‹ Le Salon de 1874Chapitre 9 sur 10 · LES SALLES DE PEINTURE · texte numérisé non relu

LES SALLES DE PEINTURE

Un moment d^hésitation. — Impromptu. — La Salette.— Les grands Hommes de l'antiquité jugés par de plus petits. — Causes du développement de la peinture de genre. — Plan de campagne. — Depuis A jusqu'à Z. — Les marines d'Appian. — H. Beauverie. — Le Capitaine Fracasse.— Le Port de Paquis et la Mort des premiers nés.— Une scène de Shakespeare. — De Cannes aux Côtes-du-Nord. — Le spectre solaire. — La Leçon de tir. — Nouveaux paysages.— Le Portrait de mon grandpère.- Tableaux de MM. Alboy Rebouet, Berne-Bellecour, Benouville, Brielman, Badin, Blanchard, An tigna, Anatole de Beaulieu. — Quelques mots sur le jury.

— Si nous en restions là.... Qu'en pjensezvous, mon cher oncle ? Ou, du moins, si nous complétions Taperçu général de cette exposition par Texamen, sommaire comme nos études précédentes, de la galerie qui donne sur le jardin, et ou se trouvent les pastels, les aquarelles, les dessins, gravures, etc.? Car, je vous l'avouerai, j'hèite à enfarer plus avant dans cett« œuvre que nous avons entreprise un peu témérairement.

N'est-il pas outrecuidant, de la part de simples pékins oomme nous, de prétendre émettre une opinion sur des œuvres qui ont demandé aux artistes qui en sont les auteurs tant d'études, tant de travaux, tant de soucis, tant de veilles, et que de lancer légèrement une opinion plus ou moins fondée sur ces toiles qui ont absorbé une partie de Texistence et souvent l'âme entière de ceux qui ont pâli devant elles.

— Bah I n'en sommes^nous pas tous là et la critique épargne-t-elle , dans quelque condition que nous soyons, un^ seule de nos actions et le moindre de nos travaiix?

D'ailleurs, MM. les artistes ne travaillent que pour le public et le public a besoin d'être conduit, d'être renseigné ; le plus souvent, il passerait sans y prendre garde si on n'appelait son attention devant des objets qu'il admire, dèsau'on lui a montré qu'ils méritent d'être aomirés. En réalité, nous n'avons trompé personne et nous n'avons la prétention de traduire que l'opinion de quelques-uns de ces bons bourgeois de notre espèce, dont l'avis mérite bien quelque attention puisqu'ils comptent parmi les acquéreurs des œuvres exposées au Salon.

Tu as promis aux artistes qui, en venant ici, savaient bien qu'ils s'exposaient aux critiques, ainsi qu'aux lecteurs du Nationaly une nouvelle visite de ces salons ; il s'agit, tout au moins, de combler les lacunes que toi-même a constatées dans notre première et rapide description. Exécutons-nous donc, sans avoir d'autre prétention que celle-là ; et

en né disant que ce que nous pensons sincèrement, nous aurons laconscience tranquille.

D'ailleurs, c'est à nous de faire pour le mieux; ne nous exposons -nous pas aussi à la critique?

— C'est ce qui m'effraye.

— Allons donc ; laisse-là cette poltronnerie tardive, et montons.

Quant à moi, je me sens aujourd'hui tout inspiré, et je veux te faire partager mon inspiration en improvisant quelques vers qui vont, je l'espère, réchauffer ton ardeur :

Nous avons admire ceux dont les mains savantes Tirent d'un bloc massif des figures vivantes» Et> portant la plastique à son plus haut degrë. Font palpiter le marbre et le bronze à leur grë. On fit de leurs travaux la critique complète : Visitons maintenant Jes porteurs de palette, Ceux qui, par le relief que donne la couleur, De leurs conceptions redoublent la valeur.

Gravissons l'escalier aux rampes colossales, £t le livret en main, pénétrons dans les salles 1

— Je vous suis !

Quel système allons-nous adopter ? Imiterons-nous Joseph, qui s'est si bien tiré de la tâche ardue qu'il avait acceptée, celle de rendre compte dfes tableaux militaires.

— Tiens, c'est parbleu vrai, notre première parole aurait dû être pour lui; mais il est si ardent ! Et puis, le patriotisme qui lui remplit Tâme était à la hauteur de cette tâche. Trouverions-nous des inspirations semblahles à celles qui le guidaient, si nous prenions la résolution de traiter en une fois tous les sujets religieux du Salon, comme il a traité les sujets militaires ?

— Hft-

— Ce serait d'autant plus difficile que le terrain nous ferait défaut ; j'ai été frappé par le petit nombre de tableaux de sainteté qui figure dans cette e^cposition. *

— Les arts se ressentent des mœurs ; chaque éf^oque a son genre. La grande peinture religieuse demande une foi et une ferveur qui ne sont plus de notre temps.

— Mais^ ne dit-on pas que nous sommes plus religieux que nos pères?

— C'est-à-dire que nous scnomes ou plus fanati(]aes ou plus tartuifes. La religion des premiers est entretenue par une foule de nairacles et de superstitions qui feraient une singulière figure au Salon. Voit-on d'ici une demoiselle de la Merlière usurpant dans un tableau la place de la sainte Vierge ? Ou bien un groupe en marbre représentant les deux

E3tits bergers éblouis par son apparition?

e singulier eflFet que produirait \a reproduction de la scène fantastique du 19 seçtembre 1846 : Maximin Giraud et Mélange Mathieu tremblant de tous leurs membres devant la dame mystérieuse, et écoutant avec stupeur les prophéties qu'elle leur débite en patois?

Les autres, les tartufes, considèrent le principe autoritaire dont l'Eglise a le dépôt, comme la meilleure sauvegarde de l'ordre public et de leurs fortunes.-

Ceux-là vont à la messe le dimanche et reçoivent à dîner leur curé ; mais là s'arrête leur pratique des préceptes de l'Evangile, de telle sorte que leur exemple est loin d'enflammer et d'entraîner les populations, qui

GonnaiflseDt d^autres tndts moins édifiants de leur vie.

Quant à enoourager les artistes disposes a imiter les grands maîtres que la foi chrétienne ini^irait, il ne faut pas compter sur eux, et ils se croient très généreux et très fervents catholiques» lorsqu ils poussent, à l'hôtel des commissaîres-priseurs, juscpi'à 60 ou 80 francs une toile de plusieurs mètres, dont l'offre à leur église doit leur valoir une grande renommas en ce monde et de nombreuses années d'indulgences dans l'autre.

— En eflfet, j'ai souvent rencontré, rue Drouot^ des acheteurs de ce calibre qui, bien nueuxl pour faire excuser leurs adiats, s'empressaient de dire en riant : « C'est pour mon curé I C'est pour mon église I »

Il faut le reconnaître, les tableaux religieux sont complètement délaissés, et les artistes qui connaissent cette disposition du public n entreprennent les peintures de ce genre qu'autant qu'ils en ont la commande:

— Donc, il n'y a })as lieu de faire une série spéciale, et, à vrai dire, il en est de même pour la plupart des autres catégories qui, jadis, avaient chacune leurs hommes spéciaux.

^ La peinture d'histoire, il n'en est, pour ainsi dire, plus question. . .

— Les peintres d'histoire obéissaient jadis à de nobles inspirations comme les peintres religieux; ils tentaient de reproauire, à l'aide de leur pinceau, et de perpétuer pour les âges futurs les grands exemples a'hé-

— lîUi —

roïsme dont Pantiguitë nous a transmis le souvenir. Mais aujourd'hui, l'héroïsme que le De viris nous avait appris à admirer est contesté par œux qui ont entrepris de réformer la morale, et qui trouvent que le patriotisme doit s'inspirçr autre part que chez Jes Grecs et chez les Romains.

On est bien près de vouer aux gémonies certains des grands hommes dont Plutarque nous a transmis la figure.

Demandez à certams cléricaux leur opinion sur Socrate, sur Platon, parlez-leur des admirables traités de Cicérori : de 0/jficiisy de Naturâ Deorumy de Republicâ ? uitez-leur ce sublime Songe de Scipioriy qui seul a survécu à la destruction du sixième livre de la République Vantez les héros ou les poëtes païens, tous plus ou moins entachés de scepticisme, les dévots leur préfèrent Sanchez, saint Dominique, Torquemada, Escobar, Malagrida ; jadis ils ont brûlé plus d'un livre de philosophie grecque ou romaine en place publique, et ne feraient volontiers qu'une fournée de toute l'antiquité.

Aussi les peintres se sont-ils détournés d'un genre qui les aurait exposés à être dénoncés par YUnivers et par le Monde comme des propagateurs de doctrines subversives et d'exemples contagieux.

— Ils ont eu raison . . . Quand on songe à l'exil auquel ont été condamnées les statues du Luxembourg, dénoncées par M. Ravelet, du Monde/

Ravelet I Voilà un nom qui passera à la

postérité et qui fera le digne pendant de celui d'Erostrate !

Quoi d'étonnant, en présence de tout cela, que nos artistes se soient rejetés dans la peinture de genre.

Le genre d'ailleurs est mieux approprié à nos goûts modernes et à la décoration de nos appartements bas et rétrécis.

Le genre de plus a tait pénétrer de toutes parts le coût de la peinture ; aujourd'hui, gjrpjce à lui, chacun a son musée, chacun contribue à subventionner cette pléïade d'artistes qui jadis n'avaient d'autres clients que les gouvernements et d'autres refuges que les grands musées.

I-ie genre, en outre, n'exclut ni le talent ni les nobles inspirations. Il n'est pas ennemi du style et admet très bien le caractère. Il est plus d'un petit tableau devant lequel on est longtemps pensif et rêveur; il est plus d'une toile de petite dimension qui renferme plus de savoir et plus de talent que n'en exigeaient les grandes toiles qui figuraient jadis dans les expositions, en attendant Qu'elles aillent se perdre sous les combles ae quelque établissement public.

— D'après cela, mon cher oncle, mon avis est que nous marchions droit devant nous, en commençant par la salle n** 1 et par la lettre A, jusau'à ce que nous soyons arrivés à la salle 2. Notre description en sera moins monotone , et nous entremêlerons paysages, histoire, marines, portraits, genre, etc., tels qu'ils se présentent aux regards des visiteurs.

— Eh bien, en route l — et voilà tout d'abord, au début des lettres À et B, deux échantillons de paysage et deux autres de marine qui nous promettent de la firaîcheuF, de l'eau et de l'air : de quoi satisSadre œux qui , en entreprenant , comme nous , ce voyage par une chaleur tropicale, en auront plus d'une fois besoin*

— A voir ces deux splendides marines de M. ÂppiAN, on croirait que peindre la mer est la chose la plus facile du monde et que les marchands de couleurs vendent une peinture toute préparée pour représenter cette belle eau si nleue, si transparente.

Gomme elle se perd bien dans les' profondeurs de l'horizon par un temps splendide dans l'une de ces deux toiles, et par un temps couvert dans l'autre !

— Moi qui n'ai» pas le pied marin comme toi, je m'en tiens aux deux paysages de Beauverie. J'aime surtout son Apres-midi de printemps. Il me semble être en Normandie, dans ces frais herbages toujours verts, d'où émergent ces pommiers arrondis, couverts au printemps d'élégantes fleurs blanc-rosées, tels qu'on les voit dans le tableau de M. Beauverie, et, à l'autonme, de ponunes d'or, d'argent ou de corail, dont le poids, en rompant les branches qui les portent, occasionnent les brèches dont la plupart de ces arbres portent les traces.

— J'aime moins le tableau qui fait pendant à celui-là, bien qu'il ait de grandes

2ualités : Le Matin sur les bords de VOise.

e titre explique les vapeurs qui s'élèvent

de l'autre côté de l'eau et qui éteignent les formes de la i)erge opposée* à la berge verdoyante et garnie de plantes qui est de notre côté. Mais je trouve que malgré cet artifice, l'autre bord de la rivière ne s'éloigne pas suffisamment. Les premiers plans ne laissent rien à désirer.

Mais qu'est-ce qui captive donc autant votre attention ?

— Ma foi, je suis comme la foule. Je m'amuse devant ce qui est amusant, et ce Capi^ taine Fracasse de Alphonse André a toutes les qualités nécessaires pour cela. Ecoute le passage de Théophile Gautier que le peintre a tracjhiit d'une laçon, n^ia foi I très réussie :

Debout, à la tôte du char dont les comédiens s'efforçaient de sortir, Agostin, sa cape de Valence roulée sur son bras, sa tridt>aya au poing, criait d'une voix tonnante : La Bourse ou la vie 1

Qnel réveil pour ces pauvres comédiens !

Mais ils font bonne contenance, et Agostin n'a qu'à se bien tenir.

— Voilà une eau bleue de notre connaissance. Vous souvenez-vous, mon oncle, de notre traversée du lac de Genève assaisonnée de ce bon petit vin blanc d'Yvonne qui vous fidsait trouver si suaves les accents de certaine joueuse de mandoline ?

— Eh I eh I si je m'en souviens ? Ce Part dePaguiSy de M. Belley du Poisat m'en fait revenir l'eau à la bouche. Mais voici une peinture qui me calme. M. Alma Tadema est luaubre dans cette sixième plaie d'Egypte, la Mor^ des premiers nés y et ces teintes d'un jaune brun me font l'effet d'un nuage mena-

çant qui dérobe à mes reaards ce beau ciel et ce beau lac ég^ement bleus l'un et l'autre que je voyais tout à l'heure. Passons.

Mais, a ton tour, tu as, il paraît, trouvé un sujet qui te captive?

— Effectivement, voici une petite toile de Emile Adam, devant laquelle il faut s'ar* rôter. Prie-t-elle avec ferveur, cette pauvre Marguerite penchée le long de l'autel? Et bien que le spectateur ne Taperçoîve que de dos, comme cette posture indique bien la douleur qui la remplit et le combat qui se passe dans son âme I

— C'est saisissant I et dans le fond, quelle opposition habilement rendue dans cette autre scène où ces petites figures de commères qui îasent autour du puits en montrant du doigt Marguerite, semblent fidre mieux ressortir par 'eurs gestes accentués et par rëciat de Jours costumes en plein soleil, l'immobilitë et le sombre vêtement de la victime de Faust.

— Ah ! voici un sujet qui séduit invariablement les jeunes artistes : Juliette se tuant sur le corps de Roméo, qui, la croyant morte, s'est empoisonné. Qui n'est ému par cetto dramatique histoire des deux amants de Vérone et par l'admirable cri de Juliette à son réveil :

Poison» I see* has been his timeless end :

Churl ! drink ail» and leave no friendly drop, To help me after ? I will kiss thy lips ; .

Haply, some ooison y et dolh hang on them, To make me aie with a restorative*

Il a su, je le vois, en finir i propos par le poi"

son. O l'égoïste» il a tout bu» sans me laisser une seule goutte, pour me venir ensuite en aidel eh bien! je baiserai tes lèvres 1 Heureusement» elles peuvent avoir encore sur elles un peu de poison» un cordial qui me fera mourir I

De vagues rumeurs se font entendre en dehors au caveau funèbre ; Juliette, apercevant à terre le poignard de Roméo, s'en empare avidement et s'en perce la poitrine, en s'écriant :

Yea, noise I then Ibe brief, — o happy dcmer ! ;. This is thy sheath ; there rust, and let me aie.

Ah ! du brait 1 — J'abrège alors 1 — heureux poignard» voilà ton fourreau ! rouille-toi là» et laisse-moi mourir!

M. James Bertrand, de Lyon, a rendu plutôt le côté touchant que le caractère énergique de la scène.

— Regarde donc ces deux toiles de But- TURA, deux Vues prises aux environs de Cannes I Quelle nature vigoureuse ! et comme on sent bien que le soleil de ces contrées privilégiées, où les nuages n'affadissent jamais la <50uleur, doit donner ce bleu foncé du ciel» et ce vert foncé des arbres !

— Brrrrt! changement à vue! Plus la moindre couleur ! Du gris, rien que du gris ! M. Louis BotJDiN vient de nous transporter aux rivages du Portrieux. dans les Côtesdu-Nord. Ici, les nuages ne laisssent pas percer le plus petit point de bleu, et la mer, en reflétant leurs couleurs grises, donne au tableau un étrange effet qui ne manque pourtant pas de charme.

Quelle variété dans la natiire! et qudl parti elle appreod aux peintres à tirer de»

sept couleurs du spectre solaire I

— Sept, tu le sais, est un chiffre cabalistique 1 Les sept couleurs de Tare en cieL les sept notes de la gamme, les sept jours de la semaine, les sept années de la septennalitë I

— Voyons, mon oncle, voilà que vous allez vous lancer dans les digressions politiques 1 ^ • ^

— ^ Ma foi, tu as raison ; j'aime bien mieux admirer cette jeune personne, élégamment vêtue en costume du seizième siècle, et qui se fait donner par ce jeune chevalier, non moins bien vêtu, sa première leçon de tir^ oui de tir à l'arbalète. C'est un joli petit tableau, bien peint et bien posé. Il est de M. LA Brelt.

— Accordons-lui un bravo ; mais bravo STirtout pour les paysagistes 1 Voilà de la grande et belle nature I Et cependant cet effet a été obtenu, on le sent, avec peu d'efforts.

M. Benouville n'a eu besoin^ gue de copier la nature; mais il a su choisir son moment et obtenir une superbe épreuve photographique des Jînvtrorw de Valmontoney en Italie.

— Je suis de ton avis, mais j'ai non moins d'admiration pour les Pommiers dans les blésy où M. Auguste Bougourd a su réunir d'une &Qon harmonieuse des blés dorés, des pommiers verdoyants, un ciel azuré, moucheté de quelques nuages, et sur le bord du chemin qui forme le premier plan, la ver-

dure d'une herbe tendre qui n'attend que les moutons. On est évidemment en juillet.

Ne quittons pas ce premier salon sans mentionner la Gloire posthume^ de M. BaalyBRy puisque le jury lui a décerné une troisième médaille.

— C'est probablement à cause de sa grande dimension. En résumé, ce grand tableau n'est rien autre chose qu'une froide allégorie classique ; des cadavres, et une femme debout, sombrQ, qui les couronne. Tout se passe dans les ténèbres et on dirait que Tartiste a peint du milieu des brumes de Lannion, son pays natal.

Mais no\is allions passer sans nous arrêter devant cette autre toile si vraie et si vivante, également couronnée par le jury : Portrait de mon grand-père j de Bastien Lepagb.

— Ce qui aurait été un acte doublement coupable, et vis-à-vis de l'auteur, et vis-àvis de nous-mêmes : nous aurions été privés de la satisfaction qu'on éprouve à examiner la finesse de ton et les détails si bien étudiés de cette tête et de ces mains. Â première vue, cette peinture semble plate et quelque peu bâclée ; mais quand on l'a examinée de près, on ne tarde pas à y reconnaître de grandes qualités.

