‹ Le Salon de Joséphin PéladanChapitre 4 sur 37 · LA SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS

ET

C’était en i88i, le futur auteur de la Décadence latine revenait de Rome.

Avant d’entrer en activité intellectuelle, il avait voulu faire son pèlerinage d’esthète et de catholique, et demander aux échos de Saint-Pierre, au fantôme du Cénacolo, l’illumination des traditionnalités.

Il avait communié aux catacombes avec saint Étienne; retrouvé à Herculanum les fluidités Éleusiennes. Les tenants d’un Léon X lui avaient donné la clé d’or platonicienne et par les nuits florentines il avait entendu l’Alighieri l’initier au soleil de science qu’on dit la nuit du Moyen-Age : ceci était intérieur et d’entité pure.

Outre cet annelement moral à la chaîne des Vinci, des Michel-Ange, étudiant appliqué, il rapportait, de sa vue de toute la Pinacothèque italienne, des points esthétiques documentés : ceci était extérieur et d’intérêt expansif.

Un journal sacristain. Le Foyer ^ voulut bien accepter un Salon en trois articles : Le pèlerin d’Italie écrivit au Président de la Société des Artistes Français, une demande de carte : M. Bailly refusa. Pourquoi ? parce que, en la société anonyme qu’il préside, on considère la publicité d’un journal et rien d’autre.

Lors, M. Péladan manda à M. Bailly qu’il passerait un Jour la revue critique de ses architectures, et qu’il convenait mal à un si pauvre Palladio d’être aussi discourtois.

Ce fut grâce à une carte de faveur , donnée par Ernest Hébert, que M. Péladan put pénétrer au Palais de l’Industrie

En 1882, M. Puvis de Chavannes donna la carte toujours refusée.

En i883, l’auteur du Vice suprême était salonnier de l’Artiste, la doyenne des Revues de l’art qui a plus de quartiers que la Revue des Deux-Mondes et on lui accordait l’espace illimité; en plus de l’étendue critique, ce salon comportait plusieurs eauxfortes d’après les œuvres exposées et une cinquantaine de dessins.

Un nommé Vigneron déclara au groom de la Revue qu’on ne donnerait jamais d’entrée à M. Joséphin Péladan, qui fut obligé de se faire passer pour M. Charles Pigot ou de renoncer à -salonner.

En 1884, M. Joséphin Péladan traite avec un éditeur pour une plaquette d’une critique toute sentimentale, La Femme au Salon^ où il se voulait livrer à des impressivités féminines. Déjà nombre d’exposants, qui ne démentiront pas, avaient pris la peine de faire des croquis d’après leur œuvre.

L’Editeur écrit et mentionne que la publication devant avoir lieu la première semaine de mai, elle présente les qualités de presse d’un journal, surtout devant être vendue par M. Baschet à l’intérieur du Salon.

La Société des Artistes Français refuse parce que l’auteur se nomme Joséphin Péladan.

En 1886, le critique anathématisé parlait à la Revue du monde Latin encore avec une carte pseudonymique.

En 1887, M. G. Édinger mande qu’il publiera, le 3 mai, un volume ; La Vérité au Salon, et demande pour l’auteur l’entrée des trois jours aux critiques accordés.

L’auteur se nomme Joséphin Péladan, et insolemment un Vigneron quelconque balafre la lettre de demande ainsi :

« Le Comité a décidé qu’il n’y avait pas lieu d’accorder. »

Aujourd’hui, 27 avril, M. Joséphin Péladan sera-t-il réduit à

quémander auprès de critiques de revue, de le laisser à leur place aller aux trois jours précédant le vernissage ?

La Société des Artistes Français sait les affaires mieux que l’esthétique en refusant ces fameux trois jours pour une vente toute d’actualité; elle espère empêcher M. Joséphin Péladan de parler ou du moins faire perdre de l’argent à son éditeur.

Le public jugera; cette question lui est posée: Comment s’appelle en français, une Société d’artistes déclarant qu’il n’y pas lieu de laisser entrer un critique d’art connu et pour quelquesuns compétent, quand son éditeur s’engage à la publication d’un volume dont la parution sera aussi immédiate que l’article d’un quotidien et peut-être aussi importante, puisqu’elle sera hurlée et vendue aux portes mêmes.

Le public qualifiera le Comité.

L’auteur est trop en cause et surtout en dédain.

