‹ Le Salon de 1891Chapitre 10 sur 16 · LE PAPILLON · texte numérisé non relu

LE PAPILLON

Si pour tous travaux d'art le concours était la règle absolue, immuable, tout le monde serait bien tenu d'en risquer l'épreuve. Mais ceux-là seraient en réalité bien na'ifs qui s'exposeraient à être vaincus quand, par ailleurs, ils peuvent recueillir la victoire sans les dangers de la lutte.

Il n'est donc pas exagéré de prétendre que, à côté d'un enseignement défectueux, incomplet ou préjudiciable aux véritables intérêts de l'art, on a des mœurs, en ce qui touche l'encouragement à la production artistique, qui sont déplorables.

J'ai parlé plus haut du troisième terme qui est la conservation. Car on ne peut concevoir dans une administration des arts que ces trois ternies : enseignement, encouragement, conservation. Eh bien là on retrouve au suprême degré les mœurs favorables aux dénis de justice.

La feuille des bénéfices demeure toute grande ouverte, et ouverte à qui? à ceux qui ont subi des concours, non pas des concours publics, mais des concours préalables dans l'intérieur des maisons d'éducation de l'Etat. Ces concours ne les ont souvent pas préparés à la mission que l'Etat leur confie, mais il importe peu. C'est ainsi que des architectes sont chargés de conserver, de réparer, de restaurer des édifices dont ils n'aiment point le style, et tout naturellement ils les détruisent, ou quand l'occasion s'en présente ils leur substituent des bâtisses de leur goût. Très récemment, dans un grand établissement public, l'architecte, mis en possession de cet établissement, a greffé sur des bâtiments de style Louis XIII un bâtiment quelconque dont on serait fort en peine de définir l'étatcivil, mais qui lui a paru évidemment de beaucoup préférable au style qu'il avait le devoir de respecter. Et quand on signale ces faits à côté de bien d'autres , on vous dit : Prenez garde, si vous demandez que l'on change quelque chose dans l'administration des arts, vous serez responsable de la sécurité, du maintien même de cette administration.

Il faut laisser passer sans s'émouvoir ces étranges raisonnements, en gardant l'assurance que si dans notre pays le progrès est lent

à se réaliser, il se produit cependant par la force des choses. Si défectueuse en effet que puisse nous paraître notre organisation administrative des arts, les vertus propres à notre race trouvent toujours le moyen de se faire jour. Les persistants triomphent de toutes les résistances, et s'ils ne rencontrent pas la gloire de leur vivant, elle est assurée à leur oeuvre par le jugement de la postérité qui juge plus sainement les choses. Les expositions ont grandement aidé à faire rendre justice aux méconnus. Et cest pour ce motif que pour ma part j'en demeure partisan à la condition, comme je le disais au début, qu'on en améliore les installations et aussi que l'on renonce au système puéril des récompenses.

Page 1