principes l'honnêteté et l'amour du peuple I ils meurent seuls et n'ayant plus un seul ami.

— Les paysages de M. François Michel, de Metz, méritent qu'on s'y arrête. Sa Fin de marsy où les cerfs vienennt boire à la rivière, et sa Matinée cTétày où une aimable baigneuse se prélasse dans un joli fond, au miCeu des fleurs, forment deux tableaux remarquables.

Toutefois, M. Michel fera bien de varier l'essence de ses arbres, qui sont un peu monotones par suite de leur aspect trop uniforme.

^Fait-il froid/ et fait^il chaudt dans ces deux jolis petits tableaux de M. Joseph de Nrms I... Je ne conseillerais pas aux deux jeunes femmes oui courent à travers les coquelicots et les niés dorés du second de ces tableaux en s'abritant sous un grand parasol chinois, d'aller prendre place à côté de leurs compares qui» dans le premier, ont le nez pris, malgré leurs voiles et leurs capuches.

Cela ferait trop bien l'affaire du docteur, du pharmacien, et peut-être pis que cela encore!

Mais quelle est cette belle Majesté si bien accoutra et si rondelette dans cette beUe robe bleue tendre surmontée d'un dolman de velours rouge richement brodé?

— Gomment t vous se l'avez pas reconnue? Mais c'est la Grande - Duchesse de Gérolstein elle-même, en la personne de de M^^ Schneider, et, qui plus est, peinte parM. Périonon.

— Eh bien ! en voulant flatter et rajeunir cette gracieuse souveraine, ce peintre courti* san n^ pas complètement réussi. Je préfère cent fois les traits un peu plus accentués et Tair décidé du modèle.

. Mais on dirait qu'elle a quelque chose qui la tourmente.

— Parbleu ! c'est la SéHené qui est en face d'elle et dont le costume léger nuit auprès des amateurs aux brillants atours de la duchesse. Est- elle en effet élégante cette blanche fille des airs?

... Salut ! souveraine déesse à l'arc diyin, qui, montant lentement dans le ciel étoile, répands autour de toi la blanche clarté...

M. JuLBS Machard a parfaitement rendu cette strophe. Sa Sélené s'élève tranquillement et sans efforts dans les airs, et l'on voit qu'elle est habituée à hanter les nuages et à traverser l'éther.

— En faisant ce métier, Sélené a conservé toute son éléçance et n'a pu acquérir ce léger embonpomt dont M. Pérignon a peutêtre un peu trop gratifié la Grande du^ chesse.

-— Quel charmant portrait de jeune fille ce même peintre a également exposé I Avec ssk Dormeuse (\m est également joHe, mais que j'aime moms.

-«- Gomme de fait, en ht rase campaane»

Deux gontilaiiommea au paya de Cnampugne»

Le rencontraiit tout seul et cheminant Non paa vêtu comme on est maintenant.

Cette strophe de la légende du jiiif errant,

Bir le bibliophile Jacoo, a inspiré Gaston éLiNGUB dans son tableau du Juif errant.

Quant à Lucien Mélinoue, il a traduit en un tableau très remarquable et très remarqué représentant Messieurs du Tiers pataugeant à la porte du château de Versailles, avant la séance royale du 23 juin 1789, cette phrase des mémoires de BaiUy :

... Veuillez rejoindre M. de Brézë» dis-je à M. de Guiche, et le 'prévenir que les représentants de la nation ce peuvent pas rester où ils sont; qu'ils n'attendront pas plus longtemps, et que si l'on n'entre pas dans l'instant, ils vont se retirer.

Ne quittons pas cette salle sans mentionner la mer bleue et diaprée par les mille couleurs du soleil couchant, de Masure ; Vor vant-port du Havre, qui a valu une médaille à M. MoLs pour son très beau coloris ; l'étrangp tableau de Manet ; PerneUe la fi" leuse, si expressive, de M. Hugues Merle, et enfin, le Bain, blonde et facile peinture de M. Jules Metnier.

Dans le salon suivant (n^ 20) les regards sont tout d'abord attirés par le Combat sur une voie ferrée, de M. de Neuville, qui a figuré dans les scènes militaires si bien décrites à cette même place par le cousin Joseph.

Le môme peintre a exposé la Récolte du varech, à Yport ; la mer s est à peine retirée»

et ses demiôres vagues yienneot encore oouvrir d'écume les roches mises à nu que les femmes de pâcheurs viennent enlever par brassées le varech défpaé par les flots.

C'est un tableau vigoureux et largement peint,

— Mais il y a de fort belles choses dans cette salle, et j'admiie la Tentation de M.

Némoz, oui nous représente, sous ce titre, im superoe et plantureux corps de femme, admiraSlement peint, très vivant et très nature.

— Ce tableau est, en effet, im des plus remarquables dans ce genre; mais, mon cher onde, ne négligeons pas pour ces exhibitions chamelles, le côté sentimental, et, à ce titre, examinez ce petit tableau de M. Camille Fabst, qui n'est «pour cela ni moins £rads, ni moins agréable a l'œil. Voici ce que dit la légende :

Des Alsaciens préparent des coiuonnes pour aller fôfcer la rentnie oes troupes françaisea dans les viUes de l'Est

M. Pabst est im eniknt de l'AJsace. Vivent les enfants de l'Alsace !

L Enfant malade et la Branche de buis qu'ime jeune fille place à la tête de son lit, sont deux charmants petits tableaux.

— Eh bien I je me rends compte de l'état dans lequel sont tous ces personnages qui attendent le dîner avec d'autant plus d'im-

Satience qu'ils ont pénétrés dans la cuisine e l'hôtel du Lion dHoCy et que leurs papilles sensâtives sont surexcitées par les lu-

mets oui s'éLèvent de oes broches» de ces casseroles^ de ces fours, etc.; il ne manque pas de vichiailles : poissons, gibier, légu* mes, volailles, écrevisses, tout cela existe par tas I

Mais pourquoi aussi le chef laisse-t-îl ainsi envahir son tabernacle, et pourquoi laisse-t-il de plus oes jeimes et ces vieux galants lutiner oes jeunes servantes chargées de le seconder?

M. JtJLBS NoEL a très bien rendu tout cela.

-* Approchons, examinons ce merveilleux paysage plein de lumière, de chaleur et d^étendue, qui est l'œuvre de M. Nazon.

— Nous avons eu tort de trop nous rap-

{)rocher ! tout ce bel effet est g$.të par ce baai plante, en guise d'arbre, au premierplan, et oQBLt le fournis sans forme est en complète discordance avec les fonds admirables et les tons dégradés si bien observés dans les autres parties du tableau.

Eh I mais ! voilà un minois qui ne manque pas de diarmes I

— Comment en serait-il autrement ? C'est tout simplement le jjortrait de M"** Judic en robe de velours noir, et qui &it tous ses efforts pour être sérieuse et pour ne pas rire.

— Et môme pour être sévère, ce qui lui fait faire cette gentille moue que M. Piàt- NoRBiAND a très bien rendue.

