‹ Le salon de 1896Chapitre 50 sur 64 · VIEILLE MAISON DE BOUCHERIE A LUBECK · texte numérisé non relu

VIEILLE MAISON DE BOUCHERIE A LUBECK

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LA PEINTURE

la seule qui les ait inspirés. C’est une Cène, de M. Dagnan-Bouveret, et, pour une église des Basses-Pyrénées, un ensemble de M. Delance, divisé en quatre sujets différents, le Jardin des Oliviers , la Résurrection, Saint-Dominique recevant le Rosaire et la Purification. Peu de chose à dire de ces quatre compositions : l'artiste les a coulées dans le vieux moule que les Italiens de la Renaissance ont créé ; il n’a su ni les rajeunir, ni les faire vibrer d’émotion ; elles sont ternes, et, sans les notes d’un gris assez fin dont le peintre les a enveloppées, on hésiterait à les mentionner.

11 en est autrement de la Cène, quoique elle ait reçu de la critique, même des peintres, un accueil plutôt froid. M. Dagnan y a été visiblement dominé par le souvenir de cette Cène que Léonard de Vinci exécuta, dans son temps, pour le réfectoire du couvent de Sainte-Marie-des-Grâces, à Milan, et qu'on y voit encore aujourd'hui, mais dénaturée à tel point par des restaurations innommables qu'il est impossible de se faire une idée bien sérieuse de la peinture primitive. Aussi M. Dagnan-Bouveret, tout en restant dans la même donnée que son devancier, s'est-il gardé de prendre pour point de départ cette composition qu'une demi -douzaine de barbouilleurs ont gâchée. Le pastiche, — si pastiche il y a, car l'imitation est d'un caractère absolument libre, — procède du meilleur élève de

Vinci, Solario, dont on a placé récemment, près de la Cène de son maître, la copie de cette même Cène exécutée pour une église conventuelle des environs de Milan.

Cette copie n’est pas littérale. La disposition des personnages y est la même, mais ni les fonds ni le menu détail n’y sont strictement pareils au détail et aux fonds du Vinci. Ces différences, assez légères d’ailleurs, seraient insuffisantes pour attester une originalité dans le copiste. Où cette originalité, par contre, s’affirme, et d'une manière éclatante, c'est dans le coloris, dont l’admirable fraîcheur, respectée par les ans, est dans la plus pure tradition de la fresque. Les personnages, d’un ton uniforme, rouge brique, comme il convient à des gens du peuple, à des matelots, brûlés du grand soleil et tannés par le liàle, sont drapés d’amples étoffes où le vert clair alterne avec le rose pâle.

Un même souci des notes claires est visible dans le tableau de M. Dagnan-Bouveret. 11 a conservé l'harmonie d'ensemble observée dans l’œuvre de Solario, mais il a transposé le vert clair et le rose pâle en mauve, en bleu pâle, en blanc crème. Tout le reste de son effort a porté sur la disposition générale. Léonard et, à son exemple, Solario, avaient installé les apôtres dans une vaste salle éclairée, au fond, par des fenêtres au delà desquelles un coin de paysage s’entrevoit. Tenant à faire autre chose, M. Dagnan a puisé son inspiration dans Rembrandt. Enfermés dans une façon de cave, fermée à la lumière du jour, ses personnages sont éclairés par une lumière surnaturelle, qui émane du corps divin de Jésus, et qui répand sur les blancheurs de la nappe, sur les notes claires des draperies, sur les visages, comme dans Solario, d’un rouge brique, ses rayons éclatants d'un jaune pâle.

L'idée était heureuse, en un sens, mais pourquoi le corps du Christ, qui est un foyer de lumière, projette-t-il sur les murs du caveau une ombre très marquée ? Cette contradiction, à elle seule, suffit à choquer le spectateur ou, tout au moins, à le désorienter. Quant à l'effet de lumière adopté, il est désagréable pour l’œil. Pour

. BAERTSOEN

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