En pénétrant dans le second salon, il me semble qu'il va nous retenir quelaue temps.

Débutons par ces deux paysages d Augustin AuGuiN : Les grands bois de FenUmx et le Rayon d automne à Cognac. Sur le premier plan de chacundeces deux tableaux guelques troncs de cbâna très étudiés fournissent de

beaux échantillons de Tessenoe de ces bois dont plus loin on n'aperçoit gue la cime, du haut des éminences où Tartiste a placé le spectateur, et qui permettent même dV percevoir les collines et le ciel lointain qui forment l'horizon. La couleur automnale est exœllente dans le tableau qui porte le nom de cette saison.

— Viens donc voir ceci : voilà-t-il un homme heureux? M. Albot REBOusmous le présente comme Un parti avantageux.hQ gaillard est bien fait, bien bâti et bien costumé...

— Je n'aime pas sa figure, avec sa cheve* lure rousse et ses joues chaudement teintées ; il me semble, d'ailleurs, que tel est aussi l'avis de la jeune fille dont le regard semble dire, maigre les exhortations de ses ascendants, qu'elle s'attendait à toute autre chose qu'à ce joyeux luron.

— Bah 1 elle s'y fera. Il est solide et bien portant et sa mise élégante et recherchée, car il est tout de soie rose habillé, indique, ainsi que la satisfaction montrée par la famille de la jeune personne, qu'il doit être de bonne maison.

— Tout ce que vous voudrez, mais la pâleur de la jeune fille m'indique, ainsi que l'attitude de ce petit chien qui est tout prêt à grogner, que le parti n'est pas jugé aussi avantageux par tous les spectateurs.

— Eh bien, veux-tu que je te dise mon avis? Cette d^cussion cpie nous venons d'avoir prc uve que le peintre a merveilleusement réussi, puisque l'examen de son ta-

bleau Ta provoquée très probablement suivant son intention.

— En tout cas, ce tableau est une très remarquable composition où tous les détidls de costumes et d'ameublement sont très soignés.

— Parbleu, je le crois bieni M. Alboy-^ Rebouet est élève de Gérôme I Mais regarae donc un peu plus loin : il me semble que voilà le pendant de ce tableau. Âllons-y de suite, nous reviendrons sur nos pas.

— En effet, il s'agît d'une scène analogue, et cette fois, la jeune fiUe semble éprouver un trouble d'un tout autre genre que celui oue faisait éprouver à celle que nous venons ae Quitter, l'espèce de spdassin enrubanné

Suilui était présenté. Cfelle-ci n'ose regarer son Prétenduy car il s'agit d'un prétendu , le titre que M. Berne-Bellecour a donné à son tableau nous l'apprend. EUe est cependant occupée à f)elotonner l'écheveau qu'il tient entre ses mains ; mais à l'incarnat répandu sur sa figure on comprend son émotion et l'on sent qu'elle rougirait tout à fait, si elle osait lever les yeux. Le prétendu n'est pourtant pas des plus beaux, ni de la prenuère jeunesse; c'est un officier. Est-ce un portrait ? On pourrait le croire en se demandant quelle autre raison M. Berne-Beliecour a eu de choisir un type qui ne correspond pas exactement à celui de la jeune fille.

Derrière elle, comme dans le tableau précédent, se trouvent père et mère, qui^ ont l'air de se réjouir en songeant à l'accroisse-

ment prochain de leur famille. C'est une scène prise sur le vif^ et qui, de même que la précédente, se recommande par le soin des costumes et de tous les accessoires. M. Berne Bell€KX)ur a peut-être accentué avec trop d'énergie les traits des grands parents en les maquillant à la &Qon des acteurs qui ont besoin d'accuser leur âge en se creusant des rides à l'aide du noir.

— Tu es bien sévère ; en résumé, c'est un joli tableau.

Mais voilà qui va &ire ton bonheur, monsieur le paysagiste. Regarde-moi ce grand paysage de Benouvo^le; est-ce assez bien enlevé 1

— Superbe ! superbe ! Mais j'ai vu cela 1 C'est saisissant de ressemblance I Quel nom donne-t-il à cette rivière si accidentée ?

— La Nive à Itxsassou, dans les Basses- Pyrénées. Tu as donc été i)ar là ?

— Non^ jamais ; mais j'ai vu cela dans les Alpes. J'ai vu, comme dans ce tableau, un torrent ayant fini par creuser son lit au cœur même de la roche, suivant qu'il y rencontrait des portions moins refnictaires à son action perforante. J'ai vu de ces sinuosités oii l'aspect de la rivière, encaissée dans le roc, change subitement, suivant que l'eau court de l'ouest à l'est, toute blanche d'écume, en plein soleil ou qu'après un contour, elle prend l'aspect vert et noir de la roche couverte d'ombre qu'elle reflète, en courant de l'est à l'ouest.

Le tableau de M. Benouville est d'un grand efitet ; le paysage qu'il a admirable-

ment reproduit, n'est pas un paysage ordi«»

naire.

— Eh bien I de même que tu te rappelles avoir vu ce grand effet dsuQS les hautes montagnes, je me rappelle avoir vu tous œs effets moins grandioses, mais non moins pittores|jques, rendus par M. Alfred Brielman.

Voici, par exemple, un Chemin du Morin {Seine-et-Marne) y que j'ai certainement parcouru. Est-ce plein de vérité !

— Ohl ohl ohl Mms voici une peinture qui me semble avoir du caractère ; ce n'est qu'un Portrait (Tenfant gui n'est même pas très beau et où le peintre n'a pas fait abus de sa palette, car on croirait presque, à distance^ qu'il s'agit d'une grisaille, tant la teinte grise a été employée dans la figure,dans le vêtement et même dans la chevelure 1 Le tout se détachant sur un fond noir.

Mais en approchant on voit que chacune des parties de cette |>einture a ses nuances propres, et que la chair est bien de la chair, de même que les cheveux sont bien des che* veux et les vêtements des vêtements.

N'êtes- vous pas frappé comme moi par le caractère étrange de cette toile qui porte la signature de Jules Badin?

— Enormément 1 J'avais déjà remarqué combien il y avait de vérité, de nature et de vie dans ce portrait, malgré la parcimonie avec laquelle le peintre a usé des couleurs.

Mais retourne-toi, et vois là-bas, dans l'an- " gle de la salle, cette étrange figure qui se rait également remarquer par la sobriété du coloris. Depuis que nous sommes entrés

dans cette salle, oette figure exerce sur moi une sorte de ftscination. Elle est du même Jules Badin.

C'est la Reine Lobe.

— Type étrange, plein de caractère et d'expression I Elle est revêtue d'un pittoresque costume oriental ; ses yeux noirs étant à la fois sombres et étincelants. C'est la reine Labe, oui apparaît à plusieurs reprises dans les Mille et une nuits comme type de ma^denne et d'enchanteresse. Sindbad le marin la rencontra dans ses voyages. Elle est connue du roi des génies, et de son royaume mystérieux elle exerce sur tous une occulte iniluence. Dans la joie, dans la douleur, dans toutes les actions de la vie, soyez sûr que la reine Labe intervient; et vous le lisez sur son visaee, tel que Ta peint avec tant de largeur et d'eflTet M. Jules Badin.

—Asseyons-nous un instant pour examiner à loisir cette ^nde toile de Théophilb Blanchard^ qui vient justement d'obtenir aujourd'hui une des trois médailles de preniière classe décernées à la peinture. Cîette distinction me met à mon aise dans mon rôle de critique. Eh bien ! si les nymphes sont bien peintes, et si les charmes qu a^ su merveDleusement faire ressortir 1 artiste font comprendre le mouvement du malheureux Hplas dont le corps penche déjà sur le gouffre où il ne va pas tarder à être englouti ; ce qu'on a peine à comprendre, c'est comment les jambes — déjà soulevées de terre par le mouvement de bascule qui se produit entre la partie antérieure du corps qui incline vers

la rivière et la partie postérieure— peuvent se

rattacher au bassin. Si l'artiste était sûr de Texactitude de leur position, il aurait mieux &it de ne pas recourir au manteau^ qu'il semble n'avoir emplojré, en cette circonstance, que^ pour dissimuler la diCQculté qui le gênait.

— Il parait que le jury n'a pas été de ton avis, et qu'il a jugé que les attaches étaient irréprochables, puisqu'il a décerné à M. Th.

Blanchard line des trois médailles ippxxr lesquelles les compétiteurs ne manquaient pas.

— Le juryl le juryl D a parfois de singulières £siQons de se tirer a'affaire, guand il est embarrassé, et ses décisions, bien que sans appel, ont bien rarement le privilège d'échapper aux critiques.

^ Celte année, particulièrement, sa décision, quant à ce qui est du prix d'honneur décerné à M. Gérômb, paraît être loin du goût de tout le monde.

Les trois tableaux exposés par M. Gérôme ne compteront pas parmi les plus remarqués de ceux que ce peintre en vogue a soumis jusqu'ici à l'examen du public.

Bien que rempli de qualités de détails, chacun ae ces trois tableaux manque, diton, des qualités d'ensemble qui constituent les œuvres hors lignes, dignes de la médaille d'honneur.

Certes, M. Gérôme aurait pu obtenir cette distinction en d'autres occasions et,en outre, il est de taille à savoir la conquérir une autre fois. Pourquoi donc la lui avoir donnée

pour des (Buvies qui ne sont que de seoond ordre?

— Mais oe n'est pas sans peine que ce résultat a été obtenu; il n'a pas fallu moins de six tours de scrutin pour que M. Gérôme obtint enfin sept voix^ c'est-à-dire la majorité d'une voix sur les treize votants.

M. Corot a eu constanunent trois et quatre voix, et M. Henner deux. Mais en voilà assez sur cet incident et reprenons vite, si tu le veux, l'examen des tableaux qui complètent le Salon où nous nous trouvons.

— Je le désire d'autant plus que nous arrivons devant les tableaux de m. ântiona, qui sont dignes d'une mention toute particulière. Quel dnnne dans cette petite toile Après la tempête t Gorome c'est hardiment peint et quel grand effet obtenu avec peu de chose 1

La mer s'apaise, les nuages s'éloignent, et la brume, en se dissipant, ne laisse plus apparaître que l'extrémité des mâts du vaisseau qui a sombré, et, sur le premier pJan, d'où le flot s'est retiré, que le cadavre à demi nu d'une jeune femme déposé sur une roche. La tête d'où la vie vient à peine de disparaître, est tournée du côté du spectateur, et les bras pendants semblent chercher encore la mainamie qu'ils ne rencontreront plus.

La Recherche de la pieuvre est un autre tableau du même artiste, plein de vigueur et de couleur locale.

Enfin, la Marée montante montre une famille de pêcheurs surprise par le flot, et qui se réfugie au plus haut du rocher, en cher-

lAUiM

chant d'un regard terrifié dans l'espace la barque qui doit la sauver.

Msds vous ne m'écoutez pas, mon onde ; je vois gue votre vue est absorbée par cette exhibition d'une jeune femme, peinte dans une singulière position, par M. Anatole de Beaulieu.

— Que veux- tu? Le livret a beau me dire que c'est une femme adultère, son sort m'intéresse. Elle est exposée au pilori pour être vendue ou jetée au Bosphore, si aucun acquéreur ne se présente.

Il s'en présentera, je l'espère bien; elle est trop jeune, trop fraîche et trop iolie pour que quelque vieux Turc de Stamboul n'intervienne et ne s'empresse de la délivrer du vilain voisinage où elle se trouve, à côté de ce crâne encore pendu à la corde, et de ces débris ensanglantés qui rappellent une récente exécution.

Ils ne plaisantent pas , MM. les Turcs, avec la fidélité I

— Tenez, mon oncle, nous en resterons aujourd'hui, si vous le voulez bien, sur quelque chose de plus calme, sur ce charmant paysage d'HENRY Bidault, le Bois de Bossiltorty où chaque chose est si bien à son plan et où la lumière, tamisée au travers des arbres, se trouve distribuée avec une harmonie si complète.

Le paysage, voyez-vous, c'est décidément là où l'on trouve le calme et le repos.

SDITE DE LA PEINTURE

Châtiment d'une femme adultère.^La Nature exposant.

— Ghantin, le paysagiste. — MM. Anker, Beyie, Julea Breton. — La \ia Appia, — rut , quando te aspiciam t

— Établissement d'une voie romaine.— MM. Brissot, Emile Breton, Bonnat.— Les Noces de Georges Dandin. — Un mariage en Bretagne.— MM. Auguste Bonbeur, de Boucberyille,Be8nus, Brunner-Lacoste, Bidau, Belle I.— Les portraits de Bonnegrftce. — Le capitaine Pléville.

— Le Gave d'Ascain. — M. Balfourier. — M. Alexandre Bouché.

— Allons I je vous retrouve encore en train de contempler cette jeune femme I...

— Oh I c'est une simple étude de mœurs.

Il faut avouer que ces Turcs sont d'une férocité qui les rend aveugles. Comment peuton exposer ainsi, à tous les regards, en pleine place publique,- à un ignoble gibet une femme toute nue, dont les chairs fraîches et délicates n'ont pas été, on le voit bien, habituées à subir l'effet de la grande lumière et de la grande chaleur ; et cela, pour un péché qui ressort plus du confessioimal que d'autre

chose et que nous sommes acœutumës à considérer dans notre civilisation plus par- £adte que celle des Ottomans, comme une simple peccadille ?

— Une simple peccadille, qui conduit à la cour d'assises et à la prison I

— Oui, cela est vrai; mais c*est là l'exception ; et il n'y a que les petites gens qui songent à cette vengeance.

— Cette vengeance I mais c'est la loi !

— Tu peux avoir raison ; mais si je suis revenu ici en t'attendant, c'est que c'était là où nous en étions resté, et puis je me suis aperçu que nous avions oublié de citer le nom de l'auteur de cette trop séduisante femme adultère. M. Anatole Henry dk Bbaulieu, élève aEusène Delacroix.

— Oh I les oublis lies oublis ! c'est à renoncer à faire le métier que nous avons entrepris. Tout à l'heure, en traversant le jardin pour venir te retrouver ici, je n'ai pu m'empêcher d'admirer un nouvel exposant:

LA NATURE, qui vicut de remplir tout ce jardin de ses plus magnifiques produits, de ses dernières créations.

VoUà un coloriste dont la ][)alette distance toutes les palettes, et un dessinateur dont le crayon trouve constamment de nouvelles formes; cai* il y a dans ce jardin des choses qui ne s'étaient jamais vues avant cette exposition, et qpui prouvent que le dernier mot n'est pas dit en fait de perfections, puisque la nature elle-même se soumet à cette nécessité du progrès et a permis à l'homme de surenchérir sur elle-même.

— Elle a pennis à rhomme de pénétrer sesseorets et elle lui a laissé la faculté de découvrir des espèces perfectionnées dont die avait déposé le ^erme dans une poussière fécondante qui, portée d'une plante sur une autre, produit les merveilles que tu viens d'admirer.

Gomme le disait hier, avec mille bonnes raisons, notre collègue Joigneaux« la Société d'horticulture ne peut s'en tenir là; elle est mise en demeure, par les asperges monumentales qui figurent à son exposition, de mettre au concours la création d'une espèce humaine pantagruélique, douée d'organes capables d absorber de tels produits.

— ^ Pour en revenir à mon point de départ, celui des oublis^ je m'étais assis pour contempler ces admirables massifs de fleurs étincelantes, quand, devant moi, deux bustes attirèrent mon attention par certains dignements d'yeux, et certains ricanements qui sortaient de leurs lèvres immobiles.

L'un, portant le numéro 3,046, me regardait en riant d'un air malin ; c'était celui d'une charmante jeune personne.

L'autre, portant le numéro 2,947, semblait me dire d'un ton de reproche : « Tu nous a oubliées; mais nous ne nous en portons pas plus mal; nous n'en sommes pas moins gaies et moins fêtées. »

Taisez-vous, jeunes folles, paraissait dire le numéro 3,063, un buste d'homme en bronze à l'air mélodramatique.

Je n'en voulus pas entendre davantage, et je me levai pour échapper à toutes les ré-

clamations que je voyais poindre à la saite de celles-là et pour venir vous retrouver ici ; je ne m'arrêtais plus que devant les magnifiques plantes exotiques qu'a su si bien acclimater dans nos contrées mon ami Ghantin.

Celui-là est poiu* moi le roi des paysagistes. Ses paysages n^ont pas la dimension de quelques mètres seulement ; ils couvrent mieux que des toiles, ils couvrent des pays entiers et des parcs de plusieurs lieues, oii, à la volonté des demandeurs, Chantin fait surgir les forêts vierges de rÀmérique et les merveilles du Paradis terrestre.

Nouveau Moïse, U fait jaillir^ l'eau de la roche, et Ton dirait que les palmiers, les cocotiers, les bananiers, les dattiers sortent de dessous terre à son évocation I

— Bravo! bravo! pour Chantin. Mais revenons à nos moutons, si tu le veux bien, ou plutôt aux toiles qui se pressent autour de nous pour obtenir le satisfecit que toutes prétendent également avoir mérité.

Au milieu des tableaux d'Antigna, que nous avons déjà décrits, il se trouve une toile qui peut entrer dans la même catégorie et que nous ne pouvons passer sous silence.

CesiV Attente^ de M. Albert Anker.

Vois donc cette femme assise sur la jetée, tenant son enfant entre ses bras; sa têts est tournée du côté de la pleine mer. On n'aperçoit qu'un profil perdu et qu'une oreille ornée d'un anneau d'or de grande dimension.^

Maïs cela suffit pour que l'on devine l'ex-

pression de toute la figure de cette femme de pêcheur, et que Ton recoraïaîsse que le titre de V Attente donné par le peintre à son œuvre est amplement mérité.

— Ce petit coin de salon a une senteur maritime très prononcée. Nous voici, en efiFet, dans le golfe d'Antibes. M. Jean d'Alheim, a merveilleusement rendu cette noire falaise se détachant en vigueur sur le ciel lumineux, puis ensuite la silhouette de la côte se perdant dans le lointain.

— Tu as raison I il y a là de l'air et de la profondeur à donner l'idée de l'infini.

Mais reposons-nous de ces grands effets en contemplant ces^ deux jeunes femmes. C'est l'œuvre d'un artiste alsacien ; et ceci t'explique pourquoi je m'intéresse aux faits et J gestes de ces deux élégantes présentées par ui. Ce sont les vieilles lettres reçues par Tune d'elles, et qu'elle passe en revue avec un air dédaigneux qui me la rend peu intéressante.

— Du moment où l'artiste a voulu exprimer ce sentiment, il y a parfaitement réussi.