Un mot, pour finir l'examen de cette salle, en faveur des TeiUeuses de M. Ronot, autrement dit les chanvrières, fort bien étudiées et fort agréablement peintes.

Pour aller retrouver la salle n^ 81, nous

alloxis traverser de nouveau la salle n® 8, où nous avons laisse quelques tableaux en arriére.

C^est d'abord ce grand tableau historique qui est presque le seul de oe genre à TËxpositipn. M. Jean Matejko, élève de l'Ëoole des beaux-arts de Cracovie (Autriche), a re^ présenté la scène ainsi décrite dans le livret :

La czar lyan le Terrible» réduit par les armes polonaises A la dernière extrémité» en 158S> avait su intéresser à sa cause, en lui promettant d'embrasser le catholicisme, lui et son peuple, Antonio Possevini, nonce i^KMtolique.

Devant la ville de Péskow, celui-ci présente à Etiienne Batbori, roi de Pologne, les envoyas dlwim apportant le pain et le sel en signe de soumission.

Gela se passait il y a trois cents ans I

Les choses sont bien changées depuis, et les czars, sans ]^rter la qualification de Terrible, se sont bien vengés de la situation dans laquelle le czar Ivan s^st trouvé devant le roi de Pologne.

On ne saurait nier au tableau de M. Matejko la couleur locale ; il en est couvert; toutes les têtes qui y figurent ont un type particulier, et l'on ne sait dire quel est le sentiment auquel obéit Etienne Bathori, tant il regarde avec indifférence, et presque avec dédain, les envoyés d'Ivan qui se prosternent à ses pieds. Les détails de costume sont très bien exécutés et très brillants, mais les physionomies, en général, n'ont pas l'air de celles de gens qui sont acteurs ou spectateurs d'im si grand drame.

En &oe de ce tableau se trouve celui de

M. PiLSy représenUnt le Jeudi Saint en Italie dans un couvent de Dominicains. Tout oe Qu'on peut en dire, c'est que ce lavement aes pieds des enfiants est iin acte de convention qui s'accomplit froidement et qui a laissé iroid le peintre» de môme qu'il laisse froids les spectateurs.

— A tout seigneur, tout honneur I Indinons-nous, en passant, devant le Portrait du président de la République^ par M. René Prmcbtbàu.

— Voilà de bien beaux bouquets! celui de M. JoANNT Majsliat. ccHnposë de roses mousseuses et de roses tné, et les deux de M.Pbrraghon, représentant également de superbes roses. Ce qui me frappe, c'est que M. Maisliat et M. rerrachon sont tous les deux élèves de l'Ecole des beaux -arts de Lyon.

— Lyon^ patrie de Saint- Jean, a toujours tenu à avoir d'habiles peintres ae fleurs et d'ornements au service de sa grande industrie. Mais je m'aperçois que daôis notre première partie nous avions oublié de parler du beau portrait de Chaplin, ainsi que des Souvenirs dH Auvergne^ jolie toile de Champion. Réparons par cette mention cette omission involontaire.

C'est un médaillé qui nous ofGre la bienvenue dans la salle 21. M. Cabolle Paris nous présente ses beaux Taureaux paissant dans une étendue de pays à perte de vue, de la campagne de Rome.

Mais je m'aperçois que nous avons déji dit beaucoup de daoses sur ces derniers sa-

Ions, et que oe serait s'exposer à des redites que déparier du grand Paysaae de Palizzi, où des ânes se prélassent en pleine forêt.

Mais, ma foi I quitte à^ me répéter, je ne peux me dispenser de signaler de nouveau toute la grftoe et tout Téclat de couleur jet^

Sx M. EDOUARD ROSHTER daUS SOU Ufia andolinata.

— Tu ne diras plus que je ne m'arrête qu'aux sujets féminins ; je te signale ce Pre^ mier deuil de M. Ponson, où bve se tord et se lamente aux pieds d'Adam, en présence du cadavre d'Âbel. C'est de la ç;rande et bQlle peinture, n'est-ce pas? et le jury a eu raison de lui décerner une médaille.

Mais je ne puis passer, sans la contempler, devant cette Moissonneuse endormie sur la gerbe y de M. Léon Perrault.

— Le même peintre s'est inspiré des vers suivants pour &ire ce très joli et très gracieux tableau de F Amour rebelle :

Viens dans mes bras, enfant^ et ne sois plus rebelle; Cède au doux sentiment 9m me doit embraser ; Viens» l'amourest divin; yiens, je suis jeune et belle» Et ton front rayoïmant appelle mon baiser.

Terminons cette salle en admirant ces deux Vues de Venise^ de M. Amédée RosnsR.

L'ime est prise à l'heure du crépuscule : une éclaircie qui vient de se faire dans le ciel donne à ce tableau un grand caractère, de même aussi que les lumières qui brillent dans toutes les gondoles.

Le pendant représente un effet de jour.

De l^ers nuages arrivent de l'horizon , mais ils ne peuvent lutter oonlro l'ardeur du

soleil, ni voiler le ciel azuré qui se reflète dans les flots.

Je revois avec grand plaisir le PromithÀe délivré de Ranvier.

Ranvier a fiait là unexoellent tableau à tous les points de vue, excellent comme facture, excellent comme sentiment ; la façon dont Hercule est musclé est particulièrement re^ miuxiuable. Quant aux deux figures qui assislent à cette délivrance, leur 'émotion dit tous les sentiments dont elles ont Tâme {deine.

— Quel harmonieux effet M. Noël Saunier a su tirer de son Ophélie emportée par le courant et dont la blanche robe concentre tout Tefiist lumineux du tableau au milieu des joncs, des nénuphars, des herbes fleuries et des arbres de la rive qui projettent tout autour toutes les nuances vertes imaginables.

— Je n'ai pas à revenir sur ce que j'ai dit des deux beaux troupeaux de moutons de M. ScHENCK, l'un au milieu des flocons de neige, l'autre au milieu des fleurs de bruyères, tous les deux dans les montagnes d'Auvergne. Mais j'ai une omission à réparer, c'est la Fêée-VieUjde Philippe Rousseau, tableau éclatant dans lequel sé trouvent réunis tous les préparatifs d'unreposoir : riches tentures de velours, vases remplis do fleurs, flambeaux garnis de bougies, encensoirs, corbeilles pfeines de feuiUes de roses, etc.

Philippe Rousseau s'est inspiré, pour peindre cette belle toile, des deux strophes suivantes d'Emile Âugier :

— 2fc5 —

Tous 86 sont cotises pour la fête de Dieu.

Décotes de village et dames de haut lieu

Apportent leurs dons p61e-méle, Ceux du riche à côté de ceux da l'indigent»

Le chandelier de cuivre et les flambeaux d'argent»

La serge auprès de la dentelle;

La Vierge de faïence, aux rustiques atours^ Sourit au Christ d'ivoire encadre de velours;

Et pour harmoniser les choses.

Sur ce fouilli d'objets bigarrés, le. soleil Laisse tomber un pan de son manteau vermeil»

Et le printemps jette ses roses*

La Ferme de Karouolj dans les Côtes-du- Nord, a fourni à M. Alexandre Bezéuiï jpittoresque modèle, très bien rendu par lui.

