‹ Le salon de lady Betty: mœurs anglaisesChapitre 4 sur 49 · UNE F£KK · texte numérisé non relu

UNE F£KK

Delly,que Dieu lui pardonne, elle respirait un bouquet de Rivalto , un bouquet de fleuri , si rares , d'un si haut prix alors , qu'elles semblaient être nées du seul ampur de Rivalto, de son souffle créateur pour elle ! Qu'oubliait-il pour la rendre heureuse de son choix, pour lui créer un devoir de l'aimer? Aussi , elle ne pensait plus à Hayerdale : à peine elle l'entreyoyait dans ses joies flottantes et lumineuses, comme un rare décoloré dans un coin désert de son palais d'erreurs : coin triste d'oii elle se bâtait de d^urner la Tue, comme on retire sa main de la pression furtiye de la glace, si douloureuse à Tépiderme moelleux et brûlant.

D'abord elle ouvrit lentement ce qu'elle crut être une nouvelle surprise de l'ingénieux amour : par degrés , la couleur oubliée de ce mouchoir , les fleurs brodées par elle, et souillées de sang, la remplirent d'une terreur superstitieuse, et la seule ligne ajoutée à ce reproche sombre, entra jusqu'au fond de la femme infldèle ; elle pâlit et fut obligée de s'asseoir; l'air fut troublé autour d'elle; elle porta ses mains à son cœur comme si le poignard invisible d'Haverdale l'eût atteinte. Elle comprit alors le ft'isson glacial de la blessure d'une épée, et demeura immobile sous cette sentence vengeresse : pour la première to\% elle se demanda ce qu'onpeut devenir en apprenant que l'on n'est plus aimé f...

UNE FEMHE. 47

Un abattement mélancolique succéda à l'agitation de ce cœur jusque-là si brave; tout le passé reparut vague et défait comme un paysage lointain à travers une pluie d'orage; mais elle n'en supporta pas longtemps Taspect désolé, le front de la coupable sUnôlina vers la terre et elle pleura î

Elle pleura et dès le soir même, des ordres

sans retour furent donnés à l'homme d'affaires de sa famille , de vendre toutes ses possessions en An* gleterre avec la promptitude d'une volonté de femme anioureuse qui cède au désir de celui qu'elle aime , c'est-à-dire au commandement de Dieu; car Rivalto Favait demandé à genoux; car lorsqu'elle pleurait accablée à la fois sous l'horrible hommage d'Haverdale, et sous les fleurs de son rival adoré, il la regardait, épiant avec une ardente curiosité les moindres impressions , les plus secrètes pensées de Fanelly ; debout et muet devant elle, il la regardait et ne put retenir longtemps ce cri : u Tu pleures ! » qui la relira de son abtme de pénitence et fit envoler tous les mauvais présages. Rivalto souffrant pour elle! Rivalto troublé de ses larmes, 6 Dieu! comme il les sécha vite sous le feu de son regard ! car ces craintes jalouses, déjà si saisissantes quand le jaloux est aimé, il avait l'art charmantde ne les révéler que par des caresses plus tendres, des plaintes passionnées et des baisers plus vifs : leur puissance endormit plus profondément que jamais le

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remords entrevu à la lueur d'une prophétie affreuse, impossible! Riyalto le jure, il étouffe d'un mot l'image souffrante d'Haverdale, et la pitié qu'il ose apprendre au cœur qui lui appartient ! Alors, tant de serments, tant d'avenir, tant de jours purs sont évoqués et promis pleins d'inépuisable amour, que la funèbfe impression du billet s'efface, que les derniers vestiges d'un deuil importun sont brûlés •par une main ferme après une de ces heures où la femme aimée ose se dire': « Où est le ciel, s'il n'est pas où je suis! » D'autres heures l'entraînèrent ivre d'une félicité sans mdange ; elles naissaient et mouraient sur deux cœurs si également charmés ! c'était merveilleux à voir comment Rivalto, tout Rivalto soumis, enchaîné d'un sourire, faisait ployer aux pieds d'une timide femme étonnée de son empire, sa taille haute et souple, ce front où toute la majesté de l'homme semblait empreinte : 'en fallait-il plus à Fanelly pour lui faire espérer sans terme une félicité où il ne manquait plus que le serment prononcé devant quatre au lieu de deux témoins?