Il pousse ainsi les choses à la publicité en curieux hautain et dépris qui veut voir jusqu’où vont les insolences de coteries, la grossièreté de mœurs et le cynisme ambiant.

Il admire ne pouvoir entrer au Salon, en écrivain d’art, quand un M. Wolff y pénètre triomphalement, sans doute comme plus expert et plus intègre.

Il admire M. Alphonse de Rothschild assis à l’Institut, section des Beaux-Arts, et reconnaît avec une certaine joie qu’il n’est ni journaliste ni mesureur d’un tas d’or. Seulement, la perfidie de la Société des Artistes Français ne pourra que retarder : au lieu du 5 mai, il paraîtra le lo mai. Il perdra quoi? un peu d’argent, mais il aura une raison nouvelle de mépris, et cela vaut bien le peu d’ennui et du mécompte.

L’auteur a un pardon à demander à ses pairs, ne lisant pas les journaux, il a dû jadis adresser à M. Albert Wolff un roman avec cette dédicace : « A mon honoré confrère en critique d’art. » Depuis il a parcouru des Figaro.^ et publiquement il rature cette dédicace, il ne tient pour confrères ni M. Wolff, ni M. de Roths-

child, et quoique l’un soit roi des intelligences et l’autre roi des consciences, il dénie ce diiiim-virat.

De tous les pouvoirs actuels, il en est trois que M. Péladan assure ici de son irrespect :

M. de Rothschild, le Figaro et la République.

Puvis de Chavannes^ transmet une carte de M. de Vuillefroy :

« Monsieur Péladan recevra une entrée au Salon pour les trois jours qui précèdent l’ouverture. »

Signé : F. de Vuillefroy.

Que ce soit le grand maître de la Fresque, qui honore l’auteur de son amitié, que ce soit au même degré, la courtoisie de l’animalier remarquable. M. Péladan enregistre cet équitable armistice avec le désir que ce soit la paix entre la Société des Artistes Français et lui. Chacun y gagnera, même le ton ici où les nerfs eussent pu se bander, non jusqu’à l’injustice, mais jusqu’à l’intensité de la justice.

Dimanche, 29 avril.

M. de Vuillefroy a oublié : M. Péladan a dû entrer avec son mot au crayon, ce qui suscite deux discussions avec les désagréables grognards de l’endroit, gens à consigne militaire forts incivils au civil.

CAUSERIE ESTHÉTIQ.UE

L’art, c’est l’excellence d’une œuvre.

L’artiste, celui qui, dépassant la technie, produit une impression idéale.

On peut bâtir une ville comme l’avenue de l’Opéra, faire exé cuter tous les plafonds à M. Bouguereau, toutes les pendules à Lemaire, c’est de la bâtisse, de la peinture, de la ronde bosse : ce n’est pas de l’art. Bien dessiner une Académie, faire un plan approprié à destination; assembler des couleurs agréables : ce sont des métiers nobles, mais des métiers.

Voyez les plafonds du Louvre comme peinture de bâtiment; voyez la salle des croisades comme Panoramas; voyez les panoramas comme images d’Épinal, cela est très satisfaisant pour les quelconques, c’est-à-dire pour les bourgeois et le peuple : les lecteurs du Petit Journal.

Au-dessus des ânes dont Bouvier est le pasteur, il y a ceux que Magnard mène paître, ceux-là s’élèvent jusqu’aux bodegones David de Hem, Hondekœter et Vollon.

Or, autant j’applaudirai à la pomme que tiendra Vénus ; au chaudron du bohémien et de la sorcière ; aux crevettes, que ramènera dans son filet, une coquette du monde; autant j’estime qu’un arrivage de. pommes, une batterie de cuisine et un banc de halle, énoncent un double gâtisme, celui du peintre et celui de l’amateur.

Quand un Grévy a été président de la République, un Mac- Mahon aussi, une citrouille adroit à un tableau; mais l’art n’est

pas aussi perdu que le pays, et voilà pourquoi un penseur peut parler d’art encore, et doit laisser en politique la parole aux laquais.

Il y a quelque chose d’aussi funeste que le Figaro^ quoique . cela paraisse difficile, mais le lecteur l’a nommé, c’est le quatuor protestant : Revue des Deux-Mondes, Revue Bleue, Temps et Débats.

C’est là que la peinture d’histoire a ses tenants. Pourvu qu’une ligne de César Cantu puisse s'écrire sous un tableau ou qu’il illustre Henri Martin, les quatre rédactions se découvrent «devant le palmarès de l’Institut.