— Oh 1 1 1 que voilà un délicieuse création et une délicieuse peinture? c'est iVerf/ma rOdcUisquejde Gaston Saint-Pierre. 11 n'y a pas^ besoin de demander si c'est une juive, mais dans cette prunelle noire et dans cette noire chevelure, il y a un je ne sais quoi do jeune et de naïf qui me prend.

— Voyons, mon oncle, ne vous laissez pas

S rendre. Venez, détournez vos regards de Tedjma et portez -les sur cette Charlotte Coraay de Tony-Robert Fleury, et lisez ce passage de l'histoire des Girondins de Lamartine, que le peintre a parfaitement résumé et traduit :

. . . Son esprit la portait à la lecture des œuvres de philosophie et des livres d'histoire . • EUe était arrivée à cet état désespéré de l'âme qui est le suicide du bonheur, non au profit de la gloire c u de l'ambition, comme M"* Ro!and, mais au profit de la liberté et de l'humanité, comme Judith ou Epïcharis. Il ne lui manquait plus qu'une occasion : elle l'épiaiti elle crut la saisir ...

Reposez encore votre esprit dAns ces deux paysages calmes et agrestes de M. Léon Bi- CHAT, où ne se trouve nas la moindbre Oda- Usque; et enfin, pour cauner les ardeurs que la belle peinture de M. Saint-Pierre a réveille dans votre cœur, fûtes un moment gânitenoe devant les portraits tatoués de

niBOT.

— J'aime mieux autre diose, et ces trois figures maculées de noir me font fuir vers la salle 28.

• • . Etje ne m^en repens pas devant cette délicate Fiancée si bien reproduite par M"* Ernestdœ Tournt et devant cette Batelière de ScHUTZSNBBROBR daus la barque de laquelle j'entrerais volontiers, tant ce fils de l'Alsace a donné de charmes à cette jeune fille et à son paysage.

— -Les deuxautres tableaux deM. Schutzenberçer, le Cavalier et V Amazone ne sont pas mférieurs à la Batelière.

— Voulez-vous bien vite vous raccomoder, et qu'est-ce cpie cela veut dire, une brouille entre vous, entre berger et bergère ?

M. Schneider ne vous a, je crois, brouillés que pour vous donner œs poses charmantes que vous avez Pun et l'autre.

— Gomment I une autre Bjosée^ après celle de Garolus Duran I C'est hardi, M. Thirion; mais vous avez bien fait d'avoir cette hardiesse, car vous avez parfaitement réussi, et vous avez, tout en donnant à votre figure la même pose que celle adoptée par M. Carolus Duran, évité l'écueil des sahères produites par les bras levés, vous avez su pamitement

— 5Wi7 —

VOUS tirer de cette difficulté, dont on ne se doute pas, tant tout est naturel dans la pose de votre jeune fille. Malgré l'inflexion d une des jambes, les hanches sont bien placées et ne pr^ntent aucune disgracieuse anfractuosité. La tête de votre Rosée est charmante, et vous avez placé sa personne élégante dans un ioK paysa^ représentant la vraie nature.

Vous avez rait là de la bonne pemture.

M. TouLMoucHE, qui nous avait montré, il y a quelques années, l'effet produit sur des jeunes femmes par le fruit défendu, présenté sous la forme d'im livre dérobé à la bibliothèque secrète du mari de l'une d'elles* a voulu cette année réagir contre le venin qu'il avait ainsi répandu.

N'allez pas croire, en effet, mesdames, gue tous les hvressont faits pour faire psdpiter vos seins et monter l'incarnat à vos joues, comme celui qui avait causé l'émoi des premières élèves de M. Toulmouche. Voyez celles-ci : elles ont également mis les mains dans la bibliothèque de Monsieur, ^ mais toutes les deux, madame et sa complice en curiosité, ont été plongées par leur lecture dans un profond sommeil.

Il n'en est pas de même parmi ces jeunes filles si laborieuses et si attachées à leur travail. M. Trayer nous met en présence d'un atelier modèle de Couturières.

Pas le plus petit mot pour rire !

— Je suis enchanté d avoir été attiré par cette Paysanne de la Creuse^ occupée à filer, et qui semble vivante, tant elle est nature, parce que je viens de reconnaître qu'elle

est de VicrroR Thirion, Tauteur de la Rosée j devant laquelle nous nous sommes arrêtés tout à rheure, et qui a été acclamée par nous à Tunanimité :

Ces deux peintures se complètent, et leurs qualités incontestables méritent un hurrah pour M. Thirion.

— J'aime assez ces Gitanos de VAlbaycin de Grenadey pleins de mouvement et p&ins de couleur locale ; et cei>endant ce tableau, qui sent l'Espagne à plein nez, est l'œuvre a'un en&nt de la blonde Alsace, de M. Benjamin Ullmann. Malgré l'immobilité de la peinture, on croit remarquer, tant la pose est exacte, le mouvement des hanches dss danseuses, dans la cachucha qu'elles exécutent.

— La fable de La Fontaine, Les petits poissons et le pécheur y a fourni à M. René Vin- CHON, élève de son père, l'occasion de faire un très joli petit tau)leau où son petit pécheur est fort bien campé.

— Heureusement que Jules n'est pas avec nous aujourd'hui , cela me permet de regarder à l'aise la jolie blanchisseuse, la jolie veuve et la jolie jardinière de M. Emile Saintin, qu'il voulait toutes les trois croquer lors de notre première visite. Si on n^avait pas l'oôil sur ce gaillard-là, quelle indigestion il se donnerait I

Quant à moi, qui sais me modérer, et ne prendre de chaque chose que la dose voulue,

i'e t'avoue que je les trouve encore plus joies que la première fois, et je ne serais pas fàahé d'avoir une blanchisseuse de ce numéro.

— Mon onde I ne gâtez paâ cette dernière journée^ car nous approchons du terme de nos travaux, et laissez à ceux qui nous écou^ïtent un souvenir de vous, d^e de l'auréole grise qui couronne votre occiput.

Tenez I voyez tous ces jeunes enfants qui prennent une leçon de dessin à l'école Cocbin I Pas un ne songe à autre chose qu'à l'œuvre qu'il accomplit, et M. Auguste Tru- PHÈME a rendu de main de maître l'attention émérite de tous ces jeunes gars, dont l'assiduité et la bonne conduite exterminent l'air de satisfaction de l'homme bienveUlant qui les instruit.

Nouvelle excursion dans les contrées neigeuses. M. Van Hier nous fait voir les Environs d'Anvers par un temps de neige et de brume. C'est réussi.

— Oh ! Jes charmantes personnes I Quelle délicatesse de touche dans ces deux physionomies ! et dans ces élégants costumes de soies et de dentelles 1

— Parbleu ! cela ne me surprend pas, il n'y avait que des doigts de femme capables d -' telles délicatesses. Ce petit tableau, inti* tulé le Bouquety est de M"® Jeanne Samson.

Ces deux jeunes femmes sont dans une serre, où elles sont en effet occupées à faire un bouquet.