Cette dame feiit bien la mijaurée. Elle tient à i)asser pour un esprit fort auprès de son amie.

— En effet, celle-ci, qui, probablement, n'a pas eu autant d'aventures, paraît plus émue que la lectrice à la lecture de tous ces écrits passionnés.

Décidément, ie la préfère.

En résumé, M. Adorno de Tschârner, de Colmar, a admirablement rendu le satin, les dentelles, les guipures, les colliers et les ve-

lours, et, de plus^ les poses de ses personnages ne laissent nen à désirer.

— Pour lin fô&rf, voici un joli bëbë ! Ah 1 comme il souffle bien dans son hochet d'ivoire I

M. Ânker est là sous un aspect différent de celui sous lequel il s'était montré dans son tableau de V Attente.

— Tenez, mon oncle, voilà encore un tableau de votre compétence.

— En effet, c'est une scène de harem.

De jeunes femmes, et de charmantes jeunes femmes !

Quelle agréable nonchalance, et comme elles 3'offrent à nos yeux avec tous leurs .charmes, sans la ijaoindre affectation.

Elles s'amusent, les innocentes filles t à regarder le combat de deux tortues !

— Et qui peut susciter la jalousie de ces deux porte-carapaces? L'on devrait les croire

. protégées contre un semblable sentiment.

— Evidemment, ce genre de lutte auquel , elles ne peuvent se livrer elles-mêmes satisfait un secret du cœur des spectatrices, et c'est pour cela qu'elles prennent un si grand intérêt à cette lutte que la négresse qui les sert sait si adroitement provoquer.

— Pour moi, le spectaisle n'est pas là où elles le cherchent, mais bien sur les divans où elles s'étalent avec ime si charmante nonchalance.

En résumé, M. Beyle est un habile homme, qui dessine bien, qui peint admirablement et qui jDOssède à fond le sentiment de la couleur orientale.

•- — «fc .-

— IW —

Les mêmes qualités se retrouvent dans les deux autres tableaux : la Collation desperrur' ches et la Part du mattrey dans lequel un afiBreux nègre &it mieux que de mettre son nez sur ribis rôti qu'il porte, mais y promène une langue sacrilège.

— Je ne veux rien ajouter à ce que nous avons dit, dans notre première visite, du tableau auquel M. Jules Breton donne le nom de la Falaisey bien que ce soit le portrait par derrière d'une bretonne étendue d'une façon fort peu poétique, sur le ventre, et dont la tête, qui regarde la mer du haut de la falaise, est dans le fond du tableau, tandis que ses pieds, chaussés de lourds souliers, et grossis par la proximité, arrivent au nez du spectateur. ^

Ce tableau, je suis fâché de le dire, ne rappeUe en rien la médaille d'honneur décernée en 1872 à son auteur.

— M. Jules Breton aurait bien mieux fait de supprimer cette figure, et de se contenter de la ralaise et de la mer, qui occupe tout l'horizon de son tableau; il aurait pu avoir le succès bien légitime qui revient à M. Allongé, pour sa mage, d'où l'on aperçoit une mer sans fin, dont on voit venir, du plusloin que les yeux peuvent atteindre, la succession de flots qui viepnent mourir sur la grève.

Ce tableau, sans la moindre figure, est tout simplement splendide.

— Il nous reste à parler pour compléter la description de cette salle, d'une toile devant laquelle la foule s'assemble, et qui est bien

che des thermes a sonné, et il &ut suivre le conseil de Martial :

Redde pilam, sonat œs ihermamm^ luder$ pergis ?

En somme, rè^e sur la voie Appienne ce tintamarre qui faisait dire à Horace, dans sa satire VI :

rus, qwmdo te aspiciam /...

campagne, quand donc te verrai*îe 1 quand donc aurai-je le grand bonheur de renoncer à une vie aussi désagréable et aussi tumultueuse 1 Quand me sera-t-il permis d'aller oublier dans ton sein les soucis, les inquiétudes qui m'assiègent, en me délectant dans la lecture des auteurs anciens, ou en coûtant le plaisir de vivre dans le loisir et dans Te repos !

A l'aspect du tableau de M. Gustave Boulanger, on éprouve la même imi)ression qu'Horace. L'artiste distingué qui vient d'enrichir encore de belles pemtures le foyer de la danse du nouvel Opéra est un savant archéologue : il possède son sujet comme feu l'auteur de Rome au siècle d* Auguste ; chacune de ses figures est étudiée avec soin, finement dessinée; mais l'ensemble est confus ; l'air et les plans manquent, ainsi que nous venons de le dire, et les peaissequi nègres, avec leur peau de bronze, sont les seuls qui se détachent en relief de cette composition, remarauable d'ailleurs, mais où le peintre semble avoir voulu ajouter après coup des personnages dont la présence n avait pas été prévue dans son plan primitif.

',f permets-moi de te dire exactement comment s'établissait mie voie romaine.

Sur mie largeur de Smètres 36 à 4 mètres 60, on creusait une 1a*anchëe dont la profondeur variait selon la nature du sol.

Au fond, on étendait im lit de pierres plates ; c'était le statumen. On le recouvrait d'un second lit de pierres et de briques concassées, unies ensemble avec de la chaux; c'était le rudus. Une troisième couche, le nudeus^ se composait de sable et de chaux, sur lesquels on posait le pavé, le pavimen-turrij formé de larges dalles.

Le milieu de la chaussés {agger vise) était bombé. Les trottoirs {cr€ftiiine$) étaient bordés de blocs carrés qui en soutenaient l'empierrement. Çà et là , de gros blocs (jKmpAO servaient de montoirs aux cavaliers. De distance en distance se dressaient les pierres miliiaires {lapides milliariœ)y et, par intervalles, les stèles et les dppes des tombeaux.

Telle était la voie Âppienne,qui fut acheva l'an de Rome 442, 812 ans avant Jésus - Christ, par le censeur Appius Claudius Geecus, dont elle prit le premier nom.

•* Je n'attendais pas moins de votre science, mon cher oncle, et notre directeur verra que je ne l'ai pas trompé en lui parlant de votre valeur.

Mais, si nous y allons toujours de ce trainlà, il y aura longtemps que rËxposition sera fermée qu'il nous restera encore de nom-* breuses âdles à parcourir.

Donc aooëléroiis notre oourse et abrégeons nos discours.

Nous voici à la salle 3 !

Décidément Brtssot marche sur les traces de Charles Jacque et s'est livré à de sérieuses études sur la race ovine.

Voici d'abord un troupeau de moutons, par un bel effet de soir d'automne, où le ciel nuageux rappelle si bien les beaux soleils couchants oe cette saison.

— Ce pftturage, en effet, donnerait envie d'être bœuf ou mouton afin d'en manger.

L'herbe a été revivifiée et rendue appétissante par le nuage qui a crevé tout à l'heure, et qui a laissé de place en place des flaques d'eau.

— r Les Moutons au repos et la Lisière du boisyàxi même peintre, sont à la hauteur du premier tableau.

— Comment ! revoici des Bretons t

— Trois autres tableaux figurent, en effet»

sous oe nom ; mais ils ne sont pas du même peintre que la Bretonne ; ceux-ci sont d'E- MiLE Breton.

Le Crépuscule et la Nuit (Thiver sont deux tableaux d'un bel effet. Ce dernier, particulièrement, représente un village enfoui dans la neige, et où les lumières qui illuminent la plupart des chaumières et le clair de lune qui dominent toute cette scène produisent un effet bien réussi.

Quant au troisième tableau, l'artiste aurait mieux fait de ne pas l'envoyer avec les deux autres; c'est une fâcheuse réminiscence du genre Corot, avec cette difiérenos sur les

toiles du matfape, oue ceUe-d ne sw^e pas ^ être vue de loin, d où elle apparaît aussi confuse que quand on la regarde de près.

Une multitude de taches jaunes couvre toute la toile du haut en bas ; cjest la chute des feuilles; elles tombent aussi dru qu'une neige épaisse, sans que derrière cette pluie on entrevoie la moindre perspective.

Mais nous touchons aux grandes controverses. Nous voici en présence des tableaux de BoNNAT ; tout à l'heure nous arriverons à ceux de Bouguereau ; puis, bientôt après, viendront ceux de Corot.^

Eh bien 1 plus je revois ce Christ, plus je m'explique les nombreuses critiques dont il a été l'objet, et les discussions auxquelles il a donné heu.

Ce qui me frappe tout d'abord, c'est la confirmation de ce que nous disions au début de cette visite, sur l'absence de sentiment religieux de notre époque, absence constatée ici d'une manière irréfragable par l'absence d'inspiration chez les artistes.

La mention mise par M. Bonnat au bas de son Christ, destiné à la salle de la cour d'assises de la Seine, au Palais de justice de Paris, explique et le soin extrême aue le pemtre a apporté d'une £ax;on si éviente à l'exécution de son œuvre, et l'absence de cet entraînement qui résulte, pour un artiste, de l'inspiration a laquelle il obéit lorsqu'il choisit personnellement un sujet.

Ici tout le savoir-faire de l'artiste a été absorbé par la forme, et ne se retrouve qu'à un moindre degré dans la pensée. .

G<3 Christ est bien plus un spëcimen de la force physique que de la foroe morale. Les muscles y occupent plus de place que le sentiment.

Heureusement pour Bonnat, à côté de ce Christ, il a exposé deux petites toiles où il se retrouve avec toutes ses qualités.

Ce sont trois Filles turques j et les Premiers pas,

— Sont-elles gentilles toutes les trois, malgré leurs petits nez écrasés, qui prouvent qu'elles sont bien les trois sœurs?

Sont -elles amusantes, avec leurs larses pantalons et leurs longues tuniques dont les plis vont les feire tourner ?

L'une est rose de tunique et jaune de pantalon ; Tautre est bleue et rose, et la troisième est jaune et bleue.

Et tout cela est de la plus grande harmonie.

Les trois teintes sont également douces, de sorte qu'il n'y a rien de criard dans ce petit tableau. C!est un bijou !

Quant aux Premiers pasy ce sont ceux d]un gros bébé que sa mère, une jolie et vivante Italienne , nous présente , en se montrant fière d'être la mère d'un aussi bel échantillon de l'espèce humaine.

-r- Bonnat était là dans son élément et ne se sentait pas guindé par un programme officiel.

Je vois, mon cher onde, d'après la position que vous venez de prendre, assez semblable à celle — soit dit sans vous oflFenser — d'un chien en arrêt, que vous êtes tombé devant une toile de votre goût.

-— Ma foi, ouil Voilà un peintre qui s*est pénétré de son sujet, et qui, évidemment, a nit une invooation à Mokére avant de tracer le crocmis de cette diarmante toile qui représente les Noces de Georges Dandin.

— Molière Ta bien inspiré, puisqu'il lui a procuré une troisième médaille.

-— Voyons 1 n'est-ce pas gai et joyeux, n'est-ce pas bien groupé, bien éclairé, bien disposé, bien arrangé? Est-il superbe, ce brave Georges, tout couvert de son mirobo* lant costume de soie jaune, avec son chapeau orné de plumes jaunes et de rubans jaunes, au milieu de ses amis dont la joie conmiunicative gagne jusqu'à messieurs les notaires, tandis que les musiciens descendant l'escalier, qui occupe le fond du tableau, précédent la mariée qui prête complaisamment l'oreille aux propos amoureux de l'adorateur qui l'accompagne.

— C'est, en effet, une jolie composition où M. Louis Brillouin a &it preuve de bonnes et sérieuses qualités; tout y est soigné, et des détfldls d'ameublement très originaux sont à k' hauteur de la fidélité des costumes et du caractère des types admirablement choisis.

Pressons le pas, en rendant rustice aux esquisses si bien coloriées de M. Fabien Brest, représentant le Pont des Soupirs à Venise et les Barques turques sur le Bosphore; et arrivons à ce beau paysage agreste d'ÂUGUsTE Bonheur.

-^ Pardon ; je désire m'arréter un instant devant la Prmntisiition de la mariée^ d'A-^

DBiBN de BouGHSRYUXB , jolia scène l^isatonne ; mais nous re?i^drons tout à TheuFe sur cet artiste, à Toccasion de son Patatras I qui £sdt mon bonheur.

Ged dit, je me rends à ton désir, et reconnais que ces Souvenirs cP Auvergne j d' Auguste Bonheur, ont un grand caractère.

En regardant ce beau paysage, ne se senton pas en pleine nature r II &ut que Tair soit bien pur pour produii'e ces feuillages noirs

3UÎ, aleur tour, parreflfetdela rëflection,renent non moins noire cette belle eau si limpide et si transparente. Malgré la rapidité de sa course et l'écume qui la couvre paur places, on voit le fond rocailleux sur lequel elle court, et Ton croit voir les truites cachées sous chacune de ces pierres, et prêtes à happer au passage l'insecte que le vent va bire tomber des arbustes qui sortent de la roche.

Ce magnifique paysage, terminé à l'KorJLSiipn par des montagnes amdois^, sert d^apqpiurtement à deux magnifiques vaches, une rouge et une blanche, qui sont là comme chez elles.

— Il est vrai qu'elles ont là un splendide palais.

Pour être d'un genre tout différent, voici un paysage que Ton pouirait, par opposition au précédent, appeller un paysage civilisé, et qui n'est pas non plus sans charmes.

M. Michel Bbsnus nous le présente comme un Matin à la Ferté-sous^Jouarrex il y a là de très jolies eaux, non moins claires que celles de M. Bonheur, mais elles sont accompagnées de ponts » de retenues ; et

sur leurs rives verdoyantes se trouvent des troncs d^arbres abattus qui sentent ia hache de rhomme et la civilisation.

— Quelle peut être la palette assez riche

Eour avoir fourni toutes les nuances de ce ouquet de pavots resplendissant, dont les couleurs éclatantes ne sont pas éteintes par le tapis d'un rouge éblouissant qui couvre la table sur laquelle ces magnifiques fleurs reposent dans un pot en faïence d'un bleu non moins vif.

Et tout cela est d'une harmonie parfaite !

— Oh I les fleurs ! les ^ fleurs ! Sont -ils heureux, ces ;artistes, qui peuvent en faire pousser en toute saison I car je ne connais rien d'aussi gai, d'aussi réjouissant qu'un beau tableau reproduisant les merveilles et les richesses de l'inépuisable corbeille de Flore.

— Nous venons de nous extasier devant les pavots de M. Brunner- Lacoste. Que dis- tu maintenant de ces fleurs de printemps d'EuGÈNB BroAU? Est-ce touché?

Et quels parfums semblent émaner de ces superbes violettes, accompagnées de fleurs de marronniers, d*iris et de roses thé ; voilà un panier de fleurs que je serais heureux de pouvoir dérober !

Je propose \m vote d'admiration pour les tableaux de M. Bidau, pour celui oue nous avons devant les yeux, et pour le messager qui est là à côté, et qui forme son pendant.

— Mais pourquoi cet autre taJDleau de fleurs porte- t-il ce titre : le Messager?

— Ne vois-tu pas sur le bord de la table où' ces fleurs sont posées, cette blanche co-

lombe qui porte au cou un message, et qui ne s'est arrêtée, avant de le remettre à sa maîtresse ^iQue pour roucouler un instant en oompagnie de son tourtereau si heureux de la revoir.

— Avez-vous, moncher oncle, voyage dans risère? ^

— Ma foi, non I

— Eh bien! si vous voulez savoir ce que sont les rochers de Tlsère, contemplez ces Environs dCAllevardy de M. Bellbl : est-on assez en pleine montagne rocheuse? Si le peintre peut nous feire pénétrer par là, ce n*est qu'en nous faisant suivre le lit du torrent à sec dans cette saison.

Tenez ! restons encore quelques moments en compagnie^ de M. Bellel, et, grâce à lui, nous allons feîre un voyage plus rapide que rélectricité elle-même.

Nous voici, en effet, bien loin de l'Isère, en pleine province de Gonstantine, à YOoMs prié de Boussâada. Quelle chance de rencontrer dans cette plaine brûlante cette source qui va nous revivifier, et d'où s'échappe ce filet d'eau limpide qui va bientôt se perdre dans les sables brûlants.

— Après une telle pérégrination , c'est bien le moins que tu me laisses un instant reposer au milieu de cette Noce alsacienne de Gustave Brion.

— Ah 1 vous n'y resterez pas lonetemps.

N'entendez -vous pas le patatras/ d'à coté qui vous appelle ?

— C'est ma foi vrai I

• . Cette scène, reconnais-le, est d'un oomi-

oue adievé? quel ëtonntfnent dans la figiui9 ae cette pauvre cuisinière, qui le matin même a si bien frotté le parquet, sans se douter au'elle en serait la première victime. Son poulet rôti qui gît à côté d^elle, et certaine partie charnue qui a amorti le coup, font les frai<« de cet excès de cire dont sa maîtroBse semble prête à lui demander compte, tandis que Monsieur, devant qui la gUssade a été fidte, rit à se rompre les côtes de tout ce patatras.

— 11 n'y a que vous pour découvrir ces sujets passablement réalistes ; mais j'avoue que je ne suis pas f&ché que vous ayez attiré mon attention sur ce second tableau de M. db BoucBERviLLE 2 quî a très bien peint cette petite scène d'intérieur, et dont la fine touche se £sdt remarquer dans tous les détails de cette toile.

Mais nous voici de nouveau devant un des lauréats de l'année, M. Paul Besnaro, dont le tableau que nous avons sous les yeux re-

E résente VÀuUmme sous la figure d'ime belle rune dont les contours, chauds de ton, superbement arrondis, mais sans ^Lcès, annoncent l'état de maturité et de fécondité.^

Ce n'est toutefois pas là le tableau qui a valu à M. Besnard sa médaille. Il ladoitàun charnumt portrait de jeune personne, qui est peint avec une suavité dont l'artiste a trouvé le secret dxûs le modèle qui posait devant lui.

La &ce est éclairée d'une fotçon merveilleuse. Toute la lumière se bouve réunie sur Tuna des deux joues, tandis que l'autre

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moitië du visage , plongée dans Tombre , laisse cependant voir tous ses détails, gjrice à des demi-teintes très savamment exécutées et à un modelage parfsdt dans ces demiteintes.

— Puisque noiis parlons portrait, il ne nous est pas permis de passer sous silence ceux de Bonneorace , qui ont un aspect vivant et frappant de naturel et de vérité.

— Il y a toujours foule devant oe tableau de BiarcL. « Monte-t-il? descend-il? » se diton dans la foule. En effet, ce tableau représ^ite un officier de marine suspendu dans Tespace au-dessus de la mer béante, au bout d'un c&ble que des marins tiennent sur une roche qui surplombe.

— Qu'est-ce que cela ?