Enfin, il y a le décadent qui exalte M. Redon par-dessus tout, .appelle Ingres pète-sec, Cicéron pois-chiche, croit que Bossuet :s’est trompé, en disant que l’inversion est contraire au génie de îa langue française, et niera Raphaël.

Si nous prenons nominativement ceux qui ont la connaissance de l’art, nous trouvons une telle bienséance chez M. Lafenestre -qu’il n’osera jamais même nier Bouguereau, et M. Paul Mantz^ qui prendra au sérieux, Hans Mackart.

Pour obtenir une critique valable, il faudrait que M. Lafenestre sût dire au diable, aux décorés et aux hors concours, ou bien que tel compréhensif du moderne connût l’histoire de l’art ■et se souvînt des Vaticans devant un paysage de M, Monet.

Nous avons fait une guerre odieuse à l’Extrême-Orient, une guerre de bandit digne de l’Angleterre; l’Extrême-Orient est vengé, nos peintres copient les kakémonos.

Or, quelque volupté d’œil que je sente moi-même aux colora- 'dons japonaises, ce n’est qu’un art d’échantillonnage de tons, Aine sensation ■— et l’art doit produire un sentiment.

La vibration agréable du nerf optique restera très inférieure à la vibration sentimentale, quoi qu’on y fasse.

Quelle femme, fût-ce Gothon en se dévêtant, n’excitera un désir, une passion jamais. Eh bien, la peinture latine, cette ^.grande dame descend à des coquetteries de trottoir entre chien

et loup, elle se trousse, montre l’éclair de sa jarretière, le blanc de son jupon, elle fait des messieurs au lieu d’inspirer des chevaliers.

Sa Papauté Balzac, au lieu de : « où est la femme » ? s’écrie à chaque personnage : « où est l’argent » ?

Or, les trois maîtres les plus personnels de ce temps : Puvis de Chavannes, Gustave Moreau et Rops, tous les trois n’ont pas eu à subir l’opinion de l’amateur, ni l’opinion du public.

Il ne faut pas demander d’impossible courage, celui de Sigalon, manquant, non pas seulement de pain, aussi de couleurs.

M. Zola, qui n’est qu’un peintre de premier ordre, supérieur même à Courbet, mais au-dessous de la simple notion intellectuelle et ignorant comme aucune carpe le fût jamais, a décrété qu’il était bien plus honorable de s’adresser au public que de dépendre d’un grand seigneur : Ce qui signifie qu’il est plus honorable d’être fille publique que femme entretenue, et qu’il vaut mieux être à tout le monde qu’à un seul.

J’aimerais mieux entretenir un luminion, place des Victoires, comme Je duc de La Feuillade, que d’entretenir de mensonges et de billevesées un parti politique, et les bons niais que révulse l’idée des trois révérences au Roi, n’ont donc jamais vu les dix mille mains sales serrées aux veilles d’élection.

Le temps où l’on aurait fait une dédicace hyperbolique à la duchesse de Doudeauville me paraît plus digne que celui où on fait une visite à M. Francisque Sarcey.

L’homme d’art est un homme de luxe, et quand il n’est pas entretenu il devient prostitué pour rester homme d’art. Quand Mantegna fit sa Madone de la Victoire, il agenouilla un guerrier pieux; quand M. Joseph Blanc voulut entrer au Panthéon, il salit le mimbe des saints avec des têtes d’athées et de funestes farceurs.

Si quelqu’un a la patience de feuilleter le Carteggio, où sont consignés les commandes et les payements italiens, il verra que

Faristocratie a pour principale raison d’être, dans l’économie sociale, le pensionnement de l’artiste.

Un homme a tellement acheté de tableaux qu’on l’a fait académicien des Beaux-Arts; comme il possède toutes les mines de mercure, on pourrait le nommer de 4’académie des sciences, et comme encore il débite tout le pétrole qui se brûle en Orient, on pourrait l’appeler lumière de l’Oural. C’est M. Alphonse de Rothschild qui peut donner un million pour la suppression de qui le gêne, ayant un milliard.

Or, ce Monsieur a découvert un jour dans ses bureaux un employé qui avait la bosse de l’expert : cet employé a été mis à la tête d’un bureau spécial, et fonctionnellement M. de Rothschild a formé une galerie. Il doit y avoir des Meissonnier chez M. de Rothschild, le Meissonnier est le peintre des parvenus.