— Un mot, en passant, pour la Récolte des pommes de terre y de M. Sadéb, et pour les femmes bien étudiées qu'il a employées à cet ouvrage.

— Frère et Sœur^ de M. Scm-ESiNaER, nous présentent deux bien jolies figures,

qui, aveo les détails réussis du costume, ooDstituent un fort gracieux tableau.

— Nous arrivons à la salle 24, oh tout d V bord apparaissent les deux beaux et grands

Gysages, la Plaine et la Forêt^ de Van jkRCKB, et au milieu d'eux le chaudron resplendissant de VoLLON.

— Pas si resplendissant I N'oublie pas oe que tu as ditdu chaixlron de M. Eves. et de Ja préférence que tu as marquée pour le cuivre jaune dont; il est fabriqué, sur le cuivre rouge auquel M. Vollon a donné cette fois la préférence.

Mais il y a de bien jolies choses dans cette dernière salle, et il &ut tout d'abord gue je m'amuse à contempler à l'aise ce tableau que M. ViBERT se contente d'appeler la Ré' primande — probablement parce qu'il appartient à miss Wolfe, — mais qui dit bien d'autres choses.

Voyons! Est-ce une simple réprimande que cette scène qui se passe devant M. le curé, au milieu de son repas ?

La mère vient d'amener sa fille devant ce tribunal sacré, et on dirait, tant ses mains sont crispées et furieuses, qu'elle veut arracher les yeux à la pauvrette, qui ne peut que les baisser en rougissant.

Quant au curé, il est devenu pourpre de ce qu'il vient d'entendre, et à l'ouverture démesurée de ses yeux écarquillés , à la lippe qu'il avance, on comprendbra que la révélation est monstrueuse et difQcile à avaler.

Gela peut s'appeler une confession forcée, car évidemnient la mère vient de fedre, pour

le compte de sa fille, im âveo que oeUe-d se refusait à laisser échapper. ^

Les expressions sont parfaites, chacune dans leur rôle, et Tensemble du tableau est agréable en même temps qu'amusant.

— Un autre Alsacien, M. Zubbr, a fait deux bien beaux paysages : l'un représente Hylas et les Nifmphesy avec lesquels M.Blanr ctûurd nous a déjà fiait fisdre connaissance ; et l'autre, les Abords (Tune ferme en Norman^ die^ avec eaux, lavandières, canards, vaches et poules.

— Ne pas confondre M. Zuber avec 'son homonyme Zuber Bulhrr, celui-ci Fritz, dont il &ut admirer le petit tableau : les Nouveau- nés. Sont -ils vifs, g^lards et pimpants, tous ces petits poussins voulwt à toute force sortir de la corbeille que tien« nent deux charmants en&nts ? Voilà ce qui s'appelle \m délicieux tableau de genre I

— Une mention honorable pour la belle Vue de Venise de M. William Wyl.

Encore une joie pour moi I Mais c'est une petite merveille que je viens de découvrir dans cette CorheïuèdenuLriage de M. Adolf HB Wetss ; finesse, coloris, élégance, teut est réuni dans ce petit tableautin où une jeune mariée, rougissant de plaisir et d'émotion, contemple, en compagnie de son amie intime, les merveilles de la corbeille.

Le temps et la place nous manquent, et déjà jretentit au fond des salles le cri de la dernière heure : On fermé I

Notons au passage V Herbage normand^ dans lequel M. Wuillefrot a placé de très

— SGS —

belles yaohes; le Bois de hêtres àDurehaveny de M. Wahlberq; le Printemps, sous la figure d'une belle jeune fille, de M. Villa ; le Dernier rayons très beau soleil couchant, de M. Véron; les Bergers kabyles^ de M. Washington.

— Je demande quelaues minutes d'arrât devant les deux très belles toiles de M. Vet- RASSAT : Tune intitulée les Dernières ger^ bes^ et Tautre la Charette en forêt. Il y a dans la peinture de M. Veyrassat une touche toute particulière; et l'on peut dire, en examinant attentivement chacun des détails de ces tableaux : c'est crânement fidt I

La Dernière gerbéi qpi'emporte le chariot chainB^ d'épis et qu'accompagnent les moissonneurs revenant au village après l'œuvre terminée, est tout simplement sçlendide.

— VioLLET LE Duc mérite aussi une mention toute particulière pour ses deux tableaux des Environs de Cannes.

— Allons I voilà notre tâche remplie. Nous pouvons maintenant laisser les gardiens crier tout à leur aise : On ferme l on ferme! Nous ne serons pas pris dans la bousculade.

— Psupdon I nous allions commettre une injustice en feisant une omission déplorable. Voyez donc quel air de désolation et comme ces deux femmes personnifient la douleur.

M™® Zetterstrom nous montre un Ber^' ceau vide qu'étreint convulsivement la mère éplorée et inconsolable, tandis que la grandmère suit d'un œil morne le convoi qui s'éloigne en emportant l'enfant qu'on ne reverra plus jamais I

DESSINS -r AQDABELLES - PASTELS - ÉKAUI -

GMVDRES

Lettre de Joseph Paturot.— La galerie ineomniode. — Mil. AUongéy Appian, Arsciijo, Baron, Balut, Ém. Bayard- — Les deux geais. — H. Brindesi. — Les faïences de H"* Ganoby. — Un portrait par M "• Fidellne Cboël. —

' La femme japonaise de H. Gortazzo. — M. Duvaux. -^ Horrible I horrible 1 — M. Fayard. ~ Français, aquarelliste. -^ M"* P. Girardln. — Les peintres de fleurs. — M"* Noël-Parfait. — MM. Knitel, Harpignies, Koëchlin, Lafon, Lalanne, Lagier, Lhermite, Liénard. — Le Polichinelle de M. Manet.— MM. Pallière, Rlbot, Saintin.— Porcelaines et faïences. — Encore des aquarelles. — Les émaux. — La diva A. Patti, par Gerbier. — Les médailles d'Oudinô et de Soldi.

Mon cher cousin,

J'ai toujours eu pour les rftles sacrifies Une prédilection toute particulière. Au bal, je ne danse jamais qu'avec les daines que les désobligeants caprices de la nature ou le mauvais goût des danseurs condamnent à oe sui)plice norriHe qui s'appelle faire tapis* série ; si par hasard je vais au spectacle, c'est à ces théâtres borgnes et ignorés de tous dont la recette quotidienne varia entre

5 francs et 8 firanos 75 centimes. Or, il me semble qu'en accomplissant la mission qui m'a été confiée à Tunanimité par notre comité exécutif» je suis conséquent avec moimême et avec mes antécédents.

Qu'est donc, en effet» vis-à-vis de l'exposition des peintures V^lPment et somptueusranent agencée, cette étroite et incommode, galerie où sont entassés pâle-mèle, et souvent à des places qui les rendent presque invisibles, les dessins, cartons, aquarelles,

Eistels, miniatures, émaux, porcelaines, ïences et gravures ? Ne dirait-on pas un refuge destine aux parias de l'ut, une sorte de magasin aux rebuts? Aussi bien minime est le nombre des promeneurs et des curieux assez rés<^us pour s'aventurer dans cette ^larie désolée qui, auprès du salon de pemture, ressemble à ces misérables édioppes qui se dressent» verrues imperceptibles, aux flancs des palais de marbre.