Bnfin tout est prêt pour la consécration, sans éclat, de ce mariage, qui ne sera célébré dans toute sa pompe qu'en Italie, sous un soleil digne de l'éclairer. »

Rivalto l'a dit! des lettres de Rome les appèlent; il baise et montre cette lettre qu'il fait aussi baiser

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à Fanelly, impatient et fierqu'U est d'emporter son frais trésor loin de la froide Angleterre.

— T9ul lien, ma douce orpheline, ne tous retient plus , j'espère ?, . ,

Elle sourit.

— Quel Toyage Riyalto !

— Pour le pays des fleurs, ma bien-aimée :

pour les jardins embaumés de ma.yilla maternelle, dont TOUS baisez les parfums , jaloux de tous nourrir pour moi : et si je retombe encore dans cette frénésie envieuse de vos premiers jours ! que j'ai tant expiée , Fanelly ! je vous donnerai mon père pour me gronder , afin que de toi , de tes lèvres d'ange ou de clémente fée , je n'entende jamais qiie le mot pardon ! veux-tu ?

Elle le voulut bien !

Elle ouvrit en silence le petit meuble à secret entre deux croîséea, autrefois dépositaire des lettres et de l'anneau de Larry , et chargea le$ mains de Rivalto de toutes les riches preuves qui déracinaient sa vie du sol de la Grande-Bretagne. Toute sa fortune était réalisée ; ses diamants scellés avec ordre et amour sous le cachet de Rivalto qu'elle lui avait dérobé la veille en souriant et à cet effet.

Toute cette scène d'émotion fut muette, rapide comme les baisers qu'amassait Rivalto sur les belles mains de Pauelly.

•— Cette pendule avance ! dit-elle le même soir,

50 uns FSMIS.

car la pendule frappait huit heures, et Rivalto' n'était pas auprès d'elle ; et cependant, Gaipetti, seul valet de confiance qui la suivit partout , était entré dans Thôtel, montant le cheval de son maître, qu'il attendait dans la cour.

Le roulement léger et bien connu d'une voiture ne se fit entendre qu'après dix heures , et l'élan qui apporta Rivàlto jusqu'à l'appartement de Fanelly fût si prompt qu'il respirait à peine en PabordaM. Quelque chose de funeste s^nblait avoir en quelques heures altéré sa contenance.

— Qu'y a-t-il? demanda Fanelly, sans pouvoir s'avancer elle-mèàie , tant elle fut frappée de cette altération.

— Il faut partir, répondit-il avec un^ précipitation extraordinaire.

—'Partir!,.. Quand?

,— A l'heure même. Il le faut, sur ma purole, Fanelly.

— Celte' nécessité. mé frappe, me«urprend, Rivàlto... dites?...

— Pas de questions auxquelles je ne peux répondre; le temps nous manque; une heure d'hésitation , et vous me perdez sans retour.

— Vous perdrfe I grand Dieu ! . . .

Un coup du large marteau <^ cuivre retentit sur la porte de la rue. Gaipetti hors 'd'haleine se précipita dans le vestibule où son tnaitre , qui at-

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tendait son retour sans doute, courut à sa rencontre. Immobile d'anxiété , Fanelly prêta vainement une oreille effrayée aux paroles basses qu'ils échangeaient entre eux; elle ne saisit que ces dernières paroles de Rivalto : — Deux chevaux 4e plus à la voiture , et le nûen prêt dans un quartd^eure. Après quo» elle le vit reparaître plus calme, et se posant devant elle avec une imposante gravité': — Écoute, lui dit-il : si tu hésites à te confier à ma protection , déclare-le hardiment : quefie que soit ma passion pour toi , je suis le dei^ nier de ce monde qui voulût par la violence t'ei^ traîner à une action que tu n'aurais pas sonha^e ardemment toi-même : je partirai seul.

II y avait tant de loyauté dans cette profesôon de foi, tant de désespoir au fond de ces mots : /9 parét'rai seul, qu'ils ne manquèrent pas de produire un effet magique sur. cette créature défaîl* laute. Après quelques secondes d'un terrible sns^ pend qui lui déchirait l'âme , elle regarda vivement Rivalto en lui tendant les mains, n'essayant pas de remplir l'impossible tâche de lui résister.

— Allons H répondit-elle avec un proibnd. soupir, ce sera donc comme un enlèvement!