Rares sont les amateurs de vrai goût : M. Charles Hayem laisse entrer chez lui la nature morte, mais il possède quarante Gustave Moreau et c’est là un prestige.

Quant au goût public : patriotisme et indécence, oui, les Dernières Cartouches^ les Protais et puis les Baigneuses, voilà ce qui se vend. Je me suis informé auprès des éditeurs : Rien d’instructif comme les ventes pour l’étiage des mœurs : Le Figaro^ nonante mille exemplaire; Ohnet, deux cent mille; portrait de Pranzini, trente-cinq mille, et Mariage de convenance^ de Bayard, je crois, douze mille. /

Comprend-on maintenant pourquoi je dénomEjie VArt ochlocratique^ la réunion de mes salons ?

J’entends que la plèbe, dans le sens de plèbe cérébrale, domine Fart du temps.

Le succès de reproductions photographiques représente le suffrage universel, l’achat de l’amateur figure le goût industriel du riche, ils aboutissent à l’apothéose du bête et du médiocre. Au reste, laissons un moment les conditions sociales que le présent fait aux artistes et allons au Louvre.

Le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci, le chef-d’œuvre du

Louvre, peut-être le chef-d’œuvre de toute la peinture, c’est le saint Jean-Baptiste à mi-corps.

Sur cette assertion, allez au Salon carré vous trouverez un Lionello Spada etle Guide, même une médiocre vierge de Solario, un Spagna acheté trois cent mille francs comme un Raphaël, une conception de quatrième ordre : le saint Jean est à la file d’autres dans la grande galerie. Or, un Léonard certain, le plus beau des Léonard, une œuvre divine d’expression, le sphinx latin, le plus beau des androgynes, au point de vue technique réalise à une date renversante la ligne florentine avec un clair obscur que Rembrandt lui-même n’a jamais dépassé : Ce Léonard n’est pas au salon carré; et M. Castagnary osera se coucher demain et dormir comme dormait M. de Ronchaud, sans remords. '

Le classement du Louvre semble fait par Stendhal; or, M. Paul Bourget n’a pas su ou n’a pas dit Comme, à côté de sa compréhension du Vinci et du Michel-Ange, Beyle avait bafouillé en ses jugements esthétiques, méconnaissaui tous* les grands primitifs et préférant Annibal Garrache au Sanzio.

La France a un patriotisme de rue, braillard et voyou, mais en revanche elle est dotée d’une bureaucratie et d’une administration dignes des pays turcs et des^satrapies russes.

Je crois qu’en Révolution les visières vertes des ministères crèveraient les toiles du Louvre tellement elles haïssent l’art.

Chaque fois qu’on offre quelque don Schligmann, Galliera ou Guimet; un rond de cuir se lève, fait l’insolent, écœure le donateur et le lasse de vexations dégoûtantes. »

Oui, le pays où il y a une Ligue des Patriotes est justement le seul où la peinture primitive nationale soit omise : au Louvre, voyez les petits coins noirs attribués à la peinture du moyen âge, à nos Giotto et nos Massaccio : vous serez instruits du soin compétent qui préside aux collections dites nationales.

Si on veut se rendre compte des décrotteurs qui ont soin de nos gloires, qu’on se remémore, la vente de Balzac, la Bibliothèque n’a pas acheté un manuscrit :

l.E SALON DE JOSÊPHIN PELADAN

Et le pays qui entretient un professeur d’Histoire de la Révo» lution fait une rente de douze cents francs à Daumier aveugle.

Jamais dans aucune histoire une période aussi honteuse ne s^est vue que celle des Républiques françaises, les va-nu-pieds qui montent les marches du trône, se moquent un peu de ces billevesées qu’on nomme les chefs-d’œuvre : le Bonaparte' voulait des domestiques d’art, Napoléon III, que cette justice lui ?oit rendue, avait plus de respect; le second Empire a été secourable, même débonnaire aux artistes; depuis le Mac-Mahon, depuis les piailleries du quai d’Orsay, la haine de l’art semble une raison d’Etat.

Voyez, depuis le policeman jusqu’au magistrat, du général jusqu’au juge du tribunal de commerce, l’espèce de basse joie qu’ils ont à écraser l’artiste avec la stricte rigueur des règlements.

Un pays où il n’y a pas de passe-droit pour qui dépasse; un pays qui ferait faire vingt-huit jours à Michel-Ange et payer sa cote mobilière au Dante est un pays de barbares.

