‹ Le salon de lady Betty: mœurs anglaisesChapitre 6 sur 49 · LE NEZ ROUGE · texte numérisé non relu

LE NEZ ROUGE

naturaliste, accoutumées qu'ils sont à disséquer les faits et les choses et à pénétrer leurs secrets , ont docilement subi le joug de la passion sans lui demander compte de son autorité. Le monarque aux pieds de sa maîtresse ne ya point songer qu'en s'agenouillant, il abaisse sa majesté, ni chercher pourquoi il prosterne ainsi sa grandeur. Le ministre qui fuit la cour et court aux champs cacher ses soupirs , n'interroge point le pouvoir invisible qui lui fait négliger te soin de^ son ambition. Il n'y a pas jusqu'à là rubiconde marchande de poissons, qui toute au souvenir de son amant le matelot, quand elle s'enivre de l'ambroisie du gin , et boit verre sur verre , ne reconnaisse elle-même à son insu la souveraineté de l'aveugle Dieu; se dotitet*^b sMiliiMntalorS'queG^estsâ figvre amoureuse qutluidùMie cette soif inextingaible qu^eU» ne e«iiqpr6iiâpQS?

MarhwHargvftve étÉit FinEK^de» fRles'du vîca^ de la paroisse de Kensington près^ ée Londroi. £8e avait de» àêtm d*ivoire el^dus^ lèvrcss de coraii. Il nfy airailr pas de Èént dans le Mrnes'de Ghelsea qui eût le parfum* idu« doux qvuf sottfaalekie ! Son sei» aUn^nablêiiient fbrmé somlevait «vee un«i y«lap- Uneuse cadencé le* taffetas gri» d« s^roila^e déoolletée. Se» épaules, ol^î ses épaules ronde», twtjours^ à l'air', hiver comitte été^ étaient s» blaBehesqii^onles eût dites couvertes d'une nei^ étsFiMDe. Son

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œil noir lançait de rapides éclairs à> travers ses longps cils. Se taille élégante et soaple était plus fine qiie celle d^une guêpe; 9&B' pied , qui eûl para fort heanète sur le continent, était une miniature en AngleteiTe; Gbacun dd'ses gestes ravissaiti; chacun de ses mouyenents était une grâce. Puis son esprit était yif et orné. On ne satait ^'admirer le ]^us de ses fines saiMies, de ses promptes et heureuses repartie», ou bien de son jugement parft^it , de sa channaote modestie* et àè Texquise bonté de son^ âme. Au résvmé Maria était d'autant de milliers de piques au«-dessus des Sophias, dés Otarissas , des l^miimiij des BteUas , des Narcisses et des Saolutris^ sa», qs^ËcIipse fut jamais audessua de Rossinante.

Mais hélas! il n'est rien au monde qui soit sans dé£uit. La perfection n'est qu'un mot. — Au milien de cet adorable visage de Marie , se dressait un ne2 que les mauvaises fées avaient pris plaisir à élever. Dieu de miséricovde! c'était un nez qui surpassait en grandeur ce nez immortel décrit par Slawfesn^ hergisÉ. fit quant à sa couleur , pmssancea du ciel, une ravaudeuse irlandaise, qui boit régvlièreiaent p«r jour ses six pintes de whisky , n'a- eu^ de sa .vie un nez de cette coukinr !

Cependmt notre héroïne n'était point de ces filles gtoiieuses qui ne. voient en eUes^mèmes que leurs mérites et sont aveugles quand elles, regardent leurs i^perfiectioQS. Certes , eUe^ possédait assez de. qua-

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lités du corps et du cœur, pour en être vaine^ La fierté à certains égards lui eût été fort légitimement permise. Mais cette précieuse enfant avait fait les pas essentiels, vers la suprême sagesse. — Elle se connaissait et se rendait justice. Elle comprenait qu'elle avait un gros nez rouge; elle le savait et elle était humble ! Ah ! que le créateur n'a-t-il doué de nez rouges toutes les beautés de Tunivers !

Avec tant d'inappréciables avantages , Maria descendait mélancoliquement les derniers échelons de sa dix-huitième année, sans qu'aucun amant se présentât , qui lui offrit la main pour lui faire monter l'escalier du mariage. De loin à loin elle attrapait bien quelque fugitif admirateur; mais du moment que, près d'elle, apparaissait Charlotte, sa sœur cadette, la pauvre ainée avait tort; tout loisir lui était laissé dé penser à son nez rouge dans la solitude. C'était une cruelle et incessante tribulation. Eût-elle pu raisonnablement espérer que les larmes éteindraient la flamme de ce nez funeste et amoindriraient ses dimensions en le fondant, la triste Maria eût pleuré volontiers toutes ses larmes. Mais elle avait trop de bon sens pour avoir tant de faiblesse. Elle n'attendait point de miracles en sa faveur. Des innombrables panacées dont eHe avait ouï parler , il n'y en avait aucune qui promit d'argenter les nez de cuivre.

Nous avons dit que Maria était l'ainée des deux

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sœurs. Lorsqu'il s'agirait d'établissement dans la famille , elle avait le droit imprescriptible de préséance. Un parti fut offert , mais non pas à elle. Maria n'éleva aucune objection. Elle se départit sans hésiter, de son privilège. Elle laissa généreusement Charlotte se marier. — Maintenant, se dit alors la noble fille, si mon nez n'est point un obstacle insurmontable , la route conjugale est libre pour moi de tout obstacle. Ma sœur est pourvue ; elle nest plus là pour me couper l'herbe sous leé pieds.

Et dès le lendemain, M. Conway, teneur de livres fort distingué , fut introduit et présenté au logis. M. Conway était un beau grand jeune homme , blond , en frac vert-pomme à boutons d'argent. A peine Maria aperçut-elle seulement le collet de ce séduisant habit couleur d'espérance, qu'eUe couvrit artistement avec son mouchoir la portion de la figure que vous devinez. Passons-lui cette innocente coquetterie , c'est qu*il ne faut pas réellement moins de courage pour montrer au grand jour un nez rouge que pour en cacher un grec sous le masque.

Conway fut frappé de l'exacte et harmonieuse symétrie des formes de la jeune miss. Il admira son air élégant et gracieux. — Un homme est toujours aussi prêt à devenir amoureux qu'à cesser de l'être. — Quelques moments de conversation avec l'aima-

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