"^ Que dis-tu , Fanelly I de quel mc^ ^avan« tes-tu ta pudeur? enlève-t-on sa femme ? et n'estu pas la mienne 9» viens donc^ ou je meurs avant de te quitter ! suis-moi , ma vie , pour nous unir ;

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mais ailleurs, mais en sûi*eté, mais loin d'ici! viens donc !

-*- Viens donc ! Tiens donc ! répéta Fanelly délirante à son tour et l'entraînant de toutes ses forces vers la porte , dans l'ei¥roi de lui nuire eu restant davantage. Il la retint doucement dans ses bras, pâle encore , mais apaisé par la certitude du dévouement de Fanelly qu'il pressa sur son cœur battant avec passion.

^ Remets-toi, dit-il, Galpetti va revenir pour nous suivre seul , pour veiller à tout ce qui peut nous sauver l'embarras du voyage ; tout ce que je possède en or, en billets , est déjà dans ma voiture pour le joindre à ton or , à tes biens , à tes diamants, si peu nécessaires pour te parer! et à quelques vêtements utiles pour ma chère Fanelly!

— Rivalto ! parle ! s'écrla-t-elle dans un tendre et dernier eflort : es-tu menacé , compromis dans quelque affaire d'état , comme le bruit en a circulé sourdement ? chargé de quelque mission politique, honorable sans doute, mais dangereuse !

— Fanelly ! par le nom du ciel , ne m'interroge pas : le temps vole, cruelle! peux-tu me terrasser par une curiosité vaine , quand je n'ai pas une minute pour la satisfaire?

Fanelly n'ouvrit plus les lèvres ; pour la première fois une expression sévère , un pli formé par l'impatience sur ce beau fh>nt, un je ne sais quel mou-

▼ement hautain d'épaules donnait à Rivalto Paspect d'un maître. Elle sentit quMl était le sien , elle se hâta aussi de le supposer poursuivi par un danger bien grand, puisqu'il le jetait dans ce dur oubli de lui-même ; et elle se fit une loi de respecter son silence : ce silence Fétouffait pourtant, mais toute puissante qu'elle se voulait sur sa plus forte moitié, Fanelly était Anglaise et douée d'une propension touchante à l'obéissance; elle prépara, bouleversa , rassembla tout pour leur fuite , n'emmenant de sa maison que Grisèle , fiUe douce et fidèle qui dut la rejoindre le lendemain après avoir rempli les ordres généreux de sa maîtresse qui congédiait en les récompensant ses autres domestiques. Une heure suffit dans le mystère le plus impénétrable pour accomplir et couvrir cette imposante action de» sa vie que Rivalto hâtait avec une fiévreuse impatience, ne perdant pas un seul des mouvements de cette femme sublime alors de silence et de soumission : aussi, à travers l'espèce d'égarement qu'il ne pouvait maîtriser, ému de l'abandon sans borne de JPanelly muette, 11 tomba tout â coup à genoux devant elle avec toutes les marques d'une adoration sainte, et jura d'un ton solennel qui releva sa maltresse au ciel d'où elle se sentait tombée , qu'il ne sortirait de l'Angleterre que l'époux étemel de Fanelly Galt.

' Elle posa la main sur son front si cher sans par-

M un FXHiu*

1er d'abord, puis, le regardant airec des yeux rayoniQastft décourage et d'une étrange joie :

— A présent, s^écria-t-ellc, je le mérite. Oh ! Ri- ▼alto ! qu'un de?oîr rempli r^d èeureuse !

A peu de distanee d'une petite ville calme et déserte, où Grisèle devait le matin même rejoindre sa jeune maîtresse, un accident de route sm^enu à la voiture, les força tout à coup d'«n descendre; Fan nelly monta le clieval léger de Rivalto, tandis que son valet Calpettl travaillait ardenunent à pousser Ja roue endommagée, jusqu'à cette petite ville qu'il avait d^à traversée à leur pi«mier passage de Douvres à Londres; comme il en connaissait toutes les localités, il indiqua à son maître, absorbé dans ses «oins pour FaneUy, la seule et misérable auberge où il serait obligé de l'attendre.

