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SALON

LA pf:inture

LE Salon de la Société des Artistes français compte, cette année, 1,733 toiles et 400 dessins. Ces toiles et dessins sont répartis dans quatre salles carrées et dans un certain nombre de galeries longues qui ont été substituées aux petites salles habituellement disposées au premier étage du Palais de l'Industrie. A l'extrémité de ce premier étage, du coté du Cours-la-Reine, une grande pièce a été réservée pour servir de lieu de repos. L'installation matérielle du Salon de la Société des Artistes français a ainsi subi quelques modifications. C'est un acheminement vers la réforme des expositions qui s'impose

à tout esprit soucieux de la bonne présentation des œuvres d'art.

A ce propos, je revoyais, ces jours-ci, les notes que j"ai recueillies depuis quelques années sur la question des Salons annuels. Je fais à ces notes quelques emprunts.

Avant que lorganisation des Salons annuels fût attribuée aux artistes, le gouvernement réunissait chaque année le Conseil supérieur des Beaux-Arts et le cf)nsultait sur le règlement à adopter en vue de l'organisation du Salon officiel.

En 1877, j'eus l'honneur de proposer d'élargir le cadre des expositions annuelles et de leur donner réellement 1 aspect de « Salons » en y espaçant les tableaux exposés et en ajoutant les objets d'art que l'on a coutume de qualifier fort improprement d'objets d'art industriel, et qui, dans leur conception originale, exigent souvent une dépense de talent semblable à celle que demandent les productions des Beaux-Arts.

Je repris devant le Conseil supérieur la défense d'une thèse que j'avais déjà soutenue dans une brochure publiée en 1862, à la suite de l'Exposition de Londres : « Les musées ne seront utiles, les expositions ne seront profitables, disais-je dans cette brochure, que le jour où on se décidera à ménager, entre les toiles, une distance qui permette de voir chacune d'elles sans distraction. Le cadre d'un tableau ne se termine pas à l'extrémité de l'étroite bordure de bois qui 1 étreint. Le tableau, quel qu'il soit, n'est jamais que la partie d'une décoration plus complète qui forme un tout; il faut donc réserver, autour de lui , un espace libre en harmonie avec sa nature. On enlève la composition religieuse de l'isolement du sanctuaire ; on arrache le portrait de son encadrement ; on retire la bergerie du boudoir, l'allégorie du plafond, le trophée du panneau, puis on accroche tout cela pêle-mêle. On réunit de la sorte beaucoup de tableaux. Ln met -on un seul sous son véritable jour ? Rarement, l-^t comment en serait-il autrement dans cette mêlée, à travers ce cliquetis de couleurs . où là comme partout les plus bruyants sont les mieux entendus.

« Il arrive souvent, écrivait Reynolds, ainsi que j'en ai été informé par le garde du \'atican, que ceux à qui il en faisait parcourir les galeries lui ont demandé, en sortant, à voir les ouvrages de Raphaël, ne pouvant se persuader qu'ils avaient passé par les salles où ils se trouvent, tant ces tableaux avaient fait peu d'impression sur eux. Je me rappelle fort bien que j'éprouvai moi-même ce désappointement, lors de ma première visite au Vatican. »

Un autre peintre anglais, Turner, était tellement convaincu de cette vérité, qu'il donna deux toiles à la Galerie nationale à la condition qu'elles seraient placées sur ses indications, et à .Manchester, pendant une exposition, il modifia l'etfet d'un de ses paysages que gênait le voisinage de 'Wilkie.

Il faut donc réserver autour des ceuvres exposées l'espace nécessaire, ce qui conduit à faire les expositions moins nombreuses et plus fréquentes, mais ce qui est de toute nécessité, sous peine de donner au terme « exposition » sa plus mauvaise acception, celle de » pilori ».

J ajoutais, au sujet de ce que l'on appelle les produits industriels, que pour être complète, une exposition doit être ouverte à à toutes les manifestations de l'art, sans exclusion aucune, que c'est d'ailleurs le seul moyen de reconstituer les ensembles décoratifs dont la notion tend à se perdre et dont l'ignorance nous a valu la m.inic de la collection , dédaigneuse de ce sentiment de l'harmonie qui est le trait caractéristique de l'esprit français.