Et cependant que de travail, que d'étude, que d'observation, que de talent, que de génie peut-être sont enfouis là, loin de la foule et du bruit, apprécias seulement de quelques chercheurs !

Aussi je t'assure que je ne me repends pas d'avoir accepté la mission de rendre compte de cette catégorie des envois artistiques qui figurent au Salon de cette année; ie regrette seulement que tu m'aies assigné des limites si restreintes. Rendre compte en un seul feuilleton d'une exposition qui contient plus de quin2e cents numéros, cela me semble un travail pour le moins aussi ardu quj9 celui

qui consisterait à &ire passer un cible par le trou d*une aiguille. C'est pourquoi je veux tout d'abord oflfrir mes excuses à ceux des artistes méritants que je serai forcé de passer sous silence et à ceux dont je ne pourrai dire tout ce que j'aurais dû et que j'aurais voulu.

Accompagné de mon petit cousin Jules dont les conseils ont souvent été fort judicieux, mais dont l'attitude en présence de certains sujets a plus d'une fois laissé à dé^ sîrer au point de vue des convenances, j'ai suivi l'excellente méthode que tu as adoptée

Kur l'examen des peintures. Commençant à xtrémité de la galerie, par la lettre À, j*ai successivement passé en revue toute l'Exposition jusqu'à la lettre Z, réservant pour la fin les émaux, les pierres gravées et les grands cartons auxquelles une dimension exceptionnelle a valu une place à part dans les vestibules d'entrée.

Dés mes premiers pas dans la galerie, mon attention a été particulièrement attirée sur deux fusains d'un dessin ferme et vigoureux, et d'où se dégage cependant uû charme extrême : Souvenirs ae ViUers'sur-Mer et les Baigneuses^ de M. Augustb ÀLLONOâ. M. Jules s'est permis d^exprimer le regret que les baigneuses ne figurassent que comme accessoires dans le charmant paysage auquel elles donnent leur nom; mais je me suis empressé, pour calmer ses regrets et rafraîchir ses idées, de l'entraîner devant les deux dessins de M. Appian : une Mare aux environs de Rix {Ain) et un Cfte-

min surlarautede Bourg. Ces deuxoompo*sitions sont d'un effet saisissant et grandiose ; c'est Thiver dans toute sa poétique désolation; la neige couvre la terre, et les arbres secoua par la bise se tordent et se lamentent, tandis que le givre qui les couvre tombe sur le sol en larmes solidifiées. L'artiste n'a jEsdt aucun sacrifice au convenu, c'est la vérité prise sur le £sdt, intelligemment comprise et puissamment rendue.

Mes regards, quelque peu attristés par la contemplation de ces deux belles pages arrachées en quelque sorte du livre de la nature, sont bientôt rassérénés et réiouis par les gaies et ciiatoyant^ aquarelles de M. Araujo: VAitente^ La force prime le droit et les Soidats au bord de Veau. Ces troits petits tableaux, lestement et finement troussés, ne sont nullement déplacés dans le voisinage des deux spirituelles aquarelles de M. Ba- Vion^y Amoureux et le Pantin ^ deux joujous chéris, brillants tous les deux, et, souvent aussi, remplis élément de son ou d'étoupes. Arcades ambo.

Mais voici que mon compagnon, que les réflexions psychologiques inspirées par les aquarelles de M. Baron semblaient désobliger, s'empresse de &ire diversion et de me conduire en &ce de deux gracieux

Sstels, Af"*» B. (Ure Bloch, de l'Opéra) et "®C.,par M. Batut; Tartiste a été digne de ses modèles, c'est tout dire, et Ton ne peut faire de son œuvre un éloge^ plus flatteur. Jules, qui s'y connaît, se serait volontiers étermâé dans sa contemplation

muette^ si je ne Pavais pris par le bras pour poursuivre ma route.

Nous saluons en passant la grandiose oom-

e placej ^ tableaux militaîresr

Hélas I voici encore un cadavre; mais celui - là n'a rien d'effrayant. La mort n'a pas pâli ses splendides couleurs, et bien que placé dans une position des plus excentnques, les pieds en l'air et la tète en bas, il est frais et éclatant... il s'agit d'un

Seai que le plomb du chasseur ou Ta griffe u chat vient de faire passer dans un monde meilleur. La pauvre béte a sa huppe toute hérissée et son plumage chatoyant ondule au souffle du vent. Gette^ petite aquarelle, très finement et très spirituellement traitée, est signée J.Besson. Malgré le mérite de cette composition , je ne m'y suis pas arrêté longtemps, car elle éveillait enmqi de pénibles sentiments^ il me semblait voir, dans cette position critique certain geai de mes amis, franc luron et bon vivant, que j'espère bien retrouver dimanche en bonne santé, et entendre chanter au dessert — car il chante, mon geai I — ce refrain bachique :

Quand je bois du vin clairet Tout tourne au cabaret.

Non loin du tableau de M. Besson figure une autre aquarelle qui se distingue par des mérites tout différents.

Dans le clair obscur d'une longue salle

Voûtée, M. Brindesi a aocumulë Tëclatant assortiment des ^ couleurs de TOrient ; cela jn^a pas dix centimètres carrés, et cela oontient tous les trésors des palettes de Delà* croix, de Ziem et de Henri Regnault. Cette œuvre ^ sainement originale, et qui révèle un véritable talent, représente le Baaar des droaues à Constantinople.

L édat de cette aquarelle fait quelque peu tort aux deux feïences de M™® Canoby, qui se trouvent dans le voisinage, et qui méritent une mention spéciale : un Encadremenu d'après Albert Durer (et non Duret, comme l'indiaue le livret), et la Renommée, d'après CheruLino Alberti.

Un des meilleurs portraits de Texposition des pastels est bien certainement celui de M^^du M..., par M"* Fidblinb CnoEL.-^Le dessin en est sobre et pur, le coloris vrai et juste de ton \ il se dégage de ce tableau un charme indicible ; on sent que l'expression de finesse et peut-être aussi de malice, tempérée par une grande bonté, qui forme le trait caractéristioue du modèle, a été saisie sur le vif par 1 artiste et rendue avec une exactitude saisissante. C'est une œuvre savamment et finement &ite, et dont le succès tient à la grâce du modèle non moins qu'aux doigts délicats dont la nature semble avoir doué la portraitiste tout exprès pour mander le pastel ; il est à regretter seulement que l'habileté de l'encadreur n'ait pas été à la hauteur de l'art du peintre, et que ce por^ trait ait une inclinaison sur la droite, qui nuit considérablement a son effet.