— ^ Je vais te le dire : c'est le capitaine Pléville; il est amputé de la jambe droite.

N'ayant pu décider personne à porter secours à un navire anglais en perdition, le capitaine s'est fait attacher par un câble^ et c'est par ce chemin qu'il va pouvoir arriver à bord du navire qu'il parviendra à sauver.

— Voici encore deux paysages qui méritent que nous les notions : le Gave (TAs^ caifij près de Saint-Jean de Luzy dans les Basses-PyrénéeSf par M. Amédéb BAunrr, d'une très belle exécution , et les Environs de Valencey de M. Balfourier. Ce dernier est parvenu à faire un paysage des plus harmonieux, malgré la crudité des tons qu'il a dû employer, il y a, en effet, dans ce tableau des arbres dont le feuillage est presque noir et des roseaux auxquels kur état de matu-

rite a donné une teinte dorée. L^habiletë de l'artiste a consisté à ménager dans des arrangements d') lianes, de plantes à^ grand feuiliage, et même de fleurs, une dégradation entre les couleurs accentuées cu)nt nous parlions tout à l'heure et les teintes vert tendre du gazon qui occupe les premiers plans de son tableau.

Devant la Mare du Villagey de M. Alexandre Bouché, il n'y a qu'un mot à répéter :

Vrai I vrai I vrai I

*i*rv-A

vin

SUITE DE LA PEINTURE

Un beau heathrcoekl^ Gibier iué au poignard.— MM. Paul Colin, Billet, Brunet-Houard , BouguereaU; Bernier, Claude, Bonvin, Baron, Berthelon, Bernard, Busson.— Vénus Astartél — Le Salon de i874. — Après le coup de feu ! — La Fontaine du couvent. — Devant le cadavre de l'exécuté. — Souvenir à Chintreuil. — Au Grand-Salon 1 — Les paysages de Corot.

Je suis SÛT, mon cher Nestor, que jamais , dans toutes tes chasses, tu n^as rencontré un aussi beau coq de bruyère que ce heath-' cocky exposé par M. Félix Clouet. Quel bel animal ce devait être lorsqu'il était vivant, car malgré le fâcheux état auquel il est réduit, il n'en a pas moins consersré un port majestueux et un plumage qui semble gonflé encore par la chaleur de la vie.

Mais à quelle chasse a-t-il donc été tué, pour n'avour pas été plus abîmé?

— Parbleu ! vous le voyez bien, il a été tué d'un coup de poignard.

* -^ En! efiFet, je me demandais pourquoi

oette ëpëe et oe poianard plaoés par M . Glouet sous la victime I Mais M. Glouet a des procédés à lui personnels, car dans le tableau qui &it penaant au coq de bruyère, voici un raisan^ un lièvre, une perdrix rouge et une perdrix grise qui sont joliment bien conservés, malgré le temps depuis lequel tout ce gibier est tué.

— Mais à quoi voyez-vous qu'il y tant de temps que cela ?

— Comment, tu ne vois pas à cette magnifique poire a poudre, qu'ils ont été tués avantia découveile du fusu Le&ucheux?

— C'est ma foi vrai 1 C'est égall c'est joliment peint I

— Si. par le temps caniculaire qu'il foit, quelqu un pouvait avoir encore besoin de soleil, pour guérir ses rhumatismes, je lui conseillerais aaller s'accoter au long de cette cabane ! Doit-il Mre chaud le long de ce muri et cependant, comme l'herbe et le feuillage sont d'un beau vert à côté de lui 1 On voit, d'après la netteté de ce tableau, qu'en cet enoroit l'air est non moins franc et pur que la lumière.

— Parbleu! nous sommes en présence d'une habitation de pécheurs, à Yport (Seine-Inférieure); et malgré la chaleur du SO"* leil, Tair de la mer introduit une fraîcheur qui rend la nature luxuriante et pleine de santé. M. Paul Colin n'a eu qu à copier cette nature, mais il a su faire une très belle copie.

Tenez, mon cher oncle, voici un tableau qui me rend fier de ma perspicacité I A i»e^

mière vue, il semUe terne. On ne se fl«cit pas disposé à s'arrêter devant lui, paroe qu'il manque d'effet.

Eh bien ! c'est un des tableaux qui m'avaient le plus frappé depuis quelque temps; J''ai profite du banc placé justement en race le lui pour m'arréter et le contempler plus à l'aise.

Ce tableau vient d'obtenir une deuxième médaille. Il représente les Ramasseuses de boiê. Elles sont au repos.

Regardez-les avec attention 1 toutes ces femmes sont d'un admirable dessin ; on s^it qu'il y a des corps sous ces costumes sans eiég^ce ; on comprend que M. Pibrrb Bm- LBT a dessiné chacun de ses personnages nu et d'après nature avant de les avoir vêtus.

Si ce tableau avait \m peu d'effet, ce serait une des merveilles du salon.

En pendant, le même peintre a envoyé les Fraudeurs de tabac. Ces fraudeurs sont une troupe dediiens dirigés par des conducteurs qui galopent, comme eux, a travers la neige.

— A notre première visite, quand il n'y avait pas encore de livret, nous avions remarqué ces intelligentes bêtes, en croyant çni'il s'agissait d'une poste aux chiens ; mais je partage ton admiration pour les Ramasseuses de bois^ qui valent peut-être mieux.

Je ne dédaisne pas non plus cette Cour de Ferme, de M. Bru^œt-Houard, toute jpleine, elle aussi, de soleil, et où rharmonie et la fraternité semblent régner entre les chevaux, vaches, chiens, chèvres, poules et pigeons qui y prennent leurs ébati.

—Plus je regarde œtte grande figure delà Charité^ peinte par Bougubrbau avec un grand savoir-faire, plus je suis surpris de la froideur dans laquelle me laisse cette peinture. Cette Charité est une très belle femme» et les deux enfants qu'elle tient endormis entre ses bras sont gras et bien portants.

Quemanque-t'il donc à ce tableau?

— Tu viens de Tindiquer, ces en&nts sont trop beaux et trop redondants pour qu'on s'intéresse à eux comme à de pauvres petits dtres abandonnés et manquant de tout.

Quant à la charité» pourquoi a-t-elle cet air triste et qui ne concorde nullement avec les gaies couleurs de son costume, non plus qu'avec la noble mission qu'elle remplit?

Ne devrait-elle pas avoir un air de satisfaction et de contentement 9 et se montrer joyeuse du fruit de ses efforts. La physionomie mélodramatique et assombrie que lui a donné le peintre, contribue à produire 1 impression que tu éprouves.

— En réalité, en effet» cette Charité semble attendre qu'on la lui fasse.

— Regarde cet autre tableau» du même peintre : Homère et son quide. Ce tableau» je le vois» te laisse aussi firoid que le précédent.

— Absolument 1 II ne me dit rien.

— Le troisième, les Italiennes à la fon-^ taine, me plaît davantage. Il y a au moins de l'expression dans ces tètes d'Italiennes»

Le sujet manque un peu d'intérôt et de grandeur, mais cette fois la jolie et brillante peinture de M. Bouguereau n'est pas contristée par la figure des persoimages.

^ Après G^tte grande peinture^ on a besoin de se reposer dans le paysage. En voici un qui vient oien à point. Venez, mon oncle, un peu' au firais, le long de cet Etang en Si^tcu/ney de M. Camille Bernier.

. — Le rafraîchissement serait complet si tu pouvais me passer un peu de cette Cueillette du mcUiny de M. Eugène Claude : quelques-unes de ces fraîches et appétissantes g^roseilles, ou bien encore un bouquet de ces prunes dont le velouté immaculé prouve qu'elles n'ont pas encore été môme effleurées par des doigts indiscrets.

Commentées enfants de VEccle des frères de BœnoN peuvent-ils rester aussi sages et aussi studieux à côté de ces fruits appétissants et tentateurs ?

— En eSiatl au premier rang surtout eston attentif! Ce sont évidemment les plus studieux. Us sont tout à leur lecture, ou à la page d'écriture qu'ils tracent.

Le second rang en prend un peu plus à son aise.

Au troisième rang, en voici un qui, se croyant à l'abri de la vue du professeur, a fidt une voiture de son livre, qu'il traîne à terre avec une ficelle.

. — Ce qui m'amuse particulièrement , ce scmt ces bonnes grosses tôtes, toutes tondues, de la petite classe, réunies autour du moniteur, qui leur montre les lettres avec son bâton ; et ce petit bonhomme, dans le fond, qui fait claquer ses doigts pour indiquer certain b^oin qui le presse et l'oblige à demander de cette &qon la permission oe sortir.

— M. Bonyin a £ût là de h boxine jpeînture, de môme que dans son écureuse^ qui est vigoureusement touchée. On comprend qu'on est au samedi, et que le lendemain tout doit briller au cabaret: pots, chaudrons, bouilloires. Elle n'y va pas de main morte, car elle a fort à faire.

— Ëh I eh I voici du beau monde I Son Eminence met pied à terre chez ses neveux et chez ses nièces. C'est du vrai Baron 1 du vrai et du bon Baron !

Ce petit tableau a toutes les qualités du maître, et son paysage est non moins frais, non moins élégant que les toilettes de toutes les figures mu se remuent dans ce paysage.

On entend les frou-frous de la soie, et on respire les parfums de ces dames.

— Par cette chaleur, nous ne pouvons nous dispenser de nous arrôter un instant ^yecles Chasseurs sous bois, de BsRTURLiCNf , ou bien de nous désaltérer dans ce torrent glacé qui descend du mont Aiguille, dont M. ARMAND Bernard a transporté ici un portrait qui paraît d'une exactitude jMirfaito. Il doit faire aussi bien frais dans les anciens fossés du Château de Lavardin^ près de Montoire, ombragé d'arbres dont les leuilles n^ont pas encore été brûlées par cette chaleur.

M. Busst»^ est un tentateur; mais nous n'avons pas le temps de nous attarder sous ces arbres, pourtant si attrayants.

D'ailleurs, nous serions mieux encore au frais à côté de toulesces femmes de pêcheurs qui attendent le retour de leurs maris et de leurs fils, et qui reçoivent la brise de la mer^

- le? —

où l*on aperçoit au loin les voiles des embarcations attendues.

— Eh bien! passons à la salle n^ S ; mais cependant n'oublions pas ces deux portraits de M"^* Hbnristte Browns, qui semblent vouloir nous dire un mot au passage» tant ils paraissent vivants et tout prêts à parler I

— Quoil. mon oncle, en entrant dans cette salle, vous n'êtes pas de suite attiré par cette Vénus Astarté^ qui,

. . . Fille de l'onde amers»

Secouait, vierge encor» les larmes de sa mère Et fécondait le monde en tordant ses cheyeux.

— Non I malgré les charmes qu'elle me présente et la fraîcheur de^ toute sa personne, je ne me sens pas disposé à m'aven* turer en sa compagnie sur l'onde amère. Ce plancher liquide qui la porte n'est pas de ceux sur lesquels j'aime à me risquer. Je laisse cette Vénus Astartè aux décorations IK)mpëiennes pour lesquelles elle a été destinée, et je préfère, comme dit le vulgaire, le plancîier des vaches.

J'aime bien mieux m'arrêter à cette partie de boules, à laquelle prend part ce gros abbé qui relève sa soutane, et qui fait le bonheur de ces princesses élégantes qui étalent au soleil leurs somptueux costumes de sat^n et de velours. Quel harmonieux effet de lumière Baron a jeté au milieu de tout celai Et ces charmantes personnes attireraient bien mieux mes hommages que cette froide Âstartéy malgré sa nudité.

— Voici peut-être le tableau le plus ori^«

nal du Salon. G*est celiii expose par M. Ci- BAixjLOT-LAsfiALLEy SOUS Ce titre : le Sàltm de 187Â.

Dans ce tableau, en effet, C[ui se trouve représenter un coin du Salon, se trouve la reproduction du Soir de M. Corot, portant le n** 459 ; d'un portrait de M"' Henriette Browne, portant le n** 274 ; d'une Charrette de M. Veyrassat, portant le n® 1,781 ; de la Pêche à la ligne de M. Dutzschold , portant le n^ 675 ; d'un Moulin à vent de M. Bichet, portant le n^ 1,858, et de plusieurs autres tableaux dont fiiacun est peint sur cette toile par l'auteur de l'original.

— Voilà en effet un tableau sans pareil.

Mais, chut ! ne réveillons pas ce superbe

chef, qui dort sur ses lauriers, après le coup de feu.

— Il faut croire que c'est un chef de grande maison, car ses culottes blanches sont des culottes courtes, qui laissent voir, étalée devant le feu, une paire de moliete bien construits.

— Avant de se livrer à cette sieste, il a pris son café, ainsi que l'attestent cafetière et tasse qui se trouvent sur la table. Evidemment, le chat qui veille sur la chaise placée & ses côtés a pris part au festin. ^

Mais, ne trouves-tu pas que ce qu'il y a de plus amusant dans ce tableau, ce sont ces deux petits marmitons à l'air mutin, qui sourient malicieusement en récurant sous l'âtre les marmites qui leur ont été confiées, mais ils n'osent parler, de peur de recevoir les calottes qui leur reviendraient s'ils ré-

veîllaient leur professeur en roux et assaisonnements.

— Ce tableau est non-seulement très amusant, très bien composé, mais il est parfaitement peint.

M Edouard Castres, son auteur, était digne de la médaille de deuxième classe, qui lui a été décernée, d'autant plus que ses deux autres tableaux ne sont pas inférieurs à celui dont nous venons de parler. L'un, lesTsiga^ nés en voyage^ représentent une voiture de bohémiens traversant un pays couvert de neige, sur le fond blanc de laquelle se détachent les costumes à couleurs tranchantes de ceux et de celles qui n'ont pu trouver place dans le véhicule, ainsi que la pelure noire des deux ours muselés qui ferment la marche de la caravane.

L'autre, la Fontaine du œuventy qui figure dans le grand salon carré, fait venir la sueur au visage du spectateur qui s'arrête à la contempler ; il y a queue de moines couverts de robes brunes, et d'Italiennes aux costumes pimpants, le long de la fontaine, qui sort de l'une des roches qui servent de base au couvent. Le soleil est si ardent que les moines eux-mêmes font usage, en guise d'ombrelles, de vieux parapluies rouges ou yerts ; au centre du tsîbleau se trouve une carriole qui amène en visite chez les bons Pères un simple curé très guindé et tout de noir habillé, a côté duquel est installée une accorte ménagère. Les chiens, les poules, les canards, accourent en même temps que les bipèdes, au bruit argentin que fait l'eau

en sortant de la fontaine : et un pigeon luimdmei planant sur oe tableau, s'obstine tellement à vouloir aussi se désaltérer, que son ombre a le temps de dessiner sa forme, munie d'ailes , sur le sable ensoleillé de la route.

Tout en haut du couvent, un bon père a Tair de se délecter au soufile rafraîchissant de la bise qui règne à cette plus grande hauteur, tout en jetant un regard de commisération sur la foule qui cuit à ses pieds.

— Et r&ne ! et Tâne 1 il ne faut ps^ oublier rflne I il^ brade pour qu'on ne l'oublie pas.

— Voilà du plus sérieux, le Dé(ilé devant le cadavre de rexécutéypdx M. Emilb Bâtard.

11 Ëdt un temps atroce ; le jour est à peioe levé ; l'eau tombe à torrents, et les pelotons passent les uns après les autres en pataugeant dans la boue.

Tous les hommes qui les composent font preuve d'une vive émotion. Les uns la trahissent en détournant la tête, les autres en jetant un regard effaré sur la victin^e de la discipline militaire étalée au premier plan, au pied du poteau d'exécution.

Le secena tableau de M. Emile Bâtard, est un souvenir pris siJir le vif pendant le siège de Paris. Une voiture d'ambulance à la croix blanche et rouge transporto les blessés, tandis qu'une longue file de chevaux amaigris suit le chemin de l'abattoir.

— C'est saisissant 1

Accordons un instant à cette exhibition des dernières œuvres de feu Ghintreuil : Les bosquets aux chevreuils, la Roule blanche et

le Brida j trois tableaux où se retrouvent toutes les qualités du défunt.

— Il faut encore noter dans cette salie les deux paysages orientaux de M. Honoré Bozb.

Cet artiste connaît parfaitement les tons chaude de ces contrées. Ge^ n'est {)as étonnant! il est né à l'île Maurice, et il sait ce que c'est que la chaleur.

— Nous arrivons au Grand-Salon, dont la moitié seulement nous appartient en ce mo • ment.

L'autre partie sera visitée par nous quand nous parcourrons les salles situées au midi, dans lesquelles elle est comprise.

Du reste, quelques grands tableaux occupent la majeure partie de cette sall»),^ et la plupart n'offrent qu'un intérêt secondaire.

Nous en excepterons le SainUSibastien de M. GouRTAT, jugé digne d'une médaille, et qui est réjsllement un beau morceau de

Eeinture ; puis la Mort (TAbel, de M. Pierrb ABANEL.

— En effet, voilà un tableau qui mériterait un long examen, car il renferme de grandes qualités. L'artiste a choisi admirablement le type de son Abel, qui occupe le premier plan du tableau et qui, par la blessure béante d'où s'échappe son sang, intéresse le spectateur autant que par l'attrait de toute sa personne et l'él^ance de la pose qu'il a conservée malgré la mort.

Ne trouvez -vous pas, mon onde, que Daubiont en a pris un peu à son aise dans la Maison de la mère Bazot à VcUmondois {Seine^t-Oise)?

— Mon opinion était de le passer sous si • lenoe, pour ce tableau, et de ne parler que de son Champ de coquelicots^ qui est réellement une merveilleuse chose, bien qiie Daubigny s'habitue à peindre à grands cou{)S de brosse des tableaux qu'il ne faut pas voir de trop près.

Mais son fils Karl a maintenu cette annëe l'honneur de la maison et il y a gagné une médaille. Sa Ferme de Saint^ Siméoriy à HonfleuVy où de larges pommiers étalent leurs fleurs printanières» est tout ce qu'on peut voir de plus frais, de plus joli, de plus gai et de plus vivant.

Mentionnons , en passant , les Carpes de Fontainebleau, de M. Pierre-Charles Comte, brillant tableau où sont merveilleusement rendus les costumes du seizième siècle; la Villa Torloniaf de M. Joseph Cas- TJGLiONE, tableau également très élégant et d'un grand coloris ; la Mare aux Fées (forêt de Fontainebleau), superbe effet d'automne, de M. LéoN Belley.

UÂdam et Eve, en costume normand, de M. Comptb-Calix.

— 11 a eu là une singulière idée; mais l'exécution est jolie. Cette fraîche Normande coiffée d'un élégant bavolet est, après tout, une assez agréable Eve; mais qu'elle y prenne garde ! le cheval sur la croupe du€[uel elle est montée pour saisir la pomme qu'elle convoite pourrait faire un écart et la précipiter sur les pierres qui bordent la route.