Xa belle Fandly»Galt, se livrant enfin tout entière â la foi de son noble époux, n'était-elle pas alors la plus dévouée comme la plus heureuse des femmes? elle voulait l'être du moius. Elle n'admettait pas que protégée par le courage et les regards ardents du seul ^tre qu'elle aimât au monde, sa sécurité pût être un insUnt troublée ; non plus que sa passion obscurcie par la faiblesse et l'indéfinissable mélan* jQoliequifaisaitpeserses mains sur tes rênes ducheval

dontia Tîgiiettr râoignait raj^âenipnt 4e tons ceux qui l'aTaient ^ûmée. Elle s^^toooa .surtout et s'indigna contre elle-même de frissonner d'un rêve, d'un fanltoe qui l'obsédait et se posait devant elle au mâieu du chemin désert sous la figure, morne et triste du jeune lord Haverdale.: lui montrant d'une main obstinée et cruelle, cette ligne menaçante, ce mouchoir sanglant tout récemment détruit par elle.

— Vous avez quelque chose, Fanellyt s'écria ftivalto qui la vit pâlir et s'arrêter.

— Toutes mes bénédictions sur toi , Rivalto , lui répondit-elle avec un regard d'angélique abnégation et de religieuse confiance.

Après quelques heures de repos dans cette petite TÎUe , Fanelly fut conduite à l'autel et Daariée par le ministère d'un prêtre vénérable. Cet acte splennel , cette sanctification de sa passion devant Dieu, la déliva de ce trouble , de ce sourd murmure, qui £usait trembler son cœur dans sa poitrine et dont gémissait sa pudeur. Une félicité grave prit place Jiuprès de son immobile amour. Restée seule dans l'auberge presque inhabitée où l'avait ramenée Rivalto , dont la lenteur de Galpetti et le retard de Grisèle renouvelaient la dévorante impatience, elle voulait le suivre des yeux à travers la fenêtre basse et ouverte qu'un jeune arbre en fleurs voilait de son doux feuillage; mais cette fenêtre ne donnait fâs sur la grande route, set la vue de Fanelly se

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perdit dans des chemins de traverse et de vastes champs , dont quelques troupeaux épars animaient seuls rétendue monotone.

— Que ritalie, se disait-elle, sera charmante A voir avec ses enchantements qu'il raconte si biéni avec ses palais blancs, son soleil de feu qui a fait son àme ! et ses bois d'orangers. Mon Dieu ! quand serons-nous dans la belle Italie? car, n'est-ce pas une erreur bien enfantine que cette religion tant parlée du berceau? Qu'y a-t-il donc ici pour moi? Qui m'y retient? Et deux larmes qu'elle ne sentait pas couler démentaient cette apostasie dont L'amour seul peut inspirer l'audace.

Un irrésistible sommeil se répandît par degrés sur son intelligence et la plongea dans des songes vagues et immobiles. Cette nuit haletante d'émotion et de peur , l'étourdissement d'un voyage rapide et sans repos , le tourbillon qui l'enlevait dans cette fuite imprévue dont elle ignorait encore la cause , avaient abattu les nerfs délicats de Fanelly; l'assoupissement d'une fièvre légère suspendait déjà ses idées; sa tète encore tournée vers le ciel s'était inclinée sur son épaule quand un cri perçant brisa ses rèvesconfuset l'éveilla. Rivalto s'élança presque en même temps dans la chambre où il l'avait laissée ; l'horreur était peinte dans ses yeux plus grands , plus noirs que d'habitude.

— Suivez-moi , balbutia-t-il d'une voix basse et

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concentrée; et se^ lèyres amincies par une contraction singulière pouYaîent à peine articuler ce peu de paroles.

Me Toîlà ! répondit Fanelly avec nn tremblement liniTcrsel , oii sommes-nous? quelque chose d'horrible vient d'arriver ici, monsieur, sayez-YOUs?..*

—Paix! cette fenêtre n'est qu'à hauteur d'homme; elle ouvre sur un champ désert... cette issue est i nous... et voici Galpetti, sur mon cheval, prêta fuir.

En efiet, la tête de Galpetti, à cheval, s'avançait presque dans la chambre : sur un signe compris de son maître , Fanelly , qui ne parle plus , est enlevée par son mari qui la porte dans ses bras; Galpetti la reçoit dans les siens, l'assied presque morte sur le cheval qu'il a quitté pour un autre, et Rivalto se jette auprès d'elle , impétueux et léger comme le vent qui les entraine dans l'espace.