Mai$ je vais rejoindre tnaith) Jules, qai a d^uyert, au milieu d'un fouillis inextri* cable de dessins, de sëpias et de gouaches, une aquarelle très fine de M. Orbstb Cor-* TAzzo, représentant une Femme /apancuse ; la t^uvaule est heureuse, et ie ne puis qu'en féliciter nx)n compagnon; les étoffes sont rendues avec une tréi grande yérité, l'édàt dés broderies et le chatoyement de la soie sont littéralement pariants^ comme dirait M. Prudhomme. — On serait d'autant plus disposé à s'assurer si r^tojfis est moëlleusâj

Sie la femme est des plus gradeuses et des . us proyoouantes ; malheureusement, elle n'est pas Japonaise le moins du monde« Suivant toute apparence, cette sujette du Mikado est origmaire du faubourg Saint* Martin ou de Fontenay-aux-Roses — pas de Nanterre, à coup sûr, car M. Jul^'s assure qu'il a vu cette figure quelque part.

Je remarque en passant d^ix très jolies aqus^nelles de M. Duvaux que je regrette de n avoir pas compris^ dans mon énuméni-^ tion des tableaux mihtaires. Après le oam^ bat et une patrouille de uhUxns dans la fo* rêt de Fontainebleau sont deux épisodes de la guerre curieusement observés et fort ha« bilement rendus.

Horrible I horrible! cpiel est ce cadavre desséché et jauni dans ce cercueil vibré? -* C'est le Christ dans la tombe^ d'après Holbein peint à la gouache par M. A. Favàrd.

Cette peinture est à coup sûr une œuvres fort estimable ; maJs quelle idée d'ad- 1er dioisi^un sujet d'une aussi saisis-

nnte bonreur I ~ Le repas chez Lévy^ d'après Paul Véronése, exéouté à Taciuarelle par le mâme artiste» flatte beaucoup plus les

Ïeux et oependant, suivant moi, u est loin 8 valoir ia gouache.

ÂrrétonB-nous ici et saluons bien bas, nous sonunea en présence d'un maître.2)am le bais de Cemay^ tel est le titre de la ravisante aquarelle dont Français, ce créateur de tant de die&^d'oeuvre, cet artiste dans le sens le plus exquis et le. plus élevé du mot, a accompagné les deux beaux tableaux que chacun admire à l'Exposition de peinture.

La perfection et le ton de cette composition sont tels que Ton Jurerait âtre en face d'un tableau à l'huile. Dans ce petit coin sauvage et gracieux des bois de Cernay, sous ces hauiers^ à travers ces bouleaux et ces fougères circule un air frais et vivifiant qui vous ranime et vous réconforte ; il y règne un calme, une paix« une poésie qui vous remplissent Tàme d'une mélancohe douce et pénétrante à la fois.

Français nous a &it admirer la nature dans toute sa grandiose vérité et son charme majestueux, M*"* Pauuns Girardin nous la montre dans ses gracieux détails; ses trois aquarelles, laurier rose, marronier et lUas rappellent les meilleures productions de Redouté.

Du reste, les peintres de fleurs se sont particulièrement signalés cette année par le mérite de leurs envois. La Gapudne et le Cyclamen de M. Emmanuel Lanster, qui a également «posé une Fantaisie japonaise et

Un coin de mon atelier, d'une touche très spirituelle et d'un coloris charmant, les Camélîas,Ies Roses et les Pétunias de M.François RjvoiRB, les Raisins de M"* Burat, enfin les Roses de M"* NoEL-PARFArr sont bien les plus gracieuses compositions qu'il m'ait été donne d'admirer, dans ce genre, depuis fort longtemps. — Je dois cependant une mention toute particulière au tableau de M"® Noël-Parfeit ; il y a là une pureté de dessin, une finesse de ton et une vérité do sentiment qui révèlent une rare organisation d'artiste. Ses roses semblent avoir été détachées de leurs tiges par quelque magicienne du beau royaume des fées, car elles ont conservé tout leur éclat et jusqu'à la perle liquide que la rosée y a déposée le matin même.

Une mention spéciale aux magnifiques Prunes de M. Knitel. Rien qu'en admirant ces beaux fruits appétissants on les sent en quelque sorte se fondre dans la bouche.

Suave volupté gastronomico-artistic[ue I

Mais il me semble que ma passion pour les fleurs m'a fait quelque peu dévier de la voie que le m'étais tracée et que,semblable à xm papillon (tu vois, je ne me traite pas trop mal), je suis allé butiner de droite et de gauche à travers l'exposition. Je reviens à mon procédé méthodique et je reprends mon inspection à partir des envois de M.

Henry Harpignies, le Saut du Loup, les Bois du Cher et le Pont- Neuf; ces trois aquarelles' se recommandent car une grande richesse de ton et par un sentiment très vrai

Aon — 9DS —

de la nature ; toutefois, dans la dernière»

Fartiste me semble avoir gueloue peu sacrifié l'exactitude à la fantaisie, récnë véniel, d'ailleurs, et &cile à pardonner. Que ne peut- on être aussi indulgent vis-à-vis des trois portraits de M. Jubibn : M™* de Mac- Maharif Auber et l'auteur lui-màme. C'est cru, c'est dur^ c'est lourd. Décidément depuis Latour, il n'y^ a que les femmes qui sv

I chent bien se servir du pastel.

M. Alfred Kgbchlin a exposé trois charmants paysages à l'aquarelle qui, Dieu merci, nous reposent agréablement les yeux et l'esprit. L'artiste est un ^ amant^ ae la belle nature, il la comprend, il la voit bien et la reproduit juste ; on n'a pas besoin de lire l'indication du livret pour voir qu'il a pris des leçons de Français.

Je n'ai jamais eu l'intention de m'enrôler au service de S. S. Pie IX, mais si j'avais pu conserver quelque regret à ce sujet, ie sersds aujourd'hui consolé à tout jamais» La Sentinelle pontipcoUe que M. Lafon a envoyée renferme de tristes révélations sur le sort qui était r&ervé aux champions du domaine de saint Pierre. Figurez-vous que

f cette malheureuse sentinelle est juchée sur

le haut d'im mur à la crête inclinée et sur l'arête duquel im chat évoluerait avec difficulté. A quelques centaines de pieds, au dessous, l'on aperçoit le Tibre et le pont Saint- Ange ; c'est sur cette pente glisswte que le malheureux jeune honmie dessiné par M.

Lafon se tient grâce à un prodige d'équilibre dont l'surtiste seul a le secret. Triste situa-

tion en vëritë ;^ un pas en avant ou en arrière, une oscillation queloonque» et c'est une sentinelle perdue 1

Heureusement^M. Maxime Lalanne est là à point nommé pour apporter une diversion au vertige qui conmienoe ^ à s'emparer de ma pauvre cervelle. Ses trois fusains : Bcr^ deaux^ Au bord d'un étana et un Pot à taffOCf ont toute la vigueur et le relief des meil* leures eaux* fortes.

Mais quel est ce tableau malade et dont les couleurs à moitié efiacées semblent avoir été passées à la lessive? — Le Livret me dit que c'est le portrait de Af "® ***, par M. Eugène Laoibr, et moi je déclare qu à force d'avoir voulu &ire du vaporeux, l'artiste a tout simplement produit ime chose sans forme, sans couleur et sans mérite.