— Oh ! M. Compte-Calix a prévu le cas, et il n'a confié son Eve qu'à un Adam très

bon ëcuyer, et à la &Qon dont iltient la brida de son cheval et dont îl Téperonne, on voit qu'il est sûr de sa monture.

-7- Nous ne saurions omettre de mentionner la Conversation y devant laquelle il y a toujours affluence d'amateurs.

— C'est, en effet, un gai sujet très bien traité par M. Joseph Garaud. Cette servante accorte, en train de laver dans une cuvette les dentelles de sa maîtresse, cause bien avec ce matou qui fait le gros dos sur la table en se frottant à elle. On entend son ronron. Mais prenons un instant de repos; venez respirer au dehors.

— Vous me demandiez, mon cher oncle, pourquoi ce temps d'arrêt, et pourquoi, avant de passer outre, je vous avais engagé à venir respirer un peu l'air plus frais des Champs - Elysées; pourquoi, particulièrement, je vous avais invité à examiner atten* tivement les arbres et les massifs que nous avions devant nous, et à vous rendre compte des détails de leurs feuillages, dont les découpures et les portions en pleine lumière no nuisent nullement à l'harmonie de l'ensemble ?

C'est que nous touchions à l'un des moments les plus délicats de notre tâche ; c'est que nous allions nous trouver appelés à dire notre sentiment sur un des talents les plus exaltés et les plus contestés en même temps de l'école moderne, sur un des hommes les plus entiers — (je ne dirai pas les plus entêtés) — et les plus persistants dans un système qui tend, en réalité, à troubler l'esprit

lis.

et le jugement d'une partie de notre jeune génération artistique.

Nous voici en présence des paysages de M. Corot.

Gela ressemble-t-il le moins du monde à ce que nous venons de voir ?

Répondez-moi avec une entière frandiise.

—Evidemment non, je le reconnais.

Mais ce que nous avons vu n'est pas non plus la nature laissée à elle-même ; c'est une nature parée et arrangée.

— Oui) cela est vrai ; mais ne parlons pas pour le moment, si vous le voulez, des vastes horizons, des ciels à perte de vue de la campagne, ne nous occupons, pour l'instant,

Sie des feuillages, qui se comportent de la Sme &çon aux Ohamps^Elyséés que partout ailleurs, et qui, à la distance où l'on voit les premiers plans, présentent certains détails plus apparents, plus éclairés les uns que les autres, et où les feuilles qui forment la contexture extérieure des arbres , détachent leurs silhouettes arrêtées et lumineuses sur les fonds noirs des arrière-plans.

Eh bien i dans ces tableaux, trouvez-vous rien de pareil 1

Pouvez-vous prendre pour la représentation dé ce que vous venez de voir, ces taches jetées au hasard et qui n'accusent aucune forme précise?

— Corot ne veut pas être vu de si près ; c'est lorsque vous êtes arrivé à une certaine distance où vous ne distinguez plus rien dans les détails, que vous remarquez une imitation réelle de la nature dans son ensemble. .

— Oui, je connais cette explication.

C'est quand on n'y voit plus rien que,

l'imaeination aidant, on trouve là toute espèce de merveilles.

CSela me rappelle ceux qui restent en contemplation devant les nuages , et oui prétendent rencontrer dans ce spectacle les plus belles formes et les plus beaux modèles, dont le dessinateur et dont le statuaire devraient s'emparer, s'ils ne passaient pas si vite.

Tout cela, c'est de la convention 1

Mais la nature a placé sous nos yeux des détails dont il n'est pas permis aupeintre, plus qu'à tout autre mortel, de s'amanchir.

Sommes-nous jamais, lorsque nous admirons un beau site, placés à des distances qui suppriment ces détails, et ne laissent subsister que des masses?

Cela peut être parfois, mais ce n'est que l'exception.

Et la réalité veut que les premiers et se* conds plans que nous avons devant nos yeux soient autrement accusés que les derniers plans qui se perdent dans une pénombre de nature à faire ressortir les contours nets et

Î)récis des premiers plans ; de même que es contours nets et précis des premiers plans doivent leur vsJeur aux fonds estompés. Et puis, pourauoi toujours cette couleur blamrde , ce nlanc d'œuf qui assourdit tous les tons et remplace le vernis adopté, non sans motif, par tous les peintres?

— Corot prétend voir la nature ainsi; et de Mt ne te souviens-tu pas d'avoir souvent

vu, le matin, des teintes de oe genre répandues dans l'espace et formant comme un voile sur la nature ?

— Oui^ cela est vrai, et je suis de trop bonne foi pour ne pas reconnaître que je mie suis souvent arrête devant ces eSets^ où. j'ai retrouvé cet aspect que présentent invariablement tous les tableaux de ce maître.

Mais cet effet n'est pas continuel dans la nature comme chez lui, c'est un des mille aspects sous lesquels elle se présente. Or un peintre qui prétend imiter la nature doit l'imiter dans toutes ses variations.

Chez le peintre dont nous nous occupons, qu'il s'agisse du matin, du midi ou du soir, c'est toujours la même chose, c'est toujours ce même effet terne et blafard.

— Mais que veux-tu? Cet effet est compris et admiré par le public, puisque Corot se voit arracher toutes ses toiles, dès que quelques coups de pinceau jetés par lui ont produit cet effet.

— Cela est vrai, et cela est fâcheux, L'étrangeté de cette peinture, a d'abord

surpris le public ; puis elle l'a capté par son caractère insolite et par la persistance de celui qui a eu le talent de la lui imposer. Et c'est là son vrai talent !

C'est devenu un engouement, à tel point que ceux qui osaient le contester ont été pris pour des blasphémateurs,

La mode s'en est mêlée, et cela est si vrai que les tableaux portant la signature Corot^ ont été enlevés par centaines ; que dis- je, par centaines? par milliers, alors qu'il est

bien certain que le nombre des amateurs n'atteint pas de telles proportions.

Il n'y a pas à plaisanter avec la mode I

Ne vovons-nous pas tous les jours une foule d'élégants et d'élégantes, qui, après avoir protesté contre rintroduction d'une coupe de vêtements plus ou moins ridicule, finissent tous et toutes par l'adopter?

Telle est l'histoire de la peinture de M. Corot, dont les imperfections sont devenues des qualités, à tel point qu'il s'est vu contraint de les accentuer de plus en plus, sous peine de perdre son prestige et de voir nier son talent.

Aujourd'hui, ce n'est plus à M. Corot qu'il faut s'en prendre ; c'est au public.

— Tu n'as peut-être pas complétementtort.

Toutefois, il y a de grandes qualités chez cet artiste, dont les tableaux sont pleins d'air.

— Oui, à distance.

— Tu es trop sévère, mon cher Nestor. Le succès de Corot est, en somme, un satisfecit que lui a donné le pi:Q3lic, et ce satisfecit a sa valeur.

M. Corot a eu l'audace, je Ife veux bien, de se présenter avec une nouvelle manière de rendre la nature ; mais il y a un proverbe qui est plus vieux que lui et que nous : audaces fortuna j'uvat.

— Cela est vrai : M. Corot a eu de l'audace I il a eu l'audace de transporter au Salon, et de réduire aux proportions de petites toiles, les procédés employés par les peintres de décors.

M. Corot n'est, à mon avis, qu'un pla-

ffiaire des Diëterle, des Gioéri, des Dëplëcnin, des Cambon, de tous ces artistes qui ont su produire de si grands efiPets à grands coups de brosse.

Voilà l'audace de M. Corot.

Elle est gpnde !

Mais mtfritait-elle les ovations qui ont ëtë fiâtes autour d'elle?

J'ignore si le Diëterle qui a exposé des

Eiysages est le fils ou le parent du dëoora* ur, maiS) quand vous verrez tout à l'heure les tableaux qu'il a envoyé au Salon, vous trouverez là, je le pense, des paysages d'un excellent effet, où les arrière-phns sont traitai très largement, mais où les touches des premiers plans sont toutes à leur place, et consentent à dtre vues de prés.

En résumé, ce que je trouve d'admirable chez M. Gorot^ c'est le talent qu'il a eu, et

Su'il a, d'aVbir élevé son art à la hauteur 'une grande industrie et d'une très habile exploitation.

Quant à sa gloire future , profitera-t-elle de cette fécondij^é sans précédents? C'est ce que je ne me hasarderais pas à prédire.

Ceci dit, comme thèse générale, je dois déclarer que M. Corot a tenu à se montrer aussi par&dt qu'il lui est donné de l'être, dans les trois tableaux qu'il a envoyés cette année au Salon, et oui forment un heureux contraste avec trop de toiles portant sa signature qui se sont vues dans beaucoup de ventes de cet hiver.

SUITE DE LA PEINTORE

Jeunes paysagistes.-* M. Dalipbard.— MM. Cabanel, Gainbon, Qays, Germak, Dantan, Chavet, Delaunay, de Curzon. — La légende de Dibutade. — Les marionnettes napolitaines. — MM. Gastan , Gossmann , DléterlO) Dubufe, Gibot, Cordouan, Glaude, Victor Dupré» — L'bonneur de la famille.

— Au début de cette nouvelle salle, nous BOUS trouvons en présence d'une série de jeunes paysagistes, chez lesquels Tétofie ne manque pas, et qui se montrent de taille à conserver à l'école française la première place qui lui appartient incontestablement, s'ils savent se soustraire aux trop grandes &cilités d'exécution qui ont déjà perverti le talent de quelques-uns; mais ce qui doit nous rassurer, c'est qu'ils paraissent s'insoirer plus des leçons de la nature que de celles d'une école quelconque.

Ainsi a fait M. Charles Deshates qui a exposé trois belles reproductiops des Étangs

de ViUébrun. des Cascades de Cemay et de kl Vallée de Ùemay (Seine-et-Oîse).

Ainsi a £adt M. Camillb Delpit dans sa Matinée de printemps d'Auvers.

Ainsi a fait M. Gustave Castan, dans son vigoureux Intérieur de bois à Gargilesse (Creuse).

M. César DE GocK a su choisir aussi des sites pittoresques ; mais on croirait qu'il se sert de lunettes vert- tendre pour donner à ses paysages» herbes et feuillages, une couleur qui semble composée d'épinards délayés dans du lait.

Heureusement, par sa Cour de ferme de Gasny, qui n*a que le défaut aôtre un peu trop à l'état de croquis, il a prouvé qu'il pouvait accentuer sa peinture à l'aide d'autres tons.

M. Xavier de Cocé enaploie le même vert que son frère César; mais il cherche à corriger ces teintes blafardes par un repiquage en noir, qui a l'inconvénient de paraître trop cru, et de ne pas ménager les transitions.

On pourrait lui reprocher de saupoudrer de trop d'assaisonnement et surtout de trop de poivre la sauce verte qui paraît être de prédilection dans la famille.

Il faut toutefois rendre justice à son lableau des VacheSy venant boire à la rivière sous bois, d'une heureuse composition et d'un aspect très agréable.

M. Daliphard se présente également avec une exposition d'une grande originalité, La Seine au bac de Juziersy qui s'oflre d'abord à nos regards, serait un tableau par-

&it si les vapeurs qui s'élèvent de la rivière étaient plus vaporeuses et ne formaient point une sëne de taches. ^

— Si tu m'en croîs, comme le temps et Tespace nous pressent, nous parlerons tout rie suite des deux autres^ taJbleaux de M.

Daliphard, bien qu'ils soient dans la salle suivante.

En t'attendant, j'étais allé les examiner, et je puis dire de suite l'impression très favorable qu'ils ont produite sur moi.

Il y a d'abord une Vue du chevet de Notre^ Dceme de Paris pris de nuit et par un temps de neige, avec un effet d'éclairage au gaz qui est très réussi. Un bateau-mouche jette, en passant, les flocons de sa vapeur blanche qui £»e détachent, avec grand effet, sur le fonds gris-noir du tableau.

Mais le tableau capital de ce peintre est sans contredit le Printemps au cimetière^ souvenir de Normandie.

Les tombes sont perdues au milieu des hautes herbes et des fleurs de la campagne ; et des arbres tout couverts de fleurs forment berceau au dessus d'elles.

Le contraste que présente, au milieu de cette nature vivante et parée de fleurs, l'extrémité des croix de bois noir, qui en émergeant de l'herbe odorante dont toutes les tombes sont couvertes, rappellent que l'on est dans le champ du repos ; ce contraste est d'un effet saisissant, çnais qui n'évoque cependant aucune idée attristante.

Après tous les portraits qui ont fait la réputation de M. Cabanel, que pourrait-on

dire da nèiif au sujet do ceux exposés cette année par cet artiste? Qaant à sa Première extase de saint Jean-Baptiste^ c'est une belle étude» mais son personnage a quelque chose de malheureux qui ne ri^pond pas à ridée que Ton se &it de ce précurseur du christianisme.

— Je préfère VAbel que tu m'as fait remarquer dans le grand salon et qui est de M. Pierre Gabanbl, le fils, je crois, de l'autour de ce Saint Jean-Baptiste.

Mais voici un tableau de M. Armand Gam- BON, qui est bien peint et qui est tout une idylle : comme on s^aime, le soir et le matin delà vie!

D'un côté, un jeune couple plein d'ardeur dans ses déclarations d'amour sans fin; de l'autre un bon vieillard tenant affectueuse* ment dans sa main celle de la compagne qui l'a aidé à gravir jusqu'à cette heure les sentiers ardus de l'existence.

— Quel ton vous prenez, mon cher onde, en cette circonstance 1

On sent dans ce ton que votre métier de célibataire a laissé dans votre cœur quelques places vides.

— Ah 1 bah ! la vie n'est-elle pas comme ces deux navires de M. Paul-Jean Glats, tsuitôt au calme plat, tantôt aux coups de vents 1

Un bon navigateur qui se lance dans les aventures doit être léger de bagages.

Sais-tu que c'est un habile homme que M. Paul- Jean Glats et qui se montre aussi coloriste dans son calme plat que dans son coup de vent ?

— ISS- Admires-tu le bel effet de ses voiles di* versement teintées et comment Teau qui porte ses beroues n'a pas la couleur monotone que lui donnent la plupart des peintres de marines.

Toute la palette de l'artiste se retrouve dans ces flots mordorés et chatoyants.

Mais voici deux noires prunelles cpii depuis quelque temps m'attirent. Que &it cette magnifique créature dans un endroit aussi escarpé?

— C'est un rendez-vous dans la montagne du Monténégro, et il n'y avait que Iaboslav- Germak pour aller découvrir un tel lieu de rendez -vous. Le moindre faux pas peut vous précipiter du haut de ces pics dans des gouffres à perte de vue, et il &ut avoir le jar« ret solide pour pénétrer dans ces défilés.

— J'avoue que, malgré l'effet fascinant de ces deux grands yeux et tout le charme répandu sur toute cette belle personne, je ne me souderais pas de m'y aventurer.

Aussi je détourne vite mes regards, pour les porter sur un suiet moins captivant.

— Justement, voilà votre affaire I

^ Ce tableau de M. Dantan va vous calmer, bien qu'il ait été honoré d'une médaille. ^

— Quoi I on a médaillé ce moine qui, ainsi que l'a très bien démontré Cham, semble avoir posé ses jambes sur l'établi devant lui, afin de les sculpter, tandis que tous les ciseaux, tous les marteaux, accrochés à la muraille, s'avancent au premier plan, ainsi

Sue les bibelots qui sont pendus à côté 'eux, et lussent sa figure e& arriéHEe!

. Ne dirait-on pas qu'il y a eu parti pris d'intervertir l'ordre naturel des plans?

— Je ne comprend pas pourquoi la médaille déœmëe à M. Dantan fils a été attribuée à ce tableau plutôt qu'à son Hercule aux pieds é^Omphole.

Ici) au moins» les plans sont bien classés.

— Gela est vrai ; mais pourquoi Hercule a-t-il cette posture surbaissée, et pourquoi ses muscles sont-ils tendus et ses jambes arc-boutéeS) comme s'il soutenait un plafond?

Cet Hercule-là semble ime des cariatides échappées du pérystile de la Porte Saint- Martin.

— Alors, tout s'explique ; c'est par la force de l'habitude qu'il se trouve ainsi courbé.

Quant à Omphale, on voit bien qu'elle n^avait pas une glace devant les yeux quand elle s'est coiffée de la peau de lion de son adorateur. Cette coiffure ne Tembellit pKas.

En somme, l'aspect général de cette peinture n'est pas désagréable, et elle a été maintenue dans une harmonieuse gamme de ton.

— Le Repos du modèle^ de M. Chavbt, est un joli petit tableau de chevalet, mais son Henri ïïl à SainUCloud a le défaut de nous présenter des types de petits crevés et de gammeux travestis en seigneurs de l'époque, îl semble que ces gandins attendent, par un jour de carnaval, que Ion serve le souper dans un des cabinets de la Maison-Dorée.

Voici, par contre, une belle et crâne peinture : le David vainqueur de GolicUhy do M. JuLES-ËLiE Dblaunay, Serait superbe

^^9Bi^qBir'«-OTa0V«iaB

s'il ëtsdt seul sur cette toile,et s*il n'était pas gâté par ces petits personnages, dont la taille minusoule, malgré leur proximité, est vraiment choquante.

— Ce Davidy en effet, a un grand air, et je ne m'étonne plus, après l'avoir vu, du talent qui m*avait frappé dans les deux portraits exposés par le môme artiste, et particulièrement aans celui de M. Ernest Legouvé.

— Comment se fidt-il qu'on ait placé dans j cette exposition un tableau qui évidemment \ remonte au temps des David et des Pru-

dhon? Ce n'est pas de la peinture moderne! '

— Si fait I C^ deux figures académiques sont dues au pinceau de M. de Curzon.

C'esile premier portrait y et il n'est peutêtre pas hors de propos de raconter ici comment ce premier portrait a été produit ; c'est Pline, le naturaliste, qui s'est chargé de nous le raconter :

La fille du potier DibuUde, de Sicyone» était fiancëa A un jeune Grec ; lorsque celui-ci la quitta i

pour un loinXain voyag^e, elle enferma dans des i

ligRes l'ombre de son vieage çrojetëe sur la mu- y

raille ; le jpére appliqua de l'argile sur ce trait. Le modèle fait, il le mit au four a^ec ses autres poteries.

L'art du portrait était inventé.

— J'aime mieux le Souvenir des côtes de i France^ paysage chaud de ton, exposé par

le même artiste, et sa Sérénade dans les Abruzzes 9 d'un joli dessin et d'un beau coloris.

Mais vous ne m'écoutez pas! Qu'est-ce

qui attire donc votre attention dans oe ooin:?

