‹ Le Salon de Joséphin PéladanChapitre 7 sur 37 · SALLE XI · texte numérisé non relu

SALLE XI

A droite, Didier se débat contre toute une manade. Certes, animal noble et fier, le taureau a gardé longtemps avec une tête humaine et mitrée, les seuils royaux de la Babylonie ; mais la barbarie languedocienne a fait de ces libres et sacrés animaux un sport infâme et les évêques de Nîmes, d’Avignon et de Marseille, et les prélats d’Epagne et le Nonce sont assez lâches ou insoucieux pour ne pas renouveler les bulles d’excommunication contre lé brutisme espagnol, nîmois et arlésien. Bien pensant, Colin Libour ne laïcise pas et sa sœur de charité apparaît proprette et attentionnée auprès d’un berceau.

Vraimeht Bergeret mainïe les tons savoureux d’une sorte éclaante : son trop grand tableau éblouit de couleur et je gémis qu’à faire de la peinture matérielle, il ne mette pas le velouté de ses pêches, ses fraises et ses crèmes à des fesses et des seins : faites des femmes, Bergeret, ce sont encore les fruits les plus merveilleux, ils rendent la morsure :

La Béguine que Bichon Bernet fait cheminer au bord d’un canal a du caractère. Daux^ cette fois égrillard, a imaginé une partie de campagne nue où ces demoiselles valsent tandis que d’autres frappent des tambours de basques, assises sur des moellons païens.

Collin avait déjà obtenu un mérité succès avec une poétique baignade d’étés Sa blonde, qui porte une branche de fleur con-

fuse et belle, semble l’illustration de ce sonnet si joliment traduit par M™® Clémence Couve en sa version de Rossetti.

« En ce beau jour de juin, aucun souffle n’agite les frêles fleurs des haies, mièvrement emmêlées, la main s’oublie dans la main ; silencieux dorment les bois et à peine si une brise vient rafraichir les baisers.

« La rivière que parfume le saule réfléchit le ciel en ses profond deurs; les yeux se mirent dans les yeux et d’heure en heure, les frais enchantements du clair obscur changent en ce règne de l’été ; le duo des âmes s’épanouit sous un dôme céleste, fait de sourires et de soupirs »

Un christ étrange à peine perceptible à travers une épaisse fumée inexplicable ; Bengy décofléte une dame, Chayneau mène des moutons et Cabat se distingue trop de son glorieux homonyme, qui choisissait ses sites, raconte Gautier, sur l’appel des grenouilles.

Bougre. ! . Bouguereau cette fois a cuit une porcelaine qui ravirait les lycéens de douze ans et qu’un mauvais lieu pour novices achètera sans doute ; cette baigneuse a une draperie à côté d’elle d’un violet d’enseigne, et ce violet a une histoire.

A l’autre bout de la salle 1 1 , tout en haut, un toréador en violet ; le peintre s’escrimait à chercher son ton quand William lui dit « naïf, je sais un marchand de couleur, où il y a un violet nouveau; très bien, qu’on a qu’à étendre » ô le violet de Bouguereau n’est rien auprès de cette page, étonnante la lamentation d’Adam et *d’Eve sur le corps d’Abel : cela dépasse les colonnes d’Hercule du néant, et cependant, empêchera-t-on le Yankee, de se dire « hum I c’est encore celui qui ressemble le plus à Raphaël. »

En effet, je pourrais en deux pages expliquer comment la niaiserie calme joue la sérénité; le silence, la profondeur et l’absence de qualité, une absence de défaut ; mais je ne croirais pas digne de descendre à cette démonstration. Si vous ne sentez pas, de vous même, que le Bouguereau est, sans contredit, le

scandale de bêtise et le parangon du ne'ant, partout où il se trouve, alors je vous prierai de jeter mon livre : Madame, vous êtes vraiment trop sotte, et vous. Monsieur butord ; on ne traite pas les incurables, ni on ne fait l’éducation des hébétés.

G. Claîrin a ipis sur pied la petite infante de Velasquez (galerie Lacaze), et l’a noyée dans toute une cour d’Espagne, d’un pinceau blond et intéressant ; M. Deîanoy a passé trois 'mois de sa vie à faire ressemblant un trie à trac et autres bibelots ; que l’Art lui pardonne ce goût dépravé et niais.

Dans l’atelier de Beggîo^ quatre femmes se sont rencontrées, toutes quatre intéressantes ; beaucoup de Salons dans, le monde ne touche pas tel quatuor.

Ca\in est surtout un paysagiste : sa poésie, sa touche, son originalité, sont des facultés du genre rustique ; aussi devrait-il ne pas gâter ses paysages avec des figures qui ne sont pas de Millet, et qu’on croirait des l’Hermitte attristés et ternis. Sur le lit de M, Ballavoine^ joli nu.

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