Quelle différence avec les deux portraits de M. Lbygue. Ici, la couleur n'est pas venue au secours de l'artiste, il s'agit seulement de dessins. Mais quelle finesse de vue et de touche 1 Quelle grâce et quelle vérité à la fois 1 Ces deux tâtes expressives et intelligentes sont rendues dans tout l'éclat de leur grâce enfantine et toute la poésie de leur rêverie ingénue ; il suffit de voir les portraits pour pouvoir dire, sans connaître les originaux : « comme c'est ressemblant 1 »

Ciomme dessins, ce sont, suivant moi, les meilleurs de l'Exposition , et comme

i>ortraits, j'en connais tort peu, même dans es salons réservés à la peinture, qui puissent sans danger soutenir avec eux la comparaison*

Je passe rapidement devant une oomposition estimable, mais par trop froide et asoétique de M. LHERMrrB, ayant pour titre le Bénédicité; j*envie, en passant, le sort de ce bienheureux chasseur que M. Liénard a conduit vers une remise de canards sauvages et oui &it un superbe coup double sur deux haibrands de premier choix, et me voici en fiuse de haut et puissant seigneur Polichi" nellet que M. Manbt a portraicturë a l'aquarelle et en faveur duquel notre éminentf)oëte Théodore de Banville a bien voulu disposer de deux perles de son ôcrin funambulesque.

Par malheur, ce tableau, qui me semble tout à £Biit hors ligne, est place si mal et si haut que, même en nous dressant sur la pointe des pieds, ni Jules ni moi n'avons pu saisir les traits du personnage; il nous a même été impossible de déchifhrér le distique que le maître a mis au bas.

Mais voici gue mon compagnon disparaît tout à coup ; je me hftte de courir à sa recherche et je le trouve en arrêt sur deux très séduisantes aquarellesde M. Pallière, représentant, l'une et l'autre, deux fort jolies fem- [ mes revêtues seulement d'un peu de gaze et

d'un charme inexprimable. Je regarde le livret et je lis : n^ 2,448, Constantinople ; n^ 2,449, Vieille Castille. Eh bien 1 là, vrai, je ne m'en serais jamais douté ; quant à la CastUle eh question, le livret la calomnie, je ne la trouve pas vieille le moins du monde.

— A la bonne heure, me dit Jules, voilà conmient je comprends la géographie !

De même que les jours, les aquarelles se suivent et ne se ressemblent pas. Non loin des deux tableaux si pleins d'éclat et maïs peut-être un peu « gravures de mode » de M.

rallière, figurent les envois de M. Ribot.

C'est profond, c'est saisissant, c'est grandiose. La Leçon de tricot çst tout simplement un chef-d'œuvre de mouvement, da sentiment et de couleur, et la Vieille femme a toute la vigueur et le modelé d'une eau forte de Rembrandt.

Ces magnifiques tableaux sont entourés à droite et à gauche d'une quantité énorme de portraits dont plusieurs ont un véritable mérite. Citons parmi ces derniers les trois beaux envois de Saintin, dont la vogue croissante est, de jour en joiir, plus justifiée, l'aquarelle de M™® Mindeleff, les miniatures de M. DE PoMMAYRAG, Ics pastels de M**® Blanche Véronique, enfin deux ravissantes porcelaines de M"® Hélène Nold, qui révèlent un talent très réel.

De la porcelaine à la faïence la transition est facile, aussi me trouvé-je tout natiirellement porté à parler ici des Lièvres, des Huîtres et des Choux, de M. Schopin, traités avec une vigueur de touche et \ine vérité de couleur qui promettent à l'auteur une brillante carrière artistique»

Non loin de là, les saisissantes aquarelles de- M. FhcHOMME , les Tuileries après la Commune, le Point-du-Jour après Ventrée de Varmée de Versailles, et Vnôtel-de-ViÙe après V incendie captivent les regards du visiteur et laissent dans l'esprit une impres-

sion de poignante tristesse mitigëe par un sentiment aadmîration réelle pour Tœuvre de l'artiste.

Je contemple en passant les trois aquarel^ les de M. SAbbon qui, cette année, a été égal à lui-même, ce qui est assez dire; les Ca* vcUiers de M. Sicabd, bien compris et spirituellement rendus, un b^u portrait d'après Durer, de M. Toubny ; j'arrive enfin devant Pexpc^ition de M. Vn>AL, et je m'arrête et j'admire. Je ne crois pas flatter l'artiste en disant que ses trois aquarelles sont les meilleures du Salon. La FUeuse bretonne^ le PaÀn noir y les Pommes de pin, autant d'œuvres parfaites et réellement magistrales qui réunissent tout : dessin, couleur, sentiment, vérité, poésie âpre et saisissante.

Mais j'aperçois avec terreur que mon papier se noircit à vue d'oeil, gue j'ai déjà dépassé de beaucoup les limites que tu m'as assignées, et je m enfois, non sans avoir jeté un dernier coup d'œil sur les trois aquarelles si chaudes ae ton et si éclatantes de couleur que M. Wyld a exposées.

Dans le grand vestibule du Salon je fiais, en sortant, une visite de rigueur au carton de M. MoNCHABLON, les Quatre EvangéHsteSy et à celui de M. Puvis db Chavannes, Radegonde au couvent de Sainte-Croix.

te ; on ne peut peut-être faire qu'un reproche : les animaux des Evangélistes ont une importance excessive et nuisent quelque

peu à leurs maîtres ; en somme^ œuvre très estimable.

Quant à la Radegondef je la considère comme une des meilleures œuvres de M. Puvis de Ghavannes; elle fait heureusement oublier V Espérance de Tan passé, voire tous les Charles Martel possibles.

^ Ah! que M, Puvis de Ghavannes ne dessine-t-il toujours au lieu de peindre

Ose tue à rimer; que n'ëcrit-il en prose!

Je ne veux pas quitter le vestibule sans payer un juste tribut d'éloges aux trois ma-

Emfiques émaux de M™* de Gool, principaîment à sa splendide trvptique, d'après RubenSy qui ne serait nullement déplacée au milieu des trésors de la galerie d'Apol* Ion, au Louvre. — Tout à côté, les deux portraits sur émail de M. de Gourcy, et l'Amour vainqueur, du même artiste, rédament non moins impérieusement mon attention ; mais le spectre du défaut de place se dresse devant moi, farouche, inexorable, et je suis forcé de passer outre, malgré les séductions de la gracieuse et fraîche Idylle que M. Alfred Mbter, un artiste de bonne souche, a peinte sur émail avec un charme indicible.

Que de sacrifices je suis forcé de faire 1 que de regrets je laisse aerrière moi 1 Combien il me faut d'empire sur moi-même pour passer sous silence les deux médaillons de M. Ghau- TARD : Auber, et ce grand patriote, cet homme de bien entre tous, Phonorable M. F.

Maréchal, ancien maire de Metz, tué de douleur par la double complicité des Prussiens

et de Bazaine.— Les Camées de M. Galbrun- NBRy le ravissant bijou que M. Gerbter a fouille pour en faire sortir les traits de la diva A. Patti, les médailles de M. OuoiNâ, le trophée et la médaille patriotique de M. SoLDT, sont autant d'œuvres de premier ordre qu'il ne m'est permis de signaler que par des points d'adnuration ! I !

