THÉÂTRE DU VAUDEVILLE
sœurs; M. Julien Leblant, le Graiid-pùre ; M. Le Sidaner, la Bénédiction de la mer; M. Moreau de Tours, la Mort de Vaneau ; MM. Boutign}' et Grolleron, sujets militaires; M. Normann, avec ses Vues de Xonpùge; M. Sautai, le Cloître ; M. Sinibaldi, Manon Lescaut: M. Tattegrain, Vérotières au petit jour; M. Tenré, M. Thévenot. M. \'ollon, qui est un orfèvre de la grande famille.
Les organisateurs du Palais de l'Industrie ont eu la bonne idée de placer la gravure mieux que les années précédentes. La gravure fait depuis quelque temps des efforts pour que Ton parle d'elle et que Ion s'intéresse à sa fortune. Les graveurs qui s'intitulent burinistes, et qui ajoutent cependant à l'emploi du burin des procédés empruntés à la méthode des aquafortistes, ont fait une exposition récente au Cercle de la Librairie. Les aquafortistes ont ouvert de leur côté une exposition dans les galeries de Durand Ruet, rue Latitte. Ces deux expositions ont été très visitées. Nous possédons aujourd'hui des artistes de premier ordre dans tous les genres de gravure, de même que nous avons, dans un ordre d'art beaucoup trop dédaigné par les pouvoirs publics, je veux parler des dessinateurs qui font des illustrations pour les livres et les revues, des producteurs hors ligne. Convient-il de donner aux uns et aux autres les encouragements que l'on donne à ceux qui cultivent les autres branches de l'art. Cela ne saurait faire doute. Il ne faudrait pas s'exposer, comme on l'a fait dans ces dernières années, à laisser disparaître un homme de génie comme Gaillard, et à le voir honoré ainsi qu'il Ta été récemment à Vienne sans avoir fait pour lui ce qu'il était du devoir de la France de faire.
Mais je m'empresse d'ajouter que si les organisateurs du Salon du Palais de l'Industrie ont réservé des salles bien aménagées à l'exposition des graveurs, ceux-ci n'en ont pas tiré le parti qu'ils en pouvaient tirer. Ils ont accumulé les cadres dans un espace restreint, au lieu de disposer, dans les milieux, des épines plus nombreuses qui eussent permis d'obtenir, sur les parois, l'isolement des épreuves. Il est vraiment très étrange que l'on ne puisse pas
SALON DE i8qi
s'accoutumer à profiter des bons exemples que nous offrent les musées étrangers.
J'en dirai tout autant de l'exposition des plans d'architectes. Quand donc se décidera-t-on à faire une exposition d'architecture qui intéresse le public ? Il suffirait pour cela de demander aux exposants des fragments exécutés et d'associer à ces fragments les parties décoratives qu'y pourraient joindre les peintres, les sculpteurs et ceux que l'on appelle les artistes industriels. La foule ne manquerait pas à une exposition ordonnée de la sorte et dût- on y consacrer la galerie des machines au Champ de Mars, on trouverait assurément un large bénéfice dans les entrées de ceux qui la visiteraient.
Il serait tout à fait banal de se livrer ici à une dissertation sur la supcricuitc de l'école de sculpture française. Mais ce que l'on ne saurait trop répéter, c'est que cette supériorité a été constante, c'est que depuis le xi'^ siècle la France a presque sans interruption produit des sculpteurs dont le génie a été très longtemps méconnu.
Lorsque, en 1879, j'ai proposé à la commission des monuments
historiques de former le musée de sculpture du Trocadéro et que Viollet-le-Duc mit sa haute compétence au service de cette idée que les \'itet, les Mérimée et lui-même avaient déjà caressée sans la pouvoir réaliser, j'avais dabord pour but de refaire . au profit des études contemporaines, l'histoire de notre art national dans une de ses plus glorieuses manifestations, et je me proposais en outre de montrer combien à toutes les époques l'exécution des détails s'était toujours pliée aux exigences de la conception de l'ensemble.
L'alliance étroite qui doit exister entre l'architecte, c'est-à-dire le maître d'oeuvre, et celui qui est chargé d'une partie de la décoration d'un édifice, dune place ou d'un jardin, a été observée par l'art français avec une fidélité qui a grandement contribué à consacrer sa puissance, et il faut arriver jusqu'à nos jours pour constater cette ère d'incohérence qui nous vaut de si étranges et de si inutiles productions en aussi grand nombre. Les cathédrales de Chartres, de Rouen, d'Auch, de Beauvais, d'Amiens, etc., montrent ce que cette alliance a enfanté de chefs-d'œuvre, et l'on ne sait qui l'on doit le plus admirer, quand on considère l'œuvre produite, tant l'auteur principal et ses collaborateurs sont demeurés unis dans cette magnifique élévation de la pensée française.
La sculpture française, comme la peinture française, a subi au xvi^ siècle l'influence italienne. Mais la résistance a été plus grande de la part des sculpteurs. Les maîtres de cet art ne se contentèrent pas de se tenir sur la défensive devant l'envahissement du mauvais goût italien. Ils prirent l'off^ensive. Ils allèrent jusqu'à Rome avec Jacques d'Angouléme combattre le bon combat, et si quelques-uns sacrifièrent à la passion mythologique , ce fut le petit nombre. Le mouvement qui se produit depuis quelques années, fera, dans la sculpture comme partout, lente mais sûre justice de cette contagion du pastiche qui, au commencement de ce siècle, a sévi avec une recrudescence nouvelle.