• Je n'ai pas besoin de dire que la proposition que j'eus l'honneur de faire au Conseil des Beaux-.\rts de 1877 fnt repoussée à l'aide de ces arguments triomphants que nous puisons d'ordinaire dans un prétendu respect des traditions, qui n'est autre que l'attachement à la routine.

En 1880, après un Salon qui demeurera célèbre dans les annales des Salons annuels par son encombrement, le Conseil supérieur des Beaux-.A.rts fut appelé, selon la coutume, à délibérer sur le projet de règlement du Salon suivant. La discussion, présidée par M. Jules

Ferry, s'égara dans les considérations habituelles sur les bons et les mauvais Jurys. Je rappelai à ce propos que M. le marquis de Chennevières, lorsqu'il était directeur des Beaux- Arts, avait suggéré à un certain nombre d'artistes la pensée de se constituer en Société et d'organiser le Salon eux-mêmes. Et je fis valoir que si Ton adoptait le système du Salon libre, l'Ktat se déchargerait d'une responsabilité gênante. Dans son embarras à sortir d'une discussion inextricable, le Conseil se rallia à la conception que je venais d'indiquer. Une sous-commission fut nommée qui présenta au Conseil un rapport favorable au Salon libre. Et l'administration des Beaux- Arts, se rangeant à l'opinion qui avait prévalu dans le Conseil, invita les artistes à se constituer en Société, en leur promettant sa protection et les générosités de l'Etat.

On pouvait espérer que la Société des Artistes français adopterait, pour les expositions annuelles, une organisation matérielle meilleure. 11 n'en fut rien. Les Salons se succédèrent de 1880 à 1889 sans changer de physionomie.

En 1889, lorsque je fus chargé d'organiser les expositions des Beaux-Arts au Champ de Mars , je rêvai d'améliorer cette organisation. Mais la place faisait défaut et tout ce que je pus tenter fut de réunir les œuvres d'un même artiste afin que si l'une de ses œuvres avait à souffrir du voisinage de l'autre, l'artiste ne pût s'en prendre qu'à lui-même.

Ayant été d'ailleurs appelé à m'expliquer sur ce point dans la préface dont le Journal officiel a fait précéder le compte rendu des expositions des Beaux-Arts en 1889, je fis remarquer « que nous avons, au sujet de la séparation des dillérentes manifestations de l'art, des préjugés qui datent de la Révolution. A cette époque on s'est en effet trouvé dans la nécessité de prendre des mesures de conservation pour prévenir la perte ou la destruction des œ'uvies d art et on a constitué les musées tels qu ils sont organisés. Dans les expositions on a tout naturellement adopté la même ordonnance, sans s apercevoir que 1 on détruisait des ensembles qui doivent

garder leur unité. Le jour où 1 on voudra faire une exposition réellement intéressante, on laissera dans une même galerie le meuble à sa place, le tableau sur la paroi qui doit le recevoir et la statue dans le milieu qui lui appartient. Une telle disposition exigera de

larges espaces ; les architectes devront se prêter aux nécessités qu'ils méconnaissent. Mais leur œuvre sera mieux appréciée comme seront mieux jugées celles qu'ils auront mission de mettre en lumière. »

Il est certain que dans quelques années on aura peine à comprendre comment nous avons pu si longtemps accepter des expositions disposées comme nous les disposons depuis la fin du dernier siècle. La clarté de l'esprit français aidant, on ne tardera pas, j en ai la conviction, à ne plus reléguer dans des expositions particu-

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lières ce que l'cm appelle les produils de l'art industriel, à remettre tout en sa place, à son plan, et à présenter à l^eil du visiteur ce qui, étant de même ordre et de même parenté, doit être nécessairement associé.

Je viens de dire que des améliorations avaient été introduites dans rinstallation du Salon de la Société des Artistes français au Palais de l'Industrie. L'effort est modeste, mais il est louable, et. si grande que soit encore la mêlée des œuvres exposées, je vais m'efforcer d'y distinguer ce qui me paraît, après un premier et rapide examen, devoir être signalé.

L'art français s'est toujours distingué par une qualité maîtresse, le sentiment de la mesure, de la proportion, de ce que l'on pourrait appeler la notion du compréhensible. Il a subi, à plusieurs époques, des influences plus ou moins heureuses : au seizième siècle, l'influence italienne; plus tard, l'influence flamande, puis l'influence pseudo-grecque au dix-huitième siècle et pendant la première partie du dix-neuvième. Chaque fois il a ressaisi ses forces, retrouvé sa voie, repris sa marche.