La conséquence de l’égalité, ce sera le grand fumier de demain, ou laïque, athée, immonde, la plus noble race de touj: l’Occident pourrira dans la promiscuité infâme des pourceaux. A prendre le niveau humain on a la brute : la logique démocratique consiste donc à brutifier tout ce qui n’est pas brute née. Les commencements sont beaux et le succès total probable et prochain.

M. Müntzl l’archiviste qui jadis ne put pas prendre sur lui de donner la permission du soir à la Bibliothèque de l’Ecole des Beaux-Arts et qui en a référé à M. Paul Mantz, lequel,

’ La Bibliothèque Nationale me refusa les Diaboliques en m’engageant à faire une demande spéciale pour ce volume au général de Lisle. Cette bibliothèque, où on est servi une heure et demie après demande, voudra-t— elle expliquer q)ourquoi elle force même un écrivain notable à faire renouveler sa carte tous les trois mois. C’est du Ramollot ce règlement.

homme prudent, ne râccorda que pour trois mois; a pris sur lui de soutenir dans la Revue des Deux-Mondes l’athéisme du Vinci.

Pauvre archiviste, sur quelle' infection avait-il marché ce jourlà pour que son entendement empuanti conçoive la souillure d’un être presque divin, de l’archange du dessin.

M. Müntz connaît la teneur minutieusement dévote du Testament, sa spécification d’un trentain de messes de saint Grégoire, il ose donc traiter d’hypocrite ce demi-Dieu. N’aurionsnous pas cette paperasse, la preuve de foi catholique est faite par l’œuvre comme pour Shakespeare, comme pour Rembrandt et il faut être archiviste et franc-maçon pour avancer le contraire.

Qu’on insulte ses contemporains quand on a la nature d’un Apamentus, mais cracher sur les espèces où commence l’humanité supérieure, il faut le laisser à cet infortuné M. Sardou qui, au lieu de donner à Sarah Bernhardt des rôles dignes de son talent, la psittacise en des pièces commerciales d’une littérature presque honteuse. Entre la Tosca et le Maître de Forges, il n’y a aucun degré de disparate en valeur. Cet archiviste et ce membre de la société des auteurs dramatiques ont fait digressionner par indignation. Voici : la seule religion permet à l’art d’être pour tous sans déchoir. Accumulez mille et une subtilités d’intention et faites une madone, elle sera comprise et sentie du dernier manant. Au contraire, la plus simple des sphinges restera inconcevable pour la masse.

Il résulte donc que le jour où l’art se laïcise, il doit s’aristiser au point de ne plus être perceptique au peuple. Quand Gustave Moreau exposera qu’il y ait un jour public : on verra, même M. Zola ne pas comprendre.

On nous cite les anecdotes de, Philostrate sur les trompe-l’œil d’ Appelles et de Pharasius, on est bête ou on nous prend pour hèle. L’artiste qui s’appliquerait à faire une rose, si rose qu’elle attirerait les papillons, serait un sot en trois lettres. Il faut laisser

aux femmes du monde qui n’ont pas d’amant pour l’heure, ce passe-temps joliment niais de copier des accessoires.

Comme ce guide pédagogise, qu’il déduit d’après des doctrines non pas personnelles, si elles étaient seulement personnelles elles seraient fausses, mais traditionnelles, quoi qu’il en soit le seul tenant, l’auteur veut mettre quelques points aux i :

1° Excepté Puvis et pour la conception parfois Merson, aucun contemporain ne peut toucher à la peinture mystique;

2^ La peinture historique n’existe pas comme genre car rien n’existe de ce qui est né avec les immortels principes;

3° La peinture est patriotique quand elle est bonne et non pourvu qu’elle représente des soldats français : le Cuirassier de Géricault : Protais.

Le portrait d’homme n’est presque plus possible : on porte trop les immortels principes sur les épaules au Jieu d’un chief.

1° Le tableau de genre n’existe pas plus que le tableau d’histoire; et M. G. Boulanger pas plus que M. Meissonnier ;

2® Les natures mortes ou vivantes, fleurs, victuailles, bibelots relèvent de l’abrutissement et non de l’art.

Les seules catégories logiques et existantes sont la peinture lyrique : Entre des croisés de Delacroix ou ludus pro patria.

La peinture décorative : Le paon revêtu de Monginot; les Baudry;

La contemporanéité;

L’Erotikon, le portrait ou le nu féminin;

Le rustique, le paysage et l’exotique.