Il franchissent ainsi plusieurs milles sans rompre refirayant silence de cette course* mystérieuse. Us semblent voyager dans l'air; leur double poids ne fait , on le dirait , qu'exciter , en l'irritant, la vitesse de l'animal enfiévré qui les emporte. Rivalto serre à tel point contre lui sa frêle proie , qu'il ne i^ît qu'un corps avec elle, elle dont le soufBie menace à tout coup de s'éteindre.

— Àrrête-moi I arrête-moi ! s'elforce-t-elle de jeter au dehors ; mais ce son faible nieurt comme un

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sifflement d'oiseau dans la brise et daas le bruit des feuilles. d'aTrîIiquicQiiyreiit déjà leur ^outç: les prés , les collines , les moulins , les rinëres j tout fuit derrière eux y tout recule et s'entoce à perte de vue, quand tout à coup lecheyalquia bronché suspend l'indescriptible élan qu'il a sou^ tenu comme par magie et se Ase pour reprendre baleine ou mourir.

Une soirée sereine et fraîche terminait un des plus beaux jours du hâtif et chaud printemps. Ils ayaient aiteint lesJ>ords d'une yaste forêt deyant laquelle s'ouyrait la perspectiyela plus profonde, oik le soleil tcmibait au loin dans l'Océan ; l'aspect de la nature était sublime dans son repos doux et rèyeur.

Riyalto, descendu seul d'abord» se retourna yers Fanelly qui vivait à peine.

— Ce paysage ne yous enchaqte-t-il pas, ma femme ! dit-il, en le décrivant avec l'enthousiasme et l'eniiphase qui l'avait tant de fois transportée, et qui cette fois Tétonna.., Elle attendait, il faut le dh*e, une question plus relative à leur situation présente , et cette quiétude recouvi'ée en si peu d'instants , ce pouvoir facile de. poétiser une scène si brisante pour elle , la frappa d'une triste surprise.

— Il vous calmera, continua-t-il en la posante terre. Notre cheval est épuisé , et nous avons J>ien acheté , comme lui , le droit de nous reposer sous .ces arbres. Galpetti va nous rejoindre.

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En paiiaot ainsi il pénétra dans le bois av«c Fanelly qui le sulTait lasse et «oumise; après avoir attaekéaan eheyal à Fundes arbres de cette épaisse forêt , ils s'assirent tout deux sur Therbe ; Fanidly, tendre , troublée , mais eonliante; Rivalio, cbangé , sortant comme par degrés sde son ouiinUen théâtral d«mt la noble éUgauee avait enveloppé jusquelà son aspect d'une irrésistible séduction. 11 s'étendit brusquement sur l'herbe et parla : le doux charme de sa voix était rompu. Pourquoi ?•... Fanellf stupéfatîte regardait tomber chaque prestige comme du fond d'un cauchemar éveillé, et ne voyant fbi» enfin à ce jeune homme toiyours beau , mais d'uue beauté farouche , que des manières rudes et insoucieuses, elle essaya d'articulé quelques idées timides, effrayées, sans ordre, auxquelles il ne répondit que par un rire bruyant ict plein d'ironie.

L'étonoemeni de cette infortunée tint d'abord de la stupeur. Cette transfiguration lui sembla l'effet delà fièvre et d'un affeeux délire; eUe croisa fortement 'ses mains sur son front pour attendre , environnée d'apprâiensions et de mystère, qu'elle le reconnût, ou s'éveillât?

Le sMence qui suivit fkit étrange et Ameste.

•*:€e cri... murnuira-t-^Ue enfin,. ce cri Wiîslre de : ià basl Riralto^ d'où pi^venait-il?

- De Térésitayr^ondit fixiîdement ntdi^.

00 OHB FSVMS.

— De Tërésita î . . qui donc est-elle cette Térésita ?

— Elle était ma femme.

— Horreur!... — Elle ne put continuer, et demeura sans Toix, sans couleur, comme si un coup de hache eût foît éclater sa raison.

Rivalto qui prêtait yainement Foreille au roulement attendu de la Toiture, s'approcha de FaneUy foudroyée.