A l'heure actuelle, il tend à se débarrasser du pastiche de l'antiquité et, après s'être retrempé dans la contemplation du " pavsage^, il se remet à étudier ce qui vit dans notre civilisation en laissant à l'écart la restitution des choses mortes.

Lorsque après avoir admiré les merveilles de l'art gothique, on constate, en elTet, que l'invasion du goût italien est venue arrêter en France le mouvement servi par les Lescot, les Bullant. les Delorme, les Michel Colomb, les Jean Cousin, les Clouet, les Léonard et les Courtois, on se sent pris d'une véritable tristesse, puis i]uand fin voit reparaître des hommes comme les Du Cerceau, les Desbrosses, quand, plus tard, surgit Nicolas Poussin avec (Haudc le Lorrain, (>all()t, on éprouve une admiration sans bornes pour la vitalité de notre art national que rien ne peut anéantir et qui, jusqu à (Gabriel, Louis, Watteau, i^oucher, Chartlin . Houdon, se dégageant à chaque pas du symbolisme et de l'afl'éterie. insciil des

noms ciimme ceux de Perraud, Mansart, Coustou. Coysevox, Puçet. l.atour et tant d'autres.

L'école française que nous avons montrée en i88q, au Champ de Mars, celle qui date de David, qui a madame Vigée, Boilly, Carle-\'ernet , Duplessis-Bertaut, Isabey, Hubert Robert, Prudhon, Gros, qui se continue dans Géricault, Delacroix, Ingres, dans Rude et Barye, qui va courir les champs avec Corot, Millet, Rousseau, Daubignv, qui fait un effort décoratif avec Deveria, Couture, Baudrv et Carpeaux , qui se militarise avec Raffet et Meissonier, qui s'éprend du moderne à la suite de Courbet, de Manet et de Bastien Lepage. cette école-là est digne des plus belles époques de l'art trançais. Elle est aussi vigoureuse, aussi ferme, peut-être plus ardente à la recherche du vrai qu'aucune de celles qui l'ont précédée. Elle poursuit aujourd hui sa route glorieuse avec des souvenirs, des regrets, mais surtout avec des espérances qui rattachent à sa fortune toutes les tentatives qui se font à 1 étranger, en Allemagne, en Italie, en Angleterre, dans les pays Scandinaves et jusque de lautre côté de 1 Atlantique.

Au point de vue de ce rayonnement, elle est particulièrement intéressante. Elle recueille d'ailleurs là le fruit de ses luttes. A la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, 1 école française a été en proie à des combats intérieurs tels, que les mêmes artistes ont sacrifié à deux tendances contradictoires, la recherche de là vérité et l'amour du pastiche. Le peintre David a été tour à tour épris de l'antique dans les Sabiiies et de la réalité dans le Sacre comme dans la plupart de ses portraits. Rude a été troublé au même degré que David et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui ceux qui persistent à se faire les desservants du passé et ceux qui s'attachent à honorer le présent peuvent se réclamer des mêmes ancêtres.

On se sent, au reste, prompt à sourire, lorsque l'on relit les dissertations de ces critiques d'art qui nous ont présenté M. Ingres. le dessinateur de cette merveilleuse série de portraits où il s'est fait le si fidèle observateur de la nature, comme un archéologue uni-

quement sensible aux séductions de 1 archéologie, lorsque Ion entend ces mêmes critiques lopposer à Delacroix, qui, sans se préoccuper de la torme et de la couleur, n'avait qu'une ambition, remuer des idées, les traduire et réaliser le tableau dans son effet brutal, décisif et foudroyant.

La puissance de ces deux hommes est égale, mais elle se manifeste par des procédés différents : l'un nous donne, par l'image de madame Devaucey. l'incomparable charme de la réalité enfermée dans une observation d'une irréprochable rigueur. L'autre fait pénétrer en nous la passion du sujet qu'il a voulu rendre, en employant tout, jusqu'à l'opposition des traits de son génie et des défaillances de son métier. Mais Ingres et Delacroix sont de la même famille, de cette grande famille française qui, dans sa loyale conviction, ne perd jamais de vue le but qu'elle veut atteindre.

