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DAVID - NILLET
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LA PEINTURE
ques autres ont tiré de son enseignement des effets insoupçonnés jusque-là. Besnard leur a servi également ; il leur a ouvert le chemin des harmonies bruyantes, audacieuses. Ils ont pris enfin de Whistler le goût de l'enveloppe mystérieuse et un rythme nouveau dans le mouvement. Dans l’essor rapide qu'ils ont pris, nulle tradition ne les a gênés ; dans le développement de leur vision, nul atavisme ne les a empêchés d’exprimer ce qu’ils voyaient avec une intensité plus profonde et une originalité plus marquée que nous autres.
Voyez-les, ceux-là aussi, au Champ de Mars. Leur nombre s'accroît tous les jours et ils nous ménagent des surprises nouvelles tous les ans. Vous connaissiez, pour l’avoir vu des nôtres naguère, John Sargent : vous le retrouverez, avec un portrait de jeune Anglais d’une grâce mince et quasi féminine, en possession de moyens admirables, où l’origine pourtant de son talent et sa filiation avec nous demeurent écrites.
Il est dépassé en virtuosité par des jeunes qui s’appellent Douglas Robinson, Hopkinson, Humphreys Johnston. Il y a du premier des marines où les caprices de la vague sont saisis avec une habileté prestigieuse et fixés dans une pâte brillante, lumineuse, dont l’éclat égale les vagues mourantes de Harrisson et, par l’imprévu de la facture, les dépasse. Le même peintre excelle dans le paysage : son Coin de Seine à Vétheuil a des fonds d’une délicatesse sans pareille. Il excelle dans la figure également, et je ne vois rien de savoureux comme les épaules de femmes qu'il nous montre émergeant de corsages roses ou d'étoffes foncées japonaises, agrémentées de rubans d’un beau pourpre.
M. Hopkinson aime les harmonies whistlériennes ; il en a trouvé de délicieuses, et ses intérieurs d'un bleu pâle, garnis de coussins d'un jaune d'or, son buste de femme drapée de blanc regardant, à travers l’eau irisée d’un bocal, nager un poisson rouge, sont d'un métier raffiné guidé par l’œil le plus juste.
Ailleurs, un étonnant portrait de dame âgée vêtue de noir, avec des notes curieuses fournies par le luisant doux d’une fourrure, par
le revers en soie violette d’un manteau, est signé Humphreys Johnston. La tête, légèrement sacrifiée, pour rester dans l'harmonie voulue de l’ensemble, dépasse le canapé de bois doré et s'incorpore plutôt qu’elle ne s’en détache à un fond plutôt havane que vieil or. Et l'harmonie cherchée par l’artiste est complète ; ni la petite table en laque rouge surmontée d’une tasse de porcelaine, avec des roses thé tout auprès, ni le canapé tendu de moire verte, ne rompent le charme puissant que toutes ces notes, vibrantes ou veloutées, exercent par leur réunion sur notre œil. Le morceau est somptueux. Où en est l’équivalent parmi nous ?
Et je n'ai pas fini. Je n'ai parlé ni de M. Alexander, qui ne s’est rappelé à nous cette année que par une étude sans grande importance, mais en qui le Salon précédent avait révélé un virtuose étonnamment raffiné, ni de Mademoiselle Elisabeth Nourse, dont les intérieurs hollandais, peints dans une matière grasse et riche, nous intéressent à la fois par l’exactitude des effets de lumière et la pénétrante justesse du sentiment. Je n'ai pas nommé davantage M. Cari, auteur d'un délicieux morceau de nu, d'une jeune femme mirant dans une psyché son corps jeune que le miroir fidèle nous renvoie. J’ai omis M. Lockwood, dont le pinceau, chaque année plus souple, donne un accent si curieux aux physionomies qu’il retrace. Je n’ai pas dit enfin de Mademoiselle Beaux qu'elle dépasse, en rivalisant avec lui, notre Carolus Duran, que ses dons de couleur sont exquis et que la libre franchise de sa touche ne diminue en rien la scrupuleuse honnêteté de son dessin.