^ FaneUy ! dit-il d'un ton ferme et déterminé, à l'avenir plus de ces crises , de ces terreurs , de ces délicatesses de femme; je n'y crois pas. Je m'y suis longtemps prêté : mon intérêt le voulait. C'est assez. Maintenant, que le passé ne soit jamais rappelé ni reproché ; je suis maître de votre fortune : voulez-vous suivre la mienne?

— Fortune! qu'est-ce que c'est que cela? —

Suivre ! ... qui ? l'époux de Térésita ! dit avec égarement FaneUy.

— EUe n'est plus rien... eUe n'est plus là, vous dis-je. Vous n'entendez donc pas? Que faire d'une plaintive, d'une jalouse? — Poursuivi sans cesse, menacé d'être découvert par elle , que vouliezvous que j'en fisse? — l'imprudente s'est perdue eUe-même : eUe voulait parler, je l'ai fait taire» Que tout soit dit sureUe. A nous deux seuls, maintenant. Répondez : voulez-vous me suivre en Italie? L'Angleterre est usée pour moi, et je vous aime assez pour me charger de vous.

-- Mourir ! mourir ! s'écria Fanelly qui tordait ses mains avec désespoir , en détournant ses regards ayec horreur.

— Finissons alors, répliqua Rivalto sans au» cane émotion. Vous êtes lâche , tous méritez votre sort. Déliyrez-moi donc ce diamant afin que je l'ajoute aux antres; c'est un des plus beaux, il n'est pas juste que je le perde. En même temps il détachait une riche agrafe qui retenait Técharpe de Fanelly.

-^ M'assassiner! cria-t-elle épouvantée , pour., • oh! je ne dirai jamais ce mot là !

— - Non , pas de remèdes extrêmes sans néces* site,

Rivalto n'en dit pas davantage , mais saisissant Fanelly, il voulut étou£Per dans sa bouche les clameurs de déti'esse qu'elle poussa tout à coup vers le ciel. Mai$ il n'en eut pas besoin ; car eUe resta sans Inouvement dans ses bras farouches.

Fanelly inanimée , le sein resté nu par le vol de l'agrafé, fut, avec son écharpe même, fortement attachée à une vieux orme, où Rivalto résolut de la laisser pour ne pas la tuer tout à fait.

Mais à cette heure où tout est mystère dans la campagne, où tout ce qui Phabite est porté à des impressions tristes et graves , ce bois si solitaire en apparence et déjà presque voilé par le crépuscule, n'était pas entièrement désert : quelques chasseurs

63 UHft nuit*

le parcoufausnt encore. Les criSf d^agonîe d'une femme avaient été faiblement ettte»iu6 ^areux^ et un homme qui parut tout à coup parmi les sn^ bres moins touffus à cette place choisie pour un crime , fit dresser la tète du brigand ; le reflet en*-coi*e roug^ du ciel , sur lequel se découpait cette appai'ition inattendue et sombre comme une silhouette , fit d*abord penser à Rivatto que ce pou^ Tait être €alpetti , qu'il interpeHa mement en italien : il ne reçut pour réponse qu'une maHédictioft énergique en anglais; et dans sa précipîtatîoii pour se jeter sur le malencontreux témoin de cette scèneatroce, il glissa sur la moussehumide et tomba^

— Prince Rivalto ! cria le chasseur, j'avais lii ton âme sur ta figure Ml y a une dette de ssng entre noos. Bien qu'il fasse un pes nuit , j'y ver* rai , j'espère , assez pour signer ma quittance. De~ bout donc , et finissons.

Rivalto qui sans parler avait saisi d'une maia son poignard et de l'autre une épée, se releva d'abord avec une feinte lenteur; puis, tout à coup, I^offlpt comme le sanglier qui se retourne, il s'élança sur son ennemi pour le tuer sans com^ battre : mais moins heureux que dans sa première rencontre, moins sûr de lui sans doute, après une courte et effroyable lutte le large couteau du chasseur lui traversa le corps; il ne poussa qu'un long cri de rage et de douleur , puis retomba pour

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ne plus se relever. Ses membres se raidirent, ses traits féroces , mais beaux enc<ve , s'immobilisèrent dans la dernière conyulsion de la mort. •

— Pensez-vous qu'elle respire encore? dit lord Haverddle en suivant Bingley qui Favait alors rejoint et qui cachait sur son épaule la figure de FaneUy presque morte.

