CHAPITRE XII
8CBITK BT IirEXPLICABLS BtTOLVTION D'HVMBUK.
Le lendemain, la physionomie de M. Forster offrait un aspect fort différent de celui qu'elle avait la Teille. Contre toute apparence de motifs, et conti*e ses habitudes générales, le vieux gentleman manifestait une satisfaction et une bonne humeur à toute épreuve. 11 était devenu Toptimisme même. Ses gens le virent se promener au jardin de grand matin , riant tout seul et se frottant les mains* C'était la première fois que cet événement arrivait* Comme il visitait son verger , il trouva l'un de ses jetuies poii'iers nains que le vent avait déraciné. Il se contenta de le replanter lui-même, sans appeler son jardinier , pour lui faire sa leçon et le rendre
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solidaire des fôutes de Torage. A déjeuner, ses œufo lui furent servis à peu près durs , et il eut la candeur de ne s'en prendre à nul autre qu'à lui de cette calamité. Il avoua qu'il avait eu une distraction , et qu'il s'était trompé d'une minute , montre i la main , en les plongeant dans l'eau bouillante. Cette méritoire confession ne surprit et n'édifia pas moins la cuisine que l'antichambre.
Lorsque Jenny était descendue' au parloir, ses' beaux yeux un peu battus, grâce aux émotions de la nuit, elle avait fait provision de courage et de patience afin de supporter angéliquement l'inévitable sermon paternel qu'elle s'était attiré. Il ne fut pas question seulement du moindre reproche. M. Forster l'appela sa chère fille et la baisa en souriant sur le front.
— Mortimer est mieux ce matin , dit-il; il a eu de mauvaises heures , par exemple , hier soir. Le délire l'avait pris. Jusqu'à minuit il nous a bien tourmentés , mais ce transport était la crise de son mal. Elle a été salutaire. Avec elle a disparu la fièvre. Un profond sommeil lui a succédé, qui l'a rafraîchi et calmé. Le voici hors de danger. Quelques soins encore et de la prudence, et la force delà jeunesse achèvera le reste de sa guérîson. Malheureusement, c'est une folle tète à laquelle il est difficile de conseiller efficacement la sagesse. Groiriez-vous iqu'll voulait se lever tout à l'heure? Et puis, voici
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que ses projets de départ lui sont revenus derechef et de plus belle et j'ai bien peur qu'il soit impossible de les déloger de son cerveau. Nous venons d'avoir une longue conversation où il ne m'a pas parlé d'autre chose que de son inébranlable résolution de s'en aller à Londres la semaine prochaine , afin d'être à même de commencer ses études de droit, à la réouverture des cours.
— Eh bien , mon père , est-ce que vous le laisserez partir en l'état où il est? s'écria Jenny avec vivacité.
— Non pas assurément, s'il y a pour lui le moindre risque. Mais à son âge la convalescence va vite. Nous verrons au surplus comment il sera. Quant à l'empêcher d'ailleurs plus longtemps de suivre son désir, ma foi, j'y renonce. Ce pauvre garçon, j'en ai peur, s'ennuie avec nous. Qu'il essaie donc d'un changement de lieu ; qu'il tente la fortune; qu'il se divertisse un peu. Nous lui devons tant à présent, ma Jenny, que je n'ai plus le droit de lui rien refuser.
A cette confidence imprévue des résolutions de Mortimer et du consentement qti^y donnait M. Forster , la jeune fille s'était sentie frappée d'un coup violent. Oh! elle aimait son cousin, hélas! et elle l'aimait trop. Ses transes de la nuit , et mieux encore la poignante douleur qu'elle éprouvait maintenant , le lui disaient à ne point s'y méprendre. Tout a II
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•on eœiur 8*était gonfle au discours de son père. Sous prétexte de regarder dans la rue un régiment écossais dont la musique annonçait le passage , elle fût yers la croisée dérober quelques larmes qu'elle ne put contenir. Ainsi Mortimer ne Taimait point, puisqu'il s'éloignait! elle s'était trompée! on ne l'aimait point et c'était elle qui aimait ! Quelle humiliation , quelle souffi*ance! Le dépit lui eut bientôt essuyé les yeux.
— En eiFet, dit-^Ile d'un ton qui n'affectait pas l'insouciance, tandis qu'elle se rapprochait de son père; en efiet, Mortimer ne doit pas s'amuser beaucoup ici; il n'a pas tort, je crois, de chercher ailleurs des distractions , et tous aurez raison de l'y autoriser dès que sa santé lui permettra de partir.
M. Belfleld était suryeuu là-dessus; la pauTre 'Jenny, qui avait grand besoin de solitude, profita de l'occasion pour disparaître.
La causerie fut terne et languissante entre les deux Tieux amis, durant cette matinée, car ils ne se disputèrent pas. M. Belfield en abrégea d'autant sa Tisite , impatienté d'avoir affaire à un homme qui , la première fois de sa vie , s'obstinait à ne pas le contredire.