‹ Le Salon de Joséphin PéladanChapitre 16 sur 37 · SALLE X · texte numérisé non relu

SALLE X

Un grand nom, plus grand que celui d’Ingres sous une petite chose, Gavarni signe une vignette en couleur représentant des courses. Farget manque de tout sérieux : sa Madeleine est du théâtre et son Christ, avec une lune en nimbre, déplorable chose. Laissez la peinture religieuse, Messieurs, vous n’avez ni la foi, ni le talent qu’il y faut.

Une nymphe de Gigoux est couchée; c’est bien peint, mais la carnation est un peu sale, pourquoi? Un paysage de Guer\ peint un peu à la belle tache. Voilà qui ne fera pas pendant à cette femme masquée, que Catulle Mendès fait trôner à son mur avec un sonnet louangeux autographe. Le Tub, de M*‘e n’a point de charme, le nu lourd, banal, un nu de bonne encore saine, a un aspect de chair ferme mais rosâtre d’épaisseur de peau désagréable. Est-ce une expiation de la nue masquée? Gervex pourrait cacher sa gothon dans l’effet de nuit. WHareux où écume un petit torrent, au-dessus d’un peintre en complet bleu, « un aquarium ou des grenouilles de luxe », sans catalogue, ni jumelle, comment découvrir les signatures des tableaux aériens. L’épais taillis que celui de Fath^ l’air même n’y pénètre pas. Le Poitevin rentre son troupeau au crépuscule.

Voici de nouveau Gervex^ le bon cette fois, une dame contre un mur, l’air d’une poupée japonaise, le teint rose thé, les avantbras du même, sortent d’un peignoir vaguement exotique : cela plaît à la vue, et extasierait peut-être au déduit. Le bouvier Howe accoste cet étonnant Falguière^ qui peint sans savoir ce qu’il fait, le piinceau le prend ot aussi le dessin le lâche :

cependant ses tableaux qui ne signifient rien aux personnages mal construits, ont toujours un accent et des suggestions notables. En un très intense paysage, au vert très sombre, une quille semble tenir une torche et s’en aller après un coup de vengeance accompli à l’horizon est-ce un feu d’aurore ou un feu de haine qui rougoie; on ne sait!

C’était" une bergère qui venait de Gancale (Fejren^Perrin) et qui allait au bord de l’eau avec Isenbart ; Lerolle, lui, va à la messe; mais là, trop de vide, de vide blanc avec ennuyeuses droites géométriques ; le premier plan des paroissiennes est naturel avec grâce, le célèbre, un peu fantoche par l’éloignement ; nous sommes loin de ce profil perdu si charmant et du groupe joliment moderne : A Vorgue,

Firmin Girard a refait en petit V Automne, d’AdatH,

Un artiste véritable en deux arts :1a pierre et la couleur, un esprit poétique et que le public ne met pas à son juste rang, c’est Fanûn Latour,

Vraiment, combien des plus réputés sont compréhensifs cojume lui et d’une si haute puissance allégorique. Comme peintre, il a donné des intensités exquises de finesse et de simple sentiment auxquelles des séries Wagneriennesfort remarquables se plient, je crois, et ses deux envois présents.

Des Willis, figures aériennes où l’on retrouve des choses de Delacroix voletant au-dessus de la mer, ou du Rhin, plutôt.

Puis, une Marguerite ou une Psyché attentive, hésitante, vue de dos, est insufflée, au milieu de la toile, par deux têtes sérieuses, point grotesques, de diables sans doute; et, en haut, par deux anges détachés pour cette circonstance du branle corrégien, du Duomo, de Parme.

Techniquement, Fantin Latour a le secret d’un gris énigmatique, un peu de fugue qui se combine avec toutes les teintes de coloration et qui leur rend le merveilleux service de sauver toutes les idées et de supprimer les accessoires en ses lyriques compositions.

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