Si je rappelle ici par quels moyens différents deux artistes de génie ont honoré l'école française, c'est pour marquer que, en matière d'art, c'est la volonté seule qui compte. Il est fort indifférent que des peintres, des sculpteurs ou des architectes dépensent beaucoup de science et beaucoup de talent à faire des œuvres appréciées de leurs contemporains, en se tenant dans des données plus ou moins banales qui plaisent à ceux-ci. S'ils n'ont pas pour unique pensée de creuser le sujet ou l'individu qu'ils ont à reproduire en se dégageant de toutes les préoccupations étrangères à leur art , ils ne sont pas, à proprement parler, des artistes. Ils font acte d'imitation et non pas acte de création. On ne trouve point dans la nature deux choses qui se ressemblent. (Chaque famille d'êtres comme cha(]ue disposition de sujet, comme chaque aspect de pavsage, a sa physionomie propre. L'homme vient qui s'ajoute à la nature et la traduit à l'aide de son sentiment personnel. (]'est le byzantinisme qui a imaginé lus statues dont ont change la tête en changeant leur état civil. .Mais ce jeu ne constitue qu'une facilité commerciale où 1 art n'a rien à voir. Le (Ihrist de Hcmlirandi n'est pas le même que le Christ de Delacroix. C^cst cependant toujouis le Clhrist. Et

îBAT DANS UN VILLA C-E

Barye faisant un lion ne fait pas un lion quelconque. 11 traduit celui qu il a sous les yeux avec toutes les particularités que lui offre son modèle.

Ce qui revient à dire que toute œuvre d"art qui ne porte pas l'empreinte d'une personnalité n'est pas une œuvre dart, et que toute personnalité qui ne s'impose pas la recherche constante de ce que la nature offre de constamment différent, s'affaiblit et finit par disparaître.

Dans le Salon des Artistes français, la peinture décorative ou, pour mieux dire, les tableaux destinés à la décoration d'édifices publics sont en petit nombre. Sur le palier de l'escalier qui donne accès dans les salles du premier étage, « un plafond « de M. Gabriel Ferrier, mentionné au livret sous ce titre : Plafond pour l'ambassade de France à Berlin. Glorification des Arts. J'ignore quel est le ministre qui a fait cette commande à M. Gabriel Ferrier, et quel est aussi le ministre qui, après cette commande faite, en a approuvé l'esquisse. Mais l'art français jouit, dans le monde entier, d'un crédit auquel je faisais allusion tout à l'heure, et ce crédit est tel que le devoir du gouvernement était de placer dans la maison française de Berlin une œuvre française et non pas une traduction malheureuse des compositions de Tiepolo. Les Allemands possèdent à la « Résidence « de Wi^irtzbourg

A (jUlLLUU Z^iiS*2^if

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une des plus étonnantes conceptions du peintre vénitien et ils seront certainement fort surpris de voir que Toriq-inalité de lart français au dix-neuvième siècle a consisté à s'inspirer de ces chefs-d'œuvre et non pas à donner sa marque personnelle.

Dans le grand salon carré, le panneau qui fait face à l'entrée est pour la plus grande partie occupé par la décoration commandée à M. Jean -Paul Laurens pour l'Hôtel de Ville, La Voûte d'acier^ épisode de la journée du i- Juillet i-jSg. Quelle admirable page que ce récit de la journée du 17 juillet 1789, dans les mémoires de Bailly. Ce n'est pas encore la journée de Boissy d'Anglas, si merveilleusement décrite par Delacroix, ni les drames de la guerre d'Espagne reproduits par Goya au musée de Madrid. Cela se rapproche de l'effarement du Prim de Regnault, dans sa triomphante popularité.

Louis XVI est depuis la barrière escorté par un peuple qui veut le mettre à la tête de la Révolution. Depuis le 12, ce peuple est en armes. Une femme est tuée sur la place Louis XV, à côté du carrosse du roi. La foule proteste contre ce coup de feu d'un maladroit ou d'un précurseur. On arrive à l'Hôtel de \'ille. C'est l'ordre dans le désordre, comme dira plus tard Caussidière. Le roi monte l'escalier, s'engage dans l'Hôtel de Ville. C'est là que la voûte d'acier est formée. Le bruit est formidable, les cris assourdissants. Le roi se sent pris de crainte, dit Bailly.