A force de couper, tailler, rogner, j'arrive à la fin^ mon cher cousin, sans avoir pu te parler m de la g;ravure ni de Parchitecture, qui nécessiteraient à elles seules une lettre aussi longue que celle-ci, Il est pourtant une œuvre hors ligne dont je veux dire un mot, — ce sera le dernier ; je veux parler du portrait de M""* de Sévigné, gravé par Emile RoussEAux, d'après un pastel de Nanteuil.

C'est, je crois, la perle de la collection des gravures, et je me ferais un crime de ne pas la signaler aux amateurs. M. Rousseaux est un élève de Mé Henriquel-Dupont, qui est bien près d'égaler son xnaître.

Sur ce, mon cher Nestor, je te quitte, navré de n'avoir pu causer plus longtemps avec toi de. tout ce qui eût mérite de faire l'objet d'entretiens approfondis et espérant que tes lecteurs excuseront mon laconisme en faveur de ma bonne volonte, que seules les nécessités du journal rendent impuissante.

Tout à toi,

JOSEPH PÀTUROT.

CONGLDSION

Une réunion de famille. — Intervention de M"« Nestor. — La faim fait sortir le loup du bols. — La parole à Poncle Emile. —Une tirade. — i^ finita la com$dia!

Cejourd'hui 20 juin 1874, la famille Paturoty qui avait assisté à l'ouverture de TExposition des beaux-arts, a tenu à en voir la clôture, et tous ses membres,, après avoir accompli chacun la mission dont it avait été chargé, se sont trouvés réunis, sous la présidence de M^® Nestor, qui n'a cessé, pendant ces deux mois, de surveiller l'œuvre commune, d'encom*a5ger les travailleurs, de relever les défaillants lorsque quelques-uns ont pu, par moment, craindre de ne pas arriver en temps utile à Tacoomplissement de la tâche ardue, qui leur était échue et de corriger les défectuosités, quand il s'en est produit.

Si le travail commun a obtenu quelque assentiment de la part des artistes et du pu-

bliCySi on a reconnu qu'une appréciation purement bourgeoise de Texposition pouvait avoir sa raison d'être, c'est à M"' Nestor que ces résultats seront dus ; c'est à elle que le nom de Faturot devra ]a gloire nouvelle qui en rejaillira sur lui.

Du reste, nous l'avons dit en commençant, il ne nous était pas permis d'être modestes, et nous avouerons que nous persisterons dans notre immodestie.

En conséquence, nous nous sommes adressé réciproquement des congratulations qui portent tout particulièrement, disons-le, sur la manière dont nous sommes parvenus à accomplir notre œuvre dans le temps donné, et à l'avoir terminée avant la clôture de TExposition.

Rose a demandé à figurer au procès-verbal et à &ire connaître aussi son opinion.

La voici :

-^ Je ne saurais rien ajouter à ce que vous avez dit siir les chaudrons de M. Vol- Ion et de M. Jean Even.

La cuisine de M. Castres est une belle cuisine, de même aussi celle de VHôtd du Lionr^*Or ; mais je préfère celle de M.

Abmand Lbleux. C'est moins vaste; mais c'est plus nature ; c'est plus bourgeois; ça entre mieux dans votre ordre d'idérâ, si j'ai bien compris ce que je vous ai entendu dire.

Etens cette cuisine, on sent la main d'une cuisinière ; c'est démocratique.

Les autres rentrent sous la coupe d'un chef, d'un tyran ; c'est monarchioue I

De toutes parts : Bravo 1 bravo I

Mais si j^aî demandé à prendre, la parole, c^est moins pour tout œla que pour vous faire im vif reproche» celui d'avpir passe sous silence le tableau de M. Girardet^ intitulé : La Faim fait sortir le loup du bots^ où l'on voit les dangers auxc^uels peut être exposée une cuisinière, et ou l'occasion vous était offoiie tout natureiiement de dire un mot en faveur de cette intéressante classe de citoyennes à laquelle vous devez, ingrats que vous êtes, tant de délicates jouissances I

Ces deux loups aflamés se sont évidem-*ment jetés sur la cuisinière, qui avait dû courageusenient, par ce temps de neige, aller laire ses provisions au marché voisin, et Dieu sait ce qui serait arrivé si les loups ne s'étaient emparé de son panier, et s'ils n'y avaient pas trouvé ce magnifique pot-au-feu qu'ils se disputent en le déchirant à belles dents.

Pendant ce temps la malheureuse a pu demander à la fuite de la mettre à l'abri des atteintes de ces bêtes fâroces.

Vous avez beau sourire I Gela est sérieux.

Voici un des dangers professionnels auxquelsles cuisinières peuvent être exposées, et il y en a bien d'autres Itl Je puis en parler, moi I Car telle que vous me voyez, j'ai vu le loup I Et je puis en parler, malheureusement, en connaissance de cause !

Mention de la réclamation de Rose est faite au procès-verbal, et avant de le dore, la parole est donnée à l'oncle Emile, qui a manifesté le désir de résumer et de glorifier, en se servant de la langue des dieux, les beautés

de cette exposition qui appartient aujourd'hui à l'histoire et à rëtemitë.

— Mes chers amis voici ma conclusion :

Noua aTonsiraTerBédecraeUeaépraires; Dana plua d'une maiaoïiy des or|>haliii«, dea Tenrea Pleurent, et plus d'un mur a dea tachea de sang. Mais notre vieux prestige au Icnnxetentissantt Gommeaux sinistres ionra qu*^ peinta rÂpocalypse, Eat>il prêt à subir une aiqirane éclipse T Sonunes-noua descendus au dernier échelon?

Non! vovez 1 1 dea Beaux-Arts s'annonce le Sakm;

Et aoodain à l'appel répond toute l'Europe.

La grande capitale où l'Art se développe.

De nombreux yoyageurs redevient le seul but.

Pour offrir son hommage et payer son tribut,

Des pays du soleil et de ceux de la neige.

De 1 Espagne au ciel b'eu, de la froide N<Nrw4^|e>

On aci^ourt, on se dit : <« Le rendez-vous choisi»

Le Centre universel» c'est Paris!... Allons-y 1 »

Le passé fuit» nuage emporté par Eole;

La Crance a reconquis son antique auréole»

Et de rayons nouveaux resplendit l'art français.

Je voudrais vous parler encor de nos succès; Mais ie suis las» malgré l'appui de mes Pyladea, D'avoir» du grand x»Iais, smvi les enfilades. Après un examen 'scrupuleux» prolongé.

Je pense qu'on acguiert quelques droits au congé» Et qu'on peut négliger atatnaire et peinture Pour aavourer en paix la villégiature.

Paysages, portraits» histoire, genre et fleurs» Ma foi ! j'en aurai vu de toutes les couleurs. Retrouvant pour deux mois les ardeurs du jeune âge. Au temple des Beaux- Arts j'ai fait pèlerinage. Maintenant» plus heureux qulsaac Laquedem, Je m'arrête en disant : aenique tandem I

De toutes parts : Brave! bravo I E finita la ccmedial

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