A l'heure actuelle, on est en plein désarroi. C'est, comme je
20 SALON DE *i89i
le disais tout à l'heure, l'ère de l'incohérence. Les sculpteurs qui font des envois chaque année dans les expositions, ne savent pas le plus souvent pourquoi ils font ces envois. Leurs compositions sont également propres à orner un musée, à décorer un jardin ou à prendre place dans un appartement. Ils cherchent à être récompensés, puis à vendre. Des jurys et des commissions sont chargés de leur donner cette double satisfaction ou tout au moins l'une ou l'autre de ces satisfactions. Les jurys mettent très sérieusement des petits papiers dans une urne, ils déplient gravement ces papiers et il résulte de ce dépouillement des votes un classement des mérites. Les commissions circulent avec non moins de sérieux, décident que telle oeuvre doit être achetée de préférence à telle autre, puis on met le tout dans un dépôt d'où l'on répartit dans les musées, sur les places publiques et dans les squares. C'est à cette dernière opération que nous devons de voir, dans le Jardin des Tuileries par exemple, des œuvres de sculpture disparates et disproportionnées, semées indifféremment sur des pelouses au gré des bureaux de telle ou telle administration. Le spectacle est grotesque, tellement grotesque que si l'on va à Versailles, on en revient séduit par l'harmonie de la décoration du parc et tout prêt à déclarer que notre époque est entachée de barbarie, alors qu'elle est tout simplement affligée du mal bureaucratique.
Lorsque 1 on a construit tout récemment l'Hôtel de Ville, l'architecte a pratiqué, sur la façade et sur les côtés, un certain nombre de niches destinées à recevoir des statues. Ces statues ont été commandées à tant le mètre et on les a juchées dans leurs niches sans se préoccuper de leur degré d'exécution, des nécessités du recul, des exigences de l'ensemble architectural. Les commissions avaient fonctionné.
Plus récemment on a eu l'ingénieuse pensée de mettre beaucoup de sculpture dans le Panthéon après y avoir mis beaucoup de peinture, en s'adressant à beaucoup de sculpteurs comme on s'était adressé à beaucoup de peintres, et l'on a été tout surpris
de constater, après une exhibition de maquettes, que les sculptures ne s'accordaient pas plus que les peintures. Et alors on a demandé à celui-ci de faire plus grand et à celui-là de faire plus petit.
Il serait cependant très simple de mettre un terme à cet état de choses. Il suffirait que TEtat, que les villes fissent comme les particuliers, qu'ils indiquassent leur volonté de poursuivre telle ou telle décoration. Il se créerait immédiatement une collaboration entre les architectes et les sculpteurs, et l'on verrait chaque année dans les expositions non plus la statue à .tout faire, mais l'œuvre d'art préoccupée de sa destination.
Veut-on un exemple de ce que pourrait être l'encouragement dans de telles conditions : Nous avons pris à tâche de réunir dans le Louvre les chefs-d'œuvre de l'art français. Quoi de plus naturel que de placer dans les jardins qui entourent le Louvre, depuis ceux de la rue de Rivoli jusqu'à celui du Carrousel en passant par les jardins de la Colonnade et le jardin de l'Infante, des monuments élevés à ceux qui ont honoré cet art ? Pourquoi ne pas entreprendre une belle décoration, et cela sans hâte, en laissant se produire dans les expositions annuelles les projets qui pourraient contribuer à la commencer, à la continuer, à la compléter ? Ce que je dis du Louvre peut se dire de tout autre point de Paris, du Bois de Boulogne ou de celui de Vincennes.
Si lentes que puissent être des opérations de ce genre, elles seraient préférables à ce système qui consiste à faire des commandes sans mettre d'accord ceux qui les ont reçues ou à jeter au hasard, sur les pelouses de nos jardins, des statues qui sont souvent fort étonnées de s'y voir, n'ayant jamais entrevu que la bonne fortune qui les pouvait placer en réductions sur la pendule d'un petit ménage. Je recommande d'ailleurs à ceux qui auraient besoin d'être édifiés sur l'influence des bureaux dans les arts de se promener dans les couloirs de l'Opéra où l'on a déversé une série de bustes. Il y en a qui ont de grosses têtes, d'autres de plus menues. C'est comme un de ces jeux de massacre que l'on voit à la foire de
Neuilly, et j'ajoute que quelque-unes de ces œuvres d'art sont d'une conception aussi pure que les bonshommes sur lesquels les forains vous invitent à vous exercer avec des balles élastiques. Mais c'est là un sujet sur lequel je reviendrai. Je reprends mon examen du Salon des Champs-Elysées.
Dans la section de sculpture il faut noter : la Princesse de Galles,
A CRZSSWELL /mput^cnc^ ai'I^L^nilA-
du regretté M. (]hapu, et sa statue du Cardinal de Donnechose, la Diane, de Falguière, et son buste de AI. Paul Dubois, En pénitence, groupe en marbre commandé à M. Mercié par M. R r, et
la Toilette de Diane, statuette, un Mozart enfant, de IVl. Rarrias, que l'artiste n'avait donné qu'en bronze, et qu'il vient d'exécuter en marbre, pour M. Cari Jacobsen, de Copenhague, V Alsace et la Lorraine se réfugiant au pied de l'autel de la Patrie, de