Bingley haletant sous l'émotion et le poids de la jeune femme encore évanouie , ne répondit pas et se rendit vers sa maison où il la remit aux soins de sa mère et de ses femmes.

Dans la soirée, Uaverdale qui. ne voulait] ni revoir FaneUy ni passer la nuit sous le même toit qu'elle, partit après avoir adressé cette courte prière à Bingley en se penchant vors lui du haut de son cheval.

— Puisqu'il est écrit, Bingley , que vous recevrez tous lés contre-coups de ma destinée, veflkz sur cette femme qui me reste odieuse, bien que j'en sois trop vengé. Ne la quittez que guérie; après venez me rejoindre en France où je vais vous attendre. Là, j'aurai besoin de vous, partotH j'aurai besoin de vous! Mais en France, comme partout, jurez-moi dès aujourd'hui que vous ne me rappellerez jamais le nom que je vais effacer de ma vie.

— Je ne vous le rappell^ai jamais, repliait kc<Niiquement Bingley en lui serrant la mfflo.

64 VUE rrau*

Gomme deux Traîs Anglais, Haverdale et Bîngley en se revoyant n'avaient pas échangé une parole sur le douloureux souvenir de Fanelly. Us étendirent dessus comme à l'envi un voile froid et impénétrable , dont chacun tenait les coins fortement serrés , sans quUl prit à l'un d'eux la dangereuse fantaisie de le soulever. Us portèrent silencieusement à deux cet holocauste de misères.

Mais ni Paris , ni ses prestiges , ses fracas , ses séductions, ses fortunes et ses crimes ne purent ramener un signe de vivant intérêt dans les jours pétrifiés du jeune lord. Tout ce qu'il voyait , tout cf qu'il touchait, lui semblait changé en pierre; sa mémoire creuse et incendiée n'avait plus un écho d'autrefois; l'ennui , partout l'invisible et dévorant ennui serpentait autour de sa jeunesse et de son opulence ; partout soufflait une haleine desséchante dans l'air où passait Haverdale. Son poison flétrissait d'avance toutes les fleurs de sa vie, écrasait son avenir entier sous son amertume désespérante. Oh ! ce sera toujours affreux !

Bingley attendait en vain après cet autre avenir, tracé pendant la fièvre et le délû*e de l'orgueil jaloux. Ce plan n'avait pu éclore ni germer. L'âme était trop vierge; comme la veuve indienne, elle s- était étendue sur le bûcher pour s'en aller sans

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souillure* La beauté de lord Hayerdale se consumait enveloppée d'un suaire. Les fèHunes le regardaient ayec étonnement, car ses regards à lui n'avaient plus de souplesse ; il ne voyait plus une femme que comme un portrait railleur de Fanelly , etil le haYssait comme une ruse. Bingley, pourtant, le traînait partout, et U se laissait traîner partout par lui. U assistait presque sans le savoir à toutes les solennités de la vie , aux spectacles de toutes sortes, aux bals, aux courses bruyantes et illuminées de la grande nation. A Taide de ses chevaux , de son riche équipage et de Bingley, il paraissait se précipiter ainsi pour être heureux et pour voir; et Ton demandait en le voyant passer : Quel est celui-là ?

— Celui-là, c'est le fils unique de l'ambassadeur d'Angleterre; pauvre jeune homme, assis comme vous voyez dans les armoiries.de son père , en face de ses millions.

— Le voilà bien malade f

— C'est peu^ètre pour cela qu'U a l'air de tant s'amuser avec nous!

— Ce n'est pas notre foute pourtant! disaient les ims en ricanant de sa froideur.

D'autres n'admettant pas qu'on pût souffrir avec des millions, se contentaient de lever les épaules.

Mais pour cheminer ainsi, desséché, dépouillé de toute émotion , il ne savait donc pas donner?— 1 6

66 ONK FIHHB.

Si, il âonnait beaucoup, il douaait toujours; mais quoi? de l'or, du sable : Toilàgraud'chose? — De quoi le remercie-t-on? qu'on s'en aille, il n'en donne fdus. — Ah ! si l'on veut qu'il entende, qu'il revive, qu'on lui dise — Donnez-moi votre sang , tout votre sang; et voici un cheveu pur de Panelly. — Oh ! la lèvre fraîche et innocente de Fanelly ! Qui le désaltérera d'une telle soif?

