L'INDUSTRIE
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LA PEINTURE
d’encouragement, autant la tradition persistante de l’attribution des médailles est puérile.
Il faut reconnaître cependant que, à la veille de donner les médailles, le jury de la Société des Artistes français prend la peine d’examiner les titres des candidats et que s’il se trompe, il ne commet que des erreurs qu’on ne saurait attribuer à son manque d'attention. Qu'il se laisse aller comme l’ensemble de la Société des Artistes français quand elle attribue les médailles d’honneur, à des impressions nées de considérations souvent bizarres, cela n’est pas douteux, mais il accomplit consciencieusement sa besogne aussi consciencieusement que des humains esclaves de toutes les variations de la température artistique le peuvent faire.
Il n’en est malheureusement pas de même dans le conseil supérieur des Beaux-Arts. Les membres de ce conseil sont convoqués un matin dans les salons après avoir été mis en possession de la liste des candidats deux ou trois jours avant le vote. L’administration des Beaux- Arts qui a toutes les facilités pour réunir dans un même local les oeuvres de ceux qui sollicitent un encouragement, ne prend pas la peine de faire ce départ. Elle promène ses collègues du conseil dans les diverses salles d’exposition, les arrête devant les tableaux, les statues, les gravures ou les relevés d’architecte qui figurent sur la liste dont elle a adressé un exemplaire autographié à chacun des membres du conseil, puis on vote séance tenante.
L’année suivante on est souvent surpris des résultats donnés par les encouragements attribués l’année précédente.
On ne saurait toutefois faire un crime à l’administration actuelle des Beaux-Arts des vices de la procédure adoptée.
Ces vices datent de la création du prix du Salon et de l'institution ultérieure des bourses de voyage. Une certaine fraction du monde des artistes a voulu voir dès l’origine dans ses encouragements une concurrence au prix de Rome et c'est uniquement pour ce motif que l’on agit avec hâte et avec une hâte sans recours. Outre qu'il serait nécessaire d’examiner les œuvres des concurrents à loisir en ayant
préalablement pris soin de les isoler de l'ensemble des œuvres exposées, il ne serait pas moins nécessaire de faire chaque année une exposition spéciale des envois de ceux qui ont reçu les encouragements en leur laissant toute liberté pour le choix de ces envois et sans les enfermer dans un programme arrêté d'avance.
On en arrivera forcément là, parce que le bon sens a toujours le dessus dans notre pays.
Cette année, M. Fouqueray, qui a obtenu l'année dernière une bourse de voyage, nous offre un exemple à citer.
M. Fouqueray expose un Episode de la bataille d' Aboukir , le moment ou le vaisseau le Tonnant supporte tout le poids de l’effort de l'ennemi et où le capitaine Aubert Dupetit-Thouars demeure à son poste, affreusement mutilé.
La scène est rendue avec une entente des mêlées navales qui a rarement été atteinte à un aussi haut degré. Le tableau de M. Fouqueray est certainement un des meilleurs des Salons de 1898, mais ce tableau a un tort c'est d’être dans le même ordre d’idées inférieur à Y Episode de Trafalgar , que M. Fouqueray exposait l'année dernière et qui lui a valu sa bourse de voyage. Si M. Fouqueray avait été appelé à exposer au cours de l’année 1897 ^es études qu’il a faites pendant ses voyages, il n'est pas douteux que les observations qui auraient pu lui être faites l’auraient engagé à se présenter pour le prix du Salon avec un tableau différent de celui qu’il expose.
M. Steck est dans le même cas que M. Fouqueray. Avec des qualités exceptionnelles, doué non seulement d’un tempéramment de peintre, mais d'un sens critique des plus raffinés, M. Steck n’aurait pas commis l’erreur qu’il a commise dans son triptyque s’il s’était plus montré, s’il avait pris depuis un an contact avec le public. L’Etat lui a cependant acheté son triptyque.
Hélas ! c'est la faute de la plupart des artistes jeunes que le succès a salué dès leur entrée dans les expositions. Ils s'enferment dans l'atelier, s’y livrent à des réflexions à peu près justes et qui deviendraient tout à fait justes s’ils recherchaient le contrôle non pas seulement des amis