LA DERNIERE ÉTAPE
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détache sur l'or des moissons semées de fleurs champêtres. Les têtes sont étudiées, rendues avec une recherche du modelé qui rattache M. Guinier aux traditions les plus saines de l'Ecole de Bâle. Les personnages qui suivent, vieilles femmes et enfants, sont traités avec un égal souci de la vérité, sans recherche d'ingénuosité, sans préoccupation du savoir-faire. Le paysage qui dresse au loin l’église du village est d'une grande simplicité et en même temps d’une ampleur telle que l’on est devant le tableau de M. Guinier en présence d'une œuvre forte .Dans la section des dessins et cartons, M. Guinier expose au reste une tête de femme au pastel qui est de tous points digne de retenir l'attention.
Le jury de la Société des Artistes français a donné encore des secondes médailles à M. Devambez pour sa Conversion de Marie- Madeleine , à M. Wagrez pour son Maître de Chapelle de Saint-Marc de Venise , à M. Lazerges pour son Retour du pâturage , prés El Kantara , une excellente toile qui appartient aux galeries Georges Petit et pour son Repos au campement du soir , près Biskra , une non moins séduisante étude qui est également la propriété des galeries de la rue de Sèze.
M. Wery, comme M. Guinier, a été récompensé par le jury de la Société des Artistes français et encouragé par le conseil supérieur des Beaux-Arts. Les deux toiles de M. Wery, le Soir après l’orage et la Fille de Penmarch , sont des meilleures parmi celles qui sont exposées aux Salons de 1898.
M. Wery a un beau tempérament de peintre et nous serions bien surpris s'il ne nous réservait pas pour l'année prochaine une œuvre de grande allure. Le Soir après l’orage révèle déjà une belle imagination passionnée dédaigneuse des procédés qui font si aisément valoir nombre de bretonneries chargées d'empâtements déplaisants.
Mademoiselle Delasalle, M. Jamin et M. Sabatté, avec le Retour de la Chasse , la Cité lacustre , le Pauvre homme et le Philosophe , devaient attirer l'attention du jury non moins que M. Gagneau qui a envoyé au Salon Le viaduc des Moul ineaux.
MM. Enders et Umbricht, le dernier surtout, ont de belles expositions. Le Portrait de M. Kneider et Le vieux fumeur sont des morceaux que j’apprécie plus que le Char du Soleil, de M. Grandjean. Les varechs à Carolles , de M. Edmond Debon, me plaisent. M. Aviat est un estimable peintre de portraits et M. Prévot-Valéri a deux bons paysages.
Au total les dix-neuf secondes médailles ont été données avec intelligence et l'on ne peut exprimer que le regret de n’avoir pas vu attribuer des premières médailles à MM. Wery et Guinier. J'ajouterais volontiers à Mademoiselle Dufau si son exposition de cette année était à la hauteur de celle de l’année dernière.
Le conseil supérieur des Beaux-Arts a donné à Mademoiselle Dufau une bourse de voyage en souvenir de sa manifestation de 1897 et ^ a bien fait. Il faut espérer que Mademoiselle Dufau se souviendra à son tour de ce rappel de son exposition de 1897, que le conseil des Beaux- Arts a eu le ferme propos d'encourager.
Dans les troisièmes médailles décernées par le jury de la Société des Artistes français , il en est une qui est attribuée à un artiste qui pouvait prétendre à une plus haute récompense. M. Max Bohm a une superbe exposition qui valait une distinction spéciale dès qu'il est d'usage comme je viens de le rappeler de récompenser comme on le fait dans la Société des Artistes français par des médailles graduées la valeur des exposants.
Mais il ne faut pas s’appesantir sur cette question des récompenses qui ne résistera certainement pas à l’épreuve de l’Exposition universelle de 1900. On s'apercevra à ce moment que dans notre loyale atmosphère française il est abusif de vouloir étiqueter et classer le talent et que l’artiste dans son indépendance ne doit pas avoir d’autre juge que le public à qui on s’efforce vainement de donner des indications dont il n’a en réalité nul souci.
Autant l’institution du prix du Salon, qui est due à M. le marquis de Chennevières et la création des bourses de voyages, que pour ma part je voudrais plus nombreuses encore, sont utiles à titre