Quant à l'emploi de son or , en voici un mot :

Froid, muet, vêtu de noir, comme en deuil .de lui-même ; l^rieux d'avoir entendu sortir d'uacercle élégant, ce mot : Ah I le joli homme ! Il s'était jeté seul dans.les Champs-Elysées, champs ai^uJK pour une âme consternée d'abandon; il s'arrêta épouvanté, et regarda derrière lui, devant lui, c'était la vie ! partout la vie ; et il y était, «t il y serait ! Si du moins il pouvait is^rer qu'il euste, puisque c'est encore là exister!

—Monsieur!.... monsieur! dit un pauvre 4ottt cassé de vieillesse, qui le voyant immobile sur son cheval se hasardait d'api^ocher.

Un. mouvement machinal, lui fit cherchep> sa bourse ; il l'ouvrit, et donna au m^diant» .

De rapides signes de croix et un murmure inin» telligible attirèrent ses yei^x sur le p^vre : c*était une vénérable tête toute rayonnante de joie. Harerdale en fut surpris. Le vieillard eiftrayé de ce regard terne et fixe , leva sa main où tremblait la pièce

vus nm. 67

d'or, et dit : Ce n'est peut-être pas cela que voas vouliez me donner?

Il y ayaât dans l'acte de cette restituti<Hi quelque ehose de déchirant par l'effort même qu'il coûtait. C'était d'addition simple et prompte de quatre* Tîngts atis de misère dont la preuve am^iait : probUé.

Les lèvres amères du jeune homme s'entrouvri* rent; une larme... la première depuis bien longtinnps, roula dans son oeil sans pouvoir tomber, et sa voix détendue trouva quelques bcmnes paroles pour ce mendiant.

—N'y a-t*il point &i l^twki^e de maisons de retraite pour les hommes de votre âge?

—Si fiait! dit le vieillard. Il y a de bonnes maisons, de bons hospices où il faitbienchaud l'hiver : nais on n'y reçoit pas l'homme et la femme ensemble ; et voÛâ dix ans que j'ai l'âge, sans pouvoir me décider, à ce bonheur. Elle n'y serait pas, et nous n'avons plus que si peu de temps à rester ensemr ble, que ce pain là me paraîtrait bien dur, mangé tout seul. J'aime encore mieux demander, parce que je la revois tous les soirs.

— Restez donc avec elle ! ditHaverdaleému. Restez ensemble, puisque vous avez pu vous entendre si long-temps ! je me eharge de votre avenir à tous deux, sans séparation. Il tint parole.

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Quelques jours après cet incident Yulgaire, Ha- Terdale quitta tout à coup la fenêtre où il était absorbé dans une rêverie profonde, et se plaça devant Bingley qui dessinait à une table ; puis, il attacha sur lui un regard indéfinissable, si long, si triste, que Bingley lui tendit la main en l'appelant comme autrefois : Larry! Ce doux nom d'enfance pouvait seul rendre la tendresse insùjfisahte et désolée du bon Bingley, qui se remit à crayonner sans trop savoir ce qu'il faisait. La main d'Haverdale se posa puissante sur son épaule et le contraignit à se retourner encore; puis après le même regard, qui recelait une étrange question, il dit lentement :

— Si je l'épousais, Bingley ?

Bingley frissonna, et demeura stupéfait sous ces paroles inattendues qui le firent changer de couleur; après quoi prenant son parti d'homme et d'ami :

— L'épouser! répondilril, qui?... ai-je entendu? pardon, Larry, je rêve aussi tout éveillé.

— Si je l'épousais! Bingley, reprit Haverdale immobile comme un homme qui va prendre une résolution inébranlable.

--Quoi! perdue aux yeux de l'Angleterre! quoi! ruinée sans retour par la vente de ses biens, dont l'ignoble Calpetti demeurera sans doute le tranquille possesseur; car, où chercher ce misérable? sans preuves pour le poursuivre! Et puis tout le

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passé, toutes ces rapides , mais irréparables fetttes... Harerdale, allons! rapppelez votre colère, et laissez-moi tous dire. ....

— Perdue! Ruinée! Alors, si je l'épousais , Bingley ?

Bingley se leva , parcourut à son tour Uaverdale àyec un regard d'indéfinissable tristesse, et prononça d'une Toix étouffée :

— Elle est morte.

— C'est bien!... Et moi aussi , Bingley.

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