— Que veux-tu ? ces marionnettes d!Qh RESTE CoBTAzzo, de Napies, me divertiâsent toujours. Leur conjonction juxta-posée par le fait du fil qui les traverse toutes, donne à tous leurs mouvements un caract&re singulier, qui fait le bonheur de ces deux ieunes femmes, car elles paraissent se livrer, à cette occasion, à des commentaires désopiknts. ^

— En £ait de petits tableaux de genre, si gnalons à l'entrée de la salle 8, V Amour mor temel et la Réprimande^ d'ËDMONo Castan.

Ce g^onin que sa mère gronde a bien sûr Csdt l'école buissonnière.

Voilà un gaillard qui s'y entend à conter fleurette à cette jeune fille, qui y va — la malheureuse 1 — bon jeu, bon argent !

C'est une Vieille histoire^ ainsi que le dit le titre donné par M. Maurice Cossmann à cette charmante petite toile, dont les personnages portent l'élégant costume moyenâge.

— Tenez! nous voici arrivés devant ce paysage de Diéterle dont je vous parlais lorsque nous nous occupions du genre Corot. Que dites-vous de cette Chawnière des Rosiers ? Vous voyez, vous comptez chacune de ces roses, et les feuilles qui les accompagnent. Vous pouvez vous approcher de très près, et vous trouverez dans cette toile autant de détails que votre œil en d^ire. Et cependant, quelques mètres plus loin, derrière la barrière, l'artiste a eu soin de sup-

f>rimer tout à feit ces détails conservés par ui pour le premier plan ; et l'absence de

rj-

dëtails à cet endroit» loin de vous choquer, vous repose, parce que votre attention n'est pas éparpillée, et qu'elle peut se concentrer sur les plans qui, dans la nature, l'absorbent.

Les seconds plans et les arrière-plans sont tout à fiât dans leur rôle, quand us ne pré* sentent que des coasses sur lesquelles la vue se repose sans chercher à y trouver ce que la nature n'offre que dans les premiers plans.

Du reste« M. Pierre- Georges Diéterle est un élève de Corot, et le perfectionnement qu'il a apporté au procédé du maître prouve que, si celui-ci 1 avait voulu, il aurait su ùire taire la eritique.

Pour cela, il eût suffi qu'il consentît à débarbouiller la figure et les mains de ses enfants, parfiûts, du reste, pour la plupart, dans leur contexture générale.

— Mais, mon cher Nestor, nous n'avons s pris garde que nous sommes dans le sa-

on des trois Dubufr.

— Je le sais bien; mais M. Dubufb est hors concours. Il a sa clientèle de noaiauises et de baronnes, et il y a longtemps qu il est arrivé à l'apogée de sa gloire, de même que de son talent.

Pour M. Dubufe, l'exposition est une occasion de se remémorer au souvenir de sa clientèle, et cette fois, il a habilement mis à profit la troisième toile accordée aux exposants pour disposer son exposition comme une jolie garniture de cheminée.

JRemarquez que le portrait du milieu a été surélevé à l'aide d'un soubassement doré, de manière à ce qu'il dominât les deux autres,

qui, tournes tous les deux rers lui, semblent ses acoolytes.

— C'est égal, ils sont tous très agréables, et les couturiers de ces dames ;ont obtenu là de beaux spécimens de leurs produits.

— C'est toujours aux paysages que nous venons demander de nous reposer et de nous rafraîchir. Comme on retrouve bien cette nature des environs de Paris — qui vaut bien d'autres sites — dans ces Environs de Sèvre ?, de M. Edouard Cibot I

Quant à de l'air en masse, M. Vincent

, CouRDOUAN, on a rempli ses deux tableaux

des Côtes de la Méditerranéey où il nous

£Biit voir la rade de Toulon et les environs

d'Hyères à Giens-Pontevès(Var).

— Voici encore ce tentateur d'EcoèNB Claude, qui me fiadt venir l'eau à la bouche avec ses huîtres si pleines et si juteuses, son citron à moitié écorcé, son homard d'une fraîcheur sans pareille, et sa brioche dorée, dont il ferait bon tremper une tranche dans ce verre à moitié plein de château-yquem.

— A quoi bon étaler ainsi en public votre gourmandise, puisque vous ne pouvez la satisÊdre?

— Ce n*est pas ma gourmandise qui s'étale, c'est la vérité de cette peinture que je proclame.

Mais avant de quitter ce Salon, signalons encore ce paysage de Victor Dupré représentant la Rivière du Fay en Berry. Victor Dupré soutient parfaitement le nom et l'honneur de la £unille.

SUITE D£ LA PEINTURE

Un sujet délicat. — Mi Garolus Doran.— M. Jules Gornil- Uer. — Le Chaudron de M. Jean Eyen.— On en mangerait I — M. Erpikum. — MM. Flandrin, de Goninck, Comeirre, Desgoffei Chevandier de Valdrdme, Duverger.— M"* Escalier. — Musique ctaampétre. —Les maraudeurs.— La caravane de Cancale. — La médaille d'honneur et le prix du Salon.— MM. Fontenay, Lépine, Lematte, Fichel, Goupil, Faivre, Caillou, Feyen-Perrin, Didier, Fines, Fréret, Guiaud, Lambert, de Gegerfelt, Leleux, Grolleron, Gide, Glaize, Lapierre.

— Croirîez-vous, mon cher oncle, que j'ai eu toutes les peines du monde à &ire sortir du lit ce gredin de Jules, auquel je voulais confier la Desogne d'aujourd'hui, en votre compagnie ?

Il avait mal à la tâte 1 II avait passé une mauvaise nuit I

En réalité, — J'ai fini par lui arracher cet aveu,— il ne s'était couché qu'à trois heures du matin, sous le prétexte qu'QP ne peut vivre honorablement, par cette chaleur canicu*

laire» qu'entre le ooucher du soleil et la venue de l'aurore.

Maïs quand je lui ai dit qu'il était chargé de donner son avis sur le tableau de M. Ga- BOLus DuRANy intitulé : Dans la Rosée^ cette mission a para le flatter, et le voici I

Je vais m'asseoir sur qe banc, pendant que vous allez délibérer sur ce sujet délicat.

— Délicat 1 le mot est juste, car, en effet, cette peinture est délicate d'exécution et délicate de modèle.

N'est-ce pas ton avis, mon cher Jules?

— Ohl délicatissime I charmantissime !

Que cette femme est heureuse de pouvoir vivre dans ia rosée où Garolus Duran est allé la trouver, et où elle n'a pu subir aucune atteinte de cette température torride qui aurait défraîchi le blond velouté de cette peau immaculée!

— Blond velouté I blond velouté! nous parlons dessin et couleur. Ne nous laissons pas aller au langage de convention. Je trouve que tu aurais bien plus raison de dire le rose velouté.

— Rose oui)lond, n'est-ce pas la même chose?

Enfin, ce beau corps est dans une ganmie de ton exactement semblable à celui observé par l'artiste dans l'intérieur de forêt bleu tendre, ornementé de quelques larges feuilles d'un vert transparent, où il l'a placé. Rose» bleu, vert, tout cela est également blond.

— Mais tout cela est-il bien nature ?

— Qu'est-ce que cela.fût ? Du moment où l'artiste est arrivé à produire un effet agréa-

ble et qui plaît atix yeux et même au oœur.

— Tu viens de &ire la critique de oe tableau, trop blond, et où l'artiste a peut-être pris un peu trop le oontrepied des réalistes, en fabriquant une nature trop perfectionnée.

— M . Garolus Duran , pour ne pas être obligé de sortir des nuances tendres et de maculer de gris ou de noir oe joli corps, a placé son modSe en pleine lumière et en plein air.

Mais, en se privant du secours des ombres portées, il a accru les difficultés de la tâche, puisqu'il n'avait plus à son service pour modeler son sujet que des nuances tendres et que des parties lumineuses.

— Regarde à côté Je numéro 452. Voilà une femme également nue et en pleine lumière, où les ombres sont également à peine indiquées. Cependant l'aspect général est moins monotone, moins d'ime même et uniforme teinte. U n'y a pas que du velouté et du mat, que du blond,^ pour me servir de ton expression. J'y vois des parties plus brillantes, plus satinées les unes que les autres, suivant le jeu de la lumière. L'artiste ne s'est pas astreint à n'employer que du rose-blond, il y a des parties où le blanc domine; d'autres ont une légère teinte bleutée qui laisse deviner sous la

r;u l'existence des veines et l'action de circulation. Il y a de la vie, du mouvement partout ce corps, et M. Jules Cornil- LIER a &it une très belle étude et une très remarquable peinture dans son tableau, désigné sous ce titre : Le Favoriy en raison de la poiùtion occupée sur l'épaule de la dame par

une jolie oolomboi qu'eUe embrasse amoureusement.

-* Je partage votre avis à l'endroit du tableau de M. Jules Gomillier, mais avouez que M. CSarolus Duran s'est tire à souhait des difficultés qu'il n'a pas craint d'affronter, et que son œuvre est une tentative sërieiise et sérieusement exécutée.

— Il y a des écueils qu'il n'a pas pu éviter.

L'idée d'employer les deux bras à relever cette blonde chevelure, était ingénieuse, mais elle a eu l'inconvénient de déranger l'harmonie du cou et des épaules, et même de produire un effet disgracieux, en creusant deux salières des deux côtés du cou. La hanche prépondérante est également anguleuse.

— Ahl dame ! M. Garolus Duran n'a pas l'acquit possédé par le père Ingres, quand il a peint sa Source.

Enfin, reconnaissez-le, il est en bonne voie, et les deux portraits qui accompagnent son étude, complètent une belle exposition.

— Quelle f&cheuse idée il a eue de ne pas s'en tenir là et d'envoyer son vilain mori-

• caud à l'exposition de sculpture I

— Personne n'est parfait* et Carolus Duran a prouvé qu'il savait revenir de ses écarts.

— Nous pourrons maintenant aller rendre compte à Nestor de notre délibéré...

— Vous me direz tout oek quand nous aurons la plume à la noain. Le temps nous presse, et je vais mamtenant vous conter en

deuk mots oe que j^ai vu pendant que vous étiez occupé de votre côté.

Ce qu'il y a d'admirable dans cette salle, c'est le numéro 697.

J'en suis fâché pour M. VoUon, mais le Chaudron de M. Jban Evbn me plaît pour le moins autant que le^ien. U a même Tavantage d'étie un peu moins grand et d'un cul* vre jaune préférable, comme aspect, ad cuivre rouse ; il laisse plus d'importance à la morue traicbe qui est étalée à coté de lui et qui est sortie de l'eau depuis un moins long temps que les poissons qui accompagnent aussi le chaudron de M. vollon.

Poussons tous les trois, dans notre for intérieur, un hurrah pour lo chaudron et pour la morue de M. Even :

— On en mangerait !

— Ce mot n'est pas déplacé ici, seulement il faudrait qu'elle tût cuite, car je pense que cette expression s'applique à la morue et non au chaudron.

Je comprendrais mieux ce langage s'il s*ap«

i)liquait au second tableau de M. Even:

es Confitures. Il v a là encore un petit chaudron d'où la confiturière tire le jus délicat delà groseille qu'elle verse dans les pots transparents qui sont à côté d'elle. Cette confiturière ferait bien le pendant de VEcU" reuscy de Bonvin : même touche vigoureuse, même couleur éclatante et vraie.

— Voyons, mon cher Jules, n'es- tu pas de mon avis et l'eau ne te vient-elle pas à la bouche à la vue de ces séduisantes confitures?

— Me prene^vous donc toujours, cher Nestor, pour un en&nt gourmand, et ne voyez-vous pas à ma baroe naissante que mes goûts ont change dénature? Tenez, voîoi ce qui me recrée beaucoup plus : c'est cette Dormeuse de M. Léon ërpikum. ^ Corn* ment trouvez-vous cette croupe si bien arrondiQ et ce dos voluptueux qu'elle nous présente. On voit que M. Erpikum est un élève de Flandrin.

— On en mangerait, n'est-ce pas?... 11 fallait que ce petit drôle vînt réveiller toutes les pensées concupiscentes de l'oncle Emile, dont je ne vais plus rien pouvoir tirer de bon. Ah I pourquoi ne pas l'avoir laissé dormir?

Voyons, messieurs, remettons-nous à la besogne sérieiise. Reprenons notre examen.

Au-dessous du tableau de M. Even, il fcut admirer ce Ravin en Afrique de Fromentin. Le ciel chaud et bleu qui apparaît au haut du ravin sert à Ëdre. ressortir la firaîcheur que répand en cet endroit l'eau transparente qui sort de la roche et qui forme ce ruisseau attractif dans lequel (mevaux et ca-* valiers se plongent à l'envi.

Jetons un voile sur ces erreurs de Gustave Doré, sur son paysage aux arbres moisis, éclairé par des flammes de Bengale vertes, et sur son cirque éclairé par des flammes de Bengale bleues.

Le paysage de M. Paul Flandrin, intitulé : Souvenir de Provence , me paraît trop méditerranéen et trop académique.

Quant aux trois Italiennes de M. Pibrrs

sm CoNiNCKi / CoftfeUiy nous avons déjà dit dans notre première visite qu'il &llait se tenir en garde contre leurs coups d'œil provoquants. Allons, Jules I allons Emile 1 Passons vite.

Il y a là, d'ailleurs, une Petite Italienney de M. Léon Gombbrb, qui me paraît beaucoup plus intéressante par sa tète pleine a'expression, et qui semble dire qu'elle compte parmi ces pauvres en&nts livrés car leurs parents à des exhibiteurs sans entnoUes.

On Mi grand bruit des toiles de Blaiss Desooffb. lilvidemment, chacun de ces objets dMtâgère est bien rendu et admirable* ment pemt. Il y a là de beaux détails, de belles couleurs ; mais il y a aussi un mauvais arrangement et un complet dé&ut d'ensemble. (Tharmonie et d'effet. M. .Desgoffe aurait Lien mieux Mt de copier simjidetnent la vitrine d'un amateur, il y aurait probablement trouvé moins ae désordre et plus de goût.

— Approuvé I

— Des Lauriers roses en pleine terrcy cela produit un singulier effet. M. Paul Chbvan- DisR DB VALDROBiE u'a pas^ rcculé devant la Bioootonie de cette décoration, et il est parvenu à faire im tableau très agréable de son Matin dans la Vall^ des Lauriers roses.

Pénétrons dans la salle 10.^

Oh I mais, voici ime surprise ! le paysage de Français a été déplacé, et le voici dans une bien plus belle lumi^, au fond de cette . s%lle.

— Décidément , oe table^iu est le roi des paysages de l'Exposition.

— On en mangerait I

-T- Quoi ! de cette herbe si tendre et de ces fleurs agrestes ?

— Non I non I mais de ces deux baigneuses qui ne sont pas, d'après les tons chauds de leur riche carnation, sorties d'une boîte de coton^mme la donzelle à la rosée de GtrolusDuran.

— Il ne £aut pas être aussi Gargantua que cela, mon cher Jules, et toujours songer, comme tu le ^s, à croquer tout ce que tu vois. Peste ! quel appétit!

— Quand les chats rCy sont pasy les souris dansent. J'avais deviné cela avant d'avoir vu le livret.

Nous sommes devant une école de petites filles. La maitresse a disparu, et le martinet est au repos, accroché le long de la chaire.

On dort I on chante I on danse I on bftillel que c'est un plaisir à voir 1

Telle est l'œuvre à laquelle M. Duveroeb a donné le titre que l'on vient de voir..

— M. Eugène Faure a fidt deux jolis portraits qui portent les numéros 106 et 107.

 côté d eux nous devons admirer le beau Bouquet de chrysanthèmes de M^'* Escalier.

Voici encore un tableau de Fromentin, une Chasse au faucon en Afrique ^ où se retipuvent toutes les brillantes qualités de ce peintre.

— Halte - là ! saluons en passant la médaille de M. Delobbb et son Petit Musicien champêtre^ qui lui a valu cette médaille. Ce

petit bonhomme, nu et assis au bord de reau, souffle bien dans ce jone dont U a &it une flûte.

— C*est bien peint et bien étudié, mais un peu cherché.

— Je demande une mention pour ces cavaliers que M. Delormb nous présente comme des maraudeurs et qui doivent tenir de singuliers propos pour laire ainsi rire toutes ces femmes jeunes ou quelque peu avancées, qui sont groupées autour de la fontaine.

— Il faut toujours que ce Jules s'intéresse & ce qui intéresse le beau sexe.

— Où est le mal?

— D'ailleurs, vous voudrez bien convenir avec moi que ce tableau est bien peint et rempli de charmants détails de costumes moyen âjje.

— Mais ne vois-tu pas que ce que disent ces vauriens a effarouché une colombe qui fuit à tire d'ailes.

— Nous nous retrouvons devant cet étonnant tableau que Ton pourrait admirer, pendant des heures et même pendant des journées, sans cesser d'y découvrir quelque chose de neuf. C'est la caravane de CancaJe, autrement dit la grande pèche des huîtres.

Jamais je n'ai rien vu de pareil 1 Eugène Feyen a mis là des personnages par milliers.'

Chacun d'eux est étudié et est complet, y compris ceux qui ont à peine quelques millimètres de hauteur.

— Examinez attentivement ce tableau, monsieur Jules, et abandonnez - vous aux

réflexions qu'il doit vous suegérer. M. Dvnt Ta intitulé : Splendeur et Mtsèrê.

^ Ne vous contentez pas de regarder avec satisfaction le minois de ce que vous appelez une Tendre biche.

Voyez de ce côté ce qu'elle est devenue, car c'est bien la même, et on la reconnaît malgré ses rides, malgré ses yeux dont les dis sont tombés et qm ont p^du tous leurs charmes au milieu des paupières rouges qui les accompagnent actuellement.

•— Quelle décne i on peut le dire^ — ^M. Paul Forbt, élève de VoUon, a quitté les chaudronneries de son maître pour se lancer dans l'orfèvrerie la plus délicate et la plus artistique.

— Voilà en effet une sup^be aicuièrei dont la ciselure resplendit à travers l'or et l'argent dont elle est composée.

— Dans le grand Salon carré, qui porte le n° Il et où nous pénétrons en ce moment, se trouvent les trois tableaux de M. GéroiSe, auquel la médaille d'honneur a été déférée par le jury. Cette^déoision a soulevé de nombreuses critiques', car ces trois tableaux ne sont ni ce que M. Grérôme a^ &it de mieux jusqu'ici, m ce que TËxposition de cette année renferme de plus remarquable.