Jadis j’avais la conscience de diviser le salon en vingt catégories, et partant de repasser vingt fois dans chaque salle cette conscience m’a valu l’index le plus ostracien.

Messieurs les peintres se figurent qu’on goûte des joies maho-

métanes à les éreinter, cela est sot comme leur œuvre et c’est tout.

Le Lætare est plus doux à chanter que le Dies irœ^ l’auteur ira cependant sur le terrain technique ^aux arcanes prétendus impénétrables,

Il a causé avec Chenavard, mais non pas à la manière d’ About qui invita le grand parleur tout un été à la campagne pour se faire une éducation de critique ; et qui fut dupé. Le matin Ballanche du crayon lui soufflafles plus contradictoires idées; certain salon de l’ami de M. Sarcey est classique parmi les productions comiques de l’esthétique ; or, Chenavard et rhoi nous nous sommes accordés sur la proposition capitale : Hieratié ou Aristie.

La messe, elle se peut dire pour' tout le monde; aux mystères éleusiens, les initiés seuls sont admis. Donc l’esthétique veut une religion d’Etat ou un art destiné à cinq cents personnes sur 37 millions.

En entrant dans ce grand mauvais lieu qu’on nomme : « Vie littéraire », on croit aux confrères, à la presse et on méprise fort le public.

Puis, instruit par l’observation et les mécomptes, on ne croit plus à la presse ni comme conscience, ni comme une profonde influence : On se fait la preuve que la parole sincère ou savante, pourvu que la voix soit forte, arrive à certains esprits et les conquiert. Le public un inconnu collectif, on lui tend la main, la serre qui voudra, on débite le résultat de ses veilles : en profite qui veut.

Quand on connaît les égregores, comment s’étonner des errements du troupeau.

Vous donc, homme du monde, amateur, personnage à loisirs et à prétentions, pourquoi préféreriez-vous une idée fausse à une idée juste.

Votre amour propre peut être rejimbe. Bah! vous écoutez

bien votre journaliste : écoutez un livre. L’auteur est métaphysicien de son état.

Lorsqu’il dénonça cette profession en police correctionnelle, le Tribunal de Nîmes trembla, jusqu’en ses fondations, le Président riait, le Substitut riâit, le gendarme riait : et les brutes locales donc ! Il a continué sa profession de son mieux : il est vrai qu’on n’a pas voulu l’inscrire sur le livret militaire parce qu’il aurait fallu avouer deux jours de prison : ce que nul tyran n’osera jamais contre un très inolîensif Marsile Firin.

Oui, monsieur mon lecteur, on a donné huit cents francs d’amende en ce doux pays de France, pour avoir demandé la tête de M. Ferry : ce n’eût pas été cher, si ,on l’avait obtenue. Pour cette somme modique, la magistrature a traité de fou un esthéticien, oyez plus tôt :

« Quant à M. Péladan, c’^st un excentrique pour ne pas dire « un fou, il nous a dit lui-même qu’il huait le préfet et la Cour, « au nom de Léonard et de Michel-Ange, comme artiste autant « que catholique. »

Il y a huit ans : on a dû donner de l’avancement au substitut; le prévenu des décrets vient encore huer la démocratie dans son art et la mépriser, toujours au nom de Léonard et de Michel- Ange. « Rome et l’idéal : le pape et le chef-d’œuvre. » Voilà les deux Éternités qui verront s’écouler les siècles et crouler les patries.

Peut-être trouvera-t-on cette causerie un peu trop personnelle : « Ars est personna» l’art est l’ensemble et la succession des personnalités radiantes. Si vous voulez de l’impersonnalisme, jetez le livre : il n’est pas écrit pour vous.

Un discours, qu’est-il? sinon une volonté qui veut s’emparer de la vôtre, une parole qui ambitionne de devenir votre pensée. S’il y a antipathie, n’insistez pas.

Chaque apporteur d’idéalité correspond à une famille spirituelle : plus l’idéalité est haute, plus la famille restreinte et dispersée est difficile à grouper. C’est un droit pour l’écrivain de

faire la lumière sur tout le méchief qu’il subit. Le métaphysicien emprisonné par la loi a pour devoir le hurlement : parce que la loi eût frappé sur Balzac ou d’Aurevilly. Il doit crier chaque fois qu’il défend en sa personne l’Archiconfrérie des Lettres , et se taire lorsqu’il subit un mécompte d’anonyme, tout privé, et qui ne se rapporte pas à sa qualité cérébrale. Jamais l’intellectuel conscient de la solidarité ne se laissera malmener sans crier : son rôle est de clamer « justice » comme aux décrets de mars ; telle demeure notre infirme nature que nous ne savons nous indigner qu’aux maux que nous souffrons. Derrière toute réforme, il y a le besoin personnel de celui qui la demande et l’impose.

