LA FETE-DIEU EN CATALOGNE
LA PEINTURE
hama, vivement enlevé par M. Dumoulin, mais qui est plutôt une esquisse agréable qu’un tableau, et, dans un Déjeuner , de M. Péters, un amusant bébé brandissant triomphalement sa cuiller.
Tel est le bilan de la peinture au Champ de Mars.
Nous ne saurions pourtant terminer sans dire un mot d'une maladie qui sévit tout particulièrement, depuis quelques années, sur la peinture française et qu’on pourrait appeler le mal photographique. Il consiste en un emploi constant, et fâcheux, de la photographie pour saisir au vol soit un site, soit un groupe d’individus en mouvement.
Rien n’est difficile, on le sait, dans l’élaboration d’un tableau, comme la mise en place. Elle exige des croquis nombreux, de longues et patientes études de détail. Elle prend beaucoup de temps, mais par là même elle est l’ennemie de là peu près; ses inévitables lenteurs sont un frein à la précipitation, au travail décousu et hâtif, qui sont la marque des talents trop faciles. Le mal photographique la supprime.
Un simple cliché en tient lieu ; l'instantané, avec sa fidélité implacable, est devenu l’unique auxiliaire dont les peintres pressés, sans conscience, ont pris l'habitude de se servir avant l’exécution. Au lieu de croquer sur leur album un mouvement qu'ils jugent intéressant, ils l’emmagasinent dans leur appareil ; au lieu de chercher à force d’étude l’équilibre du paysage qu’ils se sont proposé de reproduire, ils le fixent tel quel, sur la toile, d’après une épreuve prise en hâte. Une rapide pochade, enlevée en un quart d’heure, suffira pour donner les tons de la nature. C’est le memento sur lequel l’artiste a les yeux, au cours de son travail, pour retrouver tant bien que mal l’impression et noter les effets de couleur.
Ce procédé, par malheur, a ses inconvénients. L’appareil photographique est fidèle, mais dans une certaine mesure seulement ; pour l’utiliser avec fruit, il serait indispensable de n’utiliser, dans la reproduction qu’on en fait, que la partie centrale de l’épreuve, les premiers plans étant toujours déformés par la convexité de la lentille. Il faudrait donc ne se servir que d’appareils de très grand format.
Ces appareils étant difficilement mobilisables, on recourt plus volontiers aux tout petits, de format peu encombrant, mais d’utilité partant incontestable. De là les paysages dégingandés qu'on voit se presser au Salon, plus nombreux et plus faux chaque année. Ils y constituent pour l’œil délicat un spectacle d’autant plus affligeant que, si les formes y perdent leur accent, comme les lignes, la couleur n'y est pas respectée davantage.
Un des exemples les plus frappants de ce système qui conduit à la négation de la peinture nous est fourni, au Champ de Mars, par les toiles de M. Adolphe Binet. L’artiste n'est pas sans valeur. Il a eu, il y a quelques années, de gros succès que nous avons contribué, plus que tout autre, à fonder. Nous le regrettons, à cette heure, sincèrement. Considérez son Retour de la pêche, ses Amoureux rustiques, accoudés, dans un jardin de village, à une clôture de bois blanc, et dites-moi s'il y a rien, dans ces toiles, qui rappelle les effets de couleur fournis par la nature. En dépit des vivacités de tons prodiguées, avec une violence que rien ne justifie, dans les parties lumineuses, l'aspect de l'ensemble est blafard. Il atteste, avec une criante éloquence, que le tableau a été non seulement mis en place d’après une photographie, mais que l'indispensable étude peinte sur laquelle il était nécessaire de se régler n'a pas été faite par l'artiste.
Encore un homme à la mer !
LA SCULPTURE
La sculpture y est faible, — oh! combien! — Non seulement le nombre des envois y est restreint, mais les envois même des maîtres n’y défient pas de toute nécessité la critique. M. Rodin, dont nous ne contestons nullement le grand talent, mais dont le goût est loin d'égaler la vaillance dans l'exécution du morceau, s’est imposé à notre attention par une demi-douzaine de petits marbres ciselés,
F. WILLAERT