— C'est exactement mon avis, et je trouve même que deux de ces tableaux tournent à la charge, à la caricature. UEminenoe grise^ tout d'abord, est une composition exagérée dans toutes ses parties ; quelle impertinence chez celui qui porte ce nom 1 quelle platitude chez tous ces grands seigneurs et

û&B htiDLts dionitaires de TÉgllise qui rampent pour ainsi dire à plat ventre devant lui I

Voilà pour le sujet. Quant à la fiicture du tsbleau, on ne peut refuser à M. Gër&me ses qualités habituelles, son dessin ccnrrect, •sa touche fine et sa merveilleuse palette ; mais tous ses personnages répartis sur un vaste escalier, ne forment pas un ensemble et ne constituent pas un tableau.

Ce n'est, en efiet, comme je le disais tout à l'heure, qu'une très belle caricature, et je range dans la môme catégorie son Rex tibicens.

Celui-là, je le lui abandonne, et en le pei-

Siant de cett^ fiu^n, M. Gérûme s'est ëvimment souvenu que c'était là l'ambitieux héritier des anciens ducs de Brandebourg, dont les conceptions, exploitées par ses successeurs , devaient plus tard jeter l'Europe dans l'état où elle est aujourd^iui.

Franchement, ce Rex tibicens^ qui a l'aspect d'un singe, est loin d'être beau I

— Passons au troisième tableau de Gérôme, celui qui paraît le mieux compris. Eh bien I pourquoi cette distance entre les deux personnages, cette longue table qui s'étend entre eux,, et au-dessus de laquelle est appendue, le long du mur qui forme le fond, une tapisserie qui semble le point important du tableau.

La distance, trop grande entre les deux

Sersonnages, leur donne une disproportion 'autant plus choquante que celui qui est sur le premier plan présente aux spectateurs un dos monstrueux et qui paraît bos-

su 9 et un profil rechignant dans lequel on aura peine a reconnaître le grand Corneille.

— Comment 1 c'est là Corneille 1

— Ah I oui ! de môme que Tautre, le petit, est MoliÂre I

— Je n'aurais pas reconnu celui*ci plus que l'autre.

— Enfin , ces trois tableaux portent la mention de la médaille d'honneur» et cette mention les rend admirables auK yeux d'une portion de la foule.

— Il faut espérer que M. Gérôme rendra, l'aimée prochaine, au jury, la monnaie de sa pièce.

— Voici un autre tableau dont l'auteur, également gratifié d'une &veur exceptionnelle, est aujourd'hui le sujet de nombreuses controverses. Il s'agit du Sainù- Laurent y de M. Lehoux, qui a obtenu, à l'unanimité des voix, la médaille de première dassMS, et qui, en conséquence de cette unanimité, a pjaru à M. le directeur des Beaux- Arts désigné conmie le plus digne du prix du Salon.

— Ce tableau est à première vue bien confus ; et si les personnages oui figurent sur cette toile sont bien étudiés et bien comjpris, le peintre s'est.peuL-ôtre trop peu inquiété de leur réserver a chacun une place suffisante, ou du moins d'avoir cherché im arrangement apportant plus d'unité dans ce chaos.

Ils sont si gênés dans ce cadre que la grande figure qui est sur le premier plan, et oui porte une orassée de bois, semble pérore

l'équilibre et être prête à tomber, la tête en avant, dans le salon.

— Il est vrai que le prix du Salon est destiné à fournir à un jeune artiste donnant de grandes espérances le moyen de compléter ses études et de se perfectionner» grâce à la sécurité que la somme attachée à ce prix lui garantit pendant trois années.

Si la peinture de M. Lehoux était irréprochable^ ce jeune artiste^ serait en dehors des conditions du prix ; mais, en réalité, il a de grandes qualités dans tous ces personnages Hardiment posés, et les muscles de saint Laurent, vu en raccourci, se tordent, sous Tétreinte de la douleur, d'une feçon efifrayante de vérité.

Passons maintenant aux choses plus légères.

M. FoNTENAY nous doune, sous ce titre :

Ferme aux environs de Bome^ une élégante réminiscence du genre Hobbema.

Il faut noter aussi le LaCy joli petit tableau d'ËLMERicH ; le Quai dClvryy par Stanislas LépiNE, paysage réaliste bien réussi.

— Un tableau d'un élève de Rome vaut toujours la peine qu'on s'en occupe. \J Enlèvement de Déjanircy de M. Lematte n'a qu'un défaut, c'est le centam;;^, sans lec[UQl la Déjanire serait une merveille ; mais le centaure Nessus, qui emporte cette belle jeune femme, si admirablement modelée, et dont les charmes sont accrus par les soyeuses étoffes qui voltigent autour d'elle, est lourd et ne présente aucun intérêt. C'est £9lcheux.

~ Abaissez vos regards, nx>n cfûde^ et voyez donc au-dessous de oette Dëjaiiire œs deux jolis tableaux : Un Corps-de-Gardey de FicHBL, et Les AccordaUlesy deOoupiL.Tous les deux sont remarquables par l'expressioa vraie de chaque personnage et par les détails exacts des costumes.

— M. Goupil, a obtenu, à juste titre, une médaille. La satisfection de la mère, l'émotion de la jeune fiancée, et les mille caquets auxquels se livrent les jeunes filles de la noce, à la vue de la plume du notaire, tout cela est merveilleusement rendu, de vaème que les jolis costumes du temps du Directoire.

— Oh ! voilà un peintre qui me va ! Bravo, ToNT FaivrbI Vous faites de déUdeuses jeunes fenmies I Quelle finesse de ton et de détails, dans ce petit salon si coquettement meublé, où se trouvent ces deux ainoables personnes. Qu'en dis-tu, Nestor?

— Je dis que M. Faivrb sait £urd de la belle et bonne peinture, et que ses tableaux sont largement peints, malgré cette finesse de touche dont vous parliez tout-à-l'heure.

— Et cet autre tableau, intitulé Taqtdne^ ricy parce que madame s'amuse à taquiner son petit chien en faisant résoimer sur le piano cette note qui lui déplaît?^

En fait de frais visage, en voici un peint par M^^^ Louise Eudes de Gujmaiu>*

— Un Ruisseau sous boiSy tel est le titre de ce grand et beau paysage dans lequel M.

LotJTS (jAiLix>n a placé au-dessus de l'eau qui se brise en grognant à travers les pierres, un

étonoant enchevêtreinMt de branchages de chêne.

Nous voici de nouveau en présence des Pêcheuses dChuîtres ; mais celles-ci, peintes par M* Feten-Febrin, sont de plus grande taille

Sue celles que nous a fait admirer son frère lugène. Tous les deux sont d'une égale habileté, et je ne sais lequel des deux tableaux je préférerais.

— Il y a aussi, à deux pas d'ici, deux petits tableaux microscopiques d'Eugène. J'ai justement pris ma loupe, et nous suions les contempler. Est-ce fin, et cependant comme tous les détails sont complets? Plus on éloigne la loupe, plus on grossit les sujets, plus Ton voit qu'il n'y a rien d'oublié dans ces deux petites miniatures.

— Mon oncle, il s'agit de faire appel à vos souvenirs historiques, car voila un tableau d'un haut intérêt dramatique» que tout le monde regarde en se demandsuat : «Qu'estce que cela peut-être ? »

— Voici la scène même telle qu'elle se trouve dans Schiller :

VBRiNA. — Eh bien I quand la pourpre tombe, il faut que le doge la suive.

(li prédpiu Fiestiue dans la mer.)

FiBSQUE. — Au secours ! Gênes I au secours de ton doge!

(Il est engloulQ

M. Alfred Didier a saisi le moment où Fiesque, renversé par Verina, qui l'a préci-

Sitédùbaut d'une galère, entre dans les ots où il va disparaître .

— J'aperçois dans le coin de ce salon uni

tableau qui me semble d'une belle ordonnanoe. Approchons!

Ce sont les Laveuses bretonnes de M. Eu*

OàNB PiNBS.

Les personnages se trouvent bien ëcfaelcnnés depuis le haut de la berge jusqu'au fond du ravin où se trouve la fontaine.

Chacune de ces bretobnes est parfaitement à son plan 9 et ce tableau est plem d'harmonie, grâce aux couleurs frafohes qui, bien que tranchées entre elles, sont toutes sur une même gamme de demi*teintes.

— Ce phare est bien iait pour attirer de loin les navigateurs. M. Frérbt s'entend à en entretenir le feu qui brille d'une façon éclatante au milieu d'une nuit assez éclairée cependant par la lune pour qu*on distingue bien les vagues et les bâtiments qu'elles portent.

•— Conmie effet, vois donc là-bas quelle vive lueur autour de ce Bastion de PcUma (île Majorque), de M. Jacques Guiaud; quelle lumière sur la mer qui déferle dans ces parages, et qui semble prête à engloutir cet attelage attardé sur les sables mis à découdvert à marée basse.

Mais nous allions quitter ce salon sans être allé caresser les Petits chats de M. Lambert. Sont- ils là comme chez eux, dans le tiroir aux robes que leur maîtresse a eu le

Îrrave tort de laisser ouvert en partant pour a promenade.

C'est au milieu des taffetas, des ggzes et des dentelles que la partie se passe. La mère regar(fe tout cela d'un air calme, tandis que

— sosie petit chien fait son affidre d'un éventail qui est tombé du tiroir*

— Âh I ah I voici un aspect différent de celui de nos contrées ! On dirait» en voyant ce villase perdu dans la neige et qu'éclaire ce soleu qui ressemble à la lune» tant il est obscurci par les brumes» qu'on est à cinq cents lieues des pays que nous venons de voir.

— Je le croîs bien, c'est une Vue prise en Suède» par M. Wn.HBLM de Gegbrfblt» né à Gottembourg.

En effet» il est difficile de dire si Tastre que Ton a devant soi est le soleil ou la lune» et si Ten est en plein jour ou en pleine nuit» tant la neige qui couvre la terre» les chau- ,rnières, les arbres» et qui remplit tout l'horizoD, donne un aspect particulier à ce site étrange 1^

Ce qui me fait croire que nous sommes en plein iour» c'est la présence de cette bande de corbeaux» qui doivent dormir la nuit» en Suède comme partout ailleurs.

Regardez maintenant le pendant de ce tableau» c'est Une vue au bord de la mer y en Danemark. Est-ce également d'un bizarre effet, et quelle peinture large et hardie ! Au

t>remîer plan» une barque noire échouée sur e sable, au-dessus de laquelle plane une bande de mouettes. La mer est houleuse, ses premiers planssont blancs d'écume, puis vient une lai^e zone d'un vert foncé, à la suite de laquelle tout se confond, l'eau» le ciel, dans des teintes grises» qui semblent d'une profondeur sans fin.

Ge tableau a un grand caractère.

J'étais bien sûr gue vous alliez obliquer à gauche, et aller aider cette grosse et belle fille à trouver la puce qu'elle dierche.

— Que veux- tu? ce tableau me réjouit.

D'ailleurs, il est d'ÂRMAND Lbleux, élève d'Ingres, ne l'oublie pas ! — Oui, d'Ingres ! -* et c'est son aspect artistique qui m'entraîne.

U Intérieur (Pune camnc, du même, répand, de son c6té, un parfum qui n'est pas à dédaigner.

— En fait de cuisine, c'est dans cette salle numéro 12, àj'autre extrémité, que se trouve le tableau de M. Grolleron, dont nous avons déjà parlé, et qu'il intitule si justement :

Quand les maîtres n'y sont pas.

Il £ftut aussi s'arrêter devant celui de Gjdb: Doux mauvaises connaissances. Deux lansquenets ont entraîné un jeune seigneur ; ils suivent attentivement des yeux l'effet produit par la boisson qu'ils lui versent à grand verre, et l'un d'eux tient les cartes à T'aide desquelles ils vont le dépouiller.

M. Gide est xm homme habile dans l'art de donner à chacun de ses personnages l'expression voulue, et de reconstituer l'époque qu'il veut peindre. Les détails de costumes et d'ameublement ne laissent rien à désirer.

Si tu le veux, nous allons de suite examiner, dans la sisdle à côté, un autre tableau plus important du même artiste.

— Je le crois parbleu bien ! le sujet valait la peine d'être traité Avec soin. Goligny

ayant été blessé grièvement d^un coup d'arquebuse en sortant du Louvre, Charles IX, Catherine de Médecis, les ducs d'Anjou et d'Âlençon, se rendirent chez l'amiral qui fut tué deux jours plus tard, le 24 août 1572, pendant les sanglantes scènes de la Saint-Barthélémy.

A la bonàe heure !^ voilà des personnages de leur temps, et qui ne ressemblent en nen aux habitua au boulevard, aux gandins dé-

fuisés en seigneurs de M. Chavet, dans son lenri III à Saint-Cloud.

Mais nous n'avons paâ fini la salle 12, et le Mémento homoquiapulvis es et inpulverem reverterisy de M. Glaize, mérite qu'on s'y arrête.

C'est une pase de haute philosophie, et qui nous rappelle que tous, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, simples plébéïens ou puissants potentats, évêques et même papes infaillibles, y passent I Souviens-toi que tu rCes que poussière et que tu retourneras en poussière.

A côté de cette grande et belle pag«^ M.

Glaize a exposé une toute petite toile qui re-

I)résente une allée où il a parfaitement rendu 'efiet du soleil se jouant à travers la feuillée.

Nous aurons terminé cette salle quand nous aurons signalé les trois charmantes petites études de M. Lapierrb, Effet (fau^ tomne et de soleil couchant ^ le tout pris dans la forêt de Fontainebleau.

SUITE DE LA PEINTURE

MM. Henner, Guay, Van Heemskerck, Harpignies, Hua, Firmin Girard, Groiseilliez, Eugène Giraud.— Les deux Judith. — Jacquemin Gringonneur. — La légende de saint Hubert.— Paysages de MM. Godefroy, Guillemer, Gibbon, Genillon, Heullant, Jérichau, Hennerioq. — Les Bûcherons. ~ MM. Thiers et Wasbbum.— Les coquelicots de M. Kreyder. — MM. Japy, Guillemet, Kuwassen et de Haas.

— La sallo 13 oontient les trois toiles de M. Hennbr.

M. Henner est pour le moment un des peintres le plus en vogue. Il a fait de beaux portraits ; mais celui qu'il a exposé cette année, ne me satis&it pas.

Ne dirait-on pas que le vert désagréable et d'un ton faux qu'il a employé pour son fond a traversé la peinture et donné à la figure de la jeune femme qu'il représente une teinte blaiarde?

— Voyons donc cette Madeleine dans le désert dont on parle tant 1

— La voici 1^

— Quelle singulière attitude M. Henner lui a donnée ! Il n'a pas fait de grands fi^is d'invention! Couchée en travers du tableau et adossée à une de ses parois, elle en occupe tout le premier plan ; elle montre un profil qui ne manque pas^ de beauté, mais qui est d'une froideur glaciale.

— En général, cette froideur est dans la gamme de M. Henner, et de plus il a tenu à fidre une Madeleine distincte des Madeleines roses et rebondies que l'on fait souvent. Sa Madeleine n'a plus rien de l'ancienne pécheresse, et la dure pénitence par laquelle elle a passé a déteint sur toute sa personne au physique et au moral.

Passons au troisième tableau, au Bon Samaritain.

— loi, je m'incline, et je reconnais la touche d'un maître. C'est crânement dessiné, et la sobriété de la peinture fait mieux ressortir les qualités de cette très belle toile.

Mais quel est ce prodise ?

M. GuAY, possesseur, il faut le croire, d'un flacon d'eau de Jouvence, a profité du sommeil de cette fenmie pour la rajeunir, et Topâration marche bien.

Evidemment, il a commencé i)ar les jambes pour voir si la chose réussirait, et les jambes sont devenues de délicieuses jambes de jeune femme.

Ce succès l'a enhardi, et il a non moins bien opéré du côté de la tête, du cou et des seins, qui sont sui)erbes.

Mais il faut croire que l'beure fatale de

l'ouTertùre «starriçëe avaîDt qu'il eût terminé sa transformation 1 Si bien que le res* tant du corps , l'abdomen , le bassdn , las hanches et les cuisses n'ayant pas encore reconquis, comme le reste, la fraîcheur de la jeunesse, semblent ne pas appartenir au même corpà. La couleur n'y est plus Ja marne, la peau est fanée et les contours sont anguleux.

'-* Ne nous attardons pas aussi lon^mps à chaque toile ! Nous n'en finirions lamais.

Contentons-nous de cataloguer soinmaire* ment ce qui reste .à mentionner dans œtte salle.

C'est la Barque de pêcheur, de Van Hebms-

KBRCK.

-^ Un beau nom, par ma foi 1 mais qui est lourd à porter !

— Les pécheurs, en s'aoharnant après le banc de narengs, se sont éloignés du vaisseau, dont on aperçoit la silhouette tout au loin dans la brume. C'est un eSet très bien rendu.

Notoifô encore les Oies, de Hanotbau ; les AniiquaireSy de Ferrandiz. Ces antiquaires sont perdus dans les antiquités, avec lesquels on les confond. Il y a dans ce tableau un excès prodigieux de couleur ; mais il y a aussi de jolis détails.

— Si M. Harpignibs voulait Quelque peu compléter ses tableaux, il serait bien vite au premier rang des paysagistes. Son dessin est pur et ferme, son exécution est hardie, et c'est par excès de hardiesse qu'elle pèche.

Tenez I voyez ces Bords de^lAumcUe. Ad-

mirez œ beau oiel, œs belles eaux! Gomme rair droule de toutes parts ! Quel beau bou* Quet d*arbres, et comme le peintre a su rendre leur profil, dont la silhouette se dessine d'une &Qon nettement arrêtée sur le bleu de réther I

Tout cela subsiste, que Ton regarde ce paysage de loin ou de prés, mais si Ton s'ap-

Î>roche pour voir les détails, on trouve que 'artiste qui a su si parfaitement dessiner le profil de ses arbres, a oublié de les terminer de bœ ; il a négligé de remplir Tintérieur des contours si bien tracés. Il y a là, en effet, une regrettable lacune.

— Mon cher oncle, je partege complètement votre opinion.

Mais je ne suis pas fiché de m'étre approché de la cimaise, car voici un tableau qui, de loin, me paraissait &de et devant lequel j*aurais peut-être passé sans y prendre plus d'attention, et je vois que j'aurais fidt une ftcheuse omission.

Le Jour du Contrat do M. Hue est, en effet, une délicate peinture, remarquable |>ar l'absence de l'emploi du noir et par Thabile dégradation des teintes. Il n'y a, dans tous ees costumes si variés et si chatoyants , que de la couleur pure, et les nuances sont obtenues à l'aide du blanc, au lieu de l'être à l'aide du noir, comme le font certains peintres. Aussi, l'aspect fade que présente ce tableau à certaine distance est-il remplacé, dàs

u'on s'en approche, par un véritable aspect e fraîcheur et de délicatesse.

