‹ Le salon de 1896Chapitre 45 sur 64 · TRISTE AURORE · texte numérisé non relu

TRISTE AURORE

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LA PEINTURE

M. Baud-Bovy, le peintre des brouillards et des nuées sur les cimes alpestres.

M. Burnand, que nous avons vu épique, l'an passé, dans une Fuite du Téméraire un peu lourde, nous revient assagi, tempéré, avec des notes nouvelles que nous ne lui avons point connues jusqu'ici. Son Saint François d’ A s sis es en conversation, dans un frais paysage, avec un troupeau de moutons ; son Repos des chèvres , en forêt, dans une lumineuse clairière, font voir en lui un dessinateur spirituel et un luministe assez délicat.

M. Giron sait son métier de portraitiste ; il le prouve dans de petits morceaux bien enlevés, d'une touche précise et légère, et dans un portrait en pied de jeune femme, au teint rosé, vêtue de noir. Il en fait douter dans une cacophonie horrible de verts, qu'il intitule, Dieu seul sait pourquoi : Portrait décoratif.

Passons à M. Delachaux, qui peint des scènes familiales. Dans de sincères tableautins, extrêmement étudiés, d'une agréable lumière et d’un sentiment délicat, il donne la sensation d'un Chardin qui n’aurait point d'esprit dans le pinceau et qui se restreindrait à une fine bonhomie.

Mademoiselle Breslau n’appartient que par sa naissance à la Suisse : elle est Française par la légèreté avec laquelle elle interprète le pastel. Ni Perroneau, ni La Tour n’ont rien fait, au siècle dernier, de plus exquis que son portrait de jeune femme blonde, en robe bleue garnie au corsage de tulle blanc. La pose est d'une grâce abandonnée et modeste qui a je ne sais quoi de touchant. La couleur est une des harmonies les plus douces, les plus étofFées en même temps, qui se puissent voir. C'est la perfection même.

Les réussites abondent, d’ailleurs, à ce Salon, dans les toiles nombreuses qu'elle expose. Aux pastels encore, les portraits des enfants de M. Joseph Reinach et d'un petit bonhomme aux yeux éveillés dont les parents auront, comme dit ma concierge, du fil à retordre avec lui. Aux peintures, une grande page décorative, une Dormeuse adorable, des fleurs, une fillette en robe jaune repassant la

robe de sa poupée, d'énergiques portraits tenus avec soin dans des notes distinguées, un peu sourdes.

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