‹ Le salon de 1896Chapitre 44 sur 64 · G BETHUNE · texte numérisé non relu

G BETHUNE

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LA PEINTURE

traits ont grand caractère, lui ont servi, pour deux portraits en pied, de modèles. La première est vêtue de satin rose, la seconde de satin blanc.

Il a traduit avec autant d'élégance que de justesse la grâce voluptueuse, tempérée par un certain air de hauteur, de la blonde, la

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joliesse un peu nerveuse de la brune. L'influence de Whistler, qu'il a subie avec trop d'enthousiasme naguère, plane toujours sur son œuvre, mais il n'a emprunté à son maître, dans ces morceaux d'un art supérieur, que le style et certaines qualités d'enveloppe. Les mouvements, vraiment heureux, lui appartiennent, et l'exécution, avec ses trouvailles, est bien de lui. En résumé, excellents morceaux, d'une rare distinction d'arrangement, d'une distinction plus grande encore de couleurs.

M. Casas, dont nous avons apprécié l’autre année de jolis intérieurs blanc sur blanc,- s'est offert, cette année, une nouvelle fantaisie de blanc majeur. Il a représenté, vêtue de ses plus beaux atours pour courir à la « plaza de toros » , une belle fille des Espagnes au teint mat, et il a fait l’honneur à son châle de le portraiturer, sur son dos, dans ses dimensions naturelles. Le châle en vaut la peine.

M. Laureano Barrau a le goût de la peinture léchée, trop léchée. A force de soigner, dans ses toiles, l'exécution des figures, il l’alourdit, il la plombe, il détruit l'effet, qui pourrait être si heureux, du plein air. Sa Procession de la Fête-Dieu en Catalogne n'en est pas moins une toile méritoire, et qui intéresse par la recherche du type.

M. Rusinol a cherché quelque temps sa voie : il la tient. Sa série des Jardins arabes de Grenade est une rare et brillante réussite. On connaît, par la description enthousiaste qu’Alexandre Dumas, dans son voyage en Espagne, a tracée du Généralife, le décor exquis, fait à souhait pour le rêve, où M. Rusinol, à toutes les heures du jour, nous a menés : la sierra, dans les lointains, cuite et recuite, avec sa coiffure de neige ; tout auprès, la vieille maison des califes, avec ses murailles aveugles, que le temps a parées de toutes les grâces, avec ses eaux jaillissantes, ses bassins, ses frêles et sveltes colonnades ; le jardin lui-même, enfin, tout petit, mais un véritable lieu de délices, égayé de chants d’oiseaux, encombré de grenadiers, de lauriers, d'orangers, embaumé de mille parfums, et si ombreux avec ses portiques et ses dômes taillés dans la verdure épaisse des ifs. M. Rusinol en a rendu tout le charme avec une délicatesse finement nuancée, en harmonies discrètes, quoique nourries. Un bravo pour M. Rusinol.

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