CHAMPS-ELYSÉES
en croire, dans les journaux quotidiens, les critiques, la majeure partie du moins des critiques, le Salon de 1896 serait amorphe, aucune tendance nouvelle ne s’y manifesterait, et la seule caractéristique à y relever serait celle dont les Salons précédents furent marqués, une rare incohérence. Nous ne saurions nous associer à ce jugement.
11 n’y a pas lieu, toutefois, de s'étonner qu'il ait été porté. Les habitudes de travail hâtif, incomplet, que la nécessité de rendre compte des Salons avant leur ouverture a introduites dans les journaux quotidiens , y rendent toute critique sérieuse impossible. Au Champ de Mars, où les envois sont restreints, passe encore ; mais aux Champs-Elysées, où les peintures, les aquarelles, les pastels
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arrivent, cette année, au chiffre énorme de 3 , 1 66 numéros, où la sculpture en compte, avec la gravure en médailles, 793, où la gravure, l’architecture et les objets d'art montent jusqu'au chiffre d’un millier, comment admettre qu’en trois jours le plus laborieux et le mieux informé des critiques puisse se faire du Salon autre chose qu’une impression essentiellement en surface et, par suite, souvent fausse?
N’attachons donc aux appréciations formulées avant l’heure qu’une importance relative et, tout en tenant compte des jugements, généralement motivés, qu’on porte sur telle ou telle oeuvre dans le détail, ne nous en rapportons, pour l’impression d’ensemble, qu’à nous-mème.
Cette impression, nous la ressentons nettement favorable. S’il est vrai qu’au Salon du Champ de Mars, par exemple, la peinture française, représentée par des talents très divers mais sans aucun point de contact, atteste une décadence réelle, si nous n’y constatons, tout bien examiné, qu’une grande oeuvre, celle de M. Puvis de Chavannes, qu’un grand effort, celui de M. Dagnan-Bouveret dans La Cène , — il est non moins vrai qu’un clan de jeunes, avec MM. Cottet, Lucien Simon, René Ménard à sa tète, y affirme une vitalité singulière. En rupture complète avec la tradition inaugurée, depuis dix ans, par une peinture trop facile et qui a pris pour guide unique l’à peu près, ils se sont avisés que le dessin n’est pas quantité négligeable et que les beaux éclats de couleur ont leur prix.
Aux Champs-Elysées, le premier aspect n’est point favorable. Hors concours, artistes arrivés encombrent les cimaises, et ni les hors concours ni les artistes arrivés n’ont changé quoi que ce soit au programme qui leur a valu, jadis, les succès sur lesquels leur réputation s’est fondée. Regardez-y de plus près, l’aspect change. Audessus des grandes toiles banales, entre les morceaux prétentieux ou plats qui constituent l’apport des anciens, du grand nombre, veux-je dire, des anciens, vous trouverez de petits portraits sans fadeur soigneusement fouillés, de délicats intérieurs, des notes fermes dont le contraste, avec la peinture des années précédentes, est frappant. Ces envois de jeunes gens ignorés, que personne, au premier abord,