L’intérêt général profite de l’intérêt particulier, l’exceptionnel pour vaincre s’appuie à un assentiment collectif. M. Naquet a plaidé et gagné sa cause propre dans le divorce : et notable ironie, le bien qui se fait au monde, a pour cause unique la violence d’un égoïsme révolté.

Le prêtre romain seul est tenu à une charité qui ne se restreint pas, au prosélytisme sans choix ni exception. Le clerc, lui, ne s’adresse qu’au petit nombre; mais ce petit nombre, avant les immortels principes, pesait plus lourd que le troupeau national aux balances des événements. Aujourd’hui, la question d’art est devenue une question corrélative de la religion. Je déplore, mais je constate que les plus hauts fronts et les plus nobles âmes ne sont plus en vassalité devant le sacerdoce : le clergé ne produit plus d’artiste en conversion. Le P. Monsabré, peut-il remplir auprès des femmes et des lettrés le radieux rôle d’un Lacordaire, d’un Gratry : Non. Un prêtre dont la parole fait suite à Platon, l’auteur des Harmonies de TÊtre expliquées par les nombres, l’abbé Lacuria n’a jamais été considéré même par ses collègues; en revanche, on a des P. Lavy qui édulcorent aux •dames des passages thomistes !

Bone Deus ! Faut-il être peu confesseur pour croire qu’une femme a autre chose en elle qu’un cœur et parfois des sens.

Donnez des pommes aux poissons et des idées aux femmes, c’est même : sans passionnément l’âme humaine s’avachit : et puisque ceux qui .pourraient agir divinement sont absents, il faut que l’esthétique fasse l’intérim de la foi.

Que les méchants n’entendent pas une hétérodoxie : rien ne tient lieu de piété pas même l’œuvre, pas même le chef-d’œuvre : on ne prône donc point d’aller au Louvre au lieu de rVêpres; mais en bonne foi celui qui écrit ces lignes, veut-on qu’il aille entendre le P. Monsabré absoudre l’inquisition ou bien Monseigneur Freppel prêcher le banditisme colonial : l’oint n’a plus que son onction pour lui, nous ne différons donc qu’au Sacramentel : et même le commentaire des livres saints appartient pour la supériorité aux laïques : constatation et avertissement.

Ce qui pousse l’éthopoëte de la Décadence latine à cette rude besogne d’écrire un livre en trois jours, c’est précisément sa conviction qu’au tournant de l’Art, il y a des fuyards de l’idéal à remener, des recrues à faire.

Tout disparaît devant la Théodicée, mais, mieux vaut encore un dévot de Léonard qu’un bourgeois. Celui qui va souvent au Louvre peut être entraîne à Notre-Dame.

Quand on songe à la génération de demain, à ces morveuses, à ces sauteurs qui ne sauront pas le nom de Jésus et de Marie, on appelle de toute sa rage un hercule qui nettoie la France comme une écurie et si le général Boulanger est l’homme qui balayera les laïcisateurs, nous, les esthètes catholiques, frapperons une médaille de reconnaissance :

A Boulanger-Soter

Au reste, le général Boulanger appartient à l’esthétique. A-t-il la terrible volonté d’un condottière italien ? Il a du moins un côté décoratif qui a pris le peuple par les yeux : dans son succès on sent un peu le besoin d’applaudir au grand premier rôle national.

Avouez qu’à côté de l’affreuse et repoussante hideur d’un Ferry, Boulanger devient Appollon ! enfin ce soldat n’est pas un égalitaire, ce n’est pas un Ramollot, avec lui un homme supérieur ne nettoyerait pas les latrines comme coopération au salut de la patrie. Son aspect théâtral, son respect de l’intelligence lui méritent l’appui des artistes.

Ceci n’est pas de la politique : la France actuelle ne doit songer qu’à être assainie ; ce, n’est pas un dictateur qu’on réclame, simplement un colossal agent-voyer, au nom de Léonard et de Michel-Ange !

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