‹ Le salon de 1896Chapitre 2 sur 64 · HENNER · texte numérisé non relu

HENNER

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LA PEINTURE

ne remarque, mais qu'un attentif examen vous dévoile et dont l'accent personnel vous étonne, ont le même caractère, quand on les étudie, que les envois des jeunes au Champ de Mars. Ils révèlent un revirement non moins accentué, une tendance non moins marquée au sérieux. Ils contredisent, avec la dernière énergie, le jugement superficiel que les critiques de la première heure ont porté. Ils permettent

F. REYN AUD Une. disputa

enfin d'établir, avec l'autorité suffisante, un jugement précis, motivé. Ce jugement, dont les conclusions s'imposent, le voici:

La peinture anémique a vécu. Le système de décoloration appliqué, par une extension fâcheuse des principes dont la peinture monumentale s’inspire, à la peinture de chevalet, ne jouit plus que d'une popularité limitée. La jeunesse revient de toutes ses forces aux chaudes énergies de la couleur ; elle fuit les harmonies faciles obtenues par la réduction à leur minimum d’intensité de tous les tons ; elle

recherche les accords pleins et riches, les harmonies soutenues, les notes franches, et, à la faveur de ce mouvement, le dessin reprend sa puissance sur les âmes que l'impressionnisme avait momentanément déroutées. On ne se laisse plus entraîner, comme naguère, par une ardeur aveugle à saisir, au détriment de la forme, une clarté dansante de lumière, un luisant, un reflet, une tache crue. On étudie davantage les dessous, on précise les reliefs. Le retour à la conscience, en un mot, est la caractéristique marquée de ce Salon.

Et tandis que les jeunes, instruits par les déplorables exemples dont ils ont vu dans leurs aînés le spectacle, avertis par les faillites répétées qui en ont été le résultat et la leçon, s'astreignent à une éducation plus sérieuse, les hommes d'âge mettent une coquetterie charmante à se montrer, dans leur automne, aussi fermes, aussi éclatants de maîtrise qu'ils l'ont été aux heures triomphales du printemps. Bonnat, Humbert, Jules Lefebvre, Benjamin-Constant, Bouguereau, Henri Pille, dans une magnifique série de portraits, Jean-Paul Laurens, dans une impératrice byzantine et une jolie page, très serrée, où l’anecdote prend des allures d'histoire ; Henner, dans son Christ au linceul; Harpignies et Bernier , dans leurs grands paysages d’une exécution si solide, d'un sentiment si juste et d'une beauté si sévère de lignes, soutiennent la comparaison, sans faiblir, avec leurs meilleurs morceaux d'autrefois. Ils concourent, avec les Henri Martin, les Duvent, les Baschet, les Steck, les Buland, les Bourgonnier, les Barillot, les Besson, les Bonis, à une impression d'ensemble qui nous donne les plus rassurantes promesses pour l’avenir.

Voilà pour l’impression d'ensemble. Passons maintenant au détail.

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