M. Jean -Paul Laurens a calmé la scène. Il lui a donné une ordonnance officielle qui nous éloigne de l'histoire. Jamais d'ailleurs les qualités propres au talent de M. Jean-Paul Laurens ne se sont mieux manifestées que dans cette vaste composition.

Je ne crois pas que le tableau de M. Rochegrosse, Là fin de Babylonc, soit destiné à une décoration préconçue. Ce tableau peut cependant figurer parmi les toiles d'ordre décoratif. M. Rochegrosse a dépensé là beaucoup du talent que l'on peut acquérir à la suite de longues études poussées dans un certain sens. Il y a des morceaux peints avec une rare habileté et des reconstitutions qui témoi-

gnent d'une science archéologique profonde. Mais on cherche en vain, au miUeu de l'abondance de détails, tous presque également soulio-nés, l'idée qui a pu déterminer M. Rochegrosse à entreprendre la description de la scène qu'il a voulu représenter. Et l'on en est réduit, sans être impressionné par le drame, à parcourir cette composition comme on feuillette un recueil de morceaux de littérature choisis.

Le plafond que M. Raphaël Colin a peint pour l'Odéon est d'une grâce charmante. 11 manque peut-être d'accent. La peinture décorative a des brutalités nécessaires ou, à défaut de brutalités, des simplicités de facture absolument indispensables.

Quand je parle de brutalités, je ne vais pas jusqu'à approuver les violences de coloration de M. Rouffet dans la Fin de l'Epopée. M. Rouffet a du reste décrit la chute dans le ravin de "Waterloo, avec une furie plus apparente que réelle. On sent que le peintre est encore très attaché aux formules tout en ayant le désir visible de s'en débarrasser. Quand M. Rouffet aura conquis sa liberté, l'art français pourra trouver en lui un vaillant serviteur.

.1 ehaciin sa Chimère, de M. Henri Martin, me plaît beaucoup. Il y a deux ans, M. Henri Martin exposait une grande composition : La Fédération. L'année dernière, il envoyait au Palais de l'Industrie une non moins grande toile : VEntrée du Président de la République à Agen. De l'une à l'autre, le progrès était sensible, M. Henri Martin se montrait de plus en plus maître de la manière qu'il a adoptée et qui consiste dans la recherche de l'harmonie par la simplicité, simplicité dans la composition, dans le modelé des figures, dans la tonalité générale. L'œuvre de cette année est d'une véritable puissance. Il n'est pas jusqu'à la monotonie de la peinture qui ne donne à rensemblc de son tableau un attrait particulier. On pourra reprocher à AL Henri Akirtin le parti pris d'émacier ses figures, d'atténuer les oppositions et de ramener toutes les valeurs à une même gamme. Mais ce sera constamment la manie de la critique de procéder par comparaison et de condamner dans toute œuvre ce qui constitue précisément sa note originale. J'en-

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gage M. Henri Martin à ne pas se laisser troubler par de tels commentaires et à persévérer dans la voie où il est entré.

M. Bramtot a tenté, dans une décoration pour mairie qui a pour titre le Siijfrage universel, un effort dans le sens naturaliste, avec un réel désir d'être fidèle à la chose vue, mais M. Bramtot ne nous donne que l'ossature du réel sans l'enveloppe qui en fait le charme et le mouvement de l'atmosphère qui en complète la séduction.

Les portraits sont nombreux au Palais de l'Industrie. Celui du Cardinal Bcrnadoii, archevêque de Sens, par M. Elie Delaunay, est des plus remarquables. Tout y est traité avec une maîtrise qui place M. Delaunay au premier rang des artistes de ce temps. Le dernier portrait de Chaplin est une peinture exquise. Je suis allé voir, ces jours-ci, rue Visconti, chez Haro, l'exposition de ce que l'on appelle « l'atelier de Chaplin «, c'est-à-dire des toiles que l'artiste a laissées dans son atelier. C'est toujours une grande joie de voir l'œuvre d'un homme qui est bien lui et dont tout est à lui. M. Bonnat expose l'un des meilleurs portraits qu'il ait faits ; mais sa figure se détache toujours, hélas 1 sur une tôle rougie, ce qui pourra faire croire à nos arrière-petits-neveux que dans cette fin de siècle la pose était l'une des formes du supplice. M. Raphaël Colin a un beau portrait de femme franchement et librement peint. M. Cormon aurait donné une image irréprochable de M. (jérome s'il avait voulu concentrer l'intérêt sur la tète de son modèle sans distraire l'attention par une abondance de détails fort bien traités d'ailleurs. Le portrait de sa famille révèle chez AL Doucet une volonté d'observation dont il convient de le louer d'autant plus qu'il se laissait entraîner depuis quelques années par la grande facilité d'une facture aimable mais vraiment trop dédaigneuse de la vérité. M. Humbert nous fait chaque année quelque surprise en adoptant une nouvelle manière. Cette année, la surprise est agréable. M. .Iules I,efebvre avait exposé l'année dernière un portrait de jeune homme tout à fait remarquable, (^elui qu'il envoie aujourd'hui est moins séduisant, le

