L'ITALIE ET L'ESPAGNE
L'Italie ne nous a envoyé qu'un seul peintre, encore est-il Parisien d'habitudes, mais cet Italien n’est pas le premier venu ; ses portraits féminins sont connus pour l'originalité qui les assaisonne, pour le piment d'excentricité qui les relève ; il a nom Boldini. Dans l'art scabreux d'accentuer, par l’imprévu du mouvement, par l’inattendu, souvent risqué, de la pose, la grâce et le piquant de ses modèles, Boldini ne connaît point de rival. Egal à lui-même dans le portrait, pourtant affriolant, d’une exquise jeune femme brune dont le décolletage savant d'une robe rose souligne la richesse du corsage, il s’est surpassé dans le portrait de Madame M... L’harmonie des tons est charmante. Dans un salon Louis XVI d’un ton crème, Madame M..., vêtue d'une robe de soie grise retenue par des galons d'or à l'épaule, se tient debout dans une pose apprêtée qui fait ressortir à merveille sa souplesse, mais qui la déshabille étrangement.
L'Espagne est assidue à nos Salons annuels. On relève au catalogue du Champ de Mars une douzaine d'artistes d’origine ou de naissance espagnole. Deux d'entre eux, MM. de la Gandara et Rusinol, sont de beaux peintres, au meilleur sens du mot.
Le premier a débuté par des natures mortes où Ribot et Ribeira confondus mêlaient leurs influences. De petits portraits, tracés d'un crayon impalpable et dont l’exécution, très moelleuse, enveloppait le modèle de mystère, lui ont fait à Paris une réputation méritée. Le portrait peint l'a plus tard attiré; il y a fait des essais inégaux; il s'est mis, par ses envois de cette année, hors de pair. Une beauté blonde, élancée, d’une plénitude exquise de forme, d'une grâce un peu hautaine de visage, une beauté brune et de pâte fine, dont les