‹ Le salon de lady Betty: mœurs anglaisesChapitre 49 sur 49 · LB BAISEE DU BOI · texte numérisé non relu

LB BAISEE DU BOI

— A qui? s'écria Christine frémissante, ayec les larmes aux yeux.

— Au roi I répondît Adolphe en s'éloignant ayec désespoir. Christine tomba sur une chaise, et cacha sa figure sous ses mains.

— Restez! cria Charles XII d'une roix tonnante , restez donc !

Le jeune homme obéit en se mordant les lèvres jusqu'au sang.

— Je TOUS ai vu... mais jamais dans cette maison.

—Elle m'était fermée par mon oncle quand tous dcTiez y Tenir.

— Pourtant, je tous ai tu quelque part. Votre nom?

— Adolphe de Hesse, fils d'un braTe officier mort en se battant pour tous. Il m'a laissé sa mi-^ sère et les larmes de sa tcutc.

-^ Qui TOUS a dit que je né fusse pas Ericson?

— Mes yeux, car je tous regarde , et je tous reconnais aussi, moi. Charles XII, en s^approchant de son soldat, dont le yeux s'allumaient comme ceux d'un jeune lion, s'arrêta toutâ coup frappé de souTenir.

— D'où te Tient cette cicatrice sur la tempe gauche?

— DeNerTa, sire, où aTec une poignée d'hommes Totre majesté défit les armées de Russie.

d04 LB BAISEE BU BOI.

— Tu dis vrai !. »'écria Charles, itre de joie, comme s'il respirait tout à coup la poudre de e«tte bataille. Puis , sautant au cou d'Addphe et posant le doigt sur sa cicatrice : Tu n*ayais pas besoin d'autre passeport pourarriter jusqu'à moi... même pour te battre contre moi , comme je jurerais que tu en as grande envie ; car le jour dont tu me par* les , j'ai appris comme toi le rôle d'un si^dat et la vraie dignité de l'homme. Par les milte bombes qai nous pleuvaient au visage , donne ta main , frère , car nous avons été baptisés ensemble par le sang.

Charles XII parut alors à Christine grand et imposant comme une forteresse. Alors se retournant tout à coup vers la jeune fille dont la curiosité avait déjà séché les larmes, il lui dit avec une gaieté qui n'était pas sans grâce :

— Par mon sabre! Christine, je suis un triste soupirant; un seul geste de ta main vient d'étouifer dans mon cœur tous les amours qui l'avaient pris par trahison. Parle donc aussi franchement que tu agis : aime»-tu ce brave?

— Oui , sire.

— Qui empêche ce mariage?

-— Celui du comte Ericson ; dont mon père me menace incessamment.

— Oh! oh! pensa Charles en souriant à part avec réflexion : je vois au fond des choses mainte-

Lfi BiU«ER DO aOI. tll5

nant. Le roi n'a point regret ail baiser, puisque le soufflet tombe sur la joue du courtisan.

— Christine, ajouta-t*-il en reprenant sans oon^ trainte le ton du commandement, ton (lère refuse de te donner à celui que tu préfères; tu l'épouseras pourtant , parce que je le veux. Conviens que si je fus ton cauchemar comme amant , je ne suis pas ton ennemi comme roi.

— Je l'avoue à genoux ! dit Porgueilleuse en y tombant avec son heureux cousin. Tandis que Charles , penché sur là rougissante coupable , unissait leurs mains avec une bonté brusque , il imprima sur ce front chaste le dernier hommage que ses lèvres aient jamais offert à une femme.

— Sa majesté me pardonne donc? murmura la tremblante espiègle; si j*avais su que c'était le roi, je n'aurais pas frappé si fort.

— Reconnaissez-le seulement à la manière dont il se venge, Christine. Puis il ajouta avec un sentiment d'inexplicable prévision , triste , mais rayonnant de passion et comme en regardant devant lui : Ma seule amante , à moi , doit être fiancée sur le champ de bataille , et me couronnera dans les bouras de la victoire.

Il fit le soir même signer à son ministre , fort irrité , un contrat de mariage , qui n'était pas celui du comte Ericson, bien qu'honoré du nom de Charles XII. Deux jours après , il assistait aux no-

LB BAISKl JIIJ ROI.

ces somptueuses de Christine. Adolphe de Hesse y portait ses plus nobles insignes, et le politique seul, <{iii souriait pourtant, trouva la réalité moins royale que son rêve.

Page 1