‹ Le salon de 1896Chapitre 53 sur 64 · INTERIEUR BOURGEOIS · texte numérisé non relu

INTERIEUR BOURGEOIS

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LA PEINTURE

d’un maître puissant qui fera honneur, quelque jour, à la France.

Dans la voie, d’ailleurs, où il s'engage, nous ne le trouvons pas seul. D'autres jeunes, derrière lui, forment un groupe d'une sérieuse importance, d'une curieuse et inattendue variété. C'est Lucien Simon, qui nous a donné de beaux espoirs, et qui les réalise dans son Pardon de Tronoan , où des paysans bretons, en longue file, au pied d’un calvaire de granit, promènent leurs faces tannées, leurs gestes gourds. C'est René Ménard, qui a corsé, cette fois, sa facture en empruntant à Cottet les tons vigoureux de sa palette pour exprimer avec une plus pénétrante énergie les pures délicatesses de la forme silhouettée sur un beau fond de paysage. C’est Dauchez, dont les effets de nuit participent de Lucien Simon et de Cottet, mais dont la personnalité, malgré ces emprunts, se manifeste avec un charme réel.

M. Jeanniot, avec une Assemblée de femmes en deuil , au village, atteste une fois de plus un talent d’une rare et indiscutable maîtrise. Etonnamment serré dans le dessin, il ne nous présente jamais que des types observés avec un souci de vérité, une fièvre de justesse qui le classent au premier rang parmi nos peintres de genre. Quant à sa peinture, elle est chaque année plus consistante et plus ferme sans perdre rien de ses finesses. M. Jeanniot est un artiste de race.

Artiste de race aussi, M. Lobre. Son Château de Versailles, à l'heure où les lueurs mourantes du soleil viennent expirer dans les vitres et caressent d'un dernier baiser la façade qui donne sur le parc, est une des toiles les plus attirantes du Champ de Mars. L’impression si fugace du rayon crépusculaire y est rendue avec ses douceurs enveloppantes , son charme triste, par une main qu’aucune difficulté ne déconcerte, à laquelle aucune nuance n’échappe. Heureux qui pourra s’offrir le régal de cette nature émue et sentie ! Heureux le musée de Boston qui possédera le Salon de Marie- Antoinette ! Heureux le musée français auquel l’Etat concédera la Bibliothèque du roi , dont il s’est rendu acquéreur !

Quelques tableaux de genre méritent une spéciale mention. Citons-

les. Ce sont les Adieux de M. Muenier, les Demi-Vierges de M. de Montzaigle, le Colin-Maillard de M. Pierre Carrier-Belleuse, Y Accident de M. Planels, la Fin d'été de M. Gaston Béthune. M. Chabas, dans son Idéal pays , a tenté, avec quelque talent, de concilier le paysage décoratif et le nu. Madame Madeleine Lemaire, dans une élégante figure de Phœbé , a montré son souci habituel de la grâce.

M.. Girardot; dont nous avons vu l’an passé de si remarquables

paysages .africains, a fait une excursion cette année dans les régions mystiques du symbolisme. Il en a' rapporté une Petite princesse à laquelle • an préférera de beaucoup ses scènes orientales. M. GuignaVd, dans ses Veaux à vendre, a porté son habileté coutumière, une habileté qui est un remarquable mélange de ficelles et de dons primesautiers.

Il serait injuste d’omettre les envois de MM. Adrien Moreau, Tournés et Biessy. On apréciera, du premier, une spirituelle composition, Y Embarcadère, encadrée dans un frais paysage ; du second, une Intimité pleine de charme où l’on voit, près d’une table ronde, une jeune mère surveiller le travail de sa fille, et, du troisième, un Intérieur bourgeois où, dans une lumière discrète, une jeune fille dispose dans une faïence aux tons doux une mêlée de joyeux chrysanthèmes. Rien de délicat comme ces deux dernières toiles. Les effets d’enveloppe dont M. Carrière use et. abuse ont été employés par MM. Tournés et Biessy avec une sagesse et un tact qui font valoir à merveille leurs dons très fins de coloristes.

^Rappelons enfin la Triste aurore qui termine, dans un consciencieux tableau de M. Eckermans, une veillée mortuaire ; En route pour la rivière , de M. Lignier ; un Saint Martin dans un beau paysage de neige, par M. de Moncourt ; une Etendeuse de linge , aussi souple d’allure que fraîche de couleur, par M. Vidal; une Eileuse , -très étudiée de dessin, mais vêtue d’un rouge trop criard, par M. Croche, pierrê ; .une scène rustique, Y Aveu, où M. David- Nillet s’est souvenu des intérieurs de Millet; une intéressante figure de vieille paysanne, Clarisse , par M. Engels ; un Temple à Yoko-

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