L’ANGLETERRE, LES ÉTATS-UNIS
L’école belge et quelques rares individualités mises à part, nous n’avons trouvé jusqu'ici, dans cette rapide revue, que des groupes séparés, sans cohésion et sans lien, sans apport artistique nouveau. Cet apport nouveau, l'Angleterre et les Etats-Unis en font montre. C'est d’outre -Atlantique et d'outre-Manche que nous menace un déplacement du centre artistique.
En parlant ainsi, ce n’est pas à M. Burne Jones que je pense. Il
n’a jamais été peintre. Dessinateur exquis, évocateur, avec un art consommé, de formes -anciennes rajeunies par un sincère enthousiasme, le représentant le plus qualifié aujourd’hui du préraphaélisme n’est dans l'évolution de l'art anglais qu’un phénomène accidentel, sans durée et sans portée possible. Son art est un art de lettré, qui ne recherche ni le mouvement ni la vie, qui ne comprend ni ne goûte la couleur, et qui ne prend d’accent — jugez-en par le portrait de femme qu'il expose — qu’une fois traduit en gravure. La notoriété dont il jouit, les hauts prix dont on paye ses tableaux font illusion sur son influence, mais il n’exerce en réalité d’influence que sur le grand public.
Détournés du préraphaélisme, les artistes, même des milieux académiques, se sont rués vers les joyeux effets de la couleur : ils n’en ont pas toujours compris le sens. Seule, la nouvelle école, celle qu’on appelle écossaise, en a le don : elle l’a instinctif, puissant, magistral.
Passons en revue, au Champ de Mars, le Siméon Slytite de Brangwyn, si chaud de tons, avec ses fonds montagneux dorés par les feux du couchant, si savoureux dans le modelé des figures, et d’une allure décorative si ample ; les trois portraits de Guthrie, si vivants, si fortement campés et si larges dans leur exécution inspirée de Velasquez et de Whistler ; les Lavery, où domine le souvenir de l’Espagne ; les Walton, plutôt inspirés des maîtres nationaux, Reynolds dans le portrait, Constable dans le paysage ; les Annie Ayrton, où la vigueur du ton se complique d’un brio d’exécution pris en France, — vous aurez la sensation d'une école organisée, d'un mouvement qui se propage avec violence et qui, peu à peu, s’étendant à la Grande-Bretagne tout entière, va renouer la forte tradition inaugurée avec un incomparable éclat par les maîtres de la précédente fin de siècle.
Aux Etats-Unis, mêmes efforts, mais procédant de nos maîtres à nous et dirigés dans un sens absolument moderne. Elevés par M. Carolus-Duran à l’école de l’indépendance absolue, les Sargent et quel-