modèle prêtant moins au bel arrangement de la ligne. En revanche, madame Machard possède la ligne; M. Machard en fait son profit. Le portrait de M. F'ournier vaut les précédents. Ceux de M. Chartran auront grand succès. M. Albert Lambert donne un bon portrait de M. Marais de la Comédie-Fracaise, et M. George Smith est fort

bien campé à cheval par M. Guthrie de Renfrewshire. ^L Fantin- Latour n"a pas de portrait au Salon du Palais de l'Industrie. Il est représenté par deux compositions : la Danse et la Tentation de saint Antoine, qui rappellent ses beaux dessins rehaussés de pastel qu'il a envoyés dans quelques-unes des expositions précédentes. iMM. Giacomotti, Montchablon, Popelin, Toudouze, Schommer et Layraud, qui sont tous des prix de Rome, ont des portraits. Le vieux Jean Gigoux est encore plein de jeunesse dans la reproduction quelque peu hésitante des figures exsangues de ALM. Jules Simon et Bonnat. M. Duvent

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a été très heureux dans son portrait de Jean C.oquelin, et M. Lemeunier a fait un Détaille très g'alamment campe en haut d'une échelle. On remarquera les portraits de MM. Gomez, Lccomte-du- Nouy, Aman Jean, très en progrès; Lattard, Gœpp-Guyon. Le portrait de la comtesse **% de M. Franzini d'Issoncourt, est l'un des beaux portraits du Salon. M. Duffaud a été non moins bien impressionné. Il faut encore signaler M. Guirand de Scevola, mademoiselle Mélanie Besson. M. Benjamin-Constant, M. Flameng, M. Conierre, M. de Saint-Pierre exposent des portraits qui retiendront l'attention du public. M. Allègre, de Marseille, qui envoyait chaque année à Paris des marines, donne cette année un grand portrait de femme et une étude d'après M. Paul Gonzalès, cette dernière dans de plus petites proportions. Mademoiselle Abbema demeure Hdèle à un genre qui lui a valu les meilleurs succès. J'aime beaucoup le vieil alchimiste de M. F'ranck Bail. Peut-être est-ce parce que j'ai une vive sympathie pour son modèle, cet excellent Geoffroy Dechaume, un sculpteur des vieux âges, mais qui demeure toujours jeune et qui est mon collaborateur actif dans ce musée du Trocadéro qui a toutes mes prédilections. Il serait injuste d'oublier M. Buland, madame Brouardel, qui se plaît aux distractions de la peinture, pendant que son mari vient à la Chambre nous apporter l'appui de sa haute autorité, ou va au Palais suggestionné par le docteur Liégeois. M. Tanoux, de Marseille, avait dans mon collègue M. Peytral, un modèle dont il a tiré bon parti, et M. Lix nous donne de M. le sénateur Maze une image fidèle, pendant que M. Franzini d'Issoncourt, dont je viens de signaler le beau portrait de femme, reproduit à merveille M. le docteur Desprès qui, cette fois je l'espère, pardonnera à un laïque d'avoir fait une bonne œuvre. Le Portrait cic ma mère, de M. Paul- Albert Laurens, est une étude vigoureuse et de belle attitude. Si M. Crochepierre voulait se faire une spécialité de portraits de vieilles femmes, il aurait un grand crédit. Peut-être, cependant, n'aurait il pas une nombreuse clientèle, car il creuse une ride avec des scrupules de micrographe. M. Sully-Prudiiommc. de

