‹ Le Salon de Joséphin PéladanChapitre 25 sur 37 · SALLE XXVIII · texte numérisé non relu

SALLE XXVIII

Rosier croit-il bièn nécessaire de recommencer Canaletto ; Garovd y met de la variante : les voiles jaunes.

Picard, avec des audaces extrêmes, obtient une singulière intensité : sa Pauvresse, qui marche en larmoyant seule dans une rue de Paris, une rue d’hôtel, sans boutique, émeut vraiment.

Son Pleureur, cachant sa tête et pleurant, tandis qu’on aperçoit par une porte la lueur d’une chambre mortuaire, a le caractère moderne, sans vulgarité et très poignant.

Conception, pose, dessin, couleur, tout est à Picard et non à d’autres; je ne le connaissais pas, et j’ignore à quel groupe il peut appartenir; j’aurais facilement foi à un bel avenir et plus je revois en pensée ces deux toiles, plus je voudrais les louer: c’est du neuf et ce n’est pas du laid.

Tout mon suffrage donc à Picard, qu’il y tienne ou non.

Curieuse Petite mondaine, de Pale^ieux.

Je reviens à Picard, parce qu’il vient lui-même à l’appui de ma thèse; j’ai déjà dit que l’être pas beau en art devait être dolorisé : or, ces deux modernités qui me prennent, en dépit de mon parti-pris de la nécessité héroïque même au sujet, même aux personnages, sont douloureuses : des perles ou des larmes! resplendir ou souffrir: dilemne de l’existence formelle.

La Diane grenouillante et cagneuse de La Penne, et l’Élégante un peu forte de Prat ne nous consolent pas de la Confiserie Priou, Siraudin ou Boissier, du sexuel pictural. En sa Tentation

de saint Antoine, Quînsac fait sourdre les femmes du roc; je ne dirai certes pas d’où elles semblent venir!

La Petite fille, de Schvarts^ est peinte avec des mains et des avant-bras sales; crassîr les chairs, voilà qui est bizarre et fréquent, aux femmes de s’en plaindre.

Sanche^ Perrîer yiolâce une mare à la Vesprée.

Paitoîtf Paysage en hauteur à la Doré.

Surand, rival, cette fois, de Motte: Je ne sais quel Roger, avec aes deux chiens, attaque à la lance un monstre très amusant : son écaille est mosaïquée avec un soin, mais il n’effraye pas.

D’ordinaire^ Sébilîm est plus intense : au-dessus de son fourré, le ciel est trop d’un seul morceau; comment les paysagistes se résignent-ils souvent à mettre tout le gris d'une porte pour moitié d’une toile, et vok^il si^ en synthèse^ que l’air et le nuage ne comportent pas de modèle, et surtout en atmosphère grise !

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