Que dirions-nous de plus que ce que nous

avons dit dans notre première visite du délicieux tableau de Firmin Girard, intitulé les Fiancés j si oe n'est qu'on ne peut se lasser d'admirer les satins, les velours, les dentelles, etc., fabriqués par oe peindre, de mdme qu3 la vérité de toutes les expressions, et l'air de satisfaction et de bonheur qui règne dans cette toile.

— Tu ne t'étais pas trompé dans tes prévisions, et la deuxième médaille accordée à ton artiste de prédilection prouve que tu n'étais pas seul de ton avis.

— Bravo ! bravo 1 pour Firmin Girard !

Son tableau de la Pêche nous présente des

personnages d'une plus grande taille.

Us ne sont gue trois :

Le mari qui pêche ;

Sa jeune temme, qui suit de l'œil tous les mouvements du bouchon ;

Et la petite fille qui joue avec les poissons déposés dans un baquet.

Regardez attentivement, est-il possible de faire quelque chose de plus firais, de plus vivant?

Comme tout est soigné dans ce tableau I

Admirez les mains du pécheur, et celles de la femme I

— Délicieux 1 délicieux !

— Nous avons maintenant devant les yeux un superbe eJBFet de soleil couchant par un ciel niiageux d'autonme. Hanotbau a donné à ce tebleau le titre de la Loge des bûcherons.

— En effet, ils sont là réunis autour du feu après une journée fatigante où la bise a déjà

dépouillé les arhres> dans oes bois du Morvan, à travers lesquels brillent par longues lignes les derjoières lueurs jaunes et rouges du couchant.

— M. Groisbillibz, qui a obtenu une troi« sième médaille» est à ranger au nombre des jeunes paysagistes qui donnent de grande espérances ; mais il manque quelque chose à ses tableaux. Tous seraient très remarquables, s'ils avaient des premiers plans oorrespondauu à leurs fonds admirables. Soimez vos premiers plans, monsieur Groiseimez, et ne craignez de leur donner de la vigueur . et du mooelé.

— De la couleur locale ! de la couleur lo* cale! ! En voici tant et plus dans ces deux tableaux d'ËuGÈNE GiRAUD,(Tui représentent là Marchande de bijoux au Harem et le Bb" po8 de ces dames.

C'est assez chaud de couleur et assez chaud de lumière, pour que l'on sente suffîsamment que l'on est en Orient.

— Quelle belle robe vous avez là, mademoiselle I Je comprends que vous vous admiriez dans cette glace en étalant devant vos yeux cette parure qui vous va si bien I Votre joie et votre étohnement, qui se traduisent par la rougeur de vos pommettes, s'expliquent, puisciue M. Adolphe Huas, qui vous a si bifen reproduite, prétend que c est votre pre^ mière coquetterie.

— J'en suis bien fâché pour la Judithy de M. Gentil, qui a certainement des qualités ; mais il y a dans la salle 14 , où nous allons entrer, une autre Judith qui ne

saurait admettre qu'on la compare à aucune^ car elle doit être jalouse et ne pas admettre qu'on plaisante avec elle. Celle-là, en effet, sortie du pinceau de M. de Gi* RONDE, a un fier caractère. C'est une maîtresse Judith, c'est une mâle beauté au teint brun, aux yeux ardents et aux cheveux noirs, à la pose énergique et à l'allure magistrale. Sur sa robe, d'an blanc éclatant, se détache un second costume d'un jaune non moins vif, puis une ceinture de gaze noire dessine sa taïUe cambrée, et laisse apercevoir, à travers sa transparence, les belles formes de sa gorge palpitante.

(j est un des plus beaux morceaux du Salon.

— En entrant dans ce nouveau salon, permets-moi d'appeler ton attention sur ces deux petits tableautins d'un ami de Montargis, de M. Alfred Gués. Quelle couleur, quel charmante reproduction de costumes moyen âçe, il a apporté dans le Fol et dans l'explication donnée aux boufïfons du roi, par Jacquemin Gringonneur, des figures placées dans les premiers jeux de cartes dont il était l'auteur.

— Finaudy chien basset, est un premier spécimen du talent de M. Hbrmann Léon ; mais ce talent se déploie plus à son aise dans la Légende de saint Hubert. Le cheval recule épouvanté devant la croix lumineuse qui surmonte la tête du cerf poursuivi.

Il y a dans ce tableau des parties d6 paysage bien touchées et des personnages dont chacun est bien dans son rôle.

Nous retrouvons encore ici quelques-uns de cesjeunes paysagistes très intéressants.

M. GoDEFROT> de liafiuenau, a exposé une Rue du Caire pleine de lumière et de couleur; M. Guu.LBMERy deux Etudes bien exécutées de la Forêt de Fontainebleau; M. Joseph Gibbon, J7n6 fâcheuse rencontre ^ par un aifreuuc temps de neige ; M. Genjllon, Les bords de la Cure^ en Bourgogne, tableau sur le premier plan duquel se trouvent de diarmants bouquets de fleurs.

— Quel étalage de couleurs se détachant sur un fond vert éclatant? M. Armand Heullant s'est contenté de donner à cette toile le titre de Lavandières; mais ce qu'il n'a pas ajouté c'est que ce sont des lavandières ^eocjues en tôle et en péplum, lavant du linge au bord d'un ruisseau et aux rayons d'un soleil éblouissant qui fait ressortir les couleurs de leurs vêtements, ainsi que la verdure de la côte abrupte qui occupe le fond du tableau et qui est couronnée par un temple à colonnes blanches.

M. Heullant nous transporte ensuite dans un temple, et là nous assistons à une offrande à Vénus. La statue de la déesse est en or, et le jeune couple qui lui apporte des ofBrandes, semble plein d'une ardeur fébrile.

Le jeune homme offre les deux colombes sacramentelles, et la jeune fille couvre l'autel de guirlandes, composées des fleurs aux couleurs les plus vives. C'est un échantillon très réussi du ^enre Pompeïa.

— Mais voici une bien autre chose : Voici im splendide effet!

— ai7 —

Les derniers rayons du soleil dorent encore la partie supérieure de l'Acropole d'Âihènesy ainsi que le sommet des monta* enes qui s'élèvent derrière elle, tandis que Fol^curité gagne déjà les bas fonds, d où montent de luanches vapeurs.

C'est un spectacle grandiose que M. Ha- BOLD Jébiceau a parfaitement rendu. Ce ta-' bleau appartient a la reine de Danemark.

Qu'est cela? MessaUnej sortant de Rome^ est insultée par la populace.

— Belle composition, bonne couleur, efifet saisissant. La deuxième médaille, décernée àM. Hennebigq pour ce tableau, était bien méritée.

— Allons voir ce grand tableau qui a valu aussi à M. Cables Gosselin une deuxième médaille, les BûcheronSy beau paysage d'automne qui nous les montre en train d'abattre de gros arbres. Ce beau tableau est bien escorté, d'un côté par le Portrait de M.

ThierSf et de l'autre, par celui de M. Washbum, ministre des Etats-Unis à Paris, auquel appartiennent ces deux portraits peints par M. Healy.

— Il nous reste à admirer une fois de plus le chef-d'œuvre d'ÂLExis Kreyder.

Nous sommes au bord d'un champ de blé.

Une famille de perdreaux, en nous entendant venir, s'empresse de rentrer sous les épis dorés qui ne lui serviront plus longtemps de refuge.

Au premier plan a poussé le plus magnifique pied de coquelicots qui se puisse voir.

L'exécution est parfaite ; on voit chaque

•r-MS-

péul» d« ohwoe fleur dan» toute sa Ug^rM et dans toute la splendeur de sa couleur saos pareille.

Un mot enocNre> pour l'Aurore, de Lpuis JapTy et pour Ï^Vue de Parùf prise de Bercy en décembre^ par GinuiBiiSTy et aussi pour cette gorae si sauvage de Wintzer-Schiarh' ton, Mr RuwAssBN.

— Mous n'allons pas oublier, f aime à le crcHre, ces Jolis ânes, de de Haas. Sont-ils tranquilles 7 Ces bonnes bètes attendent la mareOf qu'appcortent les voiles signalées à rhorizon, et qu'ils doivent transporter à la ville prochaine.

C'est li de la peinture excellente.

SUITE DE LA PEINTURE

Une lettre de Poncle Emile. — Les inconréiiieiitf dn lumbago. >— Trop de zèle ! — * M"« Zélie Jacquemart — Vues de France et d'Orient^Les homonymes.— Saint Bruno.— If M. Laurens et Jacquand. — Le Bagage de Croquemitaine. — MM. Kuwasseg, Jadin, Le Blant. — La mort de Miche Le Pelletier. — MM. Lepic, Lafoulhou8e,Lambinet, Lhermitte, Gamier.— Le loy s'amuse. — Othello. — Une Colombineet une Vestale. —Les quatre Leroux. — M. Legendre.— Le golfe de Naples.

Mon cher Nestor^

Je n'ai pas de chance!

Avec une exactitude anormale, j'ëtaig, ce matin, à l'heure indiquée, au rendez«vx)us que tu m'avais assigné. Je t'attendais pour entrer en ta compagnie au Salon de 1874»

quand un télégramme m'a appris qu'à ton tour, tu étais victime du lumbago, et contraint par cette impitoyable affection de me laisser aller tout seul au Salon.

Je sympathise d'autant plus avec tes dou<^ leurs, que je les ai éprouvées, comme je te

le disais dans ma lettre du 8 mai. Que veuxtu? rhomme n'est pas de bronze ; on ne saurait touîours dire de lui : Illi robur et ass triplex. Depuis que tu^ as entrepris l3 oompte-renou de FËxposition . ta préoccupation presque imique est aarpenter les vastes salles du Palais de l'Industrie. On t'y rencontre à neuf heures, à midi, et tu es du nombre des visiteurs que les gardiens ne font déguerpir qu'en leur criant d'une voix dont le diapason monte en raison de leur impatience : On ferme t ou en disant d'un ton conciliant : AiUmSy messieurs y nous vous enprionst...

. Quelle coffre résisterait à de telles pérégrinations quotidiennes, cent fois plus pénibles que les promenades des pèlerins de Lourdes et de la Salette ? Comment n'éprouverait-on pas de fatigue, surtout avec une continuelle tension d'esprit qui réagit nécessairement sur le physique?

Résigne-toi à des sounrances que tu as dû prévoir j prends un peu de repos, et la crise sera bientôt passée.

Avec l'espoir de t'avoir bientôt pour compagnon de route, j'entre seul dans la saUe n® 15, et je me trouve tout d'abord devant lesporbraits de M^^.® Zélie Jacquemart, signalés par toi dans ton feuilleton du 1^' mai. Que tes éloges étaient fondés I

Que de dignité, de noble fierté dans la figure de l'homme en habit de velours noir I Que de séduction dans celle de la femme en robe de satin rou^e ! Suivant ta reconamandation pour admu'er ces deux types, j'ai eu

soin de m'isoler autant que possible des toiles contîguës> et notamment de celle M.

K.£MMBRER,la Plcige de ScheveningueÇ^KYS'- Ba3)> si digne de concentrer l'attention!

Avecquelle gaieté railleuse la foule barriolëe et pimpante , qui prend ses ébats sur la grève, défie les ardeurs de l'été I Avec quels délices elle aspire l'air salubre et frais de la mer ! Belles dames, jeimes gens, bambins, fillettes, sont en pleine lumière ; et rien ne papillotte dans cette composition où, malgré l'absence de tons vigoureux, les plans sont régulièrement échelonnés.

M. Lapostolet a exposé deux paysages d'un ton plus gris : une vue du quai du Polletj à Dieppe, et V Avenue des Temesy mais ce sont ae vraies reproductions phothogra* phiques. Avec leurs brumeuses couleurs contraste la clarté orientale des vues que M. Jules- Joseph-Auguste Laubens est allé prendre à Tauris en Perse, et sur les bords du détroit des E^danelles.

J'ouvre une parenthèse pour te prier de m'excuser si, aux noms des artistes, je

I'oins parfois leurs prénoms. J'y suis forcé I 1 y a tant d'homonymes ; les Laurens, par exemple, ne sont pas moins de quatre : M"' Pauline Laurens, oui a exposé une petite étudepov^6ZZa;M. Laurens, ci-dessus désigné; M. Nicolas-Auguste Laurens, auteur d'une étude intitulée Naïs ; enfin, M.

Jean Paul Laurens^ qui a exécuté, sur une commande de la prélecture de la Seine, un Saint Brunoy refusant les offrandes de Roger , comte de Caiabre. C'était un sujet qu'a-

vait omis Enstadie Lesueur, dans sa série de vingt-six tableaux, oonsac^ 4 l'histoire du fondateur de Pordre des Chartreux. De France» saint Bruno s'en fut en Italie, où le pape Urbain II lui offirit toutes les dignités ecclésiastiques, et où RMer, comte de Sicile et conouérant de la Galatbre-Ultérieure, voulut comribuer par des présents 4 la fondation de la chartreuse de Squillado. Saint Bruno refusa tout : la pauvreté, l'abstinence, la prière, la macération, qu'il avait imposées i ses ascètes, lui imposaient à lui-même l'obligation de repousser les dons de tous les sei- Seurs qui sollicitaient son intervention 08 les affidres mondaines* L'indignation avec laquelle saint Bruno rejette les offires du ^nd comte Roger I^ a été traduite avec intelligence par M. Jean - Paul Lau-

RBNS.

Ton feuilleton du 8 mai m'indiquait, dans la salle n^ 15, le SacrUège^ de Glaudius Jac- QUAND, et le Bagage de uroquemitainef de M. LoBRiGHON. La comparution d'un pauvre diable d'hérétique devant le tribunal de l'Inquisition, est à la hauteur des tableaux de l'artiste auquel on doit le Viatique^ Tho* mas Morusy ïAnge de Paix y Vin pace^ Charles P^ et ses enfants^ le DtùU de haute et basse /usticej et tant d'autres toiles réparties dUuQS les musées du Luxembourg, de Vei^illes, de Lyon, de Rotterdam, de Hambourg, etc.

Quant au Bagage de Croquemitainej il m'a entraîné à dé longues et malheureusement stériles recherches. M. Lobrichonnous

montre là miatre marmots éorouës dftos ime hotte, tremblant de peur à l'idëe que On>-

Suemitaine va venir les emporter. Auprès 'eux est une petite fille non moins inquiète que ses c^moarades, quoiqu'elle ne partage pas leur captivité. Le faroudie Croquemi«taine est à la cantonade ; mais, comme dit Tacite : Eo magia conspicuus quod non vîdetur. En voyant cette composition amusante et fantastique, je me suis demandé :

Qu'est-ce que Groquemiitaine? «Pai consulté les dictionnaires, qui m'ont dit que c'était un être imaginaire et terrible, oont on a coutume de menacer les en&nts; j'ai su par Littré gue son nom ne se trouvait pas dans les anciens lexiques, et pourrait bien avoir

Sour racine, dans sa seconde moitié, le mot amand met/ien (petite fille); mais à quelle époque, par quel auteur, l'âti^ imaginaire et terrible a-t-if été créé? Voilà ce que je n'ai pu découvrir.

Je quitte la salle n^ 15, après avoir admiré des Pêches et des Raisins de Krbtdbr, une Marine de Kuwasseo et les Chiens de Jadin^ le peintre ordinaire de la race canine. Me voilà dans la salle n^ 16, et face^ à £ace avec mon vieil antagoniste Louis Veuillot. Je n'ajouterai rien à ce que tu en as dit ; je craindrais de n'être pas assez impartial. Je suis attiré, d^ailleurs, par le drame qui se passe à côté, sur la toile de M. Julien le Blant.

Nous sommes le 20 janvier 1793, au padais ci-devant Royal, au restaurant Février.

Michel-Louis Le Pelletier de Saint^Fargeau, membre de la Convention, aobève un mo«

destd âlD6r» lorsqu'un honune annë s^avanœ vers lui, eu lui disant :

— N'es-tu pas Le Pelletier?

— Oui.

— Ancien président à mortier au Parlement de Paris?

— Sans doute.

— N'as-ttt pas voté la mort du roi ?

— Oui, avec douleur, mais selon ma conscienoe.

— Eh bien 1 reçois ta récompense 1

Et d'un coup de sabre, il lui ouvre les entrailles.

L'assassin était Paris, ancien garde du corps du comte d'Artois et mrde constitutionnel de Louis XVL Apres son erime, il sortit si précipitamment du restaurant, qu'il se déroba aux. poursuites. On ne le découvrit que quelques jours plus tard, dans une auberge de Forges-les-Eaux, et au moment où on allait l'arrêter, il se brûla la cervelle.

Je reviens à des sujets plus récréatif.

Voici des branches d'aubépine, d'amandier, de pêcher en fleur, sur lesquelles voltigent gsaement petits oiseaux, papillons et scarabées. C'est le Printemps y de M. Lepic.

Dans une autre composition printanière, un^eau Dimanchey de M. Lafoulhousb, de

i'olies femmes, assises sur la terrasse de Belevue, contemplent le splendide panorama . qui se déroule à leurs pieds.

Avec M. ËBfiLE Lambinet, je revois la .Seine à Bougivaiy limpide et reflétant les , rayons d'un soleU d'été.

M. Lhermitte, qui a obtenu une médaille

de 2* dassoi nous transporte en pleine moisson.

Une médaille de 2* classe a été également décernée à M. Lecadre, pour son tableau intité VOffrandsy dans leouel une jeune fille, soutenue par une sorte de matrone et accompa^ée d'une servante, dépose sur Tautel de Mmerve une couronne de lauriers. Le dessin est pur; les lignes rappellent celles des vieilles toiles classiques ; mais pourquoi la jeune fille est-elle entièrement nue?

Je ne m'en plains pas ; mais étaler ainsi des formes séduisantes, voilà, ce me semble, un étrange moyen d'honorer la déesse de la sagesse et de aire preuve de chasteté.

En entrant dans la salle n^ 17, je trouve près de la porte Le Roy s^amusey dont l'agencement m indique un excellent élè\re de Gérôme. M. Jules Garnier a peint François I^' entre deux belles dames, au milieu de sa cour chatoyante et dorée, accompagné de son fou Triboulet , qui regarde d'un air sarcastique un grave magistrat, le seul personnage austère de la compagnie. Le noy «'omuse, pendant que, par ses ordres, les bûchers s allument pour les protestants.

Que d'artistes ont éte séduits par la scène n de l'acte V àVthello. M. Charles Loybux a rendu avec un profond sentiment la fureur jalouse du Maure gui contemf)le Desdémone endormie, avec l'intention bien arrêtée de l'étouffer, car il a jeté son épée en disant :

m not shed her blood, Nor 8car that whiter sldn of hers than gaow, And fliDûotli as monuxnontal alalMuitor*

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