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TAcadémie française, s"est fait, je ne dirai pas immortaliser — il est déjà immortel — mais reproduire par M. Georges-Sauvage. M. Constans a confié les traits du ministre de l'intérieur à M. Adolphe Yvon. Mademoiselle Eames, de l'Opéra, s'est adressée à M. Julian Story, son compatriote. M. Paul Mounet. de la Comédie-Française, à M. de Laubadère. M. de Munkacsy nous donne un portrait disposé dans le goût de celui qu'il exposait l'année dernière. M. Calbet -a envoyé un curieux portrait de M. Falguières. Madame Cœtfier un portrait très ressemblant de M. Lamoureux. Au cours d'une première visite au Salon du Palais de l'industrie, je n'ai pu noter tous les portraits habilement peints. Ils sont en grand nombre. Je reviendrai sur cet intéressant sujet.

Le paysage est brillamment représenté au Palais de l'Industrie. A côté des envois toujours très applaudis de M. Harpignies, de M. Français, de M. Pelouze, de M. Auguin, de M. Fuigi Loir, de M. Bernier, de M. Busson, de M. Guillemet, de M. Gagliardini, de M. de Curzon , il faut signaler M. Le Liepvre, qui expose deux toiles d'un effet décoratif puissant, M. Paulin Bertrand, M. Eugène Giraud. de Marseille. Les Trembles en aulom)ie, de ce dernier, et Sous les pins, du premier, sont de belle et simple observation. M. Emile Isembart, M. Edmond Yon, M. Yarz, M. Alexandre Nozal, M. Quignon, retrouveront leurs succès des années précédentes.

La nature morte a ses serviteurs habituels : Monginot qui est un maître; Bail, qui accommode la pomme de terre à merveille; Fouace et beaucoup d'autres. Puis les amants des tleurs : Jeannin, Quost. M. Mérite adore les bêtes : le Combat de sangliers servirait de thème à une tapisserie amusante. C'était la coutume au début de ce siècle de qualifier de « tableau de genre » ce que l'on n'appelait point « tableau d'histoire ». Dans la pensée de nos ancêtres, la peinture d'histoire devait se complaire à la reproduction d'une scène historique dans un cadre de vaste proportion, et tout ce qui n'avait pas un certain métrage de convention rentrait dans ce que

les magasins de nouveautés pourraient intituler le « rayon du genre ».

l.' Hospice des vieil lards, de mademoiselle Marie Heyermans, est-il un tableau de genre? Je serais fort en peine de le cataloguer à ce point de vue. Ce que je constate, cest que l'effet général en est bon, et qu'il serait meilleur si la figure du premier plan et celle du second ne venaient rompre l'harmonie de la vue de cette salle d'hospice bien vue, bien étudiée, bien rendue.

L,' Enterrement à bord, de M. Frank Brangwyn, est une œuvre vraiment forte par la puissance de l'impression, par la sobriété de la facture, par l'intérêt de la scène.

M. Dessar est l'américain qui a fait à Etaples un tableau exquis.

M. Bosch-Reitz est un artiste du plus grand avenir. Le Soir de la vie a des parties de premier ordre, et dans le Fumeur, les mains sont indiquées avec une véritable maîtrise.

Voilà trois étrangers qui témoignent, avec bien d'autres, de la salutaire influence que le mouvement français exerce sur les arts.

Parmi les Français, si j'ai eu à regretter que M. Ferrier transportât à Berlin une traduction affaiblie de l'art vénitien, je rencontre nombre d'artistes qui se font honneur de demeurer personnels.

Il faut citer parmi ceux-là, sous réserve d'un examen plus complet de leurs œuvres , M. Ernest Bordes qui expose le Laminoir ; M. Bompard avec deux vues de l'Oued Chetma ; M. Buland , Conseil municipal et commission de Pierrelaye ; M. Charpentier, Le retour; M. Chigot, Perdus au large; M. Max Claude, Promenade; M. Dantan, Une restauration; M. Debat-l^onsan, Les jeunes bœufs; M. et madame Demont- Breton , Les marguerites et Le Messie; M. Flameng, Baptême dans la Basse-Alsace ; M. Paul- Hippolytc l'iandrin, la Conversion de saint Eustache; M. Gervais, les saintes Maries ; M. (JabricI (ùiay, La mort du chêne ; M. Lagarde, Jeanne d'Arc ; M. Jacqucsson de la Chevreusc, Devant son miroir ; M. Kowalsky, le Printemps; M. Laurent